T. Il, p. 49 à
occupe cette salle bâtie au midi, entre la cour de la Fontaine et la chaussée royale, lui fit donner le nom de grande salle, qu'elle conserva jusqu'en 1399 qu'Henri IV fit élever à l'une de ses extré-
llenri IV.
Bas-relief sculpté par Jacquet, dit Grenoble, actuellement au château
de Fontainebleau.
mités, où est aujourd'hui la porte, une grande cheminée qui changea aussitôt le nom de cette salle en celui de la belle cheminée, que le théâtre de la comédie dressé depuis l'an mil six cent trente trois, lui a toujours disputé et lui a enfin enlevé en mil sept cent vingt cinq, que l'on vit disparoitre en quelques heures un monument de la valeur et de la gloire d'Henry le
Grand, dont tout le crime étoit d'être admiré comme le fruit de cinq ans des peines et soins de Jacquet, dit Grenoble, sculpteur célèbre, qui avait fait un chef-d'œuvre,... etc.
Cette magnifique cheminée avoit vingt trois pieds de haut sur vingt de large, et était formée et comme soutenue par quatre colonnes d'ordre de Gorinthe, d'un très beau marbre brogatelle, de neuf pieds et demi de haut, non compris leurs bases et chapiteaux de marbre blanc, posés sur des pieds d'estaux aussi de marbre blanc, sculptés et parés en forme de niches de différens marbres à compartimens de pièces rapportées, terminées aux quatre angles par des consoles de bronze, et ornées dans le miheu de leurs vuides, chacun d'un grand vase de bronze sculpté et relevé par diverses figures d'enfans, qui portoient le chiffre d'Henri IV en basse taille et relief, dont la figure équestre ornée et couronnée de laurier, ayant un casque sous les pieds, étoit représentée en marbre blanc, demi-bosse, sur la façade de la cheminée d'un grand marbre noir, qui faisoit le milieu des colonnes. On assure que le portrait de ce Roy était estimé dix huit mille écus.
Au-dessous était la bataille d'Ivry et la reddition de Mantes dans un cadre de marbre blanc.
Deux grandes statues en marbre blanc représentantes l'une l'Obéissance, qui tenoit en main un joug et une dépouille de lion, et l'autre la Paix, qui mettoit le feu à un amas d'armes, répondoient à la statue du Roy, et ornoient le milieu des colonnes de chaque côté, et au-dessus de la figure équestre du Roy on lisoit en lettres d'or sur un marbre noir : Henrkus IV Francorum et Navarrae Rex, bellutor, Victor et triumphator, hello civili confecto, regno recuperato, rcstauratoque, pace doinui forisque constituta, Regiis penatibus, regali sumptu focuin exlriixit. M. D. I. G.
Enfin, cette cheminée etoit terminée dans son amortissement par le chiffre de ce Roy, surmonté d'une couronne qu'accompagnoient deux cornes d'abandance, et au-dessous étoient deux hons, symbole de la valeur de ce Roy; le tout en bronze et relief.
Espérons que la reconstitution de cette œuvre d'art, à l'aide des éléments qui ont survécu, se fera bientôt au Louvre. C'était, il y a trente ans déjà, le vœu du marquis Léon de Laborde.
Le jardin de l'Orangerie, à Fontainebleau, possède une belle fontaine, surmontée de la statue de Diane, sur laquelle j'ai récemment appelé l'attention quand j'ai reconnu, dans une fonte excellente, signée B.-P., datée de 1602 ou de I6O0 et retrouvée à la Malraaison en 1877, l'épreuve originale en bronze exécutée pour Henri IV par Barthélémy Prieur, d'après le célèbre marbre de la salle des Antiques '.
En apercevant, à la Malmaison, la fonte originale de la Diane, j'avais été très surpris, car je croyais que le bronze commandé par Henri IV avait été restitué au monument auquel il avait été primitivement destiné. En effet, sous le premier Empire, le duc de Cadore avait ordonné en 1813 de rendre à la fontaine du jardin de l'Orangerie la Diane de bronze qu'on savait avoir été transportée à Paris. Ce fait résulte de la lettre suivante adressée à Denon, directeur des musées impériaux :
Paris, le 9 novembre 1813.
M. rintendant des bàtimens de la Couronne vient de me rendre
compte des changemens qui ont été faits dernièrement parmi les
statues qui décoroient le jardin des Tuileries. Je crois devoir vous
donner connoissance de ces changemens pour vous mettre à
1. Voyez Études sur les collections du moijen âge, de la Renaissance et des temps modernes au musée du Louvre, p. 1 à C, etc. La note sur la Diane parut dans le journal le Français du 5 février 1877. Je ferai observer en passant que ce même monogramme B. P., relevé sur quelques pièces de la suite des statuettes dites de Bernard Palissy, a été, je crois, regardé à tort comme la marque du célèbre potier. M. Labarte [Histoire des arts industriels, 2« édition, t. III, p. 355), remarquant les lettres B. P. sur quelques épreuves de la statuette de la Nourrice, en conclut qu'elle ne doit pas être attribuée à Guillaume Dupré, ainsi qu'on a été porté à le faire d'après un passage du Journal d'Héroard, mais à Bernard Palissy lui-même. L'attribution à Dupré, ou tout au moins à son époque, pourrait être maintenue si on expliquait les lettres B. P. par le nom de Barthélémy Prieur, qui était le coreligionnaire, le beau-père et peut-être le collaborateur de Dupré au Louvre.
même de désigner d'une manière précise, dans l'inventaire, la nouvelle destination qui a été donnée à plusieurs de ces statues, et les nouveaux emplacemens qu'elles occupent actuellement. La Diane en bronze, qui étoit placée sur la terrasse du bord de l'eau, avoit été enlevée du palais de Fontainebleau où elle ornoit la fontaine du jardin particulier de Sa Majesté*. Cette fontaine, ayant été achevée, il devenoit nécessaire de la décorer, et il a été jugé convenable et plus éconmique de rendre la Diane en bronze à sa première destination, etc., etc. Duc de Cadore.
Le ministre de l'intérieur Champagny était sans doute bien inspiré quand il recherchait à Paris la fonte commandée par Henri IV ; mais il était insuffisamment renseigné. Car voici l'histoire de ce monument : La Diane de Fontainebleau, après avoir été enlevée à la fontaine qu'elle couronnait, fut sauvée par une décision de la Commission temporaire des arts-, qui ordonna son transport dans la capitale. Elle fut, en conséquence, amenée à Paris et déposée dans le jardin de l'Infante pendant le cours de l'an IIP.
1. C'est une grosse erreur officielle qui s'est glissée dans tous les documents du Louvre. On lit notamment la pièce suivante : « Bâtiments de la Couronne, division de Fontainebleau, élat des statues et bustes existant au château de Fontainebleau. — Dans le jardin de l'Orangerie, statues : une Diane en bronze d'après l'antique. Cette figure était autrefois au château de Fontainebleau : elle a été transportée au jardin des Tuileries pendant la Révolution, et ramenée à Fontainebleau, où elle est placée au milieu du bassin qui porte son nom, etc., etc., etc. Paris, le 12 février 1819, l'architecte du roi, Hurtault. »
— La même statue a été ainsi décrite sur l'inventaire général de la Restauration n" 3249 : «Inconnu, — Diane, statue en bronze d'après l'antique, sur piédestal en marbre blanc, orné de quatre tètes de cerf; hauteur, 2 mètres. — Palais de Fontainebleau; jardin de l'Orangerie; bon. »
2. « Note des principaux objets d'art énoncés dans le procès-verbal fait à Fontainebleau, en vertu de l'arrêté de la commission temporaire des arts du 15 prairial, à elle remis le 30 du même mois, par le citoyen Bonvoisin, lesquels objets peuvent servir à orner le Muséum... 27. Une statue de Diane en bronze moulée sur l'antique... » On lit également dans un « Élat des objets d'art mis en réserve par le citoyen Bonvoisin, membre de la Commission temporaire des arts, dans le cy-devant château de Fontainebleau, le 17 prairial, l'an H de la République une et indivisible... 54. Jardin où sont les orangers,
— une statue de Diane en bronze, moulée sur l'antique, placée dans le bassin. >.
3. Séance du Conservatoire du Muséum, du 19 brumaire an III : « Un membre propose et le Gonservatoive arrête qu'à la suite du rapport qui doit être fait au Comité de l'instruction publique..., il sera proposé au susdit
C'est là qu'en avril 1801 Percier et Fontaine furent chargés de venir la chercher pour la conduire à la Malmaison ', ainsi que le prouve le document suivant :
Parisj le 19 germinal an IX de la République.
Le Ministre de l'Intérieur à l'Administration du musée central.
Parmi les statues que vous proposez pour être placées momentanément à la Malmaison, je vous préviens, citoyens, que j'ai choisi le groupe d'Hippomène et Atalante et celui de l'Amour et Psyché. Vous pouvez y joindre l'Appollon et la Diane en bronze qui sont dans le jardin de l'Infante... Au reste, vous pourrez vous concerter avec les citoyens Percier et Fontaine, architectes du Premier Consul. Ils sont sans doute chargés de faire transporter ces divers objets à la Malmaison. — Je vous salue. — Chaptal.
La désignation des statues à enlever eut lieu le 23 germinal an IX. On lit en effet, à cette date, dans le registre des délibérations du conseil d'administration du musée central des Arts :
L'administrateur prévient le conseil que ce matin les citoyens Percier et Fontaine se sont présentés et qu'ils ont marqué pour la Malmaison les objets suivans :
L'Apollon, bronze ( d'Orsay )2;
comité d'utiliser le jardin du Muséum en y plaçant les différens bronzes moulés sur l'antique qui vont être transportés de Fontainebleau, et ceux qu'on pourra recueillir, soit dans les différens dépôts, soit dans les maisons d'émigrés ou des condamnés. » Il s'agit bien ici du jardin de l'Infante, comme on le voit par cet extrait de la séance du 3 frimaire an III : «La section d'architecture présente un plan du jardin ci-devant de l'Infante, avec l'indication des places où pourront être placées les statues. »
Séance du Conservatoire du Muséum, du 15 fructidor an III : oLe citoyen Foucou, membre de la commission temporaire des arts, fait part au conservatoire que les bronzes et autres objets d'art de Fontainebleau, reconnus pour être dignes de la collection du Muséum national de Paris, arriveront très incessamment par un bateau qui atterrira au port Saint-Nicolas, d'où le Conservatoire fera faire le transport des objets avec facilité. »
1. Sur les collections de la Malmaison, voyez ce que j'ai dit dans le Bulletin de la Société des antiquaires de France, séance du 11 avril 1877.
2. C'est le beau bronze exécuté à Rome par Valadier, retrouvé également en 1877 à la Malmaison. Il était passé par le dépôt de vente de la rue de Beaune à la suite de la confiscation opérée sur l'émigré d'Orsay, rue de Varennes.
La Diane, id. (Fontainebleau) ;
Le Gladiateur, id. * ;
Le Rémouleur, id. 2;
L'Amour et Psyché, groupe de marbre-^.
Hippomène et Atalante, id.'^\
Castor et PoUux, id. ^ ;
Voici comment Naigeon l'a décrit : «N° 81, l'Apoliou du Vatican, belle copie, grandeur de l'original exécuté à Rome par Valadier, élevé sur un piédestal plaqué en iaune de Sienne et brèche violette, avec guirlandes et têtes en bronze. »
1. Ce bronze ne fut probablement pas porté à la Malraaison, car un Gladiateur en bronze quitta le Louvre le il thermidor an X pour aller à Saint-Cloud. Voyez Alexandre Lenoir, son Journal et le Musée des Monuments français, t. ler^ p. LXXXi. Cependant on voit encore un Gladiateur en bronze à Fontainebleau, un à Versailles et un à Paris.
2. Même observation que pour le Gladiateur. Le Louvre possède un bronze du Rémouleur. Il y en a une belle épreuve à Versailles, qui fait depuis quelque temps pendant à la l^énus accroupie de Coysevox. Sur la provenance du Rémouleur, tiré de Marly, voyez plus loin.
3. Un groupe semblable se trouvait parmi les objets saisis chez l'émigré d'Orsay; Naigeon l'a décrit ainsi pendant son séjour au dépôt de la rue de Beaune : « N» 30. Un groupe de Psyché et l'Amour, exécuté à Rome par Delaistre, le tout sur un piédestal avec bas-reliefs, représentant deux sujets de la même histoire, avec corniche et base à ornemens sculptés : hauteur totale, dix pieds et demi, le dessous formant poêle. » Le registre de Naigeon indique que l'objet avait été destiné au Directoire, c'est-à-dire au palais du Luxembourg. Le groupe de François-Nicolas Delaistre est aujourd'hui au musée du Louvre, sous le numéro 310 de la Description des sculptures modernes. Il n'avait pas été porté à la Malmaison, car il fut demandé pour Saint- Cloud le 11 thermidor an X. Voyez Alexandre Le7ioir, son Journal et le Musée des Monuments français, t. le', p. Lxxxi.
4. Réservé pour le Muséum, ainsi que Naigeon l'a constaté sur le registre des monuments entassés pendant la Révolution à l'hôtel de Nesle, ce groupe provenait de la saisie révolutionnaire opérée chez l'émigré d'Orsay, rue de Varennes. Voici la description de Naigeon : « N° 12. Un groupe, Atalante et Hippomène, ouvrage d'italien moderne, faible; hauteur, 5 pieds; sur un pied de trois différens marbres plaqués de rouge, jaune et bleu turquin, à ornemens de guirlandes et têtes de béliers en bronze vert. » C'est le numéro 1944 de l'inventaire de la R'.'stauration ainsi décrit : «Hippomène et Atalante, groupe en marbre; hauteur, l^jSS, estimé 6,000 francs. — Palais de Saint-Cloud, salle verte du fond, puis allée des Orangers. » En effet, ce groupe fut porté à Saint-Cloud par le citoyen Hersent, le 11 thermidor an X. Voyez Alexandre Lenoir, son Journal, etc., t. I«f, p. Lxxxi.
5. Ce marbre provenait de la saisie opérée chez l'émigré d'Orsay, rue de Varennes. Il a été ainsi catalogué par Naigeon dans le dépôt de la rue de Beaune : « N" 4. — Le groupe de Castor et PoUux, bonne copie d'après l'antique, hauteur 5 pieds 1/2, sur un pied en marbre plaqué de blanc et chipoUn, hauteur 50 pouces. » Naigeon a indiqué que le groupe avait été destiné au
Bacchus et un faune, id.-.
Deux grands vases en marbre; plus huit vases de marbre, forme Médicis :
Le citoyen Raymond, présent au choix fait par ces citoyens, sitôt qu'il a été déterminé, a donné des ordres au citoyen Pellagot, charpentier, de les transporter à la Malmaison, Le conseil arrête qu'il sera retiré un reçu de ces objets des mains des citoyens Fontaine et Percier autorisés par le ministre à les demander 2.
La Diane de Fontainebleau n'était donc plus à Paris quand on organisa, postérieurement, la décoration du jardin des Tuileries, et elle n'avait pas pu être portée sur la terrasse du bord de l'eau, comme le pensaient Denon et le duc de Cadore. C'est ce qu'on oublia en 1813 et ce qu'on a ignoré jusqu'en i877. Or, si le premier bronze de la Diane, parti pour la Malmaison, était bien précisément celui de
Muséum. Ce groupe est ainsi décrit sur l'inventaire de la Restauration : a N° 1906, — inconnu. — Castor et Pollux, groupe en marbre d'après l'antique, hauteur lm,85, largeur l'",30. — Jaidin des Tuileries, deuxième salle de verdure, à droite dans le bois. »
1. Ce marbre, réservé pour le Muséum, comme l'indique une note de Naigeon sur le registre du dépôt de l'hôtel de Nesle, est ainsi décrit après la saisie opérée chez l'émigré d'Orsay : « N° 5. Un groupe pouvant servir de pendant au précédent. Il représente Bacchus appuyé sur un jeune faune, de même grandeur et pied semblable au groupe précédent. » Le groupe pré- CfJdent était celui de Castor et Pollux. Je crois qu'on peut assimiler ce groupe au numéro 1902 de l'inventaire de la Restauration, ainsi rédigé : « Inconnu. — Bacchus, statue en marbre d'après l'antique. — Hauteur, i'",80. — Rambouillet, jardin anglais, au-dessus du rocher. En très mauvais état, ne valant pas la peine d'être restauré. Abandonné. »
2. 445« séance du Conseil d'administration du musée central des arts, 23 germinal an IX. Voici le début de la séance : le ministre de l'intérieur prévient l'administration que, parmi les statues qu'elle propose pour être placées momentanément à la Malmaison, il a choisi le groupe d'Hippomène et d'Ataiante, et celui de l'Amour et Psyché. Il l'invite à y joindre l'Apollon et la Diane en bronze qui sont dans le jardin de l'Infante. Quant aux deux groupes des Tuileries, il ne faudra en disposer que lorsqu'ils auront été remplacés par les statues de Ménars que l'administration attendra. Le ministre ajoute que, s'il se trouve dans le dépôt du musée un plus grand nombre de vases, l'administration les joindra aux deux déjà indiqués, ainsi que les bronzes dont elle ne ferait point usage. Il l'invite à s'entendre avec les citoyens Percier et Fontaine, architectes du Premier Consul, et lui annonce qu'il a chargé le citoyen Raymond du transport de ces objets à la Malmaison.
Fontainebleau, portant les initiales B. P. et la date 1602 (?),
le second bronze, conservé alors dans le jardin des Tuileries, avait au contraire une tout autre origine. On peut également établir son histoire sur pièces justificatives. Après avoir quitté les Tuileries, il n'a pas changé de place depuis 1813 et se dresse toujours sur la fontaine restaurée du jardin de l'Orangerie, à Fontainebleau. Examinons-le de près. Sur sa base primitivement carrée ou polygonale mais arrondie à la suite d'un remaniement, on lit deux inscriptions. Vers le bord antérieur, une première inscription, gravée et mutilée plus tard lorsqu'il fut nécessaire d'appliquer la statue sur un support circulaire ou cylindrique, donne les lettres.... ERS 1684. Ensuite une seconde inscription, rapportée et vissée sur la base, porte un nom et une date : « Kellers, 1684. »
Cette fonte des frères Relier, datée seulement de 1684, ne pouvait pas, bien entendu, figurer en 1642 sur la fontaine de Diane quand l'a décrite le père Dan. Elle a de plus une origine certaine. Elle vient de Marly et elle a été signalée par Piganiol ^ et par Dargenville ^. On en voit la reproduction dans la gravure ci-contre.
1. « Le quatrième (bronze) représente Diane. Il a été jette en fonte par les Kellers d'après la Diane antique qui est dans la grande galerie du château de Versailles. » {Description de Versailles et de Murly, édition de 1767, t. II, p. 293.)
2. « Les jardins hauts consistent en plusieurs belles allées qui conduisent à un belvédère orné de deux groupes de bronze, Hercule qui lue l'Hydre et Diane jetée en fonte par les Kellers d'après l'antique placé dans les galeries de Versailles. » {Voyage pittoresque, Marly, p. 178.)
DIANE CHASSERESSE Fonte signée des Keller et exécutée en 1684. ( Palais de Fontainebleau.
lit. — 20
Yoici comment elle parvint au Louvre. Dès le 19 germinal de l'an II elle avait été réservée pour le Muséum des Arts \ En arrivant à Paris, les bronzes de Marly furent placés provisoirement dans le jardin du Palais National. En fructidor an III, le Conservatoire du Muséum mit en réquisition le Gladiateur mourant et la Diane -, et, peu de temps après, tous les bronzes de Marly furent transportés au Louvre ^
C'est ainsi que la Diane de Marly, fondue pour Louis XIV par les Keller, entra au Musée du Louvre et qu'elle se trouva substituée à la Diane de Fontainebleau, fondue pour Henri IV par Barthélémy Prieur, dont la trace, à partir de 1801, avait été perdue.
On voit combien il est important, dans les collections publiques, de connaître très exactement les origines de tous les monuments qui les composent. Tous les jours, de graves inconvénients peuvent résulter d'une confusion de la
1 . « 10 germinal an II. Statues réservées pour le Muséum à Marly : La Diane antique, bronze; le Bachus en marbre; le Mercure qui enlève Psiché, bronze; le Laocoon, bronze; Vénus accroupie, bronze; le Rotator, bronze; le Gladiateur mourant, bronze: Atalante, antique de marbre, marquée n" 3. »
0 Etat des objets extraits de Marly par la Commission des arts de Versailles... N° 67. 11 y a neuf statues ou groupes de bronze dans les jardins hauts. Ces statues sont Hercule et l'Ydre, Vénus accroupie, le Rémouleur, la Diane antique, Pœtus et Arie, Flore, I\Iercure et Pandore, Larcon {sic pour Laocoon) et le Gladiateur mourant; toutes ces statues sont sur des piédestaux de pierre et désignés sous les numéros 68 à 76. — Pour copie conforme : Damarin, secrétaire de la commission. »
2. Séance du Conservatoire du Muséum du nonidi fructidor au IIL — « Le Conservatoire arrête qu'il met en réquisition les deux figures de bronze, le Gladiateur et la Diane, pour être transportées au Muséum, et que copie de l'arrêté du procès-verbal sera donnée au citoyen Boucault. »
3. Séance du 19 fructidor an III. — « En vertu de l'arrêté du comité d'instruction publique, en date du 10 germinal dernier (article 17), qui charge le Conservatoire de retirer de tous les dépôts provisoires les objets d'arts nécessaires au complettement du Muséum, et conformément à l'intention de la commission executive de décorer l'entrée, la cour et le jardin du Muséum d'une manière anologue au but et aux richesses de cet établissement ; en conséquence, le Conservatoire arrête que les citoyens Hersent et Boucaul transporteront au Muséum, dans le plus court délay, les bronzes provenant de Marly et déposés dans le jardin du Palais National. »
nature de celle que je combats. C'est par pur hasard que la Diane de Fontainebleau a été retrouvée en 1877. Elle avait été vendue trois fois à des particuliers et elle aurait pu ne jamais rentrer dans les collections nationales, comme tant d'objets d'art qui ne sont pas revenus du gouffre de la Malmaison. Que penser des imprudents qui écrivent avec aplomb riiistoire de l'art d'après des monuments pris les trois quarts du temps les uns pour les autres? Faut-il aussi s'étonner si tant de collections publiques n'exposent plus que des copies à la place des originaux, qu'elles ont possédés mais qui leur ont échappé depuis longtemps. Le public demande naïvement qu'on mette pour lui la science en madrigal, en manuels scolaires et en conférences. Il est servi à souhait, de notre temps ; cependant, ce pauvre public ferait bien mieux de laisser ses professeurs se livrer tranquillement à quelques heures d'analyse que de réclamer d'eux l'improvisation d'une synthèse dont presque tous les éléments sont erronés.
Hâtons-nous de reconnaître que l'erreur sur la Diane de Fontainebleau, erreur qui a failli devenir si désastreuse, était fort naturelle et bien excusable, tant est belle la fonte des Keller. Ma démonstration aurait été pénible, si je n'avais pas trouvé des arguments irréfutables dans les signatures. 11 est, en effet, excessivement difficile de suivre une piste au milieu des nombreuses reproductions en bronze du chef-d'œuvre antique qui circulent partout. J'avais bien avec moi le Père Dan, dont l'autorité n'est pas à dédaigner; mais j 'étais contredit par l'abbé Guilbert, qui s'exprimait ainsi sur la Diane de Fontainebleau en 1731 : « La statue de Diane chasseresse, les cheveux retroussés, le carquois sur le dos, un arc et un cerf en main et quatre grands chiens ou limiers de bronze aux angles de son piédestal de pierre, est élevée sur un massif, orné de quatre têtes de cerfs de bronze, qui versent l'eau par la bouche et forment
un bassin rond de trente pieds de diamètre, où l'on descend par cinq degrez de pierre. Cette statue a cinq pieds de haut et a été moulée et fondue par Vignole * sur l'anlique en marbre blanc, qui fut apportée à Fontainebleau
La Diane chasseresse du chAleau de Fontainebleau. D'après une planche du P. Dan, en 1643.
par le Primahce et qu'Henri IV fit placer au Louvre dans la salle des Antiques, d'où elle a passé à la grande gallerie de Versailles. Elle a été gravée par Mellan ^. »
En présence de la signature et de la date relevées sur la fonte portée en l'an IX à la Malmaison, il ne faut pas
1. Celte opinion dé Guilbert était partagée par M. Claudius Tarral, qui m'a fait part de très ingénieux aperçus au i^ujet de cette statue.
2. La planche de Mellan est gravée d'après le marbre, et non d'après un bronze. La gravure de Bosse, insérée dan« le livre du P. Dan, est conforme à la statue rapportée de la Malmaison; on y voit un support sous le ventre de la biche. Dans la statue actuellement à Fontainebleau, le support a été supprimé.
tenir compte de l'opinion de Guilbert; mais il ne faudrait pas s'étonner que des fontes en bronze de la Diane, datant du seizième siècle ou du dix-septième siècle, rôdassent encore incognito aux environs de Paris. Piganiol [Description de la ville de Paris^ tome IX, p. 4o6) et d'Argenville ( Voyage pittoresque^ p. 229) signalent tous deux, à Sceaux, la présence d'une « Diane en bronze, donnée à M. Servien par Christine, reine de Suède ». Christine distribua en effet, à ses amis, bon nombre d'objets d'art enlevés par les Suédois en Allemagne et en Bohême, pendant la guerre de Trente ans. Ses présents n'étaient pas vulgaires. C'est par suite d'un denses dons, fait au même Servien, conservé d'abord à Meudon, puis acquis pour Sceaux par Colbert, que nous possédons le beau groupe de Mercure et Psyché, d'Adrien de Vries, venant de Prague. La Diane donnée à Servien — si Piganiol et d'Argenville ne se trompent pas — pouvait bien avoir les mêmes origines et avoir été exécutée par les sculpteurs de l'école de Jean de Bologne, dont les ouvrages étaient accaparés par les empereurs, les rois de Bohême et les autres souverains d'Allemagne. Toute bonne fonte de la Diane est donc à recueillir et mérite d'être examinée de très près. Nous savons de plus que la Diane de Sceaux a quitté, à la Révolution, cette résidence pour venir à Paris '. Sauvai enfin, dans son ouvrage intitulé Histoire et Recherches des antiquités de la ville de Paris"^, dit en parlant de la Diane à la biche : « On m'en a fait voir un jet de bronze à Grœwich, maison de plaisance des rois d'Angleterre ; on prétend même qu'il y en a encore en Flandres, en Allemagne et en Italie. » Les fontes de la Diane à la biche ne sont donc pas rares.
i. On lit, en effet, dans le registre des délibérations de la commission temporaire des arts, à la date du 10 floréal an II, f" 65 reclo : « La Diane et le Gladiateur en bronze qui existent à Sceaux sont renvoyés au Conservatoire du Muséum des arts. »
Il y en a une au musée de Marseille. Sans compter celles qui entrèrent dans les collections parisiennes par suite de confiscation révolutionnaire, je dois signaler la Diane de bronze acquise, le 3 juillet 1818, de M"" de l'Estang, pour les musée nationaux *. C'est une de celles-là que je voudrais voir transporter à Fontainebleau sur la fontaine du jardin de l'Orangerie, tandis que l'admirable fonte des Keller viendrait au Louvre, pour qu'on puisse la rapprocher de celle de Barthélémy Prieur et comparer entre elles, à quatre-vingts ans de distance, les fontes françaises du dix-septième siècle.
A la suite d'un examen qui m'a été récemment prescrit par M. le Directeur des musées nationaux, je solliciterai bientôt le retour à Paris des monuments suivants, actuellement déposés à Compiègne :
Le chancelier d'Aguesseau (M. R. 1866) très remarquable statue, sculptée par Pierre-François Berruer, commandée sous Louis XVI, en 1777, par le comte d'Angivillier, pour décorer les galeries du Musée déjà projeté du Louvre. Cette statue, placée provisoirement, après son exécution, dans la salle des Antiques du Louvre, a été signalée dès 1787, par Thiéry ( Guide des amateurs et des étrangers voyageurs à Paris ^ tome I", p. 336). Avant d'être portée à Compiègne, elle décorait le vestibule du palais des Tuileries^ oii elle faisait, comme aujourd'hui, pendant à une statue du chancelier de l'Hôpital, par Gois père (M. R. 1867), commandée à la même époque et dans les mêmes circonstances ;
1. laventaires des résidences vers 1818 : « Tuileries, no 83. — Inconnu. — Diane à la biche, statue en bronze d'après l'antique. Hauteur, 2 mètres. Acquise par M^e de l'Estang, le 3 juillet 1818, pour un prix de 10,000 francs. — Terrasse du bord de l'eau. »
Un buste d'homme en marbre blanc, par Simone Bianco, signé en grec : SIMÛN AEYK02 O ENETO^ EnOIEI, et inscrit sur les inventaires du Louvre sous le numéro MR. 2598. Il est nécessaire de rapprocher cette sculpture de deux autres bustes du même artiste, moins beaux et plus endom-
Vase en porphyre, provenant de la collection du duc d'Aumont. Fac-similé de la planche I du catalogue d'Aumont. ( Palais de Corapiègne.
mages, conservés actuellement au musée du Louvre. J'ai parlé ci-dessus de ce monument ;
Deux vases de porphyre d'une grande beauté ; hauteur i'",02, largeur 0™,r,0. Ces vases proviennent de la collection du duc d'Aumont et ont été achetés pour Louis XVI, par le marchand Paillet, à la vente du célèbre amateur, au prix de 14,521 livres. Ils sont ainsi décrits au catalogue du duc d'Aumont : Porphyre de 'première qualité ; n° 1 . — Deux vases, forme d'urne, à tête de bélier saillante, prise de chaque côté dans le bloc; les cornes, parfaitement dégagées
à jour, en figurent les anses et soutiennent la voussure de la gorge à bord à godron, la panse entourée, du haut, d'un fil de perles et à côtes torses sur le pourtour ; le tout sculpté à bas-relief; ils sont posés sur piédestal de granit gris tacheté de rose, tirant sur le violet ; hauteur de chaque vase : 36 pouces six lignes, sur 21 pouces de diamètre, y compris la saillie des têtes; hauteur des piédestaux, 32 pouces. (Voyez la planche I.) Ces morceaux, extraordinaires par leur importance en cette matière, sont majestueux par leur forme et admirables par l'art du plus riche et difficile travail ; ils méritent d'être placés dans les cabinets les plus distingués. » Après leur acquisition par Louis XVI, nos vases furent remisés au Louvre, dans la salle dite magasin des Antiques, en attendant l'ouverture du Muséum. Ils y furent vus par Thiéry, quand celui-ci cita, en 1787, dans son Guide du voyageur à Paris (t. 1", p. 336), « quatre grandes jattes de porphyre, et beaucoup d'autres vases de matières précieuses comme serpentin, granit , porphyre, jaune antique, etc. ». Ils concoururent, en 1793, à la décoration du muséum des Arts et lurent catalogués dans la Notice de 1793 sous le numéro 5 de la page 105. Inscrits à l'époque de la Restauration, sur l'inventaire général des musées, sous les numéros 2863 et 2864, ils n'ont jamais cessé d'appartenir au Louvre.
Le château de la Malmaison n'était plus, à proprement parler, une résidence nationale, quand il devint, à titre privé, la propriété de l'empereur Napoléon III. Cependant, la vente de ce domaine a fait, en 1877, rentrer dans les magasins de l'État un certain nombre d'objets d'art très importants qui en étaient soitis il y a bientôt quatre-vingts ans et qui ont bien failli n'y jamais revenir, puisqu'ils ont
été aliénés à trois reprises différentes, une première fois en 1826 à M. Haguerman, banquier suédois; une seconde fois à la reine d'Espagne Marie-Christine, en 1842; une troisième fois, en 1861, à l'empereur Napoléon III. La qualité du dernier propriétaire et le caractère public qu'affectaient ses acquisitions particulières elles-mêmes ont fort heureusement permis cette tardive revendication.
Voici quelles furent les pièces du mobilier national qui décorèrent la Malmaison de 1800 à 1815, et quelles sont celles qui viennent d'être restituées au Musée.
Le 6 germinal an IX (27 mars 1801), Chaptal, ministre de l'intérieur, donna à l'administrateur du Musée central* et à l'administrateur du Musée des Monuments français ^ l'ordre de faire porter à la Malmaison des statues et des vases. En vertu de cet ordre, les objets suivants sortirent du Louvre :
1 . Une note autographe de Chaptal, écrite au bas de la lettre adressée à l'administrateur du musée, est ainsi conçue : « Vous donnerez des ordres pour que les statues qu'on a désignées au château de Ménars soient portées à la Malmaison. — Ch. »
Il s'agissait à'Atlas et Phaètuse, sculptures de Théodon, que le marquis de Marigny avait fait transporter à Ménars et qui furent alors revendiquées par l'Élat. L'ordre ministériel fut modifié quelques jours après par une lettre en date du 19 germinal an IX, dont le commencement a été publié ci-dessus, p. 301, et dont voici la fin :
« Quant aux deux groupes des Tuileries, il ne faudra en disposer que lorsqu'ils auront été remplacés par les statues de Ménars que vous attendez. S'il se trouvoit dans votre dépôt un plus grand nombre de vases, je vous invite à les joindre aux deux en marbre indiqués dans votre note. Au reste, vous pourrez vous concerter avec les citoyens Percier et Fontaine, architectes du Premier Consul. Ils sont sans doute chargés de faire transporter ces divers objets à la Malmaison. — Je vous salue. — Chaptal. »
P.-S. — Si l'administration peut disposer d'un plus grand nombre de bronzes, je l'autorise à les placer à la Malmaison.