‹ Alexandre LenoirChapitre 96 sur 143 · II · texte numérisé non relu

II

épouse du duc de Retz, morte en 1603, etc.. Cette statue que j'ai ornée de plusieurs génies du même artiste [Prieur] et des attributs de la poésie, est supporté par quatre colonnes de vert de mer, provenant d'un tombeau qui avait été érigé à la famille Boucherat dans le temple dit Saint-Landry, et qui a été détruit. Le bas-relief en alb&tre que l'on voit au bas est de Pilon, et représente Jésus au jardin des Olives ; le socle, qui porte un lion chimérique, est orné aussi d'un bas-relief très délicatement sculpté en albâtre et de quatre médaillons bronzés, etc. » Le monument de Claude-Catherine de Clermont-Tonnerre est gravé dans la planche 128 du Musée des Monumens français. Le a lion chimérique » , signalé ci-dessus, est certainement le lion du tombeau de l'amiral Chabot; on le reconnaît parfaitement quand on compare, avec les planches de Piganiol et de Millin, la planche 128 du Musée des Monumens français^ où il est indiqué. Mais comme, à cause des petites dimensions des planches, cette affirmation pourrait être discutée, j'aurai recours aux papiers de Lenoir, et je trouve une preuve irréfutable de mon allégation dans des notes manuscrites adressées au ministre de l'intérieur vers 1817, par le conservateur du musée supprimé. Lenoir s'y exprime ainsi : «N® liS. — Du couvent del'Ave Maria (démoli).— Mausolée de Claude-Catherine de Clermont-Tonnerre. Ce mausolée se compose de la statue à genoux et en marbre de cette femme célèbre morte en 1603, sculptée par Prieur^ d'un groupe d'enfans aussi en marbre, d'un sarcophage en marbre noir, de quatre colonnes de vert de mer et d'un basrelief de Germain Pilon, représentant Jésus au jardin des Olives. Ce tombeau, qui avoit été dégradé, a été entièrement fait avec des marbres du musée. Les colonnes de vert de toer qui supportent le sarcophage viennent de l'abbaye de Saint-Denis; les enfans et autres accessoires, de la partie supérieure du tombeau de de Thou ; le lion^ qui est sur un

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piédestal^ du tombeau de Chabot^ et le bas-relief représentant Jésus au jardins des Olives, de Saint-Etienne-du- Mont. ))

Telles étaient, en résumé, au mois de décembre 1816, la répartition arbitraire faite par Lenoir et la situation respective des fragments du mausolée de Chabot entrés aux Petits-Âugustins : la statue couchée et la Fortune étaient employées au tombeau renouvelé de l'amiral. Les deux génies funèbres accompagnaient l'inscription commémorative de Jean Cousin. Le lion décorait le monument remanié de Claude-Catherine de Clermont-Tonnerre, duchesse de Retz. Examinons maintenant le sort postérieur de ces œuvres d'art.

Au moment de la suppression du Musée des Monuments français, la statue de Chabot fut portée au Louvre ainsi que le constate un passage du Journal de Lenoir ^ Elle devint peu de temps après un des principaux ornements de la galerie d'Angoiilême (n"" 9 du catalogue de Clarac). On laissait malheureusement dans les cours et sur le pavé du couvent des Petits-Augustins, devenu l'École des Beaux Arts, tout le reste, c'est à dire: l"" la statue de la Fortune; 2"* les deux génies funèbres; d^ le lion de marbre. On va voir ce qu'il résulta de cet accident et tout ce qu'il faudra de temps et de peine pour reconstituer au complet l'ensemble des cinq épaves que Lenoir avait une première fois sauvées. A l'heure qu'il est, le rapprochement de ces divers fragments n'est pas encore opéré et, quand il le sera, les déplorables con-' séquences de ce trop long fractionnement seront évidentes et ne pourront plus être réparées. Nous suivrons successivement la piste de chacune des pièces oubliées rue Bonaparte.

1^ La statue de la Fortune* Le Louvre s'était d'abord

i. Alexandre Lenoir, son Journal et le Musée des monuments français^ t. I", p. 187.

contenté du morceau principal, de la figure couchée de Chabot; mais, quelques années plustard, quand on s^occupa de former la galerie d'Angoulôme et de fonder la collection des sculptures modernes, la direction des Musées s'aperçut qu'une partie de lliéritage de Lenoir ne lui était pas parvenue. Elle réclama la statue de la Fortune. On lit dans un «État des objets d'art provenant de l'ancien Musée des Honumens français et demandés par M. le Directeur des Musées royaux, le 9 novembre 1821... : Une petite statue de la Fortune par Jean Cousin. Cette figure allégorique fait partie du monument de l'amiral Chabot déjà accordé au Muséum, et n'a pas été enlevée par oubli.»

Si la sculpture arriva immédiatement au Louvre, elle ne fut cependant pas exposée dans la galerie d'Angoulême ouverte en 1824, ou, du moins, elle ne paraît pas au catalogue des monuments de cette galerie dressé par Clarac. Elle a été depuis présentée au public et se trouve cataloguée sous le numéro 104 de la Description des sculptures du moyen âge et de la Renaissance par M. Barbet de Jouy.

2''Les DEUX GÉNIES FUNÈBRES. Ccs fragments du tombeau de Chabot restèrent longtemps encore abandonnés dans les terrains de TÉcole des Beaux- Arts et n'arrivèrent au Louvre qu'en novembre 18S1 , à la suite des intelligentes revendications du marquis Léon de Laborde consignées dans la lettre suivante :

Le 29 octobre 1856.

Monsieur le Directeur général,

La formation d*un Musée de sculpture du moyen âge et de la Renaissance exige des revendications qui, pour n'être pas toutes couronnées de succès, n*en doivent pas moins se continuer avec persévérance parce qu'elles seront approuvées quand on verra, par l'ensemble de la nouvelle collection, ce qu'elles ont produit.

La réclamation que je vous propose de faire aujourd'hui sera, sans aucun doute^ accueillie favorablement, j'en ai potu* garantie l'opinion même de M. Duban.

L'École des Beaux-Arts est devenue Fhéritière de toutes les sculptures laissées par le Musée des Petits-Âugustins quand les particuliers et le roi Louis XVIII eurent pris ce qui leur appartenait avec ce qui était à leur convenance. Longtemps, l'administration de rÉcole a eu des velléité de former, en concurrence avec le Louvre, un Musée de Sculpture. Mais, depuis, une opinion sage a prévalu et il a été reconnu, par le conservatoire, qu'une collection de plâtres de toutes les époques et les copies en marbres, faites d'après l'antique, étaient tout ce que l'École devait offrir à ses élèves de Paris. Il est donc resté, tant dans les cours que dans les magasins, une série très intéressante des sculptures qui devront prendre place dans les galeries du Louvre, les unes, pour les soustraires à la pluie qui les dévore en plein air, les autres, pour qu'elles profitent à l'étude après quarante-cinq années de séjour dans l'obscurité des caves.

Je diviserai ces morceaux de sculptures en trois classes.

i^ Les sculptures qui appartiennent à des monuments dont le roi Louis XVIII a placé au Louvre le morceau principal et qu'on a eu tort alors de ne pas re.clamer. Ces fragments nous sont indispensables, aujourd'hui que le public plus instruit sait, par des publica lions populaires, comment se présentaient originairement des monuments que nous lui offririons mutilés^ tandis que l'État est propriétaire du monument complet.

2** Les morceaux de sculpture qui ont, sous le rapport de l'art et pour les études archéologiques, un véritable intérêt.

3« Les morceaux d'une moindre importance dont on peut ajourner ou abandonner la revendication.

Je vous prie instamment^ Jif onsieur le Directeur, de réclamer les statues et les bas-reliefs compris dans les deux premières catégories. Nous offrirons, en échange, à l'école des Beaux-Arts les plâtres qu'elle ne possède pas, les plâtres de Torwaldsen achetés par M. Charles Blanc et plusieurs fragments d'architecture ornée de la Renaissance ; l'un d'entre eux pourra remplacer le sarcophage de Ph. de Gommines dans la cour de l'école des Beaux-Arts.

J'aurais voulu préciser plus exactement le style et les compositions des morceaux de sculpture que je vous signale; mais ils sont dans un magasin très sombre, entassés et souvent renversés. Je ne les ai examinés qu'en passant et, pour ainsi dire, à la dérobée (n'y étant pas autorisé) ; il m'est.impossible de les mieux décrire. Mais, le peu que j'en dis suffira pour les désigner et, quant au genre de mérite et au degré d'importance qu'ils peuvent avoir, j'affirme qu'ils seront

pour le public studieux uo nouveau et intéressant sujet d*étiide, surtout lorsque, exposés dans Tordre chronologique que vous avez adopté, ils recevront des monuments qui leur sont associés et de Féclat du Louvre une nouvelle importance.

Une réclamation directe adressée au Conservatoire de TÉcole aurait toute chance de succès, si la saine raison était la seule conseillère de MM. les professeurs ; mais l'esprit de corps et Tamour de la propriété même dont on ne jouit pas et dont on ne saurait faire jouir les autres, pourraient bien produire un refus plus ou moins mal motivé. Je crois donc que vous agirez plus efficacement en exposant les faits au ministre de l'Intérieur et en lui demandant, soit de juger par lui-même, soit de nommer une commission qui examinera : i<* Si le palais des Beaux- Arts doit former un Musée de Sculpture en concurrence avec le Louvre ; 2» si des fragments précieux pour l'histoire de l'art doivent être, les uns exposés à l'humidité de l'air qui les dévore et les autres enfouis^ tandis que l'Etat possède dans le Louvre les monuments qu'ils compléteront et un local splendide pour les offrir à l'étude.

Agréez^ Monsieur le Directeur, etc., etc.

LÉON DE LaBORDE.

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