Leonardo du Vinci e la sua scuolu, 1857, p. 61 et
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que degré que ce soit, du maître milanais? Hélas I la comparaison avec une autre œuvre sculptée par Léonard est actuellement impossible. Y at-il assimilation nécessaire entre le buste de Béatrix et ce que l'on connaît de l'œuvre peint et dessiné de Léonard ? Non, sans doute. Je ferai seulement remarquer que l'exécution du marbre, — travail incontestable d'un artiste éminent, — ne contredit en rien l'attribution que je voudrais en faire à l'atelier d'oîi est sorti le portrait de femme connu sous le nom de la Belle Ferronnièî^e et les deux célèbres portraits de la bibliothèque Ambrosienne de Milan. Exécution poussée très loin et qui cependant ne nuit pas à l'ampleur de l'effet ; minutieuse interprétation des détails, qui ne rétrécit en rien l'expression générale ; finesse et profondeur : telle est l'appréciation qu'on peut formuler devant cette sculpture ainsi que devant n'importe quelle œuvre du Vinci et de son école. Le portrait de Béatrix d'Esté est un de ces ouvrages florentins comme Léonard en a peints et comme il peut en avoir sculptés ou inspirés pendant la première période de son séjour à Milan. Arrivons, s'il est possible, à des faits plus positifs.
Béatrix porte une écharpe couverte et l'on peut dire surchargée à l'excès (ce qui n'est pas purement florentin) de ces soutaches, de ces broderies bien connues de ceux qui ont étudié les manuscrits de Léonard et les bordures de vêtements de quelques-uns de ses portraits de femme, notamment celui delà Joconde, L'habitude qu'avait le maître de se complaire h retracer des tresses, des rosettes et des enchevêtrements de cordelettes avait frappé Yasari qui, à ce sujet, s'est exprimé ainsi : « Oltrechè perse tempo fino a disegnare gruppi di corde fatti con ordine e che da un capo seguissi tutto il resto fino ail' altro, tanto che s'empiessi un tondoche se ne vede in istampa uno difficilissimo e molto bello, e nel mezzo vi sono queste parole Leonardiis Vinci
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accademia^ . » Et, en effet, plusieurs estampes^, représentant des entrelacs très compliqués^ et portant au milieu les mots : Leonarùi Vinci acâdemia, nous sont parvenues pour nous témoigner de l'exactitude du fait allégué par Yasari et de ce trait caractéristique du peintre de la Cène. Or, je crois reconnaître le goût léonarde^que dans la broderie essentiellement milanaise qui surcharge l'étoffe de Técharpe de Béatrix au point de la faire disparaître sous l'ornement. Certains dessins disséminés dans les manuscrits autographes de Léonard conservés à Paris justifient à la fois et le biographe des artistes italiens, qu'on accusait d'affirmer sans preuves, et Tattribution du dessin des gravures qu'on a supposées copiées d'après Durer. Oui, Vasari était, en cela bien, informe : Léonard perdait son temps à combiner laborieusement des entrelacs. Sans que ces dessins parussent avoir le moindre rapport avec les pensées qui l'agitaient ou les observations scientifiques qu'il consignait à côté d'eux, il crayonnait çà et là des enlacements de cordelettes sur les marges de ses manuscrits. C'était peutêtre une habitude inconsciente de sa main pendant que son esprit voyageait ailleurs. Passavant s'est donc trompé dans son Peintre-graveur^ ^ quand il suppose que Durer et l'Allemagne ont eu besoin d'inspirer le dessin des estampes qui portent le nom de l'académie de Léonard. M. le marquis d'Adda a déjà démontré surabondamment cette erreur^. N'adraît-on pas à la lettre l'assertion de Vasari, il faudrait au moins voir, dans le sujet de ces gravures, de véritables patrons de passementerie comme le propose M. d'Adda ou
li Ed. Lemonnier, tome VIIj p. 14*
2i Pcassavant, le Peintre-graveur, tome V, p. 179 et 182.
3. Le centre d'une de ces estampes a été reproduit par Amoretti en tète des Mcmorie storiche di Leonardo da Vinci.