‹ Alexandre Lenoir (volume 5)Chapitre 7 sur 124 · CHEMINEE DE LA SALLE DES CARIATIDES · texte numérisé non relu

CHEMINEE DE LA SALLE DES CARIATIDES

Fac-similé et réduction de la plan he donnée par Clarac { Musée de sculpture

antique et moderne, Atlas, t. I, pi. XLI).

tête * qu'elle doit ce caractère, est charmante de souplesse et de grâce, du moins de cette grâce que Goujon s'était créée, qui n'est pas celle de l'antique, mais qui a plus de naturel et moins d'affectation que ce qu'on trouve dans les ouvrages florentins, etc., etc. »

Je n'ai rencontré nulle part aucune mention de ces figures avant l'an VII ^ Vers cette époque, elles furent, ainsi que nous l'apprend Clarac, « trouvées à terre, dans la salle des Antiques, au milieu de débris ». Cette indication est de nature à mettre sur la trace de la vérité. Quand même les s^tatues auraient été tirées de quelque magasin situé à vingt lieues de Paris, je n'hésiterais pas, par des raisons d'analogie, à y reconnaître des fragments appartenant à l'ensemble de la décoration de l'escalier du Louvre, de la salle des Cariatides ou d'autres salles du même palais, aujourd'hui détruites, mais qu'on sait avoir été construites dans le même temps et avec le même goût. Ce sont les mêmes pierres, la même disposition de guirlandes de fruits, le même travail de ciseau que dans les parties conservées du Louvre de Henri IL Mais, comme on le voit, nous ne sommes pas réduits à n'invoquer exclusivement qu'un ar^^ument d'évidente analogie. Le lieu oii nos sculptures furent remarquées pour la première fois doit nous fournir en outre des éclaircissements sur leur provenance, et cette provenance justifiera à elle seule l'origine que nous leur assignons.

Bien que quelques fragments de sculpture moderne soient entrés directement au Louvre pendant la période révolutionnaire, en général le Muséum et ses magasins

1. C'est une erreur. La tète primitive de la statue a été conservée, comme le prouve la gravure de Baltard, reproduite ci-après, qui nous montre l'état dans lequel les fragments furent trouvés.

2. Voyez un extrait du registre des délibérations du conseil d'administration des musées nationaux, à la date du 2a fructidor an VII, reproduit ci-après.

restèrent rigoureubeinent fermés à tout ce qui n'était pas la peinture des différentes écoles ou la sculpture antique \ Les rares morceaux qui se glissèrent plus ou moins temporairement dans les collections nation îles ont tous laissé des traces dans les procès-verbaux du conservatoire du Musée ou dans des [ièces d'archives. Or je n'ai rien trouvé sur les figures qui nous occupent. La conclusion nécessaire est qu'elles ne furent pas apportées au Louvre par la Révolution, mais qu'elles ont été recueillies, vers l'an Vil, sur le lieu même où elles avaient toujours séjourné.

Cette opinion, à laquelle je suis conduit par l'examen attentif du monument et des documents qui y sont relatifs, était déjà celle de Baltard au commencement de ce siècle. Cet architecte, en les dessinant et en les gravant pour son grand ouvrage, Paris et ses Monuments^ dans l'état oîi elles avaient été découvertes, a dit qu'elles provenaient d'une cheminée qui existait dans la salle des Cariatides^, Baltard a peut-être été trop affirmatif. Surtout, il me paraît avoir dangereusement précisé le lieu de la provenance originelle en l'absence de tout renseignement exact, qu'on chercherait vainement dans Ducerceau, dans Blondel et dans les autres descriptions du Louvre. L'ouvrage de Ducerceau contient même un document qui rend improbable, sinon impossible, l'hypothèse de Baltard. On voit, dans une planche des Plus excellents bâtiments de France^ le fond de la salle des Cariatides, appelée alors le Tribunal^, et la cheminée extrêmement simple qu'on y remarque diffère absolument de forme avec celle qu'on

1. Voyez Alexandre Lenoir, son Journal et le Musée des Monuments français, t. l'^'', Introduction, passim.

2. Paris et ses monuments ; le Lou-vre, p. 3 et 4 des notes. La salle des Cariatides servait alors aux séances de l'Institut.

1. On lit cette inscription gravée sur la planche de Ducerceau : « Le tribunal estant en la grand' salle. »

y aperçoit aujourd'hui. Quoiqu'il en soit, s^'il a connu réellement la vérité par des moyens qui nous échappent, Baliard a eu tort de ne pas motiver son opinion ; car cette opinion, pour avoir été reproduite depuis, avec tiop de confiance, ne manque pas moins toujours de bases solides. Mais un fait demeure acquis. Baltard a vu les figures vers ISOO \ et quand il a dit, à cette époque, qu'elles provenaient du Louvre, il a évidemment répété ce qu'il tenait de ceux qui les avaient découvertes.

Quelque dis ans plus tard, les architectes Percier et Fontaine, dans leur Recueil de décorations intérieures ^, se sont expliqués ainsi sur la restauration de cette cheminée qui était leur œuvre : « Les deux statues qui forment le sujet principal de cet ajustement ornoient autrefois la cheminée de Ja salle des gardes du Louvre. Elles sont de la main de Jean Goujon, qui a fait les quatre belles cariatides portant la tribune que l'on remarque à l'autre extrémité, en face. Des changemens de construction avoient occasionné le déplacement de ces deux beaux ouvrages. Ils étoient déposés en magasin. Lorsque le Louvre a été restauré et les salles basses consacrées à l'exposition des chefsd'œuvre de la sculpture antique, on a cru devoir profiter de l'occasion qu'offroit l'achèvement de cette salle pour rétablir, autant qu'il a été possible de le faire, les choses dans leur état primitif et rappeler dans la décoration de la cheminée, comme dans toutes les autres parties, le goût des arts au tems de Henri IL C'est pourquoi on a puisé les motifs des ornemens nouveaux dans les ouvrages de Jean Goujon et de Pierre Lescot, artistes justement célèbres, qui, sous Henri H, furent chargés des constructions du Louvre et

1. Je fixe approximativement cette date à l'exécution des dessins de Baltarii, car si le premier volume de Paris et ses inonuments est de 1803 et le second de 1805, il est bien certain que les dessins qui s'y trouvent gravés étaient prêts longtemps avant l'apparitiou d'nu ouvrage aussi considérable.

2. Paris, 1812, in-folio; table explicative, p. 42, pi. LXXII.

MARS ET GERES

Figures de la cheminée do la salle des Cariatides, telles qu'elles furent trouvées

au Louvre, en l'an VII.

(Fac-similé et réduction d'une planche de Baltard.)

n L'ANCIEN FONDS DU MUSEE

auxquels on doit ce que ce palais a de plus remarquable. » Plus tard encore, les auteurs du texte qui accompagne VOEuvre de Jean Goujon \ gravé par Réveil, tout en confirmant, pour nos statues, d'une manière générale, l'indication de provenance précédemment signalée, ont remarqué ce que pouvait avoir d'mexact l'affirmation trop catégorique de Baltard, maintenue également par Percier et Fontaine, et ils ont justifié ainsi leurs judicieuses réserves : « Comme si tout devait être matière à contestation dans ce monument, on n'est pas même bien certain de sa situation primitive. Tandis que beaucoup de personnes croient qu'il a toujours occu; é la même place, d'autres affirment qu'il a été déplacé. MM. Percier et Fontaine, en parlant de ces figures, dans leur Recueil des décorations iîitérienres, disent qu'elles ornaient autrefois la cheminée de la salle des Gardes. Comme nous avons établi, il n'y a qu'un instant, que la salle des Cariatides avait autrefois porté ce nom, il se pourrait encore une fois que le changement supposé n'existât que dans les termes. Mais il est vrai, d'un autre côté, que la grande salle située au premier étage, précisément au-dessus de cette dernière, a également porté le nom de salle des Gardes du roi; il se pourrait donc que ces figures y aient fait partie d'une décoratioii primitive qui a totalement disparu. Au reste, elles ont subi, dans leurs extrémités inférieures, d'assez notables restaurations, pour autoriser la supposition d'un déplacement. »

On voit par ces citations que, si, dans leurs appréciations, les auteurs contemporains de la découverte diffèrent légèrement sur le lieu précis oii les statues furent originairement placées au Louvie, ils sont unanimes pour déclarer qu'elles proviennent de ce palais. 11 importe donc de constater que la tradition la plus sérieuse, transmise par les

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