‹ Alexandre LenoirChapitre 78 sur 143 · II · texte numérisé non relu

II

Deuxième panneau^ à droite.

Tout le deuxième panneau à droite est tiré du château de Gaillon. Il suffit, pour s'en convaincre, de consulter la planche 164 du tome IV du Musée des Monumens français

MiNERVK.

Médaillon en marbre de travail italien et da commencement du seizième siècle. (École des Beaax-Arts.)

et la planche VIII de l'Atlas accompagnant les comptes de Gaillon, publiés par M. Deville. Consultez également, pour le médaillon représentant Minerve, la planche 80 du tome II du Musée des Monumens français.

Ce buste de Minerve, dont je rapprocherai immédiatement celui de Mars ou d'un guerrier qu'on remarque dans le quatrième panneau de droite, appartient à la partie la plus fine et la plus délicate des médaillons de marbre du

château de Gaillon et ne serait pas indigne, tout comme le profil de jeune homme du troisième panneau de gauche, d'être attribué à quelques-uns des meilleurs maîtres de la corporation italienne. Bien entendu, la prétention que deux de ces médaillons auraient eue, suivant Lenoir, de représenter Louis XII et Anne de Bretagne, ne repose sur rien de sérieux. Ce sont tout simplement des copies de petits

Minerve transformée en Alexandre.

Plaquette de bronze italienne du quinzième siècle,

médaillons de bronze faisant partie de la série des plaquettes italiennes. La soi-disant Anne de Bretagne est la reproduction d'une plaquette de bronze que je possède et dont on trouvera la gravure ci-contre. Cette plaquette n'est, elle-même, que la copie d'un camée dont le type est conservé au cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale, et qui représente Minerve *. L'artiste, qui a imité cette pierre dans une plaquette de bronze, l'a prise, il est vrai, pour un Alexandre et a inscrit sur la pièce les premières lettres du nom de ce roi. Mais il est bien certain que le marbre de l'Ecole des Beaux-Arts, comme on peut le prouver par le

1* Je dois la connaissance de ce fait à M. Emile Moliniefé

rapprochement des gravures ci-joîntes, est la copie très exacte de la plaquette de bronze et qu'on ne doit tenir aucun compte de la légende de celle-ci. Cette constatation est bonne à enregistrer, car elle confirme l'attribution de ce marbre à des mains italiennes, attribution que, par

Mars.

Médaillon en marbre de travail italien et dn commencement du seiiième siècle.

(École des Beau-Arts.)

d'autres considérations, j'avais déjà proposée. D'ailleurs, le fait que de petits bronzes italiens ont été copiés en grand sur des monuments français n'est pas un accident isolé. J'en pourrais signaler de nombreux exemples. Une plaquette de Moderno est textuellement reproduite sur le cul-de-lampe accolé au trumeau de la porte de l'église de Saint-Michel de Dijon; d'autres plaquettes italiennes de bronze se reconnaissent agrandies et utilisées dans la décoration d'un tombeau de la chapelle du château de Pagny (Côte-d'Or), et dans celle du jubé de là cathédrale de

A L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS !i7

Limoges, dans celle d'un panneau de porte, à Saint-Pierre d'Avignon. C'est une nouvelle preuve de l'influence de l'Italie sur les travaux de la première Renaissance française, et cette preuve mériterait d'être étalée, tout au long, sous les yeux prévenus des partisans de la spontanéité de notre Renaissance.

On voyait, il y a encore peu de temps, sur le môme

Nicolas Braqae. • Buste de plâtre dn Mosée de Versailles.

panneau, et soutenu par une console empruntée aux tragments d'architecture apportés de Gaillon, le buste d'une femme dont le corps est de pierre et le visage de marbre. C'est ce qui est resté du célèbre tombeau de Nicolas Braque, et ce monument mérite de nous arrêter un instant.

Nicolas Braque, le sinistre personnage dont les Mémoires de la Société de l histoire de Paris viennent de nous révéler les crimes odieux *, avait reçu, en 1388, la sépulture à Paris, dans une chapelle érigée par son père, édifice qui devint plus tard, à partir de 1613, le couvent des Religieux

1. Mémoires de la Société de Vhistoire de Paris, 1884. Article de M. Noël Valois sous ce titre : La Revanche des frères Braque»

il8 LES DÉBRIS DU MUSEE DES MONUMENTS FRANÇAIS

de la Merci. Le tombeau de Nicolas Braque, ou plus exactement la figure principale qui surmontait ce tombeau, décrite par Gorrozet et par du Breul, dessinée au dix-septième siècle par Gaignières, échappa à la destruction en 1793, entra au Musée des Petits- Augustins, et fut ainsi cataloguée par Lenoir en l'an IV, sous le numéro 225 : a — Pères de la Merci, — la statue eu pierre de liais, à l'exception du masque et des mains qui sont en marbre, de M. de Braque, fondateur du monastère des Religieux de la Merci. » Réunie postérieurement au numéro 67, dont on parlera ci-après, la statue de Nicolas Braque fut, avant l'apparition du catalogue de Tan X, convertie en un buste. Ce buste demeura au Musée des Monuments français jusqu'en 1816. Depuis, nous avons perdu sa trace; mais un moulage, incontestablement tiré sur cette sculpture, est conservé au Musée de Versailles sous le numéro 291 du catalogue. On peut juger de l'exactitudede cette dernière affirmation en comparant au dessin de Gaignières la reproduction dessinée du moulage de Versailles, que je dois à l'obligeance et à l'amitié de mon collègue, M. Charles Gosselin.

Antérieurement à 4795, Alexandre Lenoir avait reçu au dépôt des Petits-Augustins une statue de femme qu'il désigna ainsi dans ses catalogues, depuis l'an V jusqu'en l'an VIII, sous le numéro 67 : « Des Pères de la Merci. — La statue de Madame de Braque, en pierre de liais, à l'exception du masque et des mains qui sont en albâtre. Cette famille avait fondé, dans la rue qui porte son nom, une chapelle dédiée à Notre-Dame dite de Braque. » Vers Tan VIII ou 1 an IX, Lenoir, ayant achevé d'organiser des salles où des séries de bustes étaient classées, fit scier un certain nombre de statues dont la partie inférieure se trouvait plus ou moins endommagée, et, ne gardant de ces statues que la partie supérieure, parvint à compléter ses séries de bustes. La statue de la femme de Nicolas Braque fut du

nombre des monuments condamnés à l'amputation. Lenoir a annoncé, dans son catalogue de l'an X, l'opération qu'il a fait subir à cette figure ainsi qu'à celle de Nicolas Braque. « Ces statues, dit-il, ont été tellement mutilées que je n'ai pu conserver que les bustes. » Le fragment réservé resta exposé sous le numéro 67 jusqu'à la suppression du Musée des Petits-Augustins.

N..., femme de Nicolas Braqvo.

Baste de pierre et de marbre conserTé à l'École des Beanx-Arts.

Après la fermeture du Musée des Monuments français, le buste de la femme de Nicolas Braque fut oublié à TÉcole des Beaux-Arts. En 1832, la création du Musée de Versailles aurait pu lui assurer un asile. Mais les monuments anonymes ne sollicitent pas l'attention des historiens. Les fondateurs du Musée de Versailles laissèrent le buste de cette femme à sa périlleuse obscurité. Un peu plus tard, Duban se décida à l'utiliser pour la décoration de l'École des Beaux-Arts, et le fixa sur le second panneau à droite dans la cour en hémicycle qui précède le musée des études. C'était le condamner à périr rapidement. Cependant, per-

sonne n'avait reconnu le fragment du tombeau de la cha* pelle de Braque et, par conséquent, aucune réclamation ne s'éleva. Depuis quelque temps, le vigilant conservateur des collections de TÉcole des Beaux-Arts, notre confrère M. Eugène Mlintz, a pris soin de soustraire ce précieux monument aux intempéries des saisons.

Bien que les traditions se soient rompues et que le monument de la cour de TÉcoIe des Beaux-Arts soit encore anonyme, la provenance que j'assigne à ce fragment de sculpture n'est pas douteuse. Quatre dessins, d'après le tombeau de la chapelle de Braque, furent exécutés au dixseptième siècle pour Gaignières. Ces dessins, conservés aujourd'hui à Oxford, et leurs calques, déposés au Cabinet des Estampes de la Bibliothèque nationale de Paris % nous ont transmis l'image de la statue de la femme de Nicolas Braque. Cette image est de tous points conforme au fragment qui a survécu et qu'on peut voir à l'École des Beaux-Arts.

Il nous resterait à nommer cette femme et à désigner la famille à laquelle elle appartenait avant d'épouser Nicolas Braque. Lenoir,qui n'y regardait pas de très près, n'a point hésité à se faire une opinion ; et, pour ne pas se contredire par les preuves qu'il fournissait, il a reproduit d'une manière inexacte^ l'inscription fixée jadis sur le tombeau. Il a déclaré que la statue, recueillie d'abord et ensuite opérée par lui, était celle de Jeanne Le Bouteiller de Senlis, morte en 1376. Sans doute cette affirmation n'est pas invraisemblable. Jeanne Le Bouteiller a été en effet la seconde femme de Nicolas Braque. Elle avait été enterrée dans la chapelle de la famille de son mari, et sa statue se trouvait placée à côté de celle de Nicolas Braque. Mais Jeanne Le Bouteiller

1. Pe 1 K réserve, fol. 48, 49, 50 et 51. Voyez également un dessin da tombeau de Nicolas Braque et de sa femme, dans le volume de Gaignières, acquis en 1883 par le Département des Estampes de la Bibliothèque nationale, fol. 229.

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