Pierre Puget, p
Lenoir qui avait placé ce morceau dans le Musée des Monuments français, n"" SS2. »
Nous saurons désormais ce que, dans la notice de Lagrange, nous devons négliger comme entaché d'erreur. Mais les conclusions du critique, quant à l'attribution de l'œuvre, sont à accepter et à conserver tout entières. Le groupe du Louvre, qui est bien celui de l'église des Minimes de Toulon, sera restitué , d'après le témoignage de Bougerel, à Yeirier, le constant et âdèle collaborateur de Puget.
Quant au groupe de l'École des Beaux-Ârts, malgré l'enthousiasme qu'il souleva, malgré le certificat d'authenticité que lui décernèrent les sculpteurs pétitionnaires de l'an X, tout ce qu'on peut dire de lui — jusqu'à plus ample informé, tant qu'il sera hors de la portée de la vue, — c'est qu'il rappelle vaguement et avec un mélange de fadeur l'école du puissant Maître marseillais.
Au cours de ce travail, nous n'avons parlé ni des portes en bois, ni des panneaux de menuiserie sculptée tirés par Lenoir du ch&teau d'Anet et demeurés aux Petits-Augustins depuis 1816. Ces charmants ouvrages ont été placés dans la chapelle et dans la bibliothèque. Nous savons bien, d'ailleurs, que nous n'avons pu être absolument complet. Tous les jours, les travaux de grosse maçonnerie ou même de simple aménagement intérieur entrepris à l'École des Beaux-Arts remettent en lumière quelque nouveau fragment oublié. La carrière, si je puis m'exprimer ainsi, sera longtemps encore productive et le filon des découvertes est loin d'être épuisé.
Tel est, dans ses lignes principales, le tableau de ce qui reste aujourd'hui du Musée des Monuments français dans le bâtiment devenu l'École des Beaux- Arts. Ce tableau n'est
pas flatteur pour notre amour-propre national. Dans un pays où tout le monde parle d'art, où tous les enrichis se piquent d'être connaisseurs, où les leçons sur l'histoire de l'art et sur l'archéologie sont prodiguées à des auditoires attentifs et recueillis, c'est ainsi qu'on traite les monu* ments, si ces monuments, retirés du commerce, ne peu-* vent plus prêter à la spéculation, ou si, faute d'historiens, ils réclament, pour être compris, quelques réflexions ou quelques recherches personnelles.
En matière d'art, les générations nouvelles, abêties par les manuels et les livres de vulgarisation de dixième main, ne tiennent compte que des monuments classés, catalogués, honorés des égards de l'Administration ou recommandés par les éloges de l'esthétique officielle ou par la faveur de la pre«:se. Tout le reste, pour elles, n'existe pas et mérite d'être sacrifié sans regrets. Rien de dédaigneux comme un demi-savant. C'est en vain que le baron de Guilhermy et le marquis Léon de Laborde ont pendant quarante ans essayé de sauver ce qui survivait du Musée de Lenoir dans les cours et dépendances de l'École des Beaux-Arts. L'admira-» tion et la pitié pour ces nobles débris étaient une monnaie qui n'avait pas cours sur la place. Le vandalisme par indifférence et par dédain n'est pas le moins dangereux ni le moins cruel de tous. On a le droit de le dire, en constatant l'état où sont réduits la plupart des morceaux de sculpture énumérés ci-dessus. Il ne faut pas se leurrer d'illusions. Les plus beaux monuments de nos Musées, s'ils perdaient un seul moment leur possession d'état et leur réputation établie de chefs-d'œuvres, ou simplement leur étiquette, seraient exposés aux mêmes dangers et voués peut-être à la même destruction. Je le prouverai quand on voudra.
L'insuccès de mes prédécesseurs ne m*a pas découragé. Ils auraient réussi, peut-être, si, au lieu de prêcher directement par eux-mêmes à des sourds, ils s'étaient bornés à
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mettre la bonne doctrine sur le papier et à fournir aux seuls maîtres que la foule écoute une démonstration toute faite que ceux-ci se seraient empressés de s'approprier. La science a, sans doute, raison de dédaigner certaines besognes; mais, tout en demeurant désintéressée dans son but^ elle ne doit repousser aucun genre d'auxiliaires. Â côté de ceux qui font de la science et de Tart de première main, il y a ceux qui vivent de la science et de Tart des autres. Bon gré malgré il faut compter avec cette honorable corporation. Elle remplit un rôle social très considérable qu'il vaut mieux utiliser que discuter. Le Musée des Monuments français serait recréé depuis longtemps si un premier travail d'exhumation^ de débrouillement et de reconstitution critique avait existé. Je n'ai pas hésité à entreprendre ce travail et^ délivré enfin d'une concurrence qu'au début j'aurais pu croire redoutable, je vais successivement en offrir au public les résultats scientifiques. Il ne dépend pas de moi, malheureusement, d'en tirer tous les résultats administratifs et pratiques. L'opinion publique, si elle consent à s'éclairer, fera le reste. Une valeur est créée; il ne s'agit plus que d'en régler l'exploitation.