‹ Alexandre LenoirChapitre 72 sur 143 · Vasari, Le Vite, édition Gaêtano Milanesi^ t. H, p · texte numérisé non relu

Vasari, Le Vite, édition Gaêtano Milanesi^ t. H, p

entièrement française. Ce qui rend les monuments de Gaillon excessivement précieux pour Tétude de la période analysée par nous en ce moment, c'est qu'ils nous parviennent avec des indications d'origine certaines et que nous pouvons affirmer, sur preuve documentaire, que ces monuments émanent d'artistes italiens. Personne, par exemple, ne contestera à Lorenzo da Mugiano l'exécution de la statue de Louis XII * signée en toutes lettres et venue de Milan. Personne ne refusera à Bertrand de Myenal ou Meynal, parti de Gènes, d'avoir eu le mérite d'ébaucher, d'apporter en France et de terminer sur place la fontaine de marbre * aujourd'hui disparue, mais qu'on peut apprécier par cette autre fontaine^, de même provenance et vraisemblablement de mêmes auteurs, conservée actuellement dans la salle de Michel- Ange, au Musée du Louvre. Gênes (c'est-à-dire Carrare et ses ateliers) avait alors en quelque sorte le mo-

1. N" 16 de la Description des sculptures du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes.

2. Postérieurement à la vente de ce monument^ signalée par M. Deville (Comptes des dépenses du château de Gaillon), nous possédons sur lui les renseignements suivants, fournis par d'Argen ville dans le Voyage pittoresque des environs de Paris, p. 440, à propos de Liancourl : « Au milieu d'une vaste salle de verdure où l'on arrive par des ailées, s'élève une cuvette de marbre de Carrare d'un seul bloc, de douze pieds de diamètre sur deux de profondeur. Les moulures et les ornemens qui l'enrichissent font également reloge de l'artiste et l'admiration du connoisseur. Sa forme décrit un octogone dont les pans présentent dans leur partie inférieure des mascarons et des mufles de lion; des entrelacs à roses et autres ornemens garnissent les moulures de la gorge dont ses bords sont formés. Du milieu de ce vase sort une grosse cloche d'eau qui, tombant sur elle-même, est versée en lames dans un bassin par les mascarons. Cette cuvette, si précieuse par elle-même, l'est en core davantage par son antiquité. Les Vénitiens la donnèrent, en 1500, au cardinal d'Amboise, ministre de Louis XII, par reconnoissance d'avoir, à leur sollicitation, engagé son maître à chasser les Sforces du Milanez. Ce prélat en décora ensuite son château de Gaillon. M. le cardinal de Ta vannes, archevêque de Rouen, ayant ordonné la démolition de la fontaine dont cette cuvette faisoit partie, M. le duc d'Estissac Ta achetée et l'a fait placer, en 1754, dans ses jardins de Liancourt. »

3. N* 17 de la Description des sculptures du moyen âge, de la Renaissance et des temps modernes. Voyez, sur l'acquisition de cet objet sauvé par Lenoir, le numéro 1057 de son journal (Alexandre Lenoir, son Journal et le Musée des Monuments français, t. I«f, p. 258).

ûopole de la fabrication de ces œuvres d'art, car c'est de la même ville que le chancelier Duprat fit venir la fontaine qu'il destinait à son château de Nantouillet *. A part Michel Colombe, à qui un Italien, Pacherot, porta de Gaillon à Tours le bloc où il devait sculpter son saint Georges*, les comptes ne signalent pas un seul Français comme ayant travaillé le marbre pour le cardinal d'Amboise. Cette matière est partout réservée, même sur place, au ciseau italien. Quand il fallut installer l'autel de marbre dans la chapelle qui devait contenir le bas-relief de Colombe, ce furent encore trois Italiens qu'on employa*. Bertrand de Myenal, Jérôme Pacherot, Jean Chersalle * ou Chairsalle (?) doivent être considérés comme les auteurs des charmantes arabesques qui encadraient jadis le saint Georges, et qui vont bientôt, j'en ai l'espoir, reprendre, à côté du marbre de Colombe, leur place originelle^. Antoine Juste travailla aussi à la sculpture de la chapelle de Gaillon*.

Tout le monde connaît les grands morceaux d'architec* ture apportés de Gaillon et reconstruits par Lenoir dans la cour du Musée des Petits-Augustins, devenu aujourd'hui l'École des Beaux-Aits, c'est-à-dire la porte d'entrée du château, les colonnes semées d'hermines, comme un champ de blasons, les frises, les médaillons, les niches, les culs-delampe, etc., etc. On sait moins la provenance de quelques

1. Archives de Fart français, t. III, p. 184. Ces fontaines étaient iadispensables à tout palais princier aux quinzième et seizième siècles. La forme de ces monuments nous est très exactement conservée dans plusieurs dessins du Recueil de Jacopo Beilini, acquis récemment par le musée du Louvre.

2. Aujourd'hui au Louvre, n* Si de ]a Description des sculptures dumoyen âge, de la Renaissance et des temps modernes,

3. A. Deville, Compte de dépenses de la construction du château de Gaillon, p. cm, 318, 343, 356, 359, 360.

4. Ce nom, évidemment altéré, comme ceux de Myenal et de Pacherot, n'a pas la physionomie française, et tous les étrangers employés à Gaillon étaient italiens.

5. 11 y a plus de trente ans que ce rapprochement est réclamé parles archéologues les plus autorisés. Voyez Annales archéologiques^ t. XH, p. 93,

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