Musée des Monumens français, t. VIII, p
gravée dans la planche 1S1 du même recueil qui nous montre comment la statue avait été groupée avec les £"5c/^yes en bronze, provenant du Pont -Neuf.
A propos du fragment d'un tombeau célèbre oublié et méconnu à l'École des Beaux-Arts *, j'ai retracé, avec de grands détails, l'histoire du monument funéraire de Jacques-Auguste de Thou élevé dans l'église Saint-André des Arts, et, par une gravure reproduite d'après une estampe ancienne, j'ai donné l'image primitive de ce monument. C'était Tune des œuvres les plus remarquables de François Anguier, qui l'avait exécutée en utilisant une figure précédemment sculptée par Barthélémy Prieur après la mort de la première femme du président. En attendant que les fragments actuellement retenus à TÉcole des Beaux- Arts soient définitivement réunis à la figure originale possédée déjà par le Louvre, je vais demander au musée de Versailles de nous rendre, en échange de deux plâtres, les figures originales des deux femmes de Jacques-Auguste de Thou, Marie deBarbanson-Cani et Gasparde de La Châtre, conservées sous les numéros 2818 et 2819. Le lecteur en se reportant au passage cité plus haut comprendra l'intérêt qu'aura pour nos galeries le rapprochement que je sollicite.-
Je crois qu'il y aura lieu aussi de réclamer le retour à Paris du buste de Louis XIV, sculpté par le Bernin pendant son séjour en France. Cette belle œuvre, inscrite sur nos inventaires et cataloguée au musée de Versailles dans
1. Alexandre Lenoir, son Jourmu et le Musée des monuments français, t. II, p. 139 à 146.
la notice de Soulié, est justement célèbre. Il en est fréquemment question dans le Journal du Voyage de Bernm^, Il y a longtemps qu'elle devrait être revenue à Paris, car un de nos prédécesseurs, le marquis Léon de Laborde, désirait déjà en 1851 la voir rentrer à Paris. Il s'exprimait ainsi en s'adressant au Directeur général des Musées nationaux : « 17 octobre 1851. — Monsieur le Directeur général, les lenteurs administratives exigent que vous réclamiez longtemps à l'avance les monuments qui doivent concourir à l'achèvement des salles de la sculpture française, et les circonstances me conseillent de proposer les bonnes choses afin de n'en pas laisser l'honneur à mon successeur possible. Je viens donc vous entretenir de deux statues qu'il est bon de demander pour le musée du Louvre et du buste de Louis XIV qui a sa place réservée dans la salle du Puget. Permettez-moi d'insister de nouveau, et une dernière fois, pour que vous ne laissiez pas à un autre le mérite de placer le buste de Louis XIV par le Bernin dans la salle du Puget. Notre grand artiste n'eut en Italie qu'un rival, le Bernin, et on vit encore en France sur la réputation que les Italiens ont faite à cet infatigable faiseur. N'est-il pas naturel, convenable, je dirais presque patrio-
1. Voyez Ludovic Lalanne, Journal du voyage du cavalier Bernin en France, Paris, 1883, gr. in-8. Voyez notamment de curieux détails sur l'antagonisme du Bernin avec les artistes français, et particulièrement avec "Warin, qui fit, en concurrence, un buste de Louis XIV. Ce passage est à retenir : « ... Aussitôt est arrivé M. le marquis de Bellefonds. — M. de la Garde était avec lui. Ils se sont rais ensemble à considérer le buste. M. de la Garde l'a trouvé très ressemblant. Je lui ai dit que l'importance était qu'il ressemblât dans le noble et dans le grand. Ils s'en sont allés, le cavalier répétant à M. de Bellefonds qu'il irait tout le plus tôt qu'il pourrait. Quand ils ont été partis, il m'a demandé qui était ce gentilhomme... et ce qu'il lui avait semblé du buste. Je lui ai dit qu'ils l'avaient trouvé bien ressemblant, lui ai répété ce que je leur avais dit de la ressemblance dans le noble et dans le grand, pour ce que nous avions Varin à Paris, qui pour la ressemblance la donnait à ses portraits; que l'importaace était d'y mêler la noblesse et la grandeur. « C'est « cela, m'a-t-ildit; il n'y a que vous qui note ces choses et qui puisse les faire « remarquer. »
tique, d'exposer dans la salle du Puget, en présence de ses fortes conceptions, un buste tourmenté, une œuvre factice quoique habile, surtout lorsque cette œuvre a été exécutée dans le bâtiment même du Louvre et en rivalité des œuvres de nos sculpteurs, dont le chevalier Bernin se moquait outrageusement. Louis XIV dominant les salles de Coysevox, du Puget et des Coustou est en soi d'un bon air et de toute justice. Soyez persuadé qu'un jour ou l'autre cela sera fait, parce que c'est logique et naturel, et aussi parce que, ce buste remplacé par un autre buste, personne, excepté M. Soulié, ne s'apercevra à Versailles du changement. Or, il vaudiait mieux en avoir l'honneur que de le laisser à d'autres. Agréez, etc. »
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Nous ne pourrons pas non plus oublier plus longtemps à Versailles une œuvre originale de la valeur du maréchal Maurice de Saxe, sculpté par François Rude, quand un plâtre peut très exactement, au point de vue historique, tenir lieu du marbre. II serait difficile de rencontrer une meilleure statue rétrospective que celle-là, digne pendant du Louis XIII de Chevreuse. Elle manque à Paris, dans la salle de Rude, pour montrer la souplesse du talent du grand artiste. Rude, dans cette œuvre, est véritablement le rival de Pigalle, et, pour lutter avec le magnifique tombeau de Strasbourg, il semble qu'il ait voulu emprunter à Lemoyne sa manière de traiter le marbre. Et pourtant le résultat de son travail n'est pas un pastiche, mais une œuvre admirable de liberté, de spontanéité et de noblesse.
Dans le parc de Versailles, le bosquet de la Reine, qui vient d'être remis en bon état par les soins intelligents de la direction des bâtiments civils, nous a donné encore quelques bonnes pièces : une Vénus de Médias (MR. 3278), bronze d'une fonte délicate, et quatre vases en bronze (MR. 3440 à 34 i3) ont été rapportés à Paris. Ces vases, d'un goût charmant, ont une origine des plus honorables. Ils proviennent d'une fontaine construite, sous Henri IV, à Fontainebleau. Dans le Trésor des merveilles de Fontainebleau^ p. 156 (lisez 102), le P. Dan s'exprime ainsi au sujet de la fontaine du Tibre * : « Cette première et principale fontaine est au milieu de ce jardin (le jardin du Roi), posée en un grand quarré qui est entre les canaux... Autour de ce Tibre et principale figure il y a quatorze jets d'eau, et de plus quatre autres figures de bronze aux coins de ce rocher... Et sur les quatre angles de ce bassin se voyent quatre grands vases de bronze qui ver.-ent l'eau dans autant de coquilles de pierre, le tout posé dans un autre grand quarré, environné semblablement de ballustres. » Sur la planche en taille-douce qui accompagne le texte, les quatre vases rentrés à Paris sont parfaitement reconnaissables. Le P. Dan ajoute, page 172 de son Trésor : « Et sont toutes ces fontaines de l'invention et conduite du sieur de Francine, que le Roy Henry le Grand fît venir de Florence pour les dresser, et toutes celles qui sont icy avec les grottes de Saint-Germain en Laye. »
L'attribulion, faite par le P. Dan, à Francine, est confirmée par le document suivant que M. Molinier a décou-
1. Cette fonte de bronze, exécutée sous la direction de Vignole et de Primatice (voyez Barbet de Jouy, Étude sur les fontes de Primalice), a été détruite à l'époque de la Révolution.
vert à la Bibliothèque du château de Fontainebleau dans des comptes des bâtiments royaux et qu'il veut bien me communiquer :
A la fontaine du Tybre. — Avons trouvé avoir esté faict et fourny
Vase de l'ancienne fontaine du Tibre à Fontainebleau. ( Musée du Louvre. )
Je neuf de pierre de gresserie, taillée, layée et pollye, les quatre grandes cocquilles servans à recevoir l'eau des quatre vazes de bronze, estans aux encoigneures de ladicte fontaine, chacune contenant quatre piedz de long, quatre piedz de large, et un pied de hault garnyes de leurs descharges ; suivant les modelles arrestez par mondict seigneur de Noyers, qui pour cet effect nous avoient
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esté représentez par ledict Franchine ; lesquelles cocquilles nous avons prisées et estimées cent cinquante livres la pièce, eu esgard aux grandz fraiz et despences qu'il a convenu faire tant pour la fouille et fente de la pierre en lieu esloigné et malaisé, chariages et voictures d'icelle, que pour la longueur de la taille posage et maçonnerie, qui seroit pour les quatre ensemble la somme de six cens livres cy ¥1*= liv. •
1. Comptes des bâtiments de Fontainebleau en l'année 1639, t. I^r, année 1639, f ° 11 recto.