DISCUSSIONS. PROCES HONNABD ET VINET
l'EvangOe, par conséquent la charité, par conséquent la tolérance; qa*fl rayait iàit de la manière la plus efficace et la plus éloquente, teDement qae la principale beauté du Mémoire était dans Texpression fid^e et constante de ces sentiments de haute charité qui seuls peuvent rendre tolérants.
D y arait à répondre, en second lieu, que la liberté des cultes l'est qa*nne des applications de la liberté de conscience^ et que la conscience est une propriété universelle, propriété que tous, chrétiens et non-chrétiens, sont intéressés à défendre, d'où il suit qu'à côté de la question religieuse se pose une question de droit poMic. En d'autres termes, il s'agit de savoir quel est dans roiganisme des sociétés humaines le rôle de l'état, son but, ses aitribatîons, quels sont ses droits en présence de ceux de la coMcience, et qui doit l'emporter dans les cas de conflit \
La première de ces deux réponses avait été faite d'avance par les juges du concours, entre autres par M. Guizot; la seconde seule était du ressort de Vinet. Il revint sur la question de droit dans la Lettre à un ami, et la traita de nouveau avec autant de forée que de netteté. Les objections de M. de Félice eurent pour lui celte utilité de le faire réfléchir une fois de plus, et de l'amener â saisir mieux encore qu'il ne l'avait fait auparavant le point préris sur lequel porte la discussion : t La liberté religieuse, dit-il, comme droit, ne peut exister qu'au moyen de limites précises qui la défendent contre la société et la société contre elle. J'ai dû chercher ces limites communes. Où pouvais-je les trouver? Dans le principe et le droit de propre conservation inhérent à la société. Tout ce qui lui est indispensable pour exister doit être respecté ;
' On lit dans une lettre de Vinet à M. Leresche, du 18 mars IzSi, il propos des interprétations dont le Mémoire était Fobjet. « Les méthodistes ! 11 est bien question des méthodistes! Le Mémorial catholique ne m*a-t-il pas accusé de plaider la cause des impies et des athées? J'ai plaidé pour tous, et Dieu le sait, avec amour pour tons. »
et elle doit respecter à son tour toutes les proiHriétés dont le sacrifice n'est pas nécessaire à sa conservation ^ »
Cette discussion avec M. de Félice obligea Vinet à une longue correspondance et lui prit un temps considérable. U n'abandonnait point toutefois ses études littéraires; il les dirigeait enYued*im travail de modeste apparence^ qui plus que tout autre, devait le faire connaître au dehors et fonder sa réputation littéraire» Ce qid lui manquait surtout dans ses cours du gymnase et du pœdagogium était un bon choix de lectures, un recueil de morceaux clasp siques. Force ^lui fut de chercher à combler cette lacune; il vit bientôt qu'il n'y avait qu'un moyen d'y réussir, savoir de composer lui-même un recueil ad hoc. Le 2 novembre 1827, il écrit à M. Monnard : « Je m'occupe d'un travail qui prendra la plupart de mes heures de loisir cet hiver. C'est une chrestomathie fi^nçaise dans le genre de celle de Noël et Laplace, mais sur un plan fort différent. Bien moins de morceaux, inais beaucoup {dos étendus et tous classiques, avec des notices sur les genres et sor les auteurs. Je regrette de ne pouvoir aujourd'hui vous communiquer tout le plan. J'espère le faire un peu plus tard. Je désirerais fort que cet ouvrage pût trouver de l'écoulement dans notre canUa de Vaud et à Genève. Tel que je le conçois, il serait, si l'exécDtion en était bonne, beaucoup plus utile que la carte déchaintuions de M. Noël. »
Bientôt il lui prend un remords d'avoir parlé avec aussi peu de façons d'un ouvrage estimable : « Vous avez pu trouver que dans une de mes précédentes lettres je parlais un peu cavalièrement de l'ouvrage de MM. Noël et Laplace; ce n'était pourtant pas mon intention de le déprécier. J'ai seulement voulu dire qu'il ne convenait point à mon but, à cause de la brièveté des morceaux dont il se compose; je rends justice à ce recueil dans la préface du mien, qui paraîtra, je l'espère, dans le courant de Fautomne, en deux volumes in-8. Je vous en enverrai un exemplaire. U pa-
' Liberté des cuUeSf pag. S50 et 351.