Bulletin monumental, 1885, t. LI, p. 171 et suiv
ao-dessos d'une arcade, est complètement perdu pour l'étude. Je vous prie d'en faire exécuter une copie en pierre, de même espèce que celle qui a servi à la construction de l'arcade, et de demander à être autorisé à substituer cette copie à l'original, dont nous enrichirons la salle du Puget, au Louvre. La dépense, minime d'ailleurs, qu'entraînera ce travail, pourra être prise sur votre crédit d'acquisitions. Agréez, Monsieur le Directeur général, etc. — Léon de Laborde. j>
Le groupe du Louvre, n® 202, dont la description correspond si exactement à celle du marbre qui fut refusé par Chaptal, est entré beaucoup plus tard et par une voie toute différente dans les collections nationales. Son ancien propriétaire, le citoyen Tirol, ne vivait peut-être plus sous la Restauration; mais il avait eu des héritiers ou des ayants cause. Le marbre, proposé infructueusement^ au gouvernement en 1802, fut offert de nouveau en 1817, et le comte de Pradel invita le comte de Forbin à le faire examiner par les conservateurs du Louvre. Voici la lettre adressée au directeur des Musées royaux :
« Paris, le 28 janvier 1817. — Madame Dûment de Frainays possède. Monsieur le comte, un groupe représentant deux enfants en pied en adoration, avec deux têtes d*anges, exécuté par le Puget, sculpteur, qu'elle désirerait céder à la collection du Roi. Je vous prie de vouloir bien faire examiner cet ouvrage par les experts du Musée, et de me faire connaître le prix auquel ils l'auront évalué. Madame Du mont de Frainays demeure rue Fontaine-au- Roi, n" 3B 6w, faubourg du Temple. Je vous renouvelle, Monsieur le comte, etc.
<( Le Directeur général ayant le portefeuille,
« Comte DE Pradel. »
Visconti fut chargé de donner son avis sur l'œuvre proposée à l'acquisition. \oici son rapport :
« Rapport sur un groupe d'enfants^ ouvrage du Pugetj dont it/"« De Fresnay propose [acquisition à Monsieur le comte de Pradel *.
« J'ai visité ce groupe, haut un peu moins de deux pieds,
E.ii|llli!lFiil!!!!l'ii!:it!'i:il!i!iii^^::is:n'!i^Mi^^
Anges enfants, par Veirier. ( Mnsée du Lonvre.)
exécuté pour servir de socle au Saint-Sacrement, dans une église supprimée de Toulon, et j'y ai trouvé tous les charmes du talent du Puget. Ce sont deux petits anges et trois ^ têtes ailées, de chérubins, sculptés avec une grâce et une
1. « Transmis à M. de Pradel, le 27 février. — Acquis. » (Note de la minute.)
2. C'est par erreur que Visconti a écrit trois au lieu de deux. Le marbre conservé aujourd'hui au Louvre prouve qu'il n'y avait que deux têtes de chérubins^ et toutes les autres descriptions sont conformes à l'état actuel du' marbre.
ei pression de dévotion merveilleuse. Le marbre, sous le ciseau de l'artiste, est devenu une chair animée.
« Mais cet ouvrage n'est propre qu'à être placé sur l'autel d'une église ou d'une chapelle. Le socle, si richement orné, n'est pas d'un bon dessin : il est profilé suivant le goût maniéré du temps. Ces défauts sont rachetés par la célébrité de l'artiste et par le mérite réel de la sculpture.
« Je pense que la valeur de ce groupe, qui est parfaitement conservé, avec tous les accessoires qui en dépendent, peut s'élever à 150 louis (3,000 fr.), le nom du Puget pourrait autoriser encore une évaluation de 4,000 francs.
« Fait à Paris, le 2 février 1817.
« E.-Q. ViSCONTl. »
Les conclusions de ce rapport furent adoptées par le ministre, car je relève, sur la comptabilité des Musées en l'année 1817, p. 332 : a Payé à Madame Dumont de Fresnay, pour solde du prix d'acquisition d'un groupe en marbre du Puget représentant deux petits anges et trois *■ têtes ailées de chérubins, ladite acquisition ordonnée par décision du 27 mars 1817. 4,000 fr.
Le groupe cédé par Madame Dumont de Fresnay est inscrit, sur les inventaires du règne de Louis XVIII, sous le numéro LL. 48.
Un premier point est parfaitement établi; le groupe de l'École des Beaux-Arts et le groupe du Louvre sont absolument distincts l'un de l'autre. Aussi, c'est bien à tort que Léon Lagrange, l'historien de Puget, a répété, au sujet de la provenance de ce dernier, les erreurs en circulation. Cependant, nous devrons tenir
i. Trois au lieu de deux» C'est Terreur introduite dans la description de Tobjet par Visconti. Mais le groupe ne comportait bien que deux tètes de chérubins, conformément à la description de Tirol et de Lenoir en 1802, conformément à celle de U^^ Dumont de Fresnay en 1817, conformément enfin à l'état actuel.
grand compte des observations de Léon Lagrange dont les déductions sont justes, bien que le raisonnement, sur lequel il les appuyait, fût en partie inexact.
Lagrange n'a pas connu, en nature, le groupe de. TÉcole des Beaux-Arts. 11 a cru que celui du Louvre provenait du Musée des Monuments français, et voici ce qu'il en a dit : « Si l'on compare V Assomption aux Aiiges enfants du Louvre, placés sans hésitation par le Catalogue sous le nom de Puget, on comprendra la distance qui sépare ces deux ouvrages. Dans ce groupe enfantin, exécuté pour le tabernacle des Minimes de Toulon, on retrouve les trous et les évidements par lesquels se caractérise, à mes yeux, le travail de Veirier. C'est qu'en effet Veirîer seul en est l'auteur. Alexandre Lenoir, lorsqu'il organisa le Musée des Monuments français, attribua cet ouvrage à Puget et l'attribution a été jusqu'à aujourd'hui acceptée sans conteste. Qui donc connaît Yeirier ? Quel musée se soucie de ses œuvres ? Et cependant Bougerel, dans sa Vie manuscrite de Yeirier, nomme formellement, parmi les œuvres de cet artiste, le maître autel des Minimes de Toulon. L'histoire s'accorde avec le caractère visible de l'œuvre pour rendre à Veirier les Anges enfants du Louvre *. »
Voici maintenant comment Lagrange a parlé du même groupe à propos du Catalogue de l'œuvre de Puget ^ : <( N® 83 — Deux Anges enfants^ groupe de deux enfants nus, debout sur une console qui est ornée de deux tètes de chérubins. Hauteur 68 centimètres. Paris, Musée du Louvre, n"* 202. — Ceux-là sont positivement de Veirier, auteur du maître autel de l'église des Minimes de Toulon^ d'où ils proviennent. La date de 1670, indiquée par le Catalogue du Louvre, ne repose sur aucune preuve, et Fattribution à Puget n'a pour garant que l'opinion de
i. Léon Lagrange, Pierre Puget , p. 212.