LUNOIS ILLUSTRATEUR
Le xix° siècle, plus que le xvme, justifierait de tous les droits pour revendiquer le nom de « Siècle de l'illustration » .
L'illustration du livre, du livre tel que nous le connaissons, ne remonte certainement pas au delà du xvne siècle. Mais l'art d'orner les textes d'images expressives et vivantes exista de tous les temps.
Au témoignage des historiens et
Illustration pour le Roman de la Momie ° °
de Théophile Gautier. des archéologues, à s'en rapporter
aux vestiges qui attestent l'attrait des images dans les temps
passés, le goût des illustrations naquit avec les premiers livres. L'art eut de bonne heure de la prédilection pour les enluminures plus ou moins riches, plus ou moins savantes, mais d'une naïveté cordiale, qui commentaient, d'une manière symbolique ou religieuse, la Poésie, les Chroniques historiques ou les Récits légendaires.
Ces merveilles manifestaient un style admirable , d'une sincérité incomparable, dont l'accent se retrouve dans les peintures et les sculptures contemporaines. A des siècles de foi et d'héroïsme candide, il fallait des ouvrages naïfs et chevaleresques, illustrés par des artistes, d'une gravité presque religieuse et d'un cœur généreux. . .
Illustrer ces manuscrits et ces missels passait pour œuvre de piété. Les praticiens de l'illustration apportaient à leur tâche une fougue, un enthousiasme qui ne s'est plus guère présenté. Les maîtres les plus glorieux ont enrichi depuis bien des chefs-d'œuvre de toutes les littératures, mais si la plupart se sont révélés comme soucieux de la vérité historique, aucun n'est parvenu à conférer à ses vignettes la séduction d'une aimable simplicité ni cette grâce spontanée qui provient d'un sentiment sincère prompt à se traduire dans les planches, où l'artiste produit des images qui sont tout autant l'écho de ses pensées que la représentation d'un texte si conforme à ses sentiments intimes...
Et voilà pourquoi le xvme siècle compte tant d'admirables
Étude pour Récits et Aventures d'Andersen.
illustrateurs!... Les Gravelot, les Eisen, les Cochin, les Moreau, sans oublier les Saint-Aubin et les Marillier, trouvaient dans les Baisers de Dorât, dans les Contes de La Fontaine, dans les Contes moraux de Marmontel, dans les livres licencieux de Restif de la Bretonne des motifs à la plus attrayante et à la plus gracieuse inspiration. Les vignettes offraient un charme sans apprêt ; l'artiste, vivant au milieu d'un monde frivole, galant, qui lui était familier, n'éprouvait nulle contrainte à rendre les scènes d'aimable libertinage, dont il était le spectateur presque quotidien, en attendant d'y jouer son rôle.
Les mêmes raisons expliquent l'accent émouvant des Duplessis-Bertaux, des Charlet, des Raffet, voire d'Horace Vernet dans le Mémorial de Sainte-Hélène, dans Y Histoire de l Empereur Napoléon, de Laurent de l'Ardèche, dans V Histoire de Napoléon, par de Norvins,... toutes ces pages de la fantastique, de l'inoubliable épopée, illustrées, burinées, gravées, lithographiées par des maîtres élevés au fracas des batailles, les yeux encore éblouis des visions glorieuses de leur jeunesse.
On en conclurait volontiers que fart exquis de l'illustration réclame mieux que de l'intelligence de texte, mieux que le talent du dessinateur et du graveur ; il demande en effet, — à un degré supérieur — une sensibilité émouvante et la passion intime du sujet traité dans le livre...
Comment donner une forme concrète à un récit, à une