SALLE DU SEIZIÈME SIÈCLE AU MUSÉE DES MONUMENTS FRANÇAIS
(dsuxièmb vui)
Fac-similé d'une planche de l'ouvrage de Blet.
même est présent — buste en marbre, — pour nous accueillir de son fin et intelligent sourire. N'entrons pas encore dans la chapelle qui servait de salle d'introduction à son musée.
Placée aujourd'hui au milieu de la cour, cette grande colonne avait été disposée, par lui, dans son jardin Elysée ^ C'est lui qui, vers l'an YIII, l'a surmontée de cette statue de l'Abondance^ provenant de Saint-Germain (n'* 208 du
1. C'est tout ce qui reste d'une disposition très ingénieuse, projetée et même commencée par Lenoir. Voyez la planche 160 du tome IV du Musée des Monumens français.
2. Plus tard, Lenoir avait projeté de poser une Renommée en bronze, tirée du château de Richelieu, à la place de cette statue de l'Abondance qui est toujours restée en place. C'est le moment de parler de cette figure de la Renommée, attribuée à Berthelot, qui n'est jamais entrée au musée des Petits-Augustins, et qu'on a cru à tort reconnaître dans la statue en bronze n* 164 du catalogue des sculptures du moyen âge et de la Renaissance du Louvre, figure provenant, au contraire, du tombeau du duc d'Épernon, à Cadillac. Clarac {Musée de sculpture, t. V, p. 322, n<*^ 2626 B] dit très nettement : a Notre statue décorait le tombeau du duc d'Épernon, à Cadillac, en Guienne. Elle en fut enlevée en 1793 et placée dans le jardin de l'hôtel de ville de Bordeaux ». Cf. un article de M. Chabouillet, Revue des Sociétés savantes, 6» série, t. HI, p. 332, et la Notice de M. Braquehaye, in-8 de 12 pages, intitulé : Statue de la Renommée^ provenant du mausolée du duc d'Épernon, à Cadillac », etc. Extrait du t. HI des Mémoires de la Société archéologique de Bordeaux.
Les éditeurs des Archives du Musée des Monuments français n'auraient pas (t. i«', p. 341 et 347) assimilé la Renommée de Richelieu à la Renommée du Louvre s'ils avaient procédé avec plus de critique et plus de soins à la publication de leur ouvrage. Certains documents, retranchés par eux, prouvent que la Renommée de Richelieu n'entra pas aux Petits-Augustins. Ils feront bien d'insérer dans leur erratum le document suivant . « Paris, ce 28 février 1808. — Alexandre Lenoir, administrateur du Musée des Monumens français, à S. E. le ministre de l'intérieur. — Monseigneur, je suis informé que M. Boutron, propriétaire du château de Richelieu en Poitou, ne pouvant placer aussi avantageusement qu'il le désiroit une figure en bronze de grandeur naturelle, de l'exécution de Simon Guillain, sculpteur célèbre sous le roi de France Louis XIII, et représentant une Renommée qui s'élève dans les airs ayant un pied posé sur un vent, étoit dans l'intention de la vendre à un fondeur pour le poids de la matière. Monseigneur, lorsque, d'après les ordres de votre prédécesseur, j'ai pris connoissance du château de Richelieu, que j'ai examiné dans tous ses détails, j'ai particulièrement remarqué cette statue, qui est un bon ouvrage de ce temps-là; elle couronnoit le principal portique du château; le style n'en est pas pur, mais elle est parfaitement fondue et très bien ciselée dans tous ses détails. M. Boutron la cède pour le poids de la matière au prix courant. Je pense. Monseigneur, qu'il conviendroit d'en arrêter la destruction. Je vous la demande pour le Musée des Monumens français, où j'ai sa destination. Mon-
Catalogue du Musée des Monuments français). Le piédestal de cette colonne était autrefois décoré des bas-reliefs en bronze tirés du monument delà place des Victoires, aujourd'hui au Louvre. En Tan V et Tan VI, elle portait la figure en bronze de Louis XIV, par Guillain, venant du Pont-au-Change.
L'arc de la façade du château de Gaillon est, lui aussi, à son poste ^ C'est Lenoir qui a posé, dans la baie du milieu, la vasque ou bénitier de l'abbaye de Saint-Victor, sauvé par lui ^. Il y était flanqué de deux statues antiques, placées
seigneur, cette acquisition ne peut être qu'avantageuse : !<> parce que ce monument peut s'employer utilement dans divers ajustements d'architecture; 2* parce qu'on ne débourse que le poids de la matière, que l'on retrouvera dans tous les temps; 3» parce que, si on vouloit établir une statue de la matière de celle-ci, elle coûteroit plus de 16,000 francs. J'ai cru, Monseigneur, qu'il étoit de mon devoir de vous prévenir de cette destruction projetée par le propriétaire, et de vous prier de l'arrêter si vous le jugez convenable.
«Monseigneur, j'ai l'honneur de joindre ici mon projet d'ajustement de la première cour du Musée des Monumens français, que j'ai composée avec les débris du ch&teau d'Anet, bâti par Philibert De L'Orme pour Diane de Poitiers, projet dans lequel je fais entrer une Renommée posée sur une colonne, qui se trouve placée au milieu des bustes des artistes célèbres de la France et qui précèdent la salle d'introduction du musée, comme vous le voyez sur le plan que j'ai l'honneur de vous adresser. LaiBenommée de M. Boutron, par son style et la manière dont elle est travaillée, tient encore au goût qui régnoit dans les arts depuis François !«'. Sous ce rapport-là, elle est préférable pour l'ensemble général du monument à une statue que l'on feroit exécuter par un sculpteur moderne. — Salut et respect. — L. N. »
Les mêmes éditeurs n'auraient pas dû retrancher non plus, de ce qu'ils appellent les Archives du Musée des monuments français, une lettre pressante de Lenoir, en date du 25 [février 1808, et adressée à M. Boutron pour arrêter la fonte de la statue.
1. Sur ce monument et son acquisition, voyez la Gazette des Beaux-Arts, t. XXIX, 2« période, p. 493 à 508, et la Part de Part italien dans quelques monuments de sculpture de la première Renaissance française. Cf. les gravures de la cour des Petits-Augustins, dans les ouvrages de Biet et de Roquefort, Réville et Lavallée ; — le Musée des Monumens français, t. III, p. 18, 19, 20 et suiv.; t. IV, p. 53 à 56, 202 et 203, pi. 163, 164; t. V, p. 7 et 8; — Le Catalogue de Lenoir, sous le numéro 338 bis, surtout l'édition de 1810, p. 213, 216, 217 et 218; — Les Comptes de dépenses de la construction du château de Gaillon, par A. Deville ; — Alexandre Lenoir, son journal, etc., t. J, p. CXL, cxu, CXLII, et no» 864, 877, 873, 909, 919, 1045, 1057.
2. Jowmal de Lenoir, à la date du 25 pluviôse an III. Cette pièce portait, en dernier lieu, le numéro 135 du catalogue de Lenoir, et était ainsi décrite : «Une
dans les fenêtres, qu'on retrouve aujourd'hui dans la seconde cour en hémicycle.
Une grille, tirée de Saint-Denis, ferme Tare triomphal de Gaillon. Elle servait autrefois de clôture à la chapelle contenant le tombeau de François P% quand Lenoir eut reconstruit ce tombeau aux Petits-Âugustins, dans la salle dite actuellement de Michel- Ange, à TÉcole des Beaux- Arts*.
Les admirables et rarissimes médaillons de bronze représentant Charles IX et Elisabeth d'Autriche, qui manquent aux vitrines du Louvre et de l'École des Beaux-Arts, et qui servent ici de cache-serrures, c'est Lenoir qui les a placés après les avoir achetés au marchand Lefebvre ^, en
grande cuve en pierre de liais, ornée d'arabesques et de deux petits bas-reliefs exécutés en 1542. Elle est placée dans l'arcade supérieure de la façade du château de Gaillon.. » Cf.^ sur les monuments de Tabbaye de Saint-Victor, Le Musée des Monumens français, t. VI, p. 61 et suiv. Cette cuve fut demandée par une église de Paris pour être transformée en fonts baptismaux. Elle fut refusée sur la proposition de Lenoir : « Paris, 18 fructidor an X. —
Alexandre Lenoir au ministre de Tintérieur 2'* Les fonts baptismaux sculptés
en pierre, qu'il (le desservant de Saint-Benoît) réclame aussi, ne sont point des fonts de baptême. C'est une cuve en pierre de liais, ornée de très belles sculptures arabesques, que j'ai achetée pour le musée à l'acquéreur de Saint-Victor. Ce monument est trop précieux, sous le rapport de l'art, pour ne pas le conserver dans le musée. Je puis offrir au réclamant une autre cuvette et soa pied, pour servir de fonts baptismaux. — Salut et respect. — Lenoir. »
1. « Cette chapelle », dit Lenoir, dans son Catalogue de 1810, p. 155, «est formée d'une grille magnifique, laquelle est ornée de quatre bas-reliefs en bronze doré, de plusieurs médaillons représentant Catherine de Médicis, Henri III, Charles IX, la reine sa femme et Henri IV; des mufles de lions et des armoiries sculptées par Jean Bullant, également dorés, forment la composition de ce monument. » Les pièces de ferronnerie, dont il est question dans la description rapportée ci-dessus, provenaient vraisemblablement d'Écouen ou des Tuileries.
2. «Acquisition de cinq médaillons en cuivre, représentant Catherine de Médicis, Henri III, Charles IX, Henri IV et Marie de Médicis. Ces médaillons sont employés à la grille qui ferme la chapelle de François I«'. — Plus un grand médaillon en marbre blanc, représentant François Rabelais, curé de Meudon. Le tout pour la somme de quatre-vingt-seize francs. — Je, soussigné, reconnais avoir reçu du citoyen Alexandre Lenoir, administrateur du musée des monuments français, la somme de quatre-vingt-seize francs, pour solde de cinq grands médaillons en bronze représentant des rois et des reines de France, et un médaillon en marbre représentant, de g^randeur naturelle, le
admettant que nous soyons encore en présence des originaux. Il n'est guère facile de se prononcer, dans l'état où sont aujourdTiui ces médaillons. La grille de fer du tombeau de François P% telle qu'elle se comportait en 1818, a
Bénitier de l'abbaye de Saint- Victor.
Fac-similé d'une gravure da Musée des Monumens français.
été attribuée au musée du Louvre, par le Ministre de l'Intérieur *.
Les bas-reliefs en cuivre doré qui décorent actuellement
buste de Rabelais, poète célèbre, que je lui ai vendu pour le compte du gouvernemeut, — dont quittance, à Paris, jour et an que dessus. — Aprouvé l'écriture ci-deseus (sic), — 8 frimaire an XI. — Lefebvre. »
En dernier lieu, ces médaillons portaient, aux Petits-Augustios, le numéro 230, etLenoirles désignait ainsi : «Acquisition faite à MM. Balleuï, marbrier, et Favet, serrurier, — Divers fragments composant la grille de la chapelle de François 1er, ornée de divers bas-reliefs et plusieurs tètes en cuivre doré ; le tout modelé et fondu dans le seizième siècle. » Balleux, comme cela est arrivé bien souvent dans les achats de Lenoir, a dû n'être qu'un intermédiaire.
1. Gazette des Beaux-Arts, t. XXIX, 2« période, p. 507 et 508.