Au Louvre, n<» 124 à 127, ibid
d*une chaire à prêcher dans l'église des Grands-Augustins et séparaient trois bas-reliefs que le musée du Louvre possède *.
4<* Bas-relief provenant du tombeau de Jacques de Coyn, marchand drapier de Paris, en 1522, un pied de haut sur deux pieds et demi de large.
5® Plusieurs pilastres et pierres de revêtement d'une chapelle. Ils sont incrustés de marbres noirs et d'albâtre sculpté en basrelief; excellent travail italien de la première moitié du seizième siècle 3.
6** Une mise au tombeau ou Piéta^ sur le premier plan. Un évêque à "genoux (le donateur) ; sculpture française peinte et dorée vers <520 (trois pieds de haut sur cinq de long).
1^ Un portement^ de croix en pierre de liais; trois pieds de long sur deux de hauteur.
8» Le Christ au jardin des Olives *, en albâtre ; travail du seizième siècle ; deux pieds de haut sur un pied de largeur.
Les deux génies funèbres du tombeau deTamiral Chabot, réclamés si judicieusement parLéondeLaborde, comme on vient de le voir, exposés à présent dans la salle de Jean Goujon au Musée du Louvre, sont décrits sous les numéros 105 et 106 de la Description des sculptures du moyen âge et de la Renaissance. Ce sont les seuls morceaux de sculpture connus qui offrent une analogie indiscutable avec l'œuvre peint et dessiné de Jean Cousin.
Le lion. — Imprudemment isolée par Alexandre Lenoîr du monument reconstitué de Chabot, cette sculpture a payé
1. C'était une erreur; le Lcuvre^ à ce moment^ ne possédait qu'un seul des bas-reliefs de la chaire des Grands-Augustins ; c'était la Prédication de saint Paul, Les deux autres se trouvaient alors à Saint-Denis^ et, après les y avoir retrouvés et reconnus en août 1881, je les ai fait rentrer au Louvre.
2. Au Louvre, n* 89 de la Description des sculptures du moyen âge et de la Renaissance.
3. Ces pilastres sont restés à l'Ecole des Beaux-Arts, encastrés dans un mur de la seconde cour, qui précède le Musée des Etudes.
4. Au Louvre, n* 159 de la Description des sculptures du moyen âge et de la Renaissance,
5. Au Louvre. Sculpture lourde et insignifiante, conservée en magasin.
6. Au Louvre, n» 133 de la Description des sculptures du moyen âge H de la Renaissance,
cher la vie indépendante qu'elle mène depuis la fin du dernier siècle. Les autres fragments du môme mausolée, placés qu'ils étaient collectivement sous le patronage plus ou moins discuté du nom de Jean Cousin, ont toujours fini, après bien des vicissitudes, par reconquérir leur rang. C'étaient des fils de famille qui avaient des relations dans le monde et de puissantes reconunandations dans le sénat des arts. Le Louvre les réclamait; le public leur faisait fête; les critiques d'art s'extasiaient devant eux. Ils jouissaient des honneurs de l'étiquette dans un musée public et étaient déclarés chefs-d'œuvre avec brevet et sous la garantie du gouvernement*.
Pendant ce temps, le pauvre lion, peu intrigant, dépouillé du prestige de la tradition, regardé comme un prolétaire, sans appuis, sans répondants, sans caution, était abandonné et condamné à pourrir à la pluie. Pour le grand public, en effet, et même pour ceux qui font profession de l'éclairer, un objet d'art sans position acquise, sans capital de notoriété, est nécessairement sans valeur. C'est un va-nu-pieds qu'il fautlaisser à la porte. Et pourtant, comme un défi porté à la perspicacité de nos connaisseurs contemporains, ce marbre, qui a reçu d'un maître la même enpreinte que la statue de la Fortune et que les deux génies funèbres, était placé dans l'endroit de Paris le plus propre à lui créer des partisans et des amis. Ainsi que le serait un cadavre inconnu sur les dalles de la morgue, il était exposé au milieu du jardin de l'École des Beaux- Arts pour provoquer quelques révélations de la part des passants. C'est là qu'il a nargué pendant un demi-siècle la clairvoyance de plusieurs générations de néophytes et môme de grands prôtres de l'art. Devant lui, depuis soixante ans, a défilé tout ce que notre pays compte de grands artistes, de profonds connaisseurs, de
i. Un fragment du tombeau de t amiral Chabot, à VÉcoU des Beaux- Arts^ Paris, 1882, iii-8.
criUqnes d'art raffioés, d'historiens diserts de nos arts nationaux. Âucan de ces maîtres n'a pensé que c'était un acte de vandalisme que de condamner à périr une œuvre de cette valeur et c'est dans l'École même des BeauxArts que ce long attentat contre l'art a pu se commettre.
Personne n'a donc voulu faire à cette sculpture l'aumône d'un regard et apprécier les sentiments qui ont présidé à son exécution? Personne n'a donc compris l^ caractère volontairement idéal et conventionnel, hiératique, chimérique même, comme disait Lenoir, de cette tête d'animal, combiné avec la fierté du dessin de l'échiné, delà croupe et de la queue. Personne n'a voulu pénétrer dans la pensée d'un artiste qui poursuivait à sa manière le style antique et cherchait à généraliser, sans les affadir, les traits individuels donnés par la nature en les exagérant au besoin, en les agrandissant et en les enveloppant dans les lignes ressenties. Il était cependant facile de reconnaître que c'était unanatomiste éprouvé et un observateur intelligent que le sculpteur qui a modelé la croupe ferme et nerveuse de ce félin, et indiqué, en la résumant si magistralement, l'ostéologie de toute une espèce animale.
S'il fallait proposer une date d'exécution et une attribution raîsonnée pour cet ouvrage, j'aimerais mieux le rapprocher des accessoires du tombeau de l'amiral Chabot que delà pièce principale. Il résulte, d'ailleurs, de l'examen de la planche donnée par Piganiol {Description historique de la ville de Paris ^ tome IV, p. 204) que le lion, complètement indépendant de la figure de l'amiral, faisait plutôt partie de l'encadrement du tombeau que du tombeau lui-même. Je vois donc, dans le lion retrouvé de l'École des Beaux-Arts, une œuvre de sculpture à assimiler comme travail aux deux génies funèbres et à la statue renversée de la Fortune.
Qu'on ne m'objecte pas que j'exagère la faute commise à l'égard d'une œuvre d'art isolée, de petites proportions, d'une
A L*ÉGOLE DES BEAUX-ARTS IW
importance relativement secondaire et gui, après tout, dans un milieu moins intelligent et moins artiste, aurait pu légir timement passer inaperçue; qu'on ne me dise pas, surtout, que c'est à bon escient que cette sculpture a été dédaignée^ parce que le style de son auteur supposé ne plattpas atout le monde et peut esthétiquement être discuté. En effet, vingt autres chefs-d'œuvre, et ceux-là indiscutables, ont eu à souffrir du même abandon coupable.
Une conclusion résulte naturellement de mes recherches sur le tombeau de Chabot. Si tout ce que Lenoir avait sauvé de ce monument est retrouvé, la place de l'ensemble est au Louvre.
Contre les murs de la chapelle sont fixés trois bas-reh'éfs en albâtre ou plutôt en marbre représentant des scènes de la Passion du Christ. Ces petits monuments ont subi bien des déplacements, et bien longue a été leur odyssée avant de toucher au port qui tes abrite. J'ai raconté, dans l'introt duction du tome V^ d'Alexandre Lenoir^ son journal et le Musée des Monuments français^, comment ils furent expédiés d'office et directement au Muséum le 19 floréal an lï par Sergent et Lemounier, après avoir été extraits du Temple de la Raison, c'est-à-dire de Notre-Dame de Chartres. J'ai publié aussi la protestation indignée du conservatoire républicain du Louvre à la réception de ces objets qui^ à la date de iQoréal an II, étaient en effet assez compromettants. On a vu que, pour « vuider ses magasins encombrés», ledit conservatoire fit porter, le 14 messidor an II, ces trois bas-reliefs au dépôt de Nesle, avec d'autres sculptures envoyées par les commissaires accompagnant les armées en Belgique, et déclarés indignes du Muséum. Voici comment Naigeon constata l'entrée de ce lot au dépôt de Nesle : «Du 13 messidor an II, reçu du Muséum deux groupes de marbre blanc de femmes et d'enfants d'environ 4 pieds de proportion dont