‹ Alexandre Lunois, peintre, graveur et lithographeChapitre 3 sur 58 · EN PLEIN LABEUR · texte numérisé non relu

EN PLEIN LABEUR

On ne pourrait accuser notre époque de témoigner une indifférence polie à l'égard des artistes contemporains. Le moindre praticien du pinceau ou de la terre glaise, pourvu d'une ombre de talent et doué de qualités d'entregent, rencontre la faveur du public, qui se traduit sous forme de curiosité très vive aussi bien pour sa vie privée que pour son existence d'artiste. Il s'ensuit du « cabotinage », concurrence active et souvent heureuse aux « cabotinages » d'autre espèce. Les cabotins du pinceau sont légion et ne dédaignent aucun moyen en vue de convertir leur renommée bruyante en réputation universelle...

Pour provoquer la curiosité, pour se créer une auréole de gloire, ces « arrivistes » forgent au besoin des anecdotes qu'on

imaginerait volontiers sortis de l'atelier d'un Dennery ou d'un Conan Doyle, ces maîtres du roman policier à l'imagination étonnamment fertile. Extraordinairement « roublards », nos «jeunes maîtres » saventcombien les « histoires » agréablement présentées favorisent l'histoire légendaire et éblouissante.

Alexandre Lunois n'a jamais eu recours à ces artifices de réclame. Caractère indépendant et fier, talent d'une inspiration sincère et vibrante, il passe son existence entre ses voyages et son labeur. Ses voyages, autant d'occasions de renouveler et d'étendre sa sensibilité d'artiste; son labeur, une suite d'efforts vers la réalisation d'un idéal, auquel il ne cesse d'aspirer et dont chaque œuvre nouvelle contribue à le rapprocher davantage...

De ses premiers envois à la Société des Artistes français à l'an 1888, c'est la période inévitable des tâtonnements, c'est l'artiste à la recherche d'une formule féconde, susceptible de réaliser toutes ses ambitions, et d'exprimer toutes les nuances de sa sensibilité. Les paysages du bourg familial, les sites du département de l'Orne, les modèles qui s'offrent aident à naître des toiles, des dessins, des aquarelles, des « lithos », où domine l'influence des maîtres éducateurs. Mais dès que la bourse de voyage assure l'occasion de s'évader au dehors, quelle verve spontanée, quelle originalité vivante!...

La période des voyages prépare la période des œuvres imprégnées de saveur personnelle. Les toiles délaissent peu à

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