‹ Alexandre VinetChapitre 19 sur 41 · DISCUSSIONS. PROCÈS MOMNARD ET VINET · texte numérisé non relu

DISCUSSIONS. PROCÈS MOMNARD ET VINET

tager cet ayis. Plusieurs voulaient frapper un grand coup;^, roposaient rien moins que la destitution. La question fiit le pendant deux longues séances, fort orageuses. Enfin le 1 d*état tout entier se rallia à une proposition du landamman ILMonnard (ut suspendu pour un an et déclaré incapal)le i|riir des fonctions pastorales pendant le môme temps. Yinet, laïi aussi partie du clergé yaudois, fut frappé de la môme cité pour deux ans.

ïitôt après avoir reçu celte nouvelle, M. Monnard écrivit à : € Prévoyant une continuité de petites chicanes, de tracasmesquines, qui dispersent les forces au lieu de les jBXciter, empêchent un utile emploi quelconque, j'avais conçu entre idées, mais à regret, celle d'une expatriation. Mais un coup inssi impudent a dissipé cette velléité mal assurée; il me i ; c*est un ccup de massue donné sur la tôte d*un clou qu*on i arracher. Il s'agifde lutte, de gueiTe à mort, non contre xles lus, mais contre un système funeste ; il s'agit de défaite ou toire; je n'ai pas le droit de balancer.... Je puis vous assurer : n'ai pas plus qu'auparavant de ressentiment pour ces hommais je combattrai leurs desseins dç toutes mes forces. J'oulesque qu'il y a du personnel dans l'affaire ; elle présente un de si curieux, si neuf, si grave que l'intérêt puWic absorbe n dans mon propre cœur. »

témoignages de sympathie ne manquèrent ni à l'un ni à t des deux amis. De toutes parts ils furent soutenus, félicités, rages. Bâle, en particulier, se distingua. Une chaire de philoî, vacante à l'université, fut offerte à M. Monnard; à Vinet, la eoisie d'honneur *. A Genève, où M. Monnard ouvrit un cours î de littérature, on lui fit une véritable ovation. Dans le canî Vaud, leur position à tous deux fut agrandie au lieu d'ôtre

îttre sans date, indiquée août. — L'arrêté du Conseil d*état

ttë du 1" septembre.

38 deux offres forent déclinées.

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diminuée. Le parti libéral recoonut en M. Monnard son chef le plus énergique et le plus éminent, et ce procès contribua plus à faire connaître Vinet de ses concitoyens que n'auraient pu faire dix mémoires couronnés.

On a vu dans quel sens M. Monnard entendait profiter de la position ; il jura une guerre à outrance à un système politique si funeste à son pays. Quant à Vinet, il ne désirait rien tant que la paix : < Ces combats, écrlyait-îl à son ami Leresche^ ne sont pas faits pour moi. Je soupire après le silence. Mais voir tous les jours les droits les plus saints foulés aux pieds et entendre par-dessus ériger l'oppression en théorie : c'était un peu trop pour moi. Je sais que je me suis fermé la porte de mon pays, la seule porte par laquelle j'y puisse rentrer. Je suis banni de fait, mais le monde est grand, et Dieu est un asile pour tous. 0 monde de paix^ qui es dans le sein de Dieu, reçois l'exilé. De cette haute retraite^ qu'ils sont misérables ces débats, qu'elle est pitoyable cette oppression! Débattez-vous, Dieu règne et son jugement nous attend K »

* Sans date.

La Ghrestomathie.

Les incîdeiits multipliés des années 1828 et 1829 retardèrent TadièTeiiieiit et la publication de la Ghrestomathie, qui ne parut q[Q*en 1829 et 1830, en trois volumes au lieu de deux. Ce travail^ Doqs rayons dit, fîit imposé à Vinet par ses fonctions. On se rap* pelle quel était le cercle de son enseignement. Au gymnase, les âéaieiits de la langue française ; au psedagogium, continuation de cette étude, lecture des bons auteurs, rhétorique et quelques élé« moits de littérature : le tout gradué de classe en classe; à Tuniver»té enfin, des cours libres, en qualité de professeur extraordînaire , sur Thistoire de la littérature française. C'est suilout en vue de l'enseignement au psedagogium qu*ont été calculés le choix et la distribution des morceaux. Le tome premier, la lÂUératurede V enfance, utilisé déjà au gymnase, pouvait Têtre encore par les élèves les plus jeunes du paedagogium; ceux de la classe supérieure abordaient le troisième, ou la Littérature de la jeimesse; le second, la Littérature de V adolescence, plus spé* dalement destiné à la classe intermédiaire, était, peut-être, le mieux approprié à Tâge et à la force des élèves.

Les titres spéciaux des trois volumes indiquent assez que, sans

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perdre de vue les besoins particuliers des classes confiées à ses soins et les applications possibles dans le cercle de son enseignement, Vinet ne s'y est point laissé enfermer. Ce cours de lectures correspond au cours de la vie. H est évident aussi que Vinet n'a pas moins songé aux écoles françaises qu'aux écoles allemandes; peut-être même est-ce en pays français que sa Ghrestomathie peut rendre le plus de services. Si l'on en retranchait un ou deux morceaux, qui trahissent l'origine de l'auteur et sont signés de noms qu'on peut s'étonner de voir figurer à côté des noms classiques, rien dans tout l'ouvrage n'indiquerait des préoccupations loches.

Vinet se proposait de perfectionner son œuvre d'édition en édition. Dans la première, il s'était modestement effacé. Le tome second commençait par un morceau de Rollin, qui donne un exemple de la manière dont le maître peut lire et analyser utilement Avec ses élèves les modèles classiques. Vinet n'y avait ajouté que quelques lignes discrètes, qui recommandaient la méthode de Rollin. Il prit courage, heureusement, et s'enhardit jusqu'à parler en son propre nom. Les lettres à MM. Monnard, Forel et Gindroc prirent place entête des tomes successifs de la Ghrestomathie, et le morceau capital qui ouvre le troisième, la Revue des principaiiai prosateurs et poètes français, s' 2lcct\}X considérablement '. D'autres changements, dans le choix des morceaux, marquèrent dès la seconde édition ce désir de perfectionnement graduel; mais ici Vinet se heurta à une difficulté pratique. Les maîtres, déjà nombreux, qçi avaient adopté l'ouvrage, voyant que la pagination était dérangée, et que les éditions ne se correspondaient pas exactement, le supplièrent de n'y plus toucher. H n'y fit dès lors que des changements qui n'en troublaient pas l'économie matérielle.

Vinet ne se dissimulait point l'importance de l'étude systématique et suivie de la grammaire. H faut bien apprendre à décliner, à conjuguer, à accorder le verbe avec son sujet; mais ces éléments' acquis, et en attendant l'âge où il est possible d'approfondir l'histoire

* Intitulé plus tard : Discours sur la littérature française.

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S comme on approfondit celle des phflosophies, il pengrammaire devait être étadîée aux som*ces^ c*est-à-dire atenrs. Il ne voyait nulle part de limite tranchée entre lire et le style, non plus qu*entre le style et la pensée. apprise dans Noël et Chapsal n'était à ses yeux qu*un tandis qu'il attachait un prix infini à un exemple soiit étudié dans Bossuet ou dans Racine, et rapproché Keraples, analogues ou contraires, mais toujours em- [X modèles. D'ailleurs, ayant affaire à des jeunes gens nçais n'était pas la langue maternelle, son attention de- [ae instant se porter sur les mots eux-mêmes. H s'agissait la juste nuance, la force, la beauté; ce que n'enseignent lopart des dictionnaires, surtout des dictionnaires portakge des écoliers. < Les grammaires et les dictionnaires, i prétends point, dît-il, contester la nécessité, sont à la ■ante ce qu'un herbier est à la nature. La plante est là, ithentique, et reconnaissable à un certain point; mais Mraleur, son port, sa grâce, le souffle qui la balançait, le l'elle abandonnait au vent, l'eau qui répétait sa beauté, (Semble d'objets pour qui la nature la faisait vivre, et qui oor elle ? La langue française est répandue dans les clasaune les plantes sont dispersées daus les vallées, au bord tX sur les montagnes. C'est dans les classiques qu'il faut eillir, la respirer, s'en pénétrer ; c'est là qu'on la trouvera

i arrivée à Bâle, Vinet s'efforça de mettre ses élèves en ie cette langue vivante. « J'ai regardé, dit-il dans un rapiel daté de 1836, comme la base de l'étude de la langue devant faire la vraie substance de mes leçons la lecture des bons auteurs, des modèles... Tel est le principe sur me suis réglé dès le début de mes travaux, d'abord par i par instinct, plus tard par une conviction réfléchie. »

; à M. Monnard, tome I*'.

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Mais les instruments lui faisaient défaut. Impossible d'exiger d& jeunes écoliers quMls eussent sous la (main une bibliothèque desprincipaux classiques français; il fallait donc un choix de lecturesqui pût en tenir lieu. Il n'en manquait pas, alors déjà. Mais laplupart répondaient mal au but. Les uns, faits en Allemagne, témoignaient d'un goût peu délicat ; d'autres, en usage en France^ n'étaient guère, comme celui de Noël et de Laplace, qu'un ydLur mineux recueil de menus échantillons. Ce fut pour combler cette lacune que Vinet entreprit sa Chrestomathie, et, si l'on en croit de bons juges, il y aurait si bien réussi qu'aujourd'hui encore, aprèsquarant.e ans, ce recueil est celui où règne le goût le plus pur.et qui est le mieux adapté aux exigences de l'enseignement.

Selon Vinet, cette étude vivante de la langue et de ses formesdevrait être faite avec les soins attentifs et la précieuse lenteur qu'on apporte à celle des classiques anciens. Il voulait qu'on lût Racine et Bossuet comme on lit Horace et Cicéron. L'applicatioa de cette règle, partout possible, partout désirable, lui paraissait surtout nécessaire dans les pays de langue française qui ne sont pas français, et dans les institutions où l'on ne peut ni se contenter d'une instruction élémentaire, ni s'accorder l'avantage d'une culture classique, telles que les écoles réaies, industrielles, moyennes,, etc. Idée féconde, et qui est loin d'avofr reçu une réalisation saffi-* santé t Vinet la recommande à ses compatriotes du canton de Vand* t II s'agit, dit-il, d'apprendre notre langue à fond, d'en pénétrer le génie, d'en connaître les ressources, d'en apprécier les qualités et les défauts, de nous l'approprier dans tous les sens; et ne me serat*il pas permis d'ajouter (puisque je parle du français et que j'en parle en vue de la culture vaudoise) que le français est pour nous^ jusqu'à un certain point, une langue étrangère? Eloignés des lieux où cette langue est intimement sentie et parlée dans toute sa pureté, ne nous importe-t-il pas de l'étudier à sa source la plus sincère, et avec une sérieuse application '? »

' Lettre à M. Monnard, tome I".

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c'est dans ses rapports annuels et officiels sur son enseii qae Yinet a le mieux exposé sa méthode. La plupart de orts n'ont rien de la sécheresse qu'on est en droit d*atteupièces semblables. H entre dans le détail, il dessine la phye des classes qui se succèdent sous ses yeux, il dît ses ces et ses expériences, recherche les causes qui comprole succès de ses efforts, se critique lui-même au besoin, ses plans et ses vues, et rattache aux progrès de ses élèves ttode du français toute Thistoire de leur développement. lit au milieu de sa classe, agissant, parlant, s'efforçant de dir l'étincelle de ces jeunes esprits, avides et distraits, les nt de son regard aussi pénétrant que sympathique, et guère de souci du côté de la discipline, parce que l'ordre itour du maître qui sait captiver l'attention *. On voit aussi t loi était naturelle la méthode qu'il recommande, et comatiquée par lui, elle devait être féconde ; il n'avait qu'à même pour la porter à sa perfection, tant il était habile à er, riche de souvenirs et d'idées toujours en éveil. On le in luttant dans sa classe contre la maladie. < Je devais à l'autorité, dit-il après avoir mentionné des remplace- Inâquents, de ces douloureuses contrariétés et de tout l'état ses. Elle voudra bien me dispenser de m'étendre davanr ce pénible sujet. Je demande seulement la permission r que l'enseignement même n'a pas été en souffrance, loand j'y ai pourvu en personne. Par la bonté de Dieu, ours retrouvé dans les classes, au moment de l'œuvre, siie la force physique dont j'aurais eu besoin, au moûis les îes intellectuelles et Ventratn qui peuvent suppléer juscertain point aux forces du corps *. » e saura gré de détacher de ces rapports quelques citations.

our cependant'il rentra tout ému : « J'ai donné aujourd'hui ier soufflet de ma vie, dit-il. Ce sera le dernier. »

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Voici d'abord une page destinée à nous transporter dans le milieu où il enseignait.

c Ordinairement, dans notre paedagogium, la première classe (la classe inférieure) a peu de physionomie, surtout quand elle est nombreuse; mais les traits s'approfondissent peu à peu. Une classe, comme une société, comme un corps, subit un travail intime qui l'organise, et elle finit par devenir un être. Cette observation me frappe surtout cette année. Ainsi dans la seconde classe les individualités sont assez diverses; mais elles semblent presque toutes noyées dans une môme couleur. Il y a peu de mal à dire de cette classe, mais pas assez de bien. Elle se laisse faire, elle ne résiste pas, elle se prête aux intentions de l'instituteur : il y a plus, elle l'écoute avec intelligence. Gomment se fait-il que de cette agrégat tion de quinze jeunes gens aux allures vives résulte un tout si terne et si pâle ? C'est que l'inertie domine, j'entends l'inertie inp tellectuelle ; l'esprit de la science n'est pas là, on n'en respecte pas les superfluités; or, les superfluités, dans le domaine de la pepsée et de l'art, font partie du nécessaire. Nul doute que quelques-uns de ces jeunes gens ne reprissent haleine et couleur dans une atmosphère vivifiante ; ici, rien ne les stimule et ne les soutient assez, comme aussi rien ne les révolte, ce qui serait un remède d'une autre sorte. La conduite de cette classe, en effet, est généralement décente et honnête ; ce qui doit se faire se fait, mais Mblement, mollement; et cependant il y a là plus d'étoffe qu'il n'en faudrait pour faire une très bonne classe. Il n'y a peut-être pas plus de talent naturel dans la troisième. Mais quelle différence de vie ! Comme il y a dans cette classe aînée plus de jeunesse que dans sa cadette! Et combien de jouissance et de profit, elle et moi, nous aurions tiré de nos leçons, si la plupart des disciples qui la composent avaient apporté de bonne heure à l'étude des fm&*ments de la langue française l'intérêt qu'ils mettent aujourd'hui à en étudier les chefs-d'œuvre I C'est le regret que j'éprouve d'année en année, dans la troisième classe. Il est de règle qu'arrivés là mes élèves se prennent d'un intérêt plus marqué pour la langue et

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