SIC IIÉNAGB. ÉTUDES. PREMIER OPUSCULE
Cette différence était d'autant plus précieuse à qaL*û avait moins d'assurance en lui-même ; plus que jamais lit en scm père on appui, un gardien. Si jaloux qu'il Mt de idépendance, son cœur ne se soulevait point à l'idée de cette latioD, véritable tutelle d'amour. L'espèce d'inquiétude inmUe ^ que trahissaient parfois les lettres qui arrivaient de lime, pleines d'une sollicitude abondante en conseils, n'était i ses yeux qu'une nouvelle freuve de tendresse, et cette esse s'épanchait plus librement depuis que M. Vinet, le père, pa serrer ses petits-enfants dans ses bras. Les pères les plus es ont coutume d'être les plus tendres grands-pères. On peut sans exagération, que Yinet, âgé déjà de vingt-cinq ans, ne Tait pas la possibilité de vivre sans l'affection et la protecatemelles dont il se sentait entouré. Cette protection lui fut in retirée, au moment où il s'y attendait le moins. M. Vinet, ■e, ftil emporté par une maladie foudroyante, le 8 juin 1822. mvelle de sa mort arriva à Bàle en même temps que celle maladie. Le fils partit précipitamment pour Lausanne ; mais ira tn^ tard pour se rassasier, comme sa sœur, de l'amer r de couvrir une fois au moins de caresses et de baisers le e paternel. Une lettre à son ami Leresche, postérieure de se jours (S6 juin), nous permet de voir ce qui se passait en aidant ces heures d'angoisse.
Tai tant besoin que ma pensée se porte sur toi avec consolaavec confiance ! J'ai tant besoin de retrouver chez toi sans itîon les sentiments que tu m'as exprimés dans ta dernière ! Elle m'est arrivée dans un moment bien amer; j'étais à ?, seul, au milieu d'étrangers et d'indifférents, au milieu du Ite d'une auberge, n'ayant pas un endroit pour pleurer, n'opas ouvrir des lettres que je venais de recevoir avec la e, et qui contenaient des détails sur la perte irréparable que avons faite. J'ai ouvert ta lettre la première, et j'ai béni Dieu
e mot est de Vinet.
74 ' CHAPITRE m
de m*avoir donné un tel ami, sur qui ma main pouvait s'appuyer, au moment où je perdais Tappui solide et révéré de ma Jeunesse. Car je dois tel*avouer, mon bon ami, je me suis senti extrêmement abandonné, et cette impression semble s*adoucir lorsque je pense à toi. Mon bien-aimé père était depuis si longtemps la règle de m|i conduite, la lumière de mon jugement, le point de vue de toutes mes relations, qu*il me semble être maintenant dans un état hors de nature; le ressort de ma tie est comme rompu; je suis déso* rienté dans le monde, et ce n'est qu'en tournant mes yeux vers le ciel que je sens que je tiens quelque chose d'ûnmuable, d'assuré, d'étemel... »
« Ma mère et ma sœur viennent demeurer avec nous; tout notre bonheur sera de travailler à leur bonheur, si du moins il est pour nous un vrai bonheur loin de l'objet de notre conunune tendresse. La mort enjQn nous réunira tous, et je t'assure, mon cher ami, que ce passage n'a plus rien à mes yeux de redoutable ni de lugubre; il semble que mon père me l'ait éclahré et embelli^ je ne vois plus que ce qui doit me ramener dans son sein. Ahl Dieu veuille me soutenir de son Saint-Esprit, afin que je meure de la mort du juste, que ma fin et mon espérance soient sembla* blés à celles de mon père! Puisse-t-il ici -bas me conserver longtemps ceux que j'aime; puisse-t-il te protéger et te bénir, cher ami, toi dont l'âme est si proche de la mienne, toi dont le bonh^ar fera toujours une si grande partie du mien ! Qu'il te conserve ta bonne mère et tous ceux qui te sont chers 1 »
Maladie. — Travail intérieur.
Quelque» jours après la mort de son beau-père, M"""" Yinet éeriTiît à un ami les lignes suivantes : < Je pense souvent, je vous FiToiiey que peut-être nous l'aimions trop, que nous regardions trop soo jq>probation comme le but de notre vie, et que Dieu nous Va enferé pour nous apprendre à tourner vers lui nos yeux et coeurs; mais comment aurions-nous moins aimé ce père si
D semble, en effet, que pour devenir complètement homme, Yinet eût besoin d'apprendre à marcher seul, et que le sentiment d'abandon qu'il éprouva après la mort de son père lui ait été salutaire. Peut-être fut-il d'autant plus salutaire qu'il fut plus douloureux. La force que déploient certaines natures est souvent en raison des épreuves au milieu desquelles elles se forment. Six mois après le fatal événement, il était encore sous le coup, comme on peut le voir par une lettre à M. Leresche, datée du 27 novembre itô2 : < Nous sommes tous bien portants, et maman paraît
« Lettre k M. Leresche du 26 juin 1822.
se faire au séjour de Bâle, dont elle ne connaît guère au reste qud notre maison ; ma sœur paraît contente ; mais, malgré toutes les compensations que Dieu veut bien nous accorder, que de me- m, ments où un vide cruel se fait sentir et où des souvenirs douloureux retombent sur le cœurl Plus je m*éloigne du moment oà nous avons été frappés, plus je sens que la perte est inmiense, et surtout pour moi. Exemples, conseils, courage, vertu, il me semr ble que je tenais tout de ce bien-aimé père ; je sens ma vie privée de son principal appui ; avec sa pensée je me sentais fort, et maintenant je me trouve faible contre les hommes et contre les j choses. Il faudrait que cet isolement me rattachât davantage - ] à Tappui qui ne peut jamais manquer, et en effet la pensée du ' père que j'ai éternellement dans les cieux m'est un grand bien; mais ce sentiment n'a pas en moi toute l'énergie et la domination qui me rendraient fort, serein et heureux; mon àme, imbue dès l'enfance d'une religion douce et tendre, a perdu, au milieu des discussions dont j'ai été témoin trop peu calme, une partie de ce sentiment qui me rendait si heureux; mon esprit a été douloureusement frappé de ces querelles, et tandis qu'auparavant je me faisais des idées reh'gieuses un tranquille paradis, où j'aimais à me retirer, j'y vois un champ de guerre, où l'on me disputa mes sentiments, où l'on veut régler ma piété, et me prescrire impérieusement des émotions que mon cœur éprouvait sans effort. Il me semblait autrefois que Dieu était à moi; je voyais en lui un ami particulier, intime; aujourd'hui toute la théologie polémique vient se placer entre lui et moi. »
A cette épreuve devait bientôt s'en ajouter une autre. Malgré une organisation nerveuse délicate, Vinet était né fort et robuste; cependant, dès les premiers temps de son séjour à Bàle, les excès de travail, une vie trop sédentaire, une nourriture insuffisante et des irrégularités de régime, des repas trop souvent brûlés, comme il disait, c'est-à-dire manques, avaient, on l'a vu, altéré sa santé. L'estomac s'était affaibli. Un régime meilleur, d'abord chez M. le pasteur Hory, puis dans sa propre famille, semblait avoir réparé
èdies premières, lorsqu'il lui arriva un accident qui parut nportance, mais dont les suites allèrent s'aggravant. ait en juillet 1820, au moment même des couches de sa a. n se donna un coup violent au bas ventre, en se levsmt. f fil d'abord aucune attention, lui moins que personne. Il
fallu mettre des sangsues, on le négligea; il aurait fallu rder un repos assez long, il n'en prit que le strict nécessaire. imeur se forma. Le médecin ordonna des remèdes à contre- Au bout de quelques mois, la tumeur se transforma en , et pendant le séjour qu'il fit à Lausanne, en 1^(21, il dut one opération douloureuse, dont le succès ne fiit pas com- ; dont fl ne se remit jamais. L'année 1822 fiit meilleure, et péra que des soins et des ménagements suffiraient à empême rechute sérieuse. Cette espérance devait être déçue. printemps 1823, Vinet commença à craindre que sa santé
sérieusement atteinte. U garda quelque temps un silence et envers ses amis, c Si je t'ai inquiété en me taisant, l à M. Leresehe, c'est pourtant pour ne pas t'inquiéter que sob ta. Depuis trois mois ma santé a souffert et m'a donné BcL^ J'attendais la guérison pour te dire que j'avais été le. Ta lettre me fait un peu anticiper sur ce moment ; mais MHS à l'heure qu'il est je suis plus tranquille et j'espère, qoe je me trouve réellement mieux. Après tout ce préamvoon bon ami, tu vas croire que j'ai gardé le lit; il n'en est dant presque rien. J'ai vaqué à mes affaires, j'ai donné mes \, j'ai couru, j'ai même été de festin, et ce n'est pas ce que it de mieux; mais je n'étais point dans cet état où l'on est lînt de rester au lit. Des points et des douleurs par tout le , qui semblaient se rattacher à mon fatal accident, des »^ et par la suite un changement à la partie affectée, ne péchaient pas physiquement de me livrer à mon travail tumé, mais me remplissaient d'une angoisse et d'une trisqoe je ne pouvais vaincre, qui me troublaient dans l'exercice m état, qui m'empêchaient de vivre véritablement, vitam
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vitalem degere. Le médecin ne voulait pas partager mes alarmes, et ne pouvait pas les dissiper tout à fait. A la fln je me sois résolu, avec son conseil, de prendre du repos. J*ai dit adieu pour une semaine à toute activité du corps et de Tesprit, je me sois donné à la douce paresse, et soit que le repos m*ait fait du bien} ^ soit que le mal fût disposé à fléchir, je me trouve dans ce moment \ bien mieux; Fespérance même à laquelle je me livre me semUe un très bon symptôme.... En me rappelant combien de fois Dieo m'a protégé d'une manière signalée, je me sens disposé à la confiance en lui; je me reproche de n'avoir pas su vaincre par cette confiance si juste les noires alarmes qui s'élevaient souvent dans mon cœur; j'espère qu'il daignera me le pardonner et se servir de celle épreuve pour me rapprocher de lui *.»
Ce mieux ne se soutint pas; une rechute plus grave mit bientôt Yinet à deux doigts de la mort. Les remèdes violents qu'on lui administra, la ciguë, entre autres, prise avec excès, raffaifolio rent peut-être autant que la maladie elle-même, A partir de cet instant, il ne connut de la santé que de passagers retours^ des trêves entre deux atteintes. « Je ne crois pas, ai-je entendu dire à sa veuve, que depuis 1823 il ait jamais eu quinze jours de francs. »
La suite de ce récit fera voir, autant du moins que le permettent les documents que nous avons entre les mains, quel fiit l'effet de la souffrance sur le développement de sa vie religieuse. La seule chose que ik)us ayons à constater pour le moment est que les premiers indices d'une vie religieuse réellement indépendante et fortement individuelle suivirent de près le travail intérieur que firent naître en lui la mort de son père, en juin 4822, et, dès le printemps suivant, les ravages croissants de la maladie. Ces nidices se rapportent soit aux relations de Vinet avec le professeur de Wette, soit à une discussion engagée dans le Journal de la Société de la morale chrétienne,
* Lettre du 2 juillet.
MALADIE. TBATAIL INTÉBIEUB 79
L'ippd de de Wette à Bâle, en 1822, mit en grand émoi le pitik religieux et académique de cette Tille. Vinet se fait Técho, dans ses lettres à M. Monnard, des bruits colportés et des discossioos aigagées : c Je vous ai dit un mot de la nomination de IL de Wette. EUe sera sans doute confirmée demain par le Petit- Conseil. Elle occupe beaucoup les esprits dans un pays où les objets religieux ont le privilège d'intéresser sérieusement toutes leidasses. H paraît qu'on a voulu donner un contre-poids à Tesprit de secte, qui va toujours croissant. L'intention est bonne ; le mÊfOk est-U aussi bon ? On m'engage à en douter. Un de mes eoilêgiiies, qui a suivi, il y a quelques années, les cours de M. de Wette, assure qu'il traitait alors très cavalièrement ce que nous respecloiis. En commençant la lecture d'Esaïe, il commençait par potar comme un fiait certain et convenu que ce prophète n'a point fti de prophéties ; après cela je ne sais point quelle espèce d'exé- ^iae 11 fusait de son auteur ; mais en finissant, il remerciait en riant Ses auditeurs de la patience avec laquelle ils avaient écouté la lecture de ce livre. On dit qu'il a changé depuis ; mais on ne dit pas qœ ce soit du tout au tout; on prétend que les livres qu'il a écrits pour le grand public sont irréprochables, mais qu'il tient aux saraiifs et aux étudiants un autre langage ; et ce n'est pas ce qa'fl nous faut Un excès n'en corrige pas un autre, et l'unité ne se rétablit pas par la contradiction. Le Conseil d'éducation avait demandé à quelques membres du clergé des mémoires à ce sujet: oa a écrit dans des sens opposés, et, tout examiné, ou du ihoins Vjox débattu, on a nommé M. de Wette. Vous devez connaître, mûQâieur, sa réputation et ses ouvrages ; je serais charmé d'avoir Tutnf opinion ; je n'entends guère ici que des juges prévenus ou iatêressés^ >
Un mois après, parlant d'un certain docteur qu'une partie du public regardait comme le précurseur de l'Ante-Christ, il ajoute : « Or TAnte-Christ, c'est M. de Wette, qui n'est pas encore arrivé.
• Lettre du 18 janvier 1822.
Sa nomination a fait ici une sensation extraordinaire ; les coupeurs de bois controversent dans les rues ; on le juge partout, el^ | comme il arrive d'ordinaire, ce sont les ignorants qui crient te plus fort. Chacun parle de la Dogmatique de M. de Wette, ei cite des passages, et je ne sais pas s'il y en a deux exemplaires i.1 Bâle>. »
Enfin de Wette arriva. Vinet fut un de ses premiOTs et ^hl^^ attentifs auditeurs. « Tu sauras, écrit-il à Leresche, que j*ai sohl^ pendant six mois les leçons théologiques du célèbre professem;de Wette, actuellement fixé à Bâle. Elles m'ont fait un grand plaisir. Il me semblait que pour la première fois je faisais de l'exé* gèse. Nous avons lu, dans l'original, l'épître aux Galates et celle . aux Romains. Doctrine pure et ferme, critique judicieuse et réservée, vues belles et profondes, talent de faire saisir la suite des passages et l'ensemble de l'écrit, exposition précise et méthodique : voilà les mérites qui m'ont frappé dans les leçons de ce professeur, dont la probité littéraire et théologique est encore plus remarquable que le talent et l'érudition. Sa doctrine n'a pas toor jours été la môme; il a cherché de bonne foi la vérité, il Fa obtenue progressivement; il est parvenu par suite de ses recherches à un résultat que Dieu accorde toujours à la bonne foi ; il s'est arrêté dans une orthodoxie pure et nette, et me paraît plus solidement ancré dans la vérité que ceux qui acceptent la croyance imposée tout à la fois et sans réserve, chose presque contraire à la marche de la nature, quand il s'agit d'un vaste ensemble de doctrines*. »
D'excellentes relations ne tardèrent pas à se former entre de Wette et son jeune disciple et collègue, qui [faillit devenir son introducteur auprès du public de langue française. Vinet comr mença par tradmre un sermon du savant professeur : V Epreuve des esprits ; il le fit précéder d'une courte introduction. Puis,
* An même, le 13 février 1822.
* Lettre du 2 octobre 1822.
MALADIE. TRAVAIL INTEBIEUR 81
(Uns 1« courant de Thiver 1822 à 1823, de Wette ayant fait un eoars de morale, soiyi et très goûté par un nombreux auditoire, il proimsa a Vinet de le traduire. Yinet se mit à l'œuyre, traduisit U première leçon et lut les suivantes. Mais bientôt il lui vint des soupoles. Il s'en ouvrit à de Wette, qui lui répondit par une lettre des plos affectueuses, et Taffaire en resta là *. Leurs relations ne forait point altérées par cet incident, et Vinet conserva jusqu'à lato pour de Wette des sentiments de haute estime et de sincère aifictioiL
Il serait intéressant de savoir sur quel point particulier se ma- ■ifesia le dissentiment qui fit échouer l'entreprise. Malheureusenem on n'a pas la lettre de Vinet à de Wçtte, et sa corresponduoe ne fournit à ce sujet aucun renseignement.
* Voici la lettre de de Wette, traduite en français : « J'ai eu tort àt TOUS engager à traduire mon cours de morale, et je désire que rosi ne voiu mépreniez pas sur mes intentions, car je cours le rifqae d*ètre soupçonné de vanité. L'idée ne m^est pas venue que je pusse vous mettre en conflit avec votre conscience. Je ne crojûi pas exprimer sar la morale des vues particnliëres, de nature % froisser quelqu'un ; j'estime d'ailleurs qu*un traducteur BMt pas responsable pour un auteur, et qu'il lui est toujours &ciJe d'indiquer ce qui, dans l'ensemble ou dans les détails, pourrait Ini être imputé de contraire k ses propres opinions. Mais tout dépend ici de votre sentiment, et Dieu me garde de vouloir vous imposer ancune contrainte par une indiscrète insistance. Je ne répondrai pas pour le moment k M. Billing, et nous laisserons tcznber une idée que j'aurais mieux fait de ne pas soulever. Je nie fâché de vous avoir donné la peine de traduire la première Is^-on. et je regrette le temps et le travail que vous y avez perdus. Cert la mon seul regret, si l'entreprise doit être abandonnée, et mon vœu le plus vif est que vous me pardonniez mon importunité.
» hi ces lignes portent la moindre trace de chagrin, ce n'est, K jez-en sUr, Monsieur, que d'avoir eu quelque tort envers vous. Votre franchise est pour moi une preuve d'amitié, k laquelle j'atliczA le plus grand prix. 23 avril 1823. »
ALEX, vucrr .....-....> 6
82 GHAnTRE IV
Dans le môme temps, Vlnet écrivait à son ami Leresche: « Gonnais-tu le journal delà Morale chrétienne 9 Je le vois k notre Société de lectm*e. Plasiem*s morceaux me plaisent. Un aitl< cle de juillet 1822 sur cette question : « La morale chrétiemia > est-eUe inséparable du dogme ? > m'a paru superficiel et frall^ et ce reproche atteint l'entreprise môme. J'ai rédigé une réfùtatioB ' î de cet article, que j'enverrai après l'avoir soigneusement revue; ^ Si j'en avais eu le temps, je l'aurais transcrite et te l'aurais conH i muniquée ^ » Vinet n'expédia son manuscrit qu'un mois ai»4% sous forme de lettre, datée du 29 avril 1823 \ Sans entrer en coo- ji troverse avec l'auteur de l'article, M. Mahul, il communiquait ses propres réflexions sur la question soulevée, et s'efforçait de mon* trer qu'il y a union, union essentielle entre le dogme et la moratoi et que cette union est le trait caractéristique du christianisme. Plusieurs théologiens paraissent envisager le dogme comme le sceau de l'autorité divine sur la morale chrétienne. Dieu a parié, voilà le dogme ; ce qu'il a dit, voilà la morale. Mais on pourrait à la rigueur concevoir qu'il eût dit autre chose, et le rapport resterait le môme entre cette morale que l'imagination peut lui prêter et la sanction qu'elle aurait reçue. Vinet en juge différemment. Pour lui la morale et le dogme ne sont qu'une seule et même chose, un seul et môme fait considéré de deux points de vue. Il y a entre eux un lien spirituel et sensible, « en sorte qu'il est également impossible de croire sans pratiquer, et de pratiquer sans croire. » La religion chrétienne ne présente pas, sur deux lignes parallèles et distmctes, des dogmes d'une part, et des devoirs de l'autre. « EUe est, dit-il, toute d'une pièce. » Il prend divers exemples empruntés à des vertus chrétiennes, résignation, humilité, amour de Dieu, et montre que ces vertus ne sont que les conséquences nécessaires du dogme de la rédemption. Sa conclusion
* Lettre du 23 mars 1823.
* Le Journal de la Société de la morale chrétienne ne pabHa la lettre de Vinet que dans le numéro de décembre.
sortoot est caractéristique: c Ne présentez pas au peuple une Bonle fondée sur de simples raisonnements^ sur une abstraction; donnei-loi une morale appuyée sur des faits. G*est là ce qu'il lui fut; TOUS le sayez, si vous connaissez le peuple. U le savait encore mieux qae vous, ce Dieu de bonté qui connaît parfaitement loai ce qui est dans l'homme ; il nous donna^ dans sa sagesse, une RlîgiOD loote historique^ parce que s'il y a dans la masse d'un peuple on petit nombre d'individus accessibles à des raisonnemoliabstraîtSy avec Timmense majorité il faut raisonner par des 6i& Pn)diiisez4es donc ces faits merveilleux et adorables de fEvangile ; nonunez ces mystères de puissance et d'amour ; et iUttthex à cette chaîne d'or tous vos préceptes, toutes vos instruc-
Cette lettre, reproduite en partie, dix ans après, dans le Semeur*^ a frappé l'un des biographes les plus ingénieux de Ylnet, X. Edmond Schérer, qui y retrouve < l'essence de sa morale et de son apotogétique, telles qu'il les a développées plus tard. » « On y recoonait avec intérêt, ajoute-t-il, l'idée mère de ses Discours •k 1^1, je yeux dire précisément l'union profonde de la morale trt da dogme, de la vie et de la croyance, la conduite réclamant QD mobile, ce mobile ne pouvant être qu'une affection, cette affection attendant mie manifestation qui l'éveille, un fait qui l'inspire, ce fait enfin, ce fait divin réalisé dans la rédemption qui n'est un dogme qu'autant qu'elle est un fait. Vinet, en 1823, a déjà reçu la vive intuition de la psychologie évangélique et de la dynamique spirituelle da christianisme tel que l'entendait saint Paul '. >
Ce morceau nous intéresse à un autre point de vue encore ; il explique, ce nous semble, ce qu'écrivait Vinet, à la date du 5 octobre 1821, de ces principes qui tombaient, pour ainsi dire, en désaécude, et que « les aberrations des sectaires » devaient fair<3
* Naméro dn 2 mai 1832.
' Alexandre Vinet, notice sur sa vie et ses écrits, par Edmond hfchém. Paris. 1853, pag. 12.
84 GHAPITfiE IV
revivre '. Le protestantisme, en s'éloignant des lattes de son ort* gine, en se calmant, s'était refroidi. Les hautes controverses dn débat sar la grâce, sur l'élection, avaient été reléguées au seconl plan. Les convictions s'étaient amollies dans la paix. L'esprit da XVin« siècle avait pénétré dans l'église. Attaquée par l'ironie^ U foi s'était en quelque sorte effacée. La plupart des églises natiopip les étaient devenues des écoles publiques de bonne et chrétieani morale. On y dogmatisait rarement. Les mystères restaient voiléib Le Réveil fut une réaction contre cette réserve timide, un retour à la foi des réformateurs; mais ses manifestations premières praU" vèrent clairement que le mouvement n'était point dirigé, oomoM celui de la Réforme, par les plus grands esprits du siècle^ In plus versés en toute bonne science. La réformation du XVI* siède fit appel à la science ; le Réveil du XIX« la mit en suspicion. H y avait de la critique dans la vénération des réformateurs pour les saintes Ecritures; c'étaient des théologiens qui remontaient am sources. Le Réveil se hâta de couper court à la critique par la doe* trine de l'inspiration littérale. Les réformateurs ne séparèrent point le dogme de la morale ; Calvin, le plus dogmatique de tous, est ee* . lui qui a le plus efficacement et le plus constamment prêché la f morale. Le Réveil, au contraire, affecta d'abord une sorte de dédain pour la morale, et se plongea dans la contemplation de la grâC/C. Les réformateurs furent, comme Jésus, de vrais prédicateurs populaires ; les premiers apôtres du Réveil recherchèrent plutôt les assemblées choisies, et l'on put croire que la conséquence qu'ils tiraient de la doctrine de l'élection, dans la pratique du saint ministère, était de discerner les élus et de les grouper autour d'eux, en les séparant de la foule.
Nul ne sentit ces faiblesses plus vivement que Vlnet. Le nom de Petite-Eglise revient fréquemment sous sa plume, et toujours avec une nuance marquée d'ironie. Mais bientôt il dut à l'influence de la Petite-Église, vers laquelle nombre de ses amis
« Voir pag. 69.
MALADIE. TRAVAE. INTÉRIEUR 85
Qtaient attirés, de comprendre que la force n*est pas dans tîe, et que la foi ne gagne rien à s'effacer prudemment. Dès le travail qui se faisait dans sa pensée ne put être qu'un Il de conciliation entre deux tendances contraires. Or, c'est ) nous semble, l'intérêt principal de la lettre qu'il adressa au md de la Société de la morale chrétienne. Elle nous e le premier résultat de ce travail obscur, et nous montre la iUatioa dont il avait besoin accomplie déjà sur un point. Le me de la foi et des œuvres, de la doctrine et de la morale 8te plus. 11 y a une doctrine, mais cette doctrine est amour; . mie morale, mais cette morale est amour; la chaîne des rs et la chaîne des dogmes sont l'une et l'autre rivées au ment étemel. Le christianisme est un fait, un fait qui com* 1 et domine tout, morale et doctrine.
ne sais si cette lettre fut remarquée au dehors ; elle le fût le canton de Vaud, où l'on avait l'œil ouvert sur Yinet, et ndique que la voie dans laquelle il venait d'entrer était celle Taatres cherchaient en même temps que lui. Il est pjrobsèle I pourrait trouver dans les correspondances du temps plus e lettre analogue à celle que lui écrivait, le l*"" octobre 1823, inistre Germond, qui l'avait assez vivement repris au siyet de ffécédent opuscule, VAvis aux condisciples. « Ne pense pas, t-il, que mon amitié pour toi se soit refroidie, parce que nous sommes trouvés un moment d'un avis opposé. Non, je ne
.'^is oublier si aisément nos douces relations d'autrefois
leurs, je suis à peu près persuadé que nos opinions se tont, si elles ne sont pas encore absolument les mêmes. La pré* que tu as mise en tête du sermon de M. le professeur de e m'a causé un vrai plaisir, n m'a paru que tu nous jugeais plus de charité, et je t'avouerai que depuis un an j'ai fait
quelques pas rétrogrades, si toutefois c'est rétrograder que itir sur une base plus large. J'ai cru voir des abus là où je
apercevais pas auparavant. Je ne veux plus savoir autre 3 que Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié. »
Ainsi un double besoin se manifeste chez Vinet, besoin de et de largeur, n fit sous ces deux rapports des progrès consid< blés pendant cette année 1823, qui semble avoir été décisive f lui. Le plus saillant de tous se rattache à sa maladie, vers la de Tété. Pendant quelques jours on fut très inquiet pour sa et lui-même paraissait convaincu que son heure était vei Son ami Isaac Secrétan, en passage à Bàle, lui tint fidèle con gnie. « Combien tu nous as manqué, écrivait Vinet à M. resche, dans ces entretiens où notre cœur, longtemps sevré mltié, s'épanchait avec tant de plaisir et un abandon si com] Oh ! mon cher ami, il y a dans les rapports que nous sonten ensemble, dans ceux qu'Isaac soutient avec nous, un charme ne concevront jamais ceux qui n*ont pas des amis intîmeSy amis d'enfance ; pour nous, nos âmes ont crû, pour ainsi dirOj se tenant embrassées ; nos sentiments les ont, dès nos premii années, mises en harmonie, fondues les unes dans les aat Nous sommes Tun pour Tautre une autre conscience, une ai raison, et les Uens du sang ne sont pas plus forts que ceux < serrés entre nous l'amitié. Dieu soit béni mille fois pour ce b fait inestimable, que j'ai tant apprécié dans ces mcmients de < leur et d'anxiété, où l'âme se fait un rempart de tous les s( ments tendres contre l'impression du mal, où elle aime davanl pour souffrir moins *. »
C'était depuis la mort de son père un des vœux les plus ard< de Vinet d'avoir auprès de lui, pendant quelque temps, on de précieux amis, afin de lui ouvrir son cœur et d'échanger plus intimes pensées, n eut ce bonheur pendant sa maladie, jour, il dicta à son ami Secrétan des vers qu'il venait de cou ser, et qui renferment la promesse d'une entière consécratîo Dieu; en voici les strophes les plus saillantes :
Oh! d'un esprit croyant que vers soi Dieu rappelle, Céleste vision, pressentiment fidèle !
' Lettre du 28 septembre 1823.
Nonyeauz cieozy nouveaux jours, permanente oité, Temple où vît le Très-Haut incessamment chanté ! Image d*un bonheur où tout son être aspire, Vous inondez son cœur d*espérance et d'amour, Yous ranimez ses sens, vous réveillez sa lyre : H chante le jour, le grand jour !....
Je veux enfin, je veux aimer le Dieu qui m'aime, L'aimer seul, et toujours, et d'un amour suprême ; n m'aima le premier, et ce divin amour De mon cœur partagé qu'obtint-il en retour? Quand l'astre heureux du jour, prodigue de sa flamme, Sur la naissante fleur verse ses feux puissants, n n'attend pas longtemps l'encens qu'il en réclame... Et Dieu comptait sur mon encens !
Cet encens, c'est mon cœur, cet encens, c'est ma vie, Redevable h Dieu seul, mais au monde asservie. Tout ce qui dans mon cœur est capable d'aimer, Tout ce qu'un pur amour est digne d'enflammer. Puissance, honneur, génie, et tout ce qu'on renomme, Doit de son saint autel alimenter le feu. Apportez, offrez tout : que la gloire de l'homme Devienne la gloire de Dieu !
• Jette les yeux, Seigneur, sur l'offrande tardive Qu'apporte ^ ton autel ma piété craintive. J'ai peu de jours k vivre, et sur mes faibles yeux La mort étend déjk son voile ténébreux. Mais ce que peut d'amour une âme convertie En hommage sincère offrir ^ son Auteur, Tout ce qui peut d'instants s'ajouter ^ ma vie. Daigne l'accepter. Dieu Sauveur !
Beaucoup de personnes ont peine à concevoir une vie chrétienne ums une date assignable à la conversion. On a voulu fixer la date ie celle de Yinet, et l'on a choisi le jour où il dicta ces vers. Bien lans sa correspondance privée, rien dans les détails que j'ai pu re- BoeiUir sur sa vie, n'autorise à penser qu'il en ait, lui-même Jugé lînsi. Nous en avons assez vu déjà pour savoir que le travail re-
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ligienx qui s'opéra en lai fût long et graduel^ et pour affirmer qu'on ne pourrait, sans arbitraire, en concentrer l'effort sur un moment donné. D'un autre côté, il est certain qu'il a gardé le souvenir da ces vers et du jour où il les composa comme d'un moment particulièrement solennel, et que, plusieurs années après, il en fêtait l'anniversaire en copiant ces strophes et en les envoyant à un amL Les marques de vive sympathie qui furent prodiguées à Yinet pendant sa maladie contribuèrent à graver dans son cœur le soib venir de cette épreuve. < Les tendres soins de ma mère, dit-fl\ de ma sœur, l'infatigable et douce affection de ma Sophie, qui t acquis de nouveaux droits à un attachement que je ne croyais pas pouvoir croître encore, les témoignages d'intérêt de mes amis et connaissances, ont fait une diversion bien sensible à ma douleur, qui, d'ailleurs, n'a été que quelques jours aiguë. Que je te dise un trait qui te touchera, j'en suis sûr, et qui m'aurait donné le (plus vif?) plaisir s'il ne m'avait fait en môme temps, par une raison que tu comprendras, un très vif chagrin. Des personnes que je ne connais point, instruites de ma maladie, croyant qu'elle exigeait des remèdes coûteux, par exemple un séjour aux bains, m'ont fait parvenir, les unes par la poste, les autres par une voie qui m'est inconnue, deux envois de louis doubles, formant ensemble la somme de 1100 fir. de Suisse. (Environ 1650 fr. de France.) Je ne te dirai pas ce que j'ai éprouvé; tu le devines de reste. Le second envoi était accompagné d'une lettre inspirée par la bienveillance la plus délicate et la plus touchante. Ni ma position ni mes principes ne me permettent de garder autre chose que l'enveloppe de ces deux envois; j'ai quelque espérance de trouver la personne à qui je dois le premier; quant au second ce sera très dif&cile*. »
* Lettre à M. Leresche, du 28 septembre 1823.
■ Les recherches de Vinet furent vaines. Il se décida enfin à envisager cette somme comme un prêt et à l'employer à une cure de bains. Plus tard, le produit de ses cours sur les moralistes français lui permit de la rendre en quelque sorte, en instituant une fondation charitable qui subsiste encore, sous la direction d'un comité.
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àa, reste, fl est facile de se JEatire une idée précise de l'influence fi'floc eette maladie sur soa développement religieux. Une lettre à IL Leresche^nous fournit à ce sujet des détails abondants, et qui ■ODS sembleiit d'un intérêt assez yif pour justifier de longues citalions : « Dieu merci, les afiEaires sont un peu éclaircies, et la santé pea revenne; quoique je soufifre toujours au physique et au la force, Tappétit, le sommeil ne manquent pas, et, dans nMortitude sur le dénoûment de cette longue maladie, je fais eoBBe notre bon professeur Durand dans le ruisseau de Sauvabalii : XitUends*. Je ne saurais te dire le plaisir et le bien que ■Vm tiit tes dernières lettres : elles étaient si bonnes, si pleines de uns, de sagesse et de vraie piété; elles peignaient une âme si heumse et ai paisible 1 Ecris-m'en souvent de pareilles si tu veux m dooner souvent dé* bonnes, journées; mais tu pourrais mieux lan, ta pourrais venir me voir. Je te Tai dit plus d'une fois, j'ai de te voir, j'ai besoin d'avoir avec toi des entretiens tels que je n'en puis avoir ici avec personne, car à perje ne pois m'ouvrir comme à toi. Il y a des pensées de comme dit Pascal, que, sans être dissimulé ni faux, on pas à dire à tout le monde; il y a des profondeurs où l'on pas avec chacun, et des problèmes qu'on ne peut disproposer au premier venu. Je me suis lié avec un jeune ministre de NeuchâteP, suffiragant actuel de M. Ebray*; c'est nn homme plein de talent, de cœur et de foi; mais il y a des
* Lettare dn 19 décembre 1823.
* Le profesBenr Durand était tombé dans le rtdsseau de la forêt de Saayabelin, au-dessus de Lausanne. Son absence se prolongeant, quelques-uns de ses élèves allèrent k sa recherche. Ils le trtmT^rent à la place où il était tombé, incapable d*en sortir, et eomme on lui demandait ce qn*il faisait lit, il répondit : « J'at-
' IL Grandpierre, depuis directeur de l'institat des missions k Ptais, mort en 1874.
* Faeteor de l'église française, successeur de M. Horj.
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points sur lesquels nous ne sommes point d*accord, des idées qu'il me paraît pousser trop loin, sans preuves suffisantes; et dans toos les cas il n'a pas sur ma confiance ces droits que donne une amitié aussi ancienne et aussi intime que la nôtre. Et en attendant je souffre, parce qu'il est dur de ne pouvoir découvrir à quelqu'un le fond de son cœur et de sa pensée. Je ne me fais pas de reproche des idées que j'ai ou que je n'ai pas; il ne dépend pas de moi de les avoir ou non; il ne dépend, de moi que d'être de bonne foi dans la recherche de la vérité; mais encore dans cette recherche j'ai besoin d'un compa^on. Depuis un certain temps, et encore plus depuis ma maladie, je suis devenu plus sérieux, ce que j'estime un grand bien et une disposition bienveillante de la Providence. Mais dans cette disposition, cherchant la vérité qid est selon la piété, conduit naturellement à l'examiner dans ceux qui paraissent pénétrés de zèle pour elle, je me trouve bientôt dans une situation d'âme assez pénible. Je vois une ferveur, une sensibilité qui me charme, une religion en action, en application qui me gagne; mais un regard porté plus avant me fait apercevoir de singulières illusions, une tendance systématique et exclusive, 6t souvent une logique très défectueuse. Je ne sais où m'arréter. Lés néologues qui transforment la religion en philosophie, ou qui ac* commodent la religion à leur philosophie, m'inspirent une aversion décidée et bien fondée; je ne veux rien d'eux; je veux l'Evangile, et sans doute il est sous ma main; mais veux-je le lire, mille interprétations, mille opinions viennent se placer entre lui et moi comme un milieu importun, et les impressions de cette divine Parole ne m'arrlvent guère de première main. Je ne fais pas de prière plus fréquente que celle de parvemr à le bien comprendre; j'y viendrai, je l'espère; mais combien des entretiens avec toi, mon cher et bon ami, m'en faciliteraient le chemin; je pourrais écrire; mais qu'est-ce qu'écrire? Cette lettre même où je m'ouvre à toi est si peu clafre; elle te représente mon état peut-être plus grave qu'il ne l'est, à cause du vague où je suis contraint de rester; elle peut te faire croire que je descends, tandis
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eoDtnire je crois monter; il faut donc que je te Yoie, et te qa'an nom de l'amitié qae ta m*as vouée, je te prie de « des arrangements pour venir Tannée prochaine.... li la en entier, avec un plaisir bien pur, le livre d*£rskine '; nple bien le relire. Tu as raison, la méthode y manque, inelle implicite! quelle conviction 1 quelle vraie chaleur! aperças nouveaux et intéressants t La qualité de laïque de r a singulièrement contribué au plaisir que m'a fait ce die lai donne môme un mérite et un caractère parti- . % je ne haïssais par principe ces expressions : r Je suis oUos, (m de Céphas, » je me laisserais aller volontiers à fe sais d'Erskine. D n'enveloppe pas FEvangile de ténèbres; $ fait bien sentir que si Ton ne peut concevoir le cornées mystères de la religion, le pourquoi est parfaitement ible à notre raison, qu'il doit l'être et qu'il n'y a point de foi sans cela. L'œuvre de la rédemption est bien déverd*après ce principe; l'opération du Saint-Esprit également résentée, non pas toutefois d'une manière qui puisse plaire le monde, mais ce n'est pas un défaut. En un mot, ce hvre (lit singulièrement propre à ouvrir les yeux à ces malheuhommes du monde, qui méprisent ou repoussent l'Evangile qa'ils ne le connaissent point du tout. Dieu veuille que cet ipe produise les bons effets qu'a désirés son auteur!... 'ai-je dit que j'avais reçu une lettre de M. Germond, et une excellente'? Je n'ai pas vu d'âme plus franche et plus can- 1 est fervent dans un haut degré, mais asseyant sa croyance ss bases larges; il ne veul cx)imaitre que Christ, et Christ ié. Son âme n'est pas faite pour la minutie, ni son esprit les écarts; il sera chrétien sans qu'aucune secte puisse le ner. Sa lettre m'a fait un plaisir semblable à celui que
fflexianê sur Tévidenee intrinsèque de la vérité du ckrietia^ traduites de Tanglais. Paris, 1822. lUe dont il a été question pag. 85.
m'ont procuré les tiennes. N*as-ta point de communications avec lui? Vous seriez bientôt d'accord et heureux de conmiuniqaer. Cher ami, ce mot rappelle à mon cœur combien il me serait doux de communiquer avec toi d'une manière suivie; combien déjà ne m'est-il pas doux de pouvoir t'écrire comme je t'écris 1 0ht que Dieu nous fait un riche présent quand il nous donne des amis selon notre cœurt...
» En pensant aux mouvements religieux qui ont lieu dans notre pays, je compare cette inquiétude des esprits au calme qui règne à Bàle. D provient de ce que des opinions qui naissent chez nous sont depuis longtemps naturalisées ici, et que le temps les a modérées ou du moins en a modéré la manifestation; c'est le cas de toute force qui domine sans contradiction, le temps l'use ou la tempère. Le clergé, qui ne compte pas peut-être beaucoup de talents, est distingué par sa piété; il voit de bon œil, sans pouvoir fraterniser avec elle, la société des piétistes; c'est avec les membres principaux de cette société qu'il concourt à l'établissement de bien des institutions religieuses, qui prospèrent toutes. La plus remarquable est l'institut des missions, dont je te parlerai plus tard avec détail. Il ne compte pas huit ans d'existence, et il a déjà envoyé plusieurs missionnaires prêcher et mourir dans les contrées idolâtres. Il y a maintenant quarante élèves. L'institut est alimenté par des dons considérables, qui lui donnent le moyen d'étendre de jour en jour son cercle d'activité, n occupe des bâtiments considérables. Soutenu d'abord par les dons de quelques particuliers de cette ville, il reçoit maintenant des contributions d'un grand nombre de sociétés auxiliaires de l'Allemagne et de la Suisse. La défense qu'on a faite à nos jeunes ecclésiastiques de former un comité de missions est une mesure qui a paru bien illibérale. Quelle est la doctrine professée à l'institut des missions? Une doctrine évangélique. Qu'il entre quelque exagération dans les principes, quelque exal* tation dans les idées, il ne faut pas s!en étonner, ni peu^être s'en inquiéter. L'ardente foi, le parfait dévouement qu'exige ou que
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la TQ de n on '6, s*âllie facilement à un en-
pea fay(»'aoiQ à ï 1t d'examen. L'important pour eux est de croire, ec ils eroi avec mie chalem* d'âme dont on se fiât difficilement mie idée dans le monde. Us vivent de religion; les émotions pieuses sont leur élément; les objets de croTanee imt pour eux la réalité la plus vivante; tous les incideDb de la vie leur montrent le doigt de la Providence; ils vivent dans une préocoipation continuelle des choses étemelles. L'intérieur de leur maison, leurs habitudes, leur physionomie, tout respire paix, simplicité, solennité. J'ai assisté à leur culte du samedi soir; il a lieu dans leur vaste salle d'étude. J'y arrivai demi-heure trop tôt. Les uns étaient encore à leur pupitre, une lomîère devant eux, un écran sur les yeux; d'autres, qui Tenaîoit de finir le travail, parlaient ensemble à demi-voix. Tout élaît recueilli dans cet auditoire comme dans un temple. A sept keures, le chef de l'institut entra dans la salle. Il était vêtu de ses babîts ordinaires, sa casquette sur la tête; en un mot comme XBk père dans sa famille. Chaque élève reste assis à sa place; les tanières s'éteignent, une seule lampe éclaire la salle. Après un dum d'introduction, dont le chef disait les paroles, et que les élèves chantaient sur une mélodie connue et avec une harmonie pletne de douceur et de gravité, le chef, ou l'inspecteur, comme ils r^^ipdlent, se leva et adressa une prière pleine de ferveur au Diea de l'Evangile; on lut un chapitre de la Bible, une partie de la biographie d'un chrétien connu par son zèle pour les missions; puis de nouveau des chants, remarquables par la beauté des paroles et de la musique, comme par celle des voix qui les exécutaient. Après tout cela, un missionnaire (chacun le fait à son tour) fit une prière touchante; plusieurs improvisent, celui-ci s'était préparé : enfin, la bénédiction chantée en chœur par toute rassemblée, qui se tient debout. Tout est paisible, solennel, simple comme l'Evangile ; c'est un tableau digne de la primitive église, et les solennités catholiques sont, sans doute, petites auprès de cette magnificence qui vient toute de i'àme.... »
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Ce fût dans le courant de cette année 1823 que Vinet introduit chez lui le culte de famille. Cela se passa, nous dit M"^ Yinet, comme dans bien d'autres maisons. On commença un peu timidement. Avant de se séparer, on prenait la Bible et Ton en lisait un chapitre, suivi d'une prière d'Osterwald, qu'on écoutait assis. Peu à peu Vinet composa de courtes prières, pour être lues debout. Enfin il pria du cœur et d'inspiration, et si l'on nQ se mit pas à genoux, c'est que la maladie du chef de la famille lui interdisait cette attitude.
Mémoire en favexir de la liberté des cultes.
Le f3 mars 1823 Vinet écrivait à son ami Leresche : c Si tu trais le temps de mêler à tes fonctions pastorales quelques tra^ THX <rime autre nature^ je t'engagerais à méditer et à recueillir dnsatâianx sur un sujet d'une haute importance, tout à fait négligé en Suisse, et qui par là est la source de conflits perpétuels r les rdatîtHis mutuelles de Tautorité civile et de l'autorité ecclé^ siastiqne dans l'église protestante et dans notre canton en particu^ lier. Noos avons grand besoin d'être au clair là-dessus, et toi, avec tOQ exceUent esprit, ta saine logique et ta bonne foi, tu pourrais poser la première pierre d'un édifice que d'autres peut-être achè- Tenieot. »
Voilà, dans la correspondance de Vinet, la première trace des préoccupations qui devaient jouer dans sa vie un rôle si considérable, n sent déjà toute l'importance du sujet qu'il recommande aux méditations de son ami. Les événements dont le canton de Vaod fut le théâtre en 1824 l'obligèrent à le faire sien et à y CQosacrer ses veilles. L'agitation religieuse grandissait, les métho^ dîstes gagnaient du terrain ; nombre de pasteurs, surtout parmi les jeunes, adhéraient plus ou moins ouvertement aux doctrines
nouvelles; les brochures pour ou contre se croisaient, et les coayenticules se multipliaient rapidement ; d'une autre part, Tirrit^ tion populaire augmentait dans les mômes proportions; de graves désordres avaient eu lieu sur plusieurs points; des assemUées religieuses avaient été violemment dissoutes ; les prédicants menacés, hués, maltraités. Le Grand Conseil, sollicité par des pétitions nombreuses, crut devoir intervenir, dans le but d'arrêter la fureur sectaire. Il promulgua la loi dite du 20 mai, tristemeitt célèbre, loi d'intolérance, reposant tout entière sur ce principe que les perturbateurs de l'ordre public n'étaient pas les émeutieni^ mais bien ceux qui faisaient des conventicules et poussaient Tandace jusqu'à se réunir en assemblées séparées, aux heures assignées au culte public.
Yinet suivait, de Bâle, toutes les péripéties de cette lutte, dont l'importance se mesurait, à ses yeux, à celle des principes invoqués par les uns, niés par les autres. La loi n'était pas encore proinnlguée ; mais on la préparait, elle était dans l'air, et l'esprit qui devait en dicter les dispositions répressives venait de se msai* fester assez clairement dans une circulaire et un arrêté ofiGk^iels, lorsque Yinet écrivit la lettre suivante qui fait date dans l'histrare de sa vie, et que, sauf quelques détails familiers/ nous dtons tout entière. C'est encore à M. Leresche qu'elle est adressée^.
c Je ne puis m'empôcher, mon bon ami, de te demander de. tes nouvelles; voilà bien longtemps que j'en suis privé, et je ne sais comment m'expliquer ton silence. Je ne veux l'attribuer à aucon motif qui puisse m'affliger, et j'aime mieux croire que tu manques de loisir, comme il m'arrive quelquefois, ou que tu te livres à la douce paresse, comme je le fais souvent. Peut-être aussi me prépares-tu une épître aussi longue que la mienne; mais je t'assure que, quelque plaisir que j'aie à recev(^ de toi de longues lettres, dans mon impatience je te tiendrais compte d'un billet. J'attendais de toi, et j'attends encore, des détails et des réflexions sur ce qui
* Lettre h, M. Leresche, du 8 février 1824.