Mo\\gev\,VArle in Milano, 1872, p
4. 11 faut faire une exception pour les sculptures du baptistère de San- Satiro.
temps qu'elle est l'œuvre d'un maître consommé, a un parfum absolument florentin. Transportons-nous donc, un instant, à l'époque de Ludovic et voyons sur qui un duc de Milan, en 1487, 1488 ou 1489, a pu jeter les yeux, une fois qu'il avait résolu de demander à un maître toscan de premier ordre le portrait de sa fiancée.
L'école des délia Robbia était dans toute sa fleur. Elle produisait les merveilleux ouvrages qu'on connaît. Les Rossellino, les Majano et leurs imitateurs modelaient leurs chefs-d'œuvre ; mais la sculpture que nous examinons est trop ferme, trop précise, pour pouvoir être attribuée à l'école des délia Robbia. Il faudrait donc songer à l'école rivale. Donatello était mort depuis longtemps ; ses meilleurs élèves, ses émules, étaienteux-mêmes descendus dans la tombe. En 1487, ni Desiderio, ni Michelozzo, ni Filarete, ni Mino, n'étaient plus.
L'Italie attendait déjà Michel-Ange; et la mort, en frappant à côté de lui les plus jeiines et les plus illustres têtes, semblait accumuler les ruines du quinzième siècle autour du berceau de Thomn^e qui devait porter à la Renaissance le dernier coup. Sur les sommets de l'art, Verrocchio seul restait encore debout et pour bien peu de temps. En 1484, il terminait, à Florence, son groupe de V Incrédulité de saint Thomas. En 1488, il mourait à Venise, exclusivement occupé, pendant ses dernières années, de la figure équestre de Colleoni. Mon énumération n'est cependant pas complète. Un Florentin, en 1483*, s'était présenté au régent du duché de Milan en lui offrant de mettre à son service les ressources de son talent et en lui déclarant qu'il savait pratiquer tous les arts de la paix et de la guerre. Il lui disait nommément : « In tempo
1. C'est la date donnée par Amoretti et qui est généralement adoptée, notamment par M. le marquis Campori {Gazette des Beaux-Arts, tome XX. p. 40).
di pace credo satisfare benissimo a paragoni de omni altro in architettura, etc. ; item conducero in scidptura de marmore^ di bronzo e di terra, n L'homme qui offrait à Ludovic le More de travailler pour lui le marbre s'appelait Léonard.
Personne n'ignore que le Vinci se livra à la sculpture dès sa plus tendre jeunesse. Vasari nous en a conservé le témoignage dans deux passages : « Non di meno, benchè egli a si varie cose attendesse, non lasciô mai il disegnare ed il fare di rilievo » (Ed. Lemonnier, tome YII, p. 12). — « Non solo operô nella scultura facendo nella sua giovanezza di terra alcune teste di femine che ridono, che vanno formate per l'arte di gesso, e parimente teste di putti che parevano uscite di mano d'un maestro » {Ibid., p. 13). Loraazzo posséda une œuvre de scultpture de Léonard : « Anch' io mi trovo una testicciuola di terra di un Cristo, mentre che era fanciullo, di propria mano di Leonardo Vinci » ( Irattato deir arte délia pittura^ Rome, 1844, in-8°, tome I", p. 213). Il cite(z62c?,, p. 301) une autre œuvre qui était en possession de Leone Leoni. M. Turotti a pu dire, en traduisant Rio : « Gli scrittori che di lui parlarono, prima del Vasari, appena ricordarono le opère del suo pennello e lo additano come gran scultore. Paolo Giovo, originario di Como, contemporaneo di Leonardo ed osservatore abbastanza giudizioso per giudicare con competenza di ciô che più specialmente destava l'entusiasmo del quale quell" arteJSce era l'oggetto, gli consacrô qualche linea in una délie sue istorie, ma non per entusiasmarsi dei lavori del suo pennello, de' quali un solo è rammentato dalF istorico che superficialmente, come se la pittura fo?se stata un' accidentalità nella carriera di Leonardo, ed una specie di sviamento imposto al suo genio, per che egli afferma positivam'ente che la scultura era la prediletta sua cura. Un' altra testimonanza ancora piii decisiva, quantunque puraraente negativa, è quella
di Fra Luca Paciolo *, pel quale Leonardo in ricambio del suo commentario su Vitruvio compose il suo trattato délia
Buste en marbre de Béatrix d'Ëste. (Musée du Louvre. )
divina proporzione, e che^ in un' opéra in cuiparlava acci-
1. Le texte imprimé de M. Tiirotti porte : « Fra Luca Pao'o », mais c'est évidemment uae erreur typograpliique pour « Fra Luca Paciolo ».
dentalmente dei pittori più illustri del suo tempo (1494), ommetteva il nome d'un amico, sotto il cui pennello era già fîorito piii d'un capo lavoro ^ »
Donc, si aujourd'hui nous ne possédons aucun ouvrage authenliquement sculpté par Léonard, il n'en est pas moins certain que Léonard a beaucoup sculpté, en dehors de la fameuse statue de Francesco Sforza. Il a déclaré lui-même, dans son Traité de peinture^ qu'il avait autant sculpté que peint : « Adoperandomi io non meno in scultura che in pittura ed esercitando l'una e l'altrain un medesimogrado, mi pare, etc., etc., » [Irattato délia pitturra^ p. 38). Admiré comme il méritait de l'être, devenu le commensal, l'ami de Ludovic le More, associé à toutes les fêtes du duc et à sa plus grande intimité, directeur de l'Académie qui portait son nom, Léonard fut, de 1484 à 1 489, le souverain ordonnateur des arts à la cour de Milan. A qui donc le Régent pouvait-il songer en 1487, 1488, 1489 ou 1490 s'il eût voulu faire exécuter excellemment le portrait de la jeune fiancée dont il était épris ? 11 n'avait pas la liberté de faire un choix, en admettant qu'il y eût intérêt pour lui à être libre. On peut dire que, étant donnés les rapports si connus et si intimes de Ludovic le More et de Léonard, il est presque nécessaire que les traits de la future duchesse aient été re])roduits, à l'aide de tous les procédés dont disposait l'artiste favori, par sa propre main ou tout au moins sous sa direction, dans cette école qu'on appelait son académie. On voit maintenant oii je suis conduit par une série d'hypothèses non pas absolument gratuites et qu'aucun fait connu, en tout cas, ne vient démentir. Rien ne serait plus naturel que l'existence d'une sculpture de Léonard représentant Béatrix d'Esté.
Pourrait-on dire que le buste du Louvre émane, à quel'