A. Deville, Comptes de Gaillon^ p. 419 et
fragments du même édifice errant aujourd'hui un peu partout, à Saint-Denis, au Musée de Cluny, dans certains endroits peu visités de TÉcole des Beaux-Arts et au Louvre. Les stalles de Gaillon* sont définitivement fixées dans le chœurde l'église de Saint-Denis qu'elles ornent d'une façon splendide. Il faut espérer que les pérégrinations de ce chef-d'œuvre sont terminées et qu'il n'aura plus à subir ni remaniement ni mutilation. Un fragment minuscule de la précieuse boiserie est entré, par hasard, au Musée du Louvre, en 1828, après avoir passé par la collection Révoil.
1. J*aî publié, dans l'Introduction du premier volume de cet ouvrage^ p. CLXi^ la lettre par laquelle Sauvé, ouvrier de Lenoir, raconte la découverte de ces boiseries qu*il fit à Gaillon. Voici des renseignements sur la manière dont elles furent acquises par Lenoir : «Cejourd'huy, vingt fructidor an IX de la R. F., après-midi. Le citoyen Barocbe, maire de la commune de Gaillon, a fait assembler en l'église dudit lieu les habitans en la manière accoutumée, ou étant, leur a fait part que le gouvernement était à la recherche de morceaux d'architecture et de sculpture ; que la commune était propriétaire des stalles provenant de la cy-devant chapelle du ci-devant château de Gaillon, qui ont été vues et examinées par le C^^ (en blanc), qui les a trouvées être utiles aux arts de ce genre, et s'est offert d'en faire l'acquisition pour et au nom du gouvernement; que, sur cette proposition, le maire a cru devoir en prévenir les habitans de sa commune, pour décider quel prix on les lui vendroit, ou si on s'en rapporteroit à gens sur ce connoisseurs; attendu qu'aucun des habitans n'est présumé en connoltre la valeur ; ce que le maire a mis en délibération. Et après en avoir lesdits habitans délibéré, il a été convenu et arrêté unanimement de consentir l'enlèvement desditos stalles et de s'en rapporter au citoyen Lenoir, chargé de faire faire ces recherches, étant assez connoisseur pour en fixer la valeur réelle, pour, icelle reçue, être employée aux dépenses de la commune, dont elle se trouve considérablement grevée et sans espoir de les racquitter. Cette proposition et délibération, bien entendu, a été consentie par les soussignés, bien et dûment avertis, et ont signé le présent, un pour être remis audit citoyen, et l'autre aux mains du maire, lesdits jour, lieu et an. »
La compensation stipulée dans ce contrat, si elle vint jamais, se fit au moins attendre quelque temps, ainsi qu'en témoigne une réclamation du maire de Gaillon adressée à Lenoir, en date du 1 4 messidor an X ; je l'ai publiée dans IdiGazette des Beaux- Arts, en juin 1884. Lenoir a parlé de ces boiseries dans ses catalogues, sous le numéro 538, et il s^est exprimé ainsi, au milieu de leur description, dans le Musée des Monumens français, t. III, p. 21 : «Ce beau monument, exécuté en 1500 pour la chapelle d'Amboise, au château de Gaillon, avait été donné à la commune du lieu par l'acquéreur du château. Le citoyen Baroche, maire de cette commune, en a fait hommage au Musée au nom des habitans de Gaillon, qui ont bien voulu s'en dessaisir en faveur des arts. »
C'est l'armoire B 91, actuellement dans la salle des Ivoires, composée avec des panneaux ayant fait partie de la décoration de la chapelle de Gaillon. Un certain nombre d'autres fragments circulent dans les collections particulières et sont depuis longtemps entrés dans le commerce. Si, lors de sa récente adaptation au chœur de Saint-Denis, la sculpture n'a pu être utilisée jusqu'à la dernière parcelle, il serait à désirer que les morceaux demeurés sans emploi fussent attribués aux collections nationales.
J'ai tout lieu de penser que les quatre tètes de lions encastrées, au Louvre, dans les murs d'une des salles de sculpture moderne du pavillon de Beauvais, quand cette salle était consacrée à contenir les monuments de la galerie d'Angoulème, seront bientôt rendues aux salles de la Renaissance italienne et pourront enfin être classées à leur véritable place. Elles viendront bientôt rejoindre, dans une installation définitive, les colonnes de marbre à chapiteaux sculptés de même provenance que j'ai rapportées de Saint- Denis en 1881 *. On trouvera ci -après l'indication de quelques autres fragments de Gaillon, conservés à l'École des Beaux-Arts. Les différents établissements publics qui possèdent des fragments de la décoration sculptée de Gaillon feront bien de les grouper pour faciliter les comparaisons, et de les abriter, autant que faire se peut, contre les injures du ciel. Ce sont des manifestations importantes d'une curieuse période de l'art en France, et ces témoignages éloquents méritent d'être conservés à l'étude et à l'admiration de la postérité.
M. Anatole de Montaîglon a publié une série d'articles excellents sur un des principaux centres de l'activité de la colonie italienne dans le bassin de la Loire. Son travail, intitulé les Juste en Italie et en France^ ^ est un chef-d'œuvre
\ . Gazette des Beaux- Arts, 2« période, t. XXXII, p. 32.
2. Voir Gazette des Beaux- Arts, 2« période, t. XII et suivants.
de critique que la découverte de nouveaux documents n'a fait et ne fera que confirmer. Le même savant a groupé dans les Archives de VArt français^ autour de l'important foyer de l'art italien créé par les rois de France, une grande quantité de renseignements. Mais les aspects du tableau sont multiples. L'inoculation, si je puis m'exprimer ainsi, de Tart italien se communiqua dans notre pays par beaucoup d'autres contacts. Dès le milieu du quinzième siècle, René d'Anjou avait rapporté, de son règne éphémère au delà des monts, non seulement le goût des arts de l'Italie,, mais encore la pratique même du ciseau italien dans la personne de Pietro da Milano et dans celle de Francesco Laurana. Ce Francesco Laurana est pour nous une figure bien intéressante à étudier. Il fut l'un de nos premiers: initiateurs, et une partie de Tœuvre qu'il a laissé chez nous est facile à retrouver, grâce à d'heureuses et récentes recherches ^ Le Maine, avec le tombeau du comte Charles d'Anjou à la cathédrale du Mans, la Provence, à Marseille et à Avignon, conservent encore des traces de son influence et nous montrent les produits de ces ateliers ambulants empruntés à l'Italie. L'Anjou vit apparaître, dans le tombeau de René, à Angers, une de ces vastes et pompeuses décorations dont le roi-artiste avait confié l'exécution à des mains françaises ou bourguignonnes, mais dont le plan et le programme, comme j'ai essayé de l'établir*, avaient été tirés de Naples. A Limoges, en 1453, deux Italiens, Lazarus de Franceschis et Franciscus Piloxus^ sculptaient et peignaient une Vierge destinée à l'église Saint-Mar-
1. A. de Montaiglon, Chronique des Arts, 1881, p. 79 et 111. — Aloïss Heiss^ Les Médailleurs de la Renaissance; F. Laurana, 1882. — D' Barthélémy, Chapelle Saint-Lazare, à la cathédrale de Marseille, 1885. — Léoa Palustre, Les Monuments d*art du Mans, dans la Gazette des Beaux- Arts, 2« période, t. XXX III, p. 300. — Cf. également Lecoy de la Marche, le Roi René, t. II, p. 70, 105 et 3079; Eugène Mûntz, la Renaissance en Italie et en France, p. 487 à 489.
2. Voyez la Gazette archéologique, année 1885, p. 251 et Buiv.
tîal*. A Lyon, qui, suivant le dire de Vasari, aurait possédé un tombeau exécuté et envoyé par Rossellino, était venu mourir un peintre italien, Bertho, dont Filarete, son contemporain, nous a conservé le souvenir*. Un peu plus tard, à Nantes, nous constatons que des ouvriers italiens sculptaient dans Tatelier de Michel Colombe ^. De Brou, un Français, Jean Perreal, dit Jehan de Paris, allait demander à l'Italie des inspirations capables de satisfaire les exigences de Marguerite d'Autriche dans la décoration du mausolée de Philibert le Beau*. Les artistes flamands, qui achevèrent ensuite l'œuvre de tombeaux de Brou, se firent également aider des praticiens italiens Gilles Vambelli et Onuphre Campîtoglio. L'art flamand, d'ailleurs, après avoir très évidemment influencé l'art de l'Italie dans la première moitié du quinzième siècle, avait subi à son tour la domination de ce dernier et tomba presque entièrement sous son joug au seizième siècle.
Il me serait impossible, sans entreprendre un travail qui serait ici déplacé, de signaler tous les canaux par où se glissèrent, dans l'économie de l'art français, les principes et les produits de l'école ultramontaine. J'aurais à parler notamment de cette école de Lyon, où des Italiens étaient venus professer plusieurs de leurs industries nationales et initier nos compatriotes aux secrets des grands médailleurs florentins ^. Mais je veux seulement insister sur le lieu, berceau aujourd'hui oublié, dans lequel tant d'œuvres
1. Texier, Essai historique et descriptif sur les émailleurs et les argentiers de Limoges^ p. 36; et Inscriptions du Limousin, n* 197, p. 260.
2. Gaye, Carteggio, t. !•', p. 205; Vasari, Le Vite, édit. Milanesi, t. JI, p. 65i. — Pour d'autres artistes italiens travaillant en France, consultez la Renaissance en Italie et en France de M. Mûntz, p. 491, 551 et 552.
3. Gharvet, Jehan Perreal, Clément Trie et Edouard Grande p. 71.