MÉMOIBE SUR LA LIBERTE DES CULTES
dans notre pays, relativement anx opinions religieuses. prends on vif intérêt ; mais avant d'asseoir un jugement dé- I sur foutes ces choses, j*ai besoin d'entendre ton rapport. Je te ig à font hasard et sauf meilleur avis, que les mesures du fomement m'alarment plus qu'elles ne me rassurent, qu'il y a, s moi, un ou deux considérants de trop dans son arrêté, et iîeors passages de trop dans sa circulaire, que du reste l'en- Ue de la résolution me parait justifié aux yeux de la loi et fie système d'une religion de l'état. Le gouvernement, qui se tfiDe le protecteur de l'église nationale, qui en salarie les isires, est fondé, sans doute, à interdire tout ce qui porte diement atteinte aux droits de cette église, considérée comme ftitîon sociale. La réunion des conventicules à l'heure même allé public, est aussi bien un délit sous le point de vue légal ne foute sous le rapport moral et religieux. Le gouvernement
dme dans la sphère de ses droits positifs; et cependant les ares qu'il vient de prendre ne me paraissent point propres à ■dre on diminuer l'esprit de secte et les divisions qui travaill noire église. Quand est-ce que la force civile et les rigueurs rMoiité ont eu ce pouvoir sur l'opinion? n me semble que ■ Toilâ placés dans un cercle vicieux, et rien n'est capable de s en (aire sortir, tant que nous nous tiendrons au principe aenx, je l'avoue, mais faux, d'une religion de Vétat. Pardon- Doi, mon bon ami, ces expressions tranchantes; elles n'exnt chez moi ni le doute, ni la réserve, et je ne les emploie ici
pour éviter des périphrases, bien sûr d'ailleurs que tu me i|vend8. Les relations qu'on a établies entre l'état et la reli- 1, entre la société politique et le royaume des cieux, me parais- ; Je l'avoue, adultères et funestes. Où en est la légitimité dans angile? Jésus-Christ a dit: c Mon royaume n'est pas de ce londe; * les apôtres n'ont rien dit, rien voulu prévoir sur les ports de l'état avec l'église. — Où en est le fondement dans la ire des choses? Rien d'aussi spirituel^ rien d'aussi mdividuel ) la religion; elle ne peut point s'appliquer aux masses, sans vncEi 7
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froisser violemment mie foule dlndividns. -* OCi en est ruCOM pomr réglise? Je n'en vois résulter que du mal pour elle. Le gisfr vemement, dit-on, protège; sa protection est un joug, et cejopg ne tarde jamais à se faire sentir; Tétat gêne la conscience en pm> tégeant comme en opprimant. — Où en est l'avantage poarli corps social? Là où une reb'gion est reconnue, il y a des sectes; là où l'état ne reconnaît aucune religion pour dominante, il n'y! que des opinions et point de déchirements. — Où en est Itie» reuse influence sur l'esprit religieux ? La liberté est Vàme 4b toute ferveur religieuse, en môme temps que le gage de la toié* rance. D^uis un état où le gouvernement ne fait dominer ancmM religion, n'en protège aucune et les tolère toutes, il y a, sani doute, des hommes irréligieux et des esprits forts, et ils ne M déguisent pas; mais il y a peu d'hypocrites et de tièdes. Quloonqne a soif de vérité et de justice, se joint à une communauté travaillée du même besoin; il ne remplit pas une forme et n*(^)serf0 k pas une convenance sociale en allant dans un temple, il ne fiA ^ qu'obéir à la voix pressante de son cœur et de l'esprit de Dieo. Les ministres de leur côté ne sont pas des fonctionnaires publics^ des employés de l'état, responsables devant lui et quelquefois tremblants devant lui; ce sont des missionnaires et des apôtres^ aux besoins desquels subviennent les fidèles; ils n'exercent pas un métier, ils obéissent à une vocation; il doit y avoir parmi ew peu de mauvais pasteurs, puisque les fonctions qu'ils exercent ne leur ont point été imposées et ne se trouvent point en contradiction avec leurs goûts. — On réclame pour l'Evangile la protection des grands de la terre, Christ n'en a pas voulu; il venait établir sur la terre le règne de la vérité; or la vérité doit avoir une mardis indépendante et des triomphes purs; elle doit vaincre par ellemême; si elle avait besoin pour s'établir de la force des annes et des transactions politiques, on pourrait douter que ce fût la vérité. Elle n'est jamais si forte que quand on l'abandonne à ses propres forces. — Ces idées, pour lesquelles milite vainement une expérience de tant de siècles, paraîtraient encore aujourd'hui
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écnuDiges^ ti un exemple imposant ne lew dcmn^ pas le fin grand crédit La république des Etats-U^is n'admet aucune RBgîoa dominante^ et toutefois on nous dit que Faspect religieux 4e ce pays est tout à MX réjouissant
» Janais ces idées ne s'étaient présentées à mon esprit; je i^mis même jamais pensé que la question de la reUgion de l'état, en France, pût être résolue négativement par un chréérén^iienls dont notre pays est le témoin m'ont conduit à m Menaoa, qui m'ont finappé tout d'un coup comme un trait de , et ûgdX j'ai été entraîné, par la forte préoccupation où je à te tracer une rapide et imparfaite esquisse, n manque à esgèee de sermon une application ou conclusion ; je n'ai ni de temps ni assez de papier pour l'y joindre. Ce sera pour antre fois. Jamais sujet ne m'a si ibrtement saisi. Je soumets à aeeUem jogement ces idées encore toutes chaudes. Dis-moi qoeh SQOt tes sentiments, tes voeux, tes espérances. Je sais que Nea peut tirer le bien du mal ; j'espère qu'il le fera ; mais ce qui dans notre cher pays m'afflige et m'inquiète. J'ai à peine de place pour te prier de me donner au plus tôt un signe de ^ ei des nouvelles de tous ceux qui t'intéressent. Pour mol, je loa|{oars cêdssi-coussa. Les miens vont bien. Mes enfents me bleiiheurenx ; ton filleul, en particulier, nous charme par a siBté, sa gaîté et sa grâce '. Dieu veuille nous aider à bien ces dières petites créatures... Adieu, mon cher et véritable ; quand pourrai-je te voir, te parier, te posséder sous mon rTonblie pas mes espérances, j'y pense tous les jours. Adieu nne fins. Que Dieu te bénisse '. »
* IL Lerescbe était le parrain d'Auguste Vinet.
* IL Forel aimait k raconter qu'an jour, k Longeraie, en 1816, parlant des rapi>ortsde Téglise et de Tétat, Vinet dit: «Il faudrait troarer an moyen d*être équitable envers tout le monde.» M. Forel z^pondit : « Il n'y en aurait qu*un ; c'est la séparation de Téglise et de rétat. — Croyez-vous? » repartit Vinet d'un air titonné. n n'était point préparé k cette idée ; il n'y mit pas d'importance
Peut-être aura-t-on trouvé jusqu'ici qu'il manquait une sùr\e de virilité à cette âme qui cherchait partout de$ appuis. On n'ea jugera plus de môme désormais. L'homme est né.
La conclusion ou application promise par Vinet ne se fit pas attendre; on la trouve dans la lettre qui suivit celle que nous venons de citer, sous forme de réponse aux objections de M. Le? resche, à qui l'idée d'une séparation de l'église et de l'état paraissait absolument irréalisable. < Je ne pense point, répond Vinel» qu'un pays qui a vieilli dans le système d'une religion d'état puisse tout d'un coup et doive se placer dans les relations où ki Etats-Unis se sont mis sagement à leur naissance. Mais je pensd qu'une tolérance entière d'opinions doit entrer dans le système d'un gouvernement sage et d'un clergé qui a des lumières et un vrai zèle. Je pense que les autorités dépositaires des intérêts de la société ne peuvent, sans blesser les intérêts de cette même société, poursuivre et punir ce qui n'est pas un délit, c'est-à-dire oà qui n'est pas une atteinte aux droits des membres de cette aggrégation. Je pense que l'autorité a à sa disposition assez do moyens de répandre parmi le peuple les opinions qui lui conviennent (c'est-à-dire à l'autorité) , sans combattre par la force extérieure les opinions non conformes à la sienne; je pense que l'église protestante n'a pas secoué le joug d'un pape pour accepter en matière spirituelle celui d'une autorité séculière; je pense qu'un gouvernement qui veut arrêter de main de maître le cours de l'opinion ressemble à l'homme qui voudrait retenir avec sa main le mouvement d'une roue de moulin que fait tourner une masse d'eau considérable ; il en serait mfailliblement entraîné, puis écrasé. H faut qu'un gouvernement sache qu'il n'est pas institué pour créer des droits ni pour établir des relations nouvelles dans la société, mais pour conserver seulement tout ce
et roublia pendant longtemps. Mais M. Forel a toujours cru que c'était ce germe déposé par lui dans Tesprit de Vinet, qui, sana que Vinet s'en doutât, avait repris vie huit ans plus tard.
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fa*i créé la nécessité et la raison. S'il va au delà, il viole les droits eut il est le défenseur en titre, et quel droit plus sacré que «TiToir une opinion, que de se former des espérances? quelle iberté plus inviolable que celle de la foi? — Voilà à peu près la eimehmon dont je parlais à la fin de ma lettre, et que je n'ai pas ai le temps d'ajouter '. »
Qn^qnes semaines après, Vinet envoyait à Leresche les feuilles dTae brochnre déjà imprimée, intitulée le Respect des opi- Mmt*y le priant de lui faire parvenir ses remarques par le retour Al eonrrier. Le courrier était à peine de retour que la brochure (unissait. C'était moins un opuscule politique, à l'adresse des ^omremements et des partis, qu'une sorte de traité de morale, oourt et simple, destiné à réprimer cette intolérance première, source de tontes les autres, qui se manifeste par des préventions, des jugements légers, des railleries et des sarcasmes. Ces quelques pages étaient peut-être d'une belle âme et d'un citoyen honnête ; on ne les jugea pas d'un homme politique. Certains iounianx* se demandèrent quels pouvaient en être l'intérêt et le bot; pour nn écrit de circonstance, le sujet paraissait traité d'une manière trop générale; pour un traité philosophique proprement dHf le développement des idées manquait d'ampleur. On pensa que c'était une apologie personnelle de quelque mômier, qui tenait à se déguiser. Elles furent mieux comprises de ceux à fadresse desquels elles étaient écrites, et peut-être retentirenteDes dans plus d'une conscience comme une voix accusatrice. • D'où viennent, s'écriait Vinet en terminant, ces dégoûtantes Itarenrs, ces attaques ignobles, véritable souillure de tout ordre social, véritable honte de toute police? Cette populace, à laquelle on appliquerait facilement l'énergique mot des pharisiens (Jean
* Lettre da 24 février 1824.
* Baie, 1824. Elle a été réimprimée par le comité éditeur des cniTies de Vinet, en tète du volume intitulé : La liberté des cultes. Fkris, 1852.
* Entre antres la Gazette de Zuricli,
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Vn, 49), si la pitié ne prévenaît pas l'iadignation, où puise-t^dk soQ emportement, si ce n*est dans les mauvaises plaisanteries de quelques esprits légers, et dans les bruits absurdes accueillis et accrédités par une classe trop cultivée pour pouvoir y croire? Qu'elle fasse entendre des huées, qu'elle bafoue, qu'elle insulta^ tous ces mouvements de sa stupide colère accusent ceux qpi l'ont fait naître et qui l'ont excitée par la coupable inconsidéra- ^ tion de leurs propos. C'est donc eux véritablement qui bafouent et qui persécutent^ et tous ces désordres, sur lesquels ils expri* ment peut-être des premiers leur indignation et leur dégoût, c'est à eux qu'il faut les imputer. < Cette parole est dure; qui peut » l'écouter (Jean VI, 60) ? » mais aussi, qui peut la démentir?
» La légèreté qui n'examine rien, l'opiniâtreté qui ne compare jamais, la présomption qui tranche toujours, conviennent mal un peuple que la liberté politique appelle naturellement à être sérieux. Si notre peuple revêtait ces malheureuses dispositions, si, dans ses préventions, il appelait secte toute opinion nouvelle, fanatisme toute manifestation énergique d'une conviction fondée, nous douterions de sa justice, et nous craindrions pour son bonheur. »
La manière dont Vinet cite la Bible, par un simple renvoi, montre assez à qui il en voulait. C'était du clergé, particulièrement du clergé vaudois qu'il comptait être lu, et il s'adressait surtout à ceux de ses membres qui, dans leurs jugements sur les méthodistes, n'observaient ni les règles de la justice ni celles de la charité. Peut-être, en écrivant, fit-il plus d'un retour sur lui-même.
Est-ce à dire que Vinet eût passé à l'ennemi, et que la Gazette de Zurich ait eu raison d'attribuer cette brochure à un « mômier » î Non. Vinet n'avait pas beaucoup plus de goût qu'en 1822 pour les tendances séparatistes et les petites églises choisies, c J'aurais pu assister, écrivait-il à M. Leresche, en 1825, à ce qu'on appelle chez nous des conventicules; l'essai que j'en ai fait ne m'a pas attiré; peut-être ne suis-je pas mûr pour ces réunions; mais exL attendant j'y souffre, parce que plusieurs façons de voir et de dire qui y
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éomiiUDles^ ne sont pas les miennes^ que le silence y serait et les discussions lâcheuses. Ma famille d*ailleurs peut tenir lien d*un conventicule. Au reste, tout cela n'est pas Tes- *. » On le voit, Vinet est plus charitable dans ses juge- ; il ne jette plus au public des phrases conune celle de VAvis condisciples sur le curieux mélange d'humilité et d'orggei qui distingue les méthodistes; mais quand il sait à qui il pvte» U n'est guère moins net € Si nous pouvions causer, je te dinii sur ceux de Genèye des détails.... qui te feraient rire et ptarer. &aDdpierre qu'on traite ici d'exalté, a été anathématisé à Genèfre, comme un adversaire de l'Evangile, au sujet d'un sermon qui, à Bâle, avait paru trop fort. Diras-tu comme moi : 0 qMBntimî est in rébus inane* f >
E B*y Êuit point chercher de finesse; Vinet défend la liberté pour eUe-méme et non en faveur de ceux-ci ni de ceux-là. Le CQMBmtaire exact et la véritable explication de la brochure sur k Respect des opinions se trouvent dans ces mots écrits le 1 1824: < Je me persuade toujours plus que ce que Dieu avant tout, c'est la sincérité '. > Le droit à la liberté est à ses yenx la reconnaissance publique du devoir de la sincérité. Cependant M. Leresche avait fait à Bâle cette visite si longtemps attendue et si vivement désû*ée. Les deux amis avalent pu s'enfiretâiir sur tous les siyets qui leur tenaient au coeur et se ftomntuiniipftr jusqu'à CCS pcusées secrètes et si intimes qu'une
* Lettre k IL Leresche, du 26 décembre 1825.
* Lettre k M. Leresche, du 25 octobre 1821.
* On ee rappelle ce que disait M. Isaac Secrétan de ce besoin de OBoérité qui, aussi loin que remontent ses souvenirs, lui apparaît tonjonrB comme le trait saillant du caractère de Vinet. (Voir pag. 2^.) N'oublions pas ici un mot de Vinet k un ami plus jeune : « Vooi êtes franc, je me pique de l'être aussi, mais nous n'entenéam pas la franchise tout k £ait de môme. Vous la faites consister k dire tout ce que vous pensez ; pour moi, je borne mon ambition k ne rien dire que je ne pense. »
sorte de pudeur se refuse à les confier au papier. Ce que Vinet admirait surtout chez M. Leresche, — admirait et enviaityc*était la simplicité et la sérénité de la foi, ce qu'il appelle il santé du cœur ^ Avec lui point de controverse, point de diaci»sions oiseuses, mais de religieux épanchements et de libres en* tretiens, toujours bienfaisants. On peut conjecturer que ces longs et doux entretiens eurent pour effet de les engager toi^ours plus, Tun et l'autre, dans la voie qui était déjà la leur, celle d'une piété simple, humble, large, ennemie de la chicane, tout en atténuant peut-être chez Vinet cette défiance de soi-même, dont Texcès paralysait ses forces. S*il en fut ainsi, l'influence de l'amitié ne fit que s'ajouter à celle des causes multiples qui agissaient dans le même sens. Leçons de Texpérience, croissance na* turelle de Tâme, influences du dehors, aspirations du dedans : tout conspirait à développer chez Vinet cet esprit d'humilité et de courage, d'humble audace, dont il devait donner tant de preuves. C'est à partir de l'année 1824 que l'activité de Vinet conunence à se déployer au dehors. Il écrit pour un journal théologiqoe allemand quelques articles sur l'organisation des églises réformées dans la Suisse française, et fl collabore au Nouvelliste vaudois, qui, rédigé par M. Monnard, s'efforçait de répandre de salutaires idées de progrès et de liberté. Ses études d'ailleurs continuent à être variées, se portant tour à tour sur les lettres, sur la théologie et sur les questions sociales, politiques et morales. Cependant, au milieu de ces préoccupations diverses, les idées qui l'avaient saisi sur l'illégitimité des rapports entre l'église et l'état s'emparent de plus en plus de sa pensée, non qu'A croie à la possibilité prochaine d'une séparation, ni qu'A juge opportun de la prêcher en principe; mais il lui paraît tous les jours plus urgent, •dans le double intérêt de la justice et de la religion, de réclamer au moins la liberté. C'est là, à ses yeux, le minimum indispensable : c Que l'église nationale soit protégée, comme en Angle-
* Lettre du 26 mai 1824.