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itore qae je sois chargé de leur enseigner; mais les élé* égligemment étadiés dès le début, souvent dès les pre-r umées du gymnase, ne permettent ni à moi de les pousser odrais (car il faut réparer, toujours réparer), ni à eux^ de jouir facilement des lectures et des études que je suis ilenr faire flaire. Je ne prétends pas m'absoudre tout à fait ccusant ; j'ai ma part dans leur faute ; il eût fallu apparem^ inon travailler davantage, du moins prétendre davantage, ' contre le relâchement des uns et les préventions des au-' aiaintenir contre leur paresse armée d'illusions les droit» ude qui, son importance à part, doit se bien faire puis^ « fait Mais enfin, si je considère les élèves de la troisième ctuelle d'un point de vue plus général que celui de mon ornent, je dirai que c'est une brave classe, une classe vi-
où la vie est de l'ordre; on sent que, voués sans retour Qce, ces jeunes gens n'en calculent pas les limites; ils jumt à présent que savoir est une sufiKsante récompense mdre. J'ajouterai enfin que la conduite de cette troisième
mon égard me laissera un très doux souvenir. » oici maintenant au travail; il s'agit de composition : n ne gâte la main comme de travailler sur une substance je avec un instrument qu'on ne connaît pas davantage. des mots dont on ne connaît pas la juste valeur, c'est , même sous le rapport de l'art, la plus fâcheuse des habi< tordre dans les idées, la netteté dans l'expression, la vians les images, sont au prix d'une vue claire des choses. Il jours demander à l'élève s'il a tm ce qu'il dit, car il ne dira 3 ce qu'il aura vu. Une illusion sur la portée naturelle de »nt il s'agit m'avait pendant quelques années induit en err la nature des sujets à prescrire à mes élèves. Je leur ais des idées avant qu'ils en pussent avoir, et je croyais es qu'ils exprimaient étaient à eux parce que je les leur années. Je me suis peu à peu désabusé, et sans renoncer à liter, après une discussion familière, des sujets de raison-
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nement et de morale, j*ai multiplié les sujets de narration; d*im côté parce gue de tels sujets n'ajoutent pas à l'embarras d'une langue étrangère celui de la recherche des idées; d'un autre côtS parce que l'exercice de la narration n'est pas moins propre que tout autre à développer la logique naturelle de l'esprit. Toutes lés règles principales de la logique, quelques-unes môme des plus délicates, y trouvent leur application, et la rareté des excellentes narrations, comparativement aux modèles d'exposition ou de raisonnement, montre que ce genre de style ne suppose pas une connaissance moins étendue ni moins délicate des éléments de l'art d'écrire. Une longue expérience m'a appris à mesurer la josfesse d'esprit de mes élèves uniquement sur leur talent à narrer. » n était de règle de faire dans la classe supérieure un premier cours de littérature, un rapide inventaire des richesses classiques de la langue française. Le plus souvent on ne le faisait que dans le dernier semestre. Une fois, Vlnet crut pouvoir commencer plus tôt. « J'avais affaire à une classe non pas très avancée, je l'ayone, dans la connaissance théorique et pratique de la langue française, mais intelligente, sérieuse, et pleine d'intérêt pour ce qui en mérite. Sa maturité relative m'a encouragé et m'a soutenu, et je puis dire que ce sont des heures heureuses pour moi, et j'espère aussi pour la classe, que celles que nous avons passées à étudier les annales de l'esprit humain et de l'art chez une des nations les plus remarquables du monde civilisé. Nous avons lu de la sorte une partie de ma Revue des prosateurs et des poètes français, traduite à mesure par les disciples ; j'ai ajouté de bouche les reur seignements de faits et les développements d'idées qui me paraissaient les plus essentiels, et, empêché par le temps d'insister beancoup sur les détails, j'ai cru devoir m'attacher surtout à mettre ea saillie les faits généraux, culminants, à faire ressortir, dans cette littérature, la perpétuité de ses principaux caractères à travers l'extrême différence des formes... Mais j'ai eu soin de faire naître chacune de ces observations générales de la rencontre de quelque fait particulier, et souvent ce n'est qu'après avoir vu un' même
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bit plosieors fois répété à des époques et sous des noms divers, que Doos nous sommes élevés à la généralisation. »
La page suivante indique l'esprit général de son enseignement: « Uétude des langues modernes, et particulièrement celle de la langue Srançaise, rencontre dans une école publique un écueil qu'elle évite difflcUement. Leur utilité immédiate et pratique, la perspective prochaine de les employer dans la vie comme ressource et comme moyen d'agrément, détournent l'attention du point de vue plus sérieux d'où cette étude devrait être considérée, £1 par là même de la méthode qui devrait y être appliquée. Au lieu d'envisager la langue française, par exemple, d'une part comme on phénomène philologique, comme un fait intellectuel et moral digne d'être approfondi, d'une autre part comme un instrument de développement et de culture, enfin comme l'organe de lûol ce monde d'idées et de créations qu'on appelle la littérature française, on aime mieux ne voir dans cette étude qu'un pont jeté d'une rive à l'autre du Rhin, et par où l'on pourra pénétrer au sein de la société française, y former des relations et s'y ménager, pour ainsi dire^ un pied-à-terre commode. Il ne faut pas s'étonner que, dans un tel dessein, on jette le pont à l'endroit où le fleuve est le plos étroit, c'est-à-dire qu'on retranche de cette étude tout ce qui ne paraît pas indispensable pour les usages de la vie... Et lors même que, portant un peu plus haut ses vues, on voudrait joindre dans son langage à la clarté la correction, et à la correction l'élépaee, on pourrait encore laisser à l'écart tout ce qui, dans l'étude 4e cette langue, mérite d'être appelé scientifique, toutes les spéculations sur le génie de la langue, tous les éclaircissements du sens des mots par leur étymologie, toute l'histoire des idées par celle des mots et celle du peuple par celle de son langage, tout le tableau des vicissitudes de la langue, toute comparaison de sou système avec celui des autres idiomes, toutes les délicatesses de la synonymie et des idiotlsmes, en un mot tout ce que l'usage et l'exercice ne sufQsent pas à faire découvrir. Je ne sais s'il est agréable d'étudier de la sorte une langue, mais je sais bien que
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je ne voudrais pas avoir à renseigner dans ce but et dans cet esprit. »
Vient ensuite un rapide exposé des causes qui empêchent qu'à Bàle renseignement de la langue française n*ait tout le sérieux, toute la richesse qu'il comporte. Bien des progrès avaient été faits déjà; le temps n'était plus où de graves professeurs affichaient publiquement leur dédain pour la France et sa littérature; Vinet, à force de distinction et de modestie, avait conquis Testime de tous; il se sentait soutenu; mais l'enseignement n'était pas encore assez fortement organisé pour qu'il lui fûtfiacile d'atteindre le but qu'il se proposait. Il entrevoyait la possibilité de donner un centre à tous ces exercices de grammaire prise sur le fait, d'analyse comparée et de rhétorique vivante, qui remplissaient une grande partie de ses leçons. Il eût été possible, selon lui, de les organiser nonseulement de manière à faire faire aux élèves la connaissance d'un certain nombre de modèles, mais encore en vue de les initier au premier des arts libéraux, l'art d'écrire. « L'art d'écrire est un art réel et distinct, il doit être envisagé comme tel, et il nous semble qu'en le rattachant étroitement à des faits vivants, je veux dire à ses œuvres les plus accomplies, en entrelaçant avec soin les préceptes et les exemples, on pourrait adapter à l'âge dont il s'agit les principales notions d'un art que les élèves seront tons plus ou moins appelés à pratiquer, et dont, en tout cas, ils doivent apprécier les productions. Il ne s'agirait pas d'engager les élèves dans toutes les spécialités de cette étude, ni de surcharger leur mémoire de tous les détails plus ou moins artificiels dont on l'a encombrée, ni de remonter avec eux jusqu'à des idées très élevées ou très délicates, qui ne peuvent se discuter qu'entre les maîtres.. Il faudrait rester le plus près possible de la nature et de la vie, leur faire trouver le plus souvent eux-mêmes les [idées dont on veut les enrichir, ramener l'art à son objet qui est le triomphe de la vérité, et à son point d'appui qui est la nature humame, la propre nature de ceux que Ton enseigne. »
Dans la pensée de Vinet, la Chrestomathie devait servir à triple
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fin : d'abord et sorUmt à des lectures variées, qui pouvaient être plus OQ moms rapides, plus ou moins analytiques, mais qui devaient toqioiirs flaire étudier la langue sur le vif et mettre Télève en présence des modèles; ensuite à un enseignement systématique de Fart d'écrire, à une théorie des genres, dans laquelle les exemples seraient toujours et partout étroitement associés aux piéeeples; enfin à un premier cours d'histoire littéraire. Relativement ao seoMid objet qu'il avait en vue, Vinet a laissé aux maîtres le cbamp libre; il s'est borné à leur fournir les matériaux nécessaires, un choix d'exemples. On peut en dire à peu près autant du premier, malgré quelques notes glissées au bas des pages. Pour le cours de littérature, il s'est plas hardiment avancé; il a donné son propre cours, dans sa Revue des prosateurs et des poètes, A en juger d'un point de vue purement pratique, j'oserai affirmer qu'il a manqué l'un de ces trois buts, le dernier. Gomme manuel d'enseignement, sa Revue des prosateurs et des poètes a un déÛQt capital : c'est une oeuvre hors ligne , faite pour écraser le maître qui s'en sert autrement que dans son cabinet. C'est un texte à expliquer, mais un texte si plein de sens, si riche dans sa fODQSMii, si nuancé dans son laconisme, qu'il faut, pour le bien enfeodre, avoir traversé soi-même et retraversé plus d'une fois le TâBte champ de la littérature française. La plupart des maîtres qui sont appelés à s'en servir sont incapables de l'expliquer avec in. tvlligence et liberté. Un outil de cette finesse suppose des ouvriers trop exceptionnels.
Aussi la plupart des bons juges n'ont-ils point envisagé ce morceau comme un précis à l'usage des écoles, mais comme un discours à l'usage des esprits cultivés et délicats, et c'est à ce titre qall a réellement fondé au dehors la réputation littéraire de Vinet. Dans la Suisse française, surtout dans le canton de Vaud, il fm immédiatement apprécié comme il méritait de Fêtre; il pénétra asseï promptement, avec la Chrestomathie, en Allemagne et dans la France protestante; enfin, après cinq ou six ans, il fut briUamimiit introduit auprès du public littéraire par le plus ingénieux des cri-
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tiques français, M. Sainte-Beuve *. M. Sainte-Beuve y signale cfuelques défauts. Les premières pages, sur l'ancienne littérature firan*çaise, lui paraissent sommaires et insuffisantes ; il regrette , vers la fin, dans l'appréciation des derniers auteurs du XVni* siède et dans une longue note consacrée à la littérature de l'empin, des jugements qui manquent de netteté et des concessions trop indulgentes, trop de noms, pas assez de choix. Ces critiques n*oat point étonné Vinet, qui en savait le « secret historique '. » Elles n'étonneront pas non plus les lecteurs qui nous auront suivi jusqu'ici. Pour les périodes lointaines, il avait manqué à Ylnet les ressources d'une grande bibliothèque française. Les pages qa'Sy consacre sont les seules où l'on surprenne des appréciatioDS de seconde main. Ne se sentant pas assez sûr de lui-mêroie, il se tient sur la réserve; il est court, pour être exact. Quant aux é(»ivato de la fin du XVin* siècle et de l'empire, la distance lui manque pour bien saisir les groupes et la juste perspective. C'est là, en effet, qu'il faut chercher sa première tradition littéraire. A Paris, au centre du mouvement, en pleine évolution romantique, il eût été du coup transporté à la distance voulue; à Baie, dans sa solitude, il ne se dégage que lentement de ses affections et illusions d'enfance; il lui faut du temps pour que le triage se fosse. M» Sainte- Beuve remarque encore qu'il y a peut-être dans ses jugements sur les poètes , quoiqu'il les ait fort bien s^préciés, surtout les grands, moins de sûreté que dans ses jugements sur les prosateurs. Mais, ces réserves faites, il rend à l'ouvrage pleine justice. L'éloge qu'il en a fait n'a pas, que je sache, été contesté jusqu'à présent.
c J'ai parié, dit-il, des excellentes petites biographies et «tes notices en quelques lignes mises à la tète des extraits. Mais tous œs
* Ibrtraits contemporains, tom. IL Ce morceau, daté du 15 septembre 1837, parut d'abord dans la Eevue des deux mondes,
* Lettre à M. Sainte-Beuve , 27 septembre 1837. Citée par M. Sainte-Beuve dans la note sur l'académie de Lausanne , à la fin du tome I«» de son Bort-Boi^àl, troisième édition.
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mâriles se retrouvent eondensés , assemblés et agrandis dans la Revue des principaux prosateurs et poètes français, morcela très pleiii et très achevé, vérit^le chef-d'œuvre littéraire de ML Yinet». fl n*y a pas un point, pas une maille du tissu qui ne aoU solide, exactement serrée; c'est la lecture la plus nourrie, la pios utile, la plus agréaUe même, aussi bien que la plus intense. Le style de Marie^Joseph Chénier, dans son Tableau de la littérature, égalé m pour la netteté et l'élégance, est surpassé pour la noofeioté et la plénitude du sens. Je ne sais que la manière de ML DaoDOii, dans son Eloge de BoHeau, qui me paraisse se pouvoir eomparer avec convenance et avantage avec celle de M. Vinet dans ce discours. Combien d'heureux traits d'une concision ingé- Biense, où la pensée se double, en quelque sorte, dans l'expressIqo, eC Cait deux coups d'un même jet! Ce sont comme deux counals inverses sur le même axe : on reste tout surpris et charmé. Je n*e& citerai qu'un seul petit échantillon. Après un mot sur Aofot et ses grâces françaises, « Ronsard cependant, dit M. Yinet, » égarait la poésie loin de la veine heureuse que son siècle et » luhméme avaient rencontrée. > Il est impossible de plus enfermer ca on radoucissement dans la critique, de plus précisément gRflfer réloge dans le blâme. Pas un mot qui ne soit ainsi mesuré el pn^KNTtionné. Quelle balance sensible et sûre! et pourtant le glaive entrevu parfois!... — Je ne me lasse pas de repasser les jugements de l'auteur qui sont comme autant de pierres précieuses, enchâssées l'une après l'autre , dans la prise exacte de son Qogle net et fin« Je ne trouve pas un point à mordre, tant le tout est serré et se tient *. » i
On a souvent reproché à Vinet de n'avoir pas assez de confiance en son premier jet et de trop retoucher. L'habitude de corriger sans cesse ses écrits, en vue d'une extrême exactitude , les éleipaît, dit-on. La conscience nuisait à la verve. Cette remarque^ appliquée à ses ouvrages polémiques , ou même à ses sermons,
• Ibrtraits contemporains^ tom. il, pag. 17-20.
aurait, peat-être, quelque justesse; mais dans la Revue des principaux prosateurs et poètes français, cet excès de scrupules l'a constamment bien servi. Ce n'est pas de verve qu'il s'agissait ici, mais de finesse, de précision, d'exacte nuance et de juste sobriété. Il a beaucoup retouché, et chaque retouche est un progrès. J'ai sous les yeux un exemplaire interfolié de la première édition de ce discours; il est chargé de notes et de corrections, qui ont servi à une édition subséquente. L'étude de ces corrections est du plus haut intérêt. Il n'en est pas une qui ne renferme une leçon de mesure et de goùi. Souvent des passages excellents en eux-mêmes sont sacrifiés, et il se trouve toujours que l'idée , ainsi déchargée, a gagné en force autant qu'en sobriété et semble plus riche dans sa concision. A propos de l'indifférence des poètes du XVII" siècle ppur l'histoire et pour la nature, Vinet avait écrit : « On eût dit que, pour eux, le ciel n'avait point d'azur, ni l'orage d'échos sublimes, ni les forêts de bruits mélancoliques, ni le printemps de parfums et de fleurs , ni la campagne de nobles travaux et de mœurs aimables, ni les cathédrales et les vieilles ruines de saintes ombres et de lumière magique, et que, s'enfonçant tristement dans les ténèbres des vieux âges, les héros de l'ancienne France y avaient emporté avec eux tous les nobles souvenirs du passé, et jusqu'à l'idée de patrie. » Tout ce passage a été biffé, et il n'eâ resté, pour exprimer cette pensée, que la phrase qui le précédait immédiatement: « Semblables à ces palais déserts et fermés où personne ne demeure, dont personne ne profite, la nature et l'histoire s'offrirent inutilement, durant tout un siècle, aux yeux indifférents des poëtos. *
Cependant c«s corrections n'ont pas abrégé le morceau; elles l'ont, au contraire, presque doublé. Sous sa forme première, il était relativement sec et pauvre. Sur M°^ de Sévigné et Maintenon, sur les œuvres spirituelles de Fénélon qui passionna la piété, sur le poème de Voltaire qu'on évite de nommer^ sur bien d'autres sujets, Vinet avait du premier coup tout dit, et tout dit excellemment. Toutefois, il n'est presque aucun de ces profils si fine-
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ment gravés qm n'ait gagné à la retouche^ avec un dernier coup >ie burin, une ressend[)lance plus achevée. Plusieurs , parmi les plus frappants, n'étaient d'abord que de pâles ébauches. Celui de Racine, le plus complet, peut-être, et Tun des plus parfaits, est presque tout entier de seconde venue. Sur J.-B. Rousseau, Ymet disait d'abord, non sans quelque hésitation: c Excepté dans ses odes sacrées et dans quelques-unes des autres, Rousseau me semble substituer le raisonnement à l'enthousiasme , et souvent ce raisonnement n'est pas juste. Il est accompli de tout point dans ses cantates, genre qui est à l'ode ce que l'opéra est à la tragédie. > A ce jugement, excessif dans la louange, incertain dans la critique, et manquant de trait dans l'une comme dans l'autre, Vinet a substitué celui-ci : « Rousseau a longtemps passé pour ûolre premier lyrique; et sans doute ses odes sacrées, quelquesunes de ses odes profanes , et ses cantates, lui maintiennent uotf place au premier rang des classiques. Mais dépourvu d'entrailles, de cette philosophie native sans laquelle il n'y a pas de grande poésie, et même de ce jugement droit dont aucun talent ne rachète l'absence, Rousseau est un rhéteur parmi les poètes, et une froideur involontaire se mêlera toujours à l'admiration de ses plus xélés partisans. » Quelle différence ! Ici chaque trait porte coup, et il n'y aurait rien à reprendre à cette sentence sans le dernier mot, qui en marque la date. On a pu quelque temps opposer Rousseau aux lyriques modernes; aujourd'hui, il n'a plus de partisans.
C'est en justesse et en justice que ce discours a surtout gagné à un second travail. « Poëte royal, poète de cour, > disait Vinet dans sa première édition, en parlant de Racine ; il a conservé le mot juste, « poëte royal ; » l'autre, qui surcharge la pensée et la lausse eu l'exagérant, est tombé. « La Religieuse et Jacques le fataliste, lisait-on plus loin, sont une souillure dans la vie de Diderot. » Vinet biffe ces deux lignes, et écrit en marge : « On s'indigne d'avoir à louer quelque chose dans des ouvrages aussi pleins de souillures que les deux principaux romans de Diderot. Mais
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comment méconnaître dans l'on, à côté de la perfide exagération de Fensemble, une vérité de style dont il n'existait parmi les romanciers aucmi modèle vivant^ et dans l'autre un épisode an moins qui serait cité comme un chef-d'œuvre d'art et de naturel, si l'admiration ne se détournait tout entière vers le sublime du dénoûment. » Mais cette nouvelle rédaction ne le satisfait pas encore; c'est trop long, et le on s'indigne sent la férule. Finalement il écrit: « Il faut bien, en dépit de tout ce qui défend de les indiquer, rappeler 'ici les romans de Diderot; comment a-t-il pu jeter, au milieu de tant de souillures, tant de pathétique et tant de vérité? » Ronsard, dans l'origine, était fort maltraité. « Ronsard, poète lyrique d'un talent assez distingué, imitant les anciens avec servilité, fonda sur ce principe une école dont le crédit dura longtemps. » Le mot le plus fâcheux de la phrase tomba le premier, assez; puis, remaniée, ou plutôt entièrement refondue, elle prit le tour heureux qu'admire M. Sainte-Beuve.
Inutile de multiplier les exemples. On voit, d'une rédaction à l'autre, s'épurer, s'affermhr le goût de Vinet. Peut-être ces hésitations seront-elles pour quelques-uns un sujet d'étonnement. D nous semble, au contraire, que s'il y a lieu de s'étonner, c'est d'un progrès si rapide et si constant. Qu'on veuille bien se mettre à la place de Vinet. Transporté dès l'âge de vingt ans dans nne ville allemande, presque sans relations directes avec la France, Vinet ne connut guère cette école du monde , qui seule aiguise promptement le goût et le raffine , non sans le fausser parfbis. Jamais littérateur ne vécut plus solitaire et ne dut se former dans un éloignement plus complet de son milieu naturel. Il avait emporté de Lausanne un premier bagage littéraire assez mêlé, bagage de jeune homme avide de lectures , et ce fut à Bâle qu'il eut à devenir homme sous le rapport du goût comme sous celui de la conscience.
TnlM révolutions. — Une miaaion diplomatique.
Le procès de presse qa'on avait intenté à MM. Monnard et Vinet n'était an fond qu'une manœuvre de parti, peu digne d'un gouver- Bemeiit. H s'agissait non-seulement de compromettre un adversadre ledonté, mais de tenter une diversion éclatante^ propre à raiâre in pouvoir la pc^alarité qu'il perdait. Deux questions agitaient le canton de Yaud, la question politique et la question refigieuse. La question politique menaçait d'aboutir à une révision eottstîtotionnelle. Un parti considérable, et qui s'organisait tous les jours plus fortement, réclamait l'abolition de cette constitution de 1815 qui, élaborée et acceptée par prudence dans un moment de réaction universelle, privait des droits électoraux la majorité des citoyens, compliquait, au seul profit du pouvoir, les rouages dn gouvernement, et sur des points essentiels était beaucoup moins démocratique que celle de 1803, dont le souvenir demeurait populaire. Plusieurs motions tendant à une révision par le Grand Conseil lui-môme avaient échoué. Le Conseil d'état, entouré de sa majorité compacte, se raidissait contre toute innovation. Cependant le parti démocratique gagnait des adhérents, et Ton pouvait prévoir k moment où il aurait pour lui la majorité du corps électoral.
Là question religieuse était dominée par la loi du 20 mai 1824. Ici, le gouvernement rencontrait deux groupes d'opposants : les dissidents d*abord, ceux que la loi atteignait et frappait; puis les vrais libéraux, ceux gui tenaient à la liberté religieuse pour ellemême et par principe. Mais ces deux groupes réunis ne formaient pas ce qu'on appelle un grand parti. Les méthodistes, uniquement préoccupés des intérêts religieux, s'appliquaient mollement à la politique; plusieurs acceptaient la persécution comme la part promise aux chrétiens; rien d'ailleurs n'était plus impopulaire que leurs assemblées, leur langage, leurs voyages missioxmaires et leur zèle à faire des prosélytes. Quant aux hommes capables d'embrasser par conscience la cause de la liberté religieuse et d'en appliquer loyalement les principes, même en faveur de leurs adversaires, ils sont rares aujourd'hui encore dans les pays les pins civilisés. Avant 1830, ils ne formaient dans le canton de Yaod qu'un petit groupe d'élite.
U y avait donc tout avantage pour le gouvernement à môler la question religieuse à la question politique, et, si possible, à M faire prendre le dessus dans les préoccupations populaires. La procès intenté à MM. Monnard et Yinet n'eut pas d'autre but, et l'on put croire un instant que ce facile calcul serait justifié par l'événement. Il n'en fut rien. Une sorte d'accord tacite ne tarda pas à s'établir entre les différentes oppositions, qui avaient tout intérêt à se prêter un appui mutuel. A la tactique du gouvernement, on en opposa une autre, tendant à subordonner la question religieuse à la question politique. On concentra sur la seconde tous les efforts» et l'on renvoya la première à des temps plus favorables.
Le gouvernement comprit bientôt que son but était manqué. Alors, voyant l'opposition grandir,il prit le parti déjouer lui-même le jeu de ses adversaires : il se fit révisioniste. En mai 1830, le Grand Conseil fut nanti d'un projet qui abaissait le cens, diminuait la durée des fonctions et simplifiait plus d'un rouage. Malheureor sement le Conseil d'état l'avait accompagné d'une loi transitoire si prudenunent calculée que le passage d'un régime à l'autre devait