SÂJOURS AUX BAINS. TRAVAIL INTÉRIEUR
lïm jeone étudiant en droit, de Porrentruy, et d'un officier du içtÊÛb établi à Pans. Je n'ai pas besoin de dire que je n'ai su que tiien plus tard les noms et qualités de ces messieurs. C'est pour noî on moment très agréable en diligence que celui où je cherche I démêler l'état de mes compagnons de voyage^ d'après une baie de petites circonstances qui trahissent les plus réservés. Le tour de la conversation, les habitudes, tout, jusqu'à l'attitude In sonuneil, donne des renseignements plus ou moins exacts. J'y pnnds on tel intérêt que si je me portais bien, je serais bien sûr de ne jaoïais m'ennuyer en voyage.... Rien n'est si amusant que cette série de notions qu'on acquiert peu à peu sur chacun; car la seeoDde détruit la première, la troisième vient modifier la seronde, et enfin, de donnée en donnée, on obtient un personnage soQT^it bien différent de cdui qu'on avait imaginé du premier coup.
» Le militaire qui entra dans la diligence et qui, apprenant que fêliB malade, voulut absolument me céder la première place, est mi Français aimable. C'est dire peu de chose pour ceux qui ne conalssent d'autre amabilité que celle qui résulte d'un ton léger, d'on esirit facile, d'une culture superficielle et d'une galté soutenue. Pour moi, un Français aimable est celui qui joint à des fanues gracieuses et de bon goût une moralité solide et de l'inttnefkm. Nous avons rencontré tout cela chez notre nouveau empagnon de voyage, qui s'est trouvé être l'ancien ami de IL X. La rencontre a paru faire plaisir à tous deux. Je regrette k n'avoir pas conservé un souvenir plus exact de leur conver* mioii, qui a été aussi instructive que variée. Us n'ont pas touché lia politique, svyet délicat que s'interdit tout fonctionnaire public tel ce pays ; mais de beaux souvenirs guerriers et des détails llriDs d'intérêt sur l'industrie dans ses rapports avec l'art militaire
H la navigation, ont agréablement occupé mon attention pendant
htorersée d'un pa>*s qui n'ofibre rien de remarquable. » KoQs avons multiplié ces extraits pour faire entrevoir un trait
^caractère que les ouvrages de Vinet no suffisent pas à dé-
124 CHAPITRE YI
voiler, et qui disparaît dans la concentration habituelle de si pensée : le goût et le don de Tobservation. Nul ne vit si renfanné qu'il n'ait le monde à sa porte. Pour apprendre à connaître les hommes, l'essentiel n'est pas tant de courir de ville en ville et de pays en pays que de savoir regarder ce qui s'offre à nos yeux. H y a dans les écrits de Vinet une expérience du monde pU» grande qu'on ne le croirait à première vue.
La cur^ finie, Vinet et sa femme partirent à tire-d'aile pour Bâle, où ils reprirent le cours de leur vie ordinaire. Elle ne ftit troublée que par les inquiétudes sans cesse renouvelées que donnait la santé de Vinet, et par un incident qui ne mériterait pal d'être rapporté s'il ne nous fournissait l'occasion de pénétrer jusqu'au fond de cette conscience d'une si rare délicatesse.
Un ecclésiastique, dont le nom a déjà figuré dans ce récit, M. le pasteur Grandpierre, logeait et mangeait chez Vinet. Chrétien très ardent et très militant, il passait à Bàle pour un exalté \ et la juvénile ardeur de son zèle avait soulevé des murmures. La vivacité de son caractère se réfléchissait dans sa piété. Il avait des convictions nettes, arrêtées, et ne redoutait point la controverse. Vinet, au contraire, homme de développement intérieur, avait un besoin tous les jours plus grand de piété intime et tran* quillo. De là des firottements. Enfin Vinet prit le parti de modifier des relations devenues irritantes. < n est certain, écrit-il à M. Le* resche, que j'ai passé des jours pénibles et que je me les dois en partie à moi-même. Des rapports auxquels présidait une estime mutuelle, mais où manquait la sympathie, m'étaient devenus une gêne et un fardeau que mon état habituel de soufiûrance me rendait presque insupportable. J'en suis depuis longtemps aa point d'être incommodé de toute discussion vive et prolongée; mais avec certaines personnes on ne peut éviter de telles dis* eussions qu'en renonçant à toute conversation, et c'est ce qui était arrivé ; quand tout cela n'aurait pas été, l'état de ma santé exigeait
• Voir ce qu'en dit Vinet, pag. 99.