II
que vous m'annoncez do mérite et de l'importance de ce groupe, j'en ai ordonné l'acquisition pour le prix de trois mille firancs demandé par le possesseur. Je vous préviendrai du iour où l'ordonnance de cette somme pourra ttre délivrée. Je vous salue. — Chaptal. »
Cette acquisition, qui eut quelque retentissement dans le monde des arts, éveilla l'attention publique sur la valeur de certains ouvrages, jusque-là dédaignés, et fit naître des espérances dans l'esprit des amateurs et des marchands possesseurs de sculptures de Puget, plus ou moins authentiques. On sait qu'elles sont assez nombreuses en Provence et que, si la main à laquelle on les attribue fut féconde, plus féconde encore est l'imagination des Provençaux dans leurs suppositions. Le ministre de l'Intérieur fut inmiédiatement saisi d'une autre offre de cession qu'il transmit à Lenoir, pour l'examiner.
Voici la réponse de celuin^ :
<c Paris, 15 ventAse an X. — Alexandre Lenoir, administrateur du Musée des Monumens français au minirtre de l'Intérieur. — Conformément à votre invitation du 4 du courant, j'ai pris connoissance d'un groupe d'enfans dont le propriétaire le citoyen Tirol, ancien ordonnateur de la marine, vous propose l'acquisition pour le Musée que je dirige. Il résulte de cet examen que ce groupe en marbre, assés considérable pour le volume, est reconnu pour être de la main du célèbre Puget qui Tavoit exécuté pour l'église des Minimes de Toulon. On voit deux enfans de grandeur naturelle posés debout et dans une attitude respectueuse. Au bas du piédestal qui les porte, aussi de marbre blanc et tenant à la même masse, sont sculptées deux tètes d'enfans ailées. Je pense, citoyen ministre, que l'acquisition de ce monument peut être d'autant plus avantageuse pour le Musée que je dirige, qu'il peut sV
juster en regard avec un groupe que je possède du même auteur. J'estime, en conséquence^ que trois mille francs doivent satisfaire le citoyen Tirol; toutefois, si vous avés rextrème bonté de faire ordonnancer cette somme sur les fonds destinés à l'acquisition des objets d'art et au nom du citoyen Tirol. — Salut et respect. — l. n. »
Mais, si l'œuvre nouvelle était plus intéressante comme objet d'art et plus importante comme masse, elle était moins recommandée, et le Ministre refusa en ces termes de faire l'acquisition proposée :
(c Paris, le 13 germinal an X de la R. F. une et indivisible. — Le ministre de Ilntérieur au citoyen Lenoir. — J'ai reçu, citoyen, la lettre que vous m'avez adressée pour me proposer de faire l'acquisition d'un groupe de marbre du Puget, représentant deux enfans de grandeur naturelle qui décoroient l'autel de l'église des Minimes à Toulon et que vous désirez réunir à un autre ouvrage du même auteur, pour en former un seul monument. Les circonstances ne me permettent pas d'accepter pour le moment les propositions du citoyen Tirol qui en est propriétaire et que vous m'avez transmises, et m'obligent d'ajourner cette acquisition, quelque désir que j'éprouve d'enrichir le Muséum qui est confié à voire surveillance. Je vous prie d'informer le citoyen Tirol de cette décision. — Je vous salue. — Chaptal. »
Ces deux derniers documents sont capitaux pour l'éclaircissement de la question. C'est faute de les avoir connus, ou plutôt pour les avoir supprimés, que les éditeurs d'une publication intitulée les Archives du Musée des Monuments français ont confondu le premier marbre avec le second et ont partagé l'erreur contenue dans la Description des sculptures des temps modernes. Le groupe, aujourd'hui au Louvre, n** 202 du catalogue, est précisément celui qui a
été refusé par le ministre de llntérieur en 1802 * : il n'est jamais entré chez Lenoir ; et le groupe n® 5S2 des Petits- Augustins — seule œuvre de Técole de Puget que Lenoir ait possédée dans ce genre — n'a, au contraire, jamais quitté l'École des Beaux- Arts.
Tout d'abord, je dois armer le lecteur contre un danger auquel les personnes, qui se sont occupées précédemment de cette œuvre d'art, n'ont pas su échapper. Lenoir, dans le tome VIII du Musée des Monumens français paru en 1821 ^, a signalé parmi les objets transportés au Musée du Roi, après 1816, le « numéro 5o2, groupe d'enfans, en marbre, par Puget », et il a dit, en parlant des sculptures du mettre, dans le même volume' : « On voit aussi au Musée du Roi un groupe d'enfans ; ce groupe charmant, rempli de grâce et de vérité, inspire les sentimens les plus tendres et fait naître les idées les plus douces. » Mais Lenoir, en 182i,au moment où il avait déjà quitté l'ancien établissement des Petits-Augustins, n'a publié, comme nous l'avons démontré*, qu'un projet de répartition des monuments de son musée, et loin de constater toujours des faits accomplis, n'a écrit que d'après des notes et des souvenirs. Le numéro 552 devait, paraît-il, comme plusieurs autres qui n'y sont jamais arrivés, entrer au Musée du Louvre. Cependant, Lenoir ne constata pas de visu le transport
i. Ce point de fait ne peut être mis en doute. Voici la description du maibre du Louvre^ absolument conforme à celle du groupe proposé par le citoyen Tiroi : « No 202. — Deux Anges enfants, — Ils sont nus, posés debout et appuyés l'un et l'autre sur un socle en console qui est orné sur le devant de deux tètes de chérubins ailés. Groupe de marbre. Ce groupe fut exécuté, vers 1670, pour le tabernacle de l'église des Minimes de Toulon. Il a fait partie du Musée des Monuments français, n^ 552, et M. A. Lenoir en avait orné le monument qu'il avait composé en l'honneur de Puget. » La dernière partie de cette notice est le résultat d'une confusion.