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nplir avee une lenteur infinie. On calculait qu'on pourrait leore en 1856 des traces du système électoral de 1814. G'éaoooap présumer de la patience du peuple. Sur ces entreéclata, en France, la révolution de juillet, qui avait aussi Miocipe la haine des institutions imposées en 18U. Il n'en pas tant pour hâter Tachèvement de l'œuvre commencée • canton de Vaud. On n'y parla plus que de Comtitiuinùe, titioDS se revêtirent aussitôt d'un nombre considérable de ires, et le Grand Conseil lut convoqué en séance extraordii peine était-il réuni que des bandes nombreuses arrivèrent anne de divers points du canton. Un comité siégeant au dirigeait le mouvement. Les autorités refusèrent de délibé- 15 la pression populaire, et quelques citoyens influents, lesquels le générai La harpe et le professeur Monnard,réusi obtenir des masses leur éloignement momentané. Dès que id Conseil put feindre de se croire en liberté, il décréta une aante et se déclara provisoire, ce qui équivalait à une tion.
rit clairement, pendant ces journées orageuses, l'opposition èments divers qui avaient concouru à l'œuvre révolution- Monoard s'éleva avec force, au risque d'y perdre sa popucontre les allures séditieuses du comité du Casino; mais il iloa pas moins avec joie le régime nouveau. Il avait condans le suffrage universel. Vinet, de son côté, observateur ;, méditait sur le dogme favori de la démocratie, la souve- ( du peuple, et souhaitait de tout son cœur à son ami Mone n'avoir plus à remonter sur l'échelle d'où il avait harangué le. « Il y a, dit- il, un principe fort vrai qu'on appelle la aineté du peuple. Dans la simple application des lois exisil opère réguhèrement, doucement, médiatement; mais il lias de règle quand on reprend les choses à leur base; du il semble un moment qu'il n'y en ait plus. On retombe Qtanément sous l'empire du fait. L'établissement social, en lys, ressemble à une colonne dont le piédestal est voilé par
des Duages, si bien que ces nuages mêmes semblent loi servir de base. Mais, tandis que le fait est Tunique autorité des masses, le droit reste inaltérable dans le coeur des hommes de bien '. > Et plus il s*enfonçait dans ces méditations, plus le nuage lui paraissait utile, plus il s*effrayait de ces coups de force qui, en transfcMinant les états, mettent à nu la fï*agilité des institutions sociales.
Vinet, cependant, avait applaudi de tout son cœur à la révolutimi de juillet. « Depuis ma dernière lettre, écrit-il à M. GrandjMerre, dont il continuait à être Tami, le temps a marché à pas de géant Quelques jours ont fait Tœuvre des siècles. J'ai vu une personne de qui je ne l'attendais point déclarer spontanément que )a Providence était là. Si elle ne retire pas sa main protectrice, cet événement sera le plus grand du siècle. Ce n'est pas le renversement d'une dynastie, c'est l'ouverture d'une ère nouvelle où l'espérance chrétienne aime à plonger ses regards '. » Â peu près dans le même temps, il écrit à un autre ami, un Français aussi : « Que de choses, si vous le voulez bien, n'aurez- vous pas à nous dire sur la nouvelle situation que les événements, ou plutôt une haute Pubsance, a créée pour vous et pour tous les Français! Je vous en croirai mieux que tant de rapports calculés et tant de phrases de circonstance, qui me gâtent un admirable événement, où il y a plus et moins que ce qu'on y voit, et qu'il est plus aisé de gâter qu'il n'était aisé de le produire. L'admiration a été si grande dans nos contrées qu'elle vous étonnerait, vous qui les connaissez.... Les hommes civilisés de l'Europe n'ont réellement qu'une patrie ei qu'un grand intérêt, ou plutôt une grande affection les unit d'un bout du continent à l'autre. Cependant il y a eu un moment où de nouveau nous nous sommes sentis Suisses, c'est lorsque nous avons vu entrer dans nos murs les débris de cette garde suisse qui n'a pas eu le bonheur de finir par un dix août. Nous aurions voulu convoquer la Diète helvétique et faire défiler devant elle, à sa
* Lettre à M. Monnard, du 23 décembre 1830.
• Lettre du 11 août 1830.
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confosioii, ees soldats sans armes et presque sans habits, (joi paraîtnieat Iksk aUégés, en vérité, si on ne les voyait pas chargés des ootrag» el de la haine d'one nation qui les chassait depuis si kinglemps. D y a une justice sur les peuples comme sur les particuliers. Mais j'avoue que ce pénible sentiment s*absorbe peu à peu dans rimpression que nous recevons du magnifique spectacle que vous Boos avez procuré, et l'idée d'assister au début d'une des grandes ères de l'humanité donne à tout ce qui se passe le caractère du sublime *. »
Tel était le langage de Yinet le lendemdn de < l'admirable évéoement; » mais quelques mois s'étaient à peine écoulés qu'il ea Jugeait d^ià en homme désillusionné, t Lorsque vous m'écri- Tiei, lisans-nous dans une lettre du À décembre, à M. A. Forel, TOUS en étiei à l'admiration sur les événements de Paris^ et moi auBî. Je ne puis pas nier que le temps, et peut-être pas le temps seul, m'a un peu raCraichi, et si certaines choses continuent, je finiraî par n'admirer que la Providence, ce qui est bien le plus sûr. Tout considéré, il y a eu un grand mouvement national, et, de la part de plusieurs, un élan généreux. La révoUUion Orléans sen toiqours plus belle que l'usurpation Orange. Mais combien l'homme se lasse vite d'être grand, et qu'à présent qu'on nous cette révolution elle perd de son éclat! On arrive à de hauteurs, on n'y séjourne pas. N'étes-vous pas frappé, au milieu de tant de destitutkms, de la destitution de la religion, qui, dans le plus grand événement que les hommes pussent £aire, n'a pas même trouvé de place pour son nom?... La pensée religieuse (Si morte parmi les chefs de la société. >
Ce fut sous l'empire de ce désenchantement que Vinet vit éclater la modeste révolution vaudoise, qui n'avait rien de sublime, mais qui avait pu s'accomplir sans eOusion de sang, qui renversait on gouvernement connu par l'étroitesse de son intolérance, et devait nécessairement porter au pouvoir des hommes d'un esprit
« Lettre du 31 août 1830.
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pins large et plus libéral. Vinet la salua avec joie; mais il jugea plus à propos d'avertir que d'applaudir. Dès les premiers jours de janvier 1831, il envoyait au Nouvelliste un article dans lequel il établissait que la liberté ne vaut jamais que ce que vaut l'homme lui-même.
La Constituante vaudoise, réunie le 7 février, nomma une commission chargée de lui présenter un projet, lequel fût élaboré par une sous-commission. Les discussions qui eurent lieu dans le sein de la commission furent publiées. Vinet les suivit avec une extrême attention. Le projet lui parut beau, peut-être trop hardL < Serat-on si facilement d'accord, écrivait-il à un membre de la Constîtnante, sur un projet qui tranche dans le vif des anciennes idées et des anciennes institutions? C'est un beau travail; mais je ne puis m'empêcher de croire que, sur des points importants, il accorde un peu trop aux idées du jour. L'âge d'éligibilité, Tabsence de toute condition de propriété, le Conseil d'état réduit à la voix consultative, beaucoup de sages précautions contre le pouvoir, peu contre la liberté : tout cela me donne, je vous l'avoua, quelque inquiétude.... Pardon, ce n'est qu'avec un ami bien indulgent que j'ose raisonner sur des matières qui, au fait, ne me regar dent pas, et sont au-dessus de ma portée. Les circonstances présentes ont forcé les peuples d'oublier que le pouvoir est aussi un des éléments de l'ordre social; et ce qu'ils oublient depuis plus longtemps, c'est la corruption naturelle du c<Bur humain. Nos constitutions distribuent les droits politiques à pleines mains, comme si c'était à des anges, et, chose singulière, plus ceux qui les rédigent sont des âmes honnêtes, droites, désintéressées, plus ce défaut est inévitable; ces hommes supposent facilement aux autres une rectitude et une délicatesse de conscience dont ils sont pourvus eux-mêmes. Je crois que ceux qui entendent ces choses île seraient pas en peine de prouver que l'organisation politique n'est pas tant le but que le moyen, je dis le moyen de protéger efficacement les droits de tous et de faciliter le perfectionnement de la famille humame. Et, conformément à ce principe, il s'agirait
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de cmifier les attributions politiques, à commencer par Télectorat^ aux plus dignes, aux plus capables^ aux mieux placés pour les exercer. De là sont nées les restrictions au droit électoral, admises dans des constitutions d'ailleurs très libérales, c'est-à-dire très bvorables à la civilisation. Votre neveu disait fort bien que ce qnH y a de plus clair, de plus liquide dans le principe de la soU' Teraineté du peuple, c'est l'idée que le peuple doit être gouverné pour kd, et non dans un autre intérêt. C'est mon point de départ, D en est autrement des droits individuels. Leur conservation, leur dérpJoppement est le vrai but. Du reste, ce qui met un frein à mes espérances, et un rémora, pour ainsi dire, à ma sympathie pour le travafl d'affranchissement des peuples, c'est une chose qui vous frappe comme moi, l'absence à peu près complète de l'élément nfigieox. Je crains qu'aussi longtemps qu'il manquera, les nations ne se toonnentent et n'espèrent en vain \ >
On n'avait pas attendu jusqu'au moment où le projet sortit des mains de la commission pour soulever la question religieuse, naturellement comprise dans la question constitutionnelle, n s'agissall de savoir si le principe de la liberté des cultes serait enfin reeomni par la charte nouvelle qu'allait se donner le peuple vaudois. Un journal, la Discussion publique, avait été fondé pour soutenir cette noble cause, n n'avait pas d'autre programme. Le principal rédacteur était un ami de Yinet, M. Louis Bumier. II eolendait que cette liberté fût proclamée non-seulement en faveur des églises dissidentes, mais en faveur de l'église nationale ellemême, dont l'indépendance, en ce qui concerne la doctrine et le ralte, devait être hautement reconnue. Le Nouvelliste vaudois, toujours rédigé par M. Monnard, travaillait dans le même sens; la Gazette de Lausanne et VAnd de f église nationale, nouveau ioumal fondé par quelques pasteurs en opposition à la Discussion ^pMique, se disaient très partisans de la tolérance, mais n*cn plaidaient pas moins la cause du privilège et du statu quo. La lutte
• Lettre k M. A. Forel, du 4 avril 1831.
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(ut vive, et vaillamment soutenae» surtout du côté de la DiscuMÙm puàlique, qui avait un principe à Caire triompher, tandis <2ne les amis du statu quo étaient au bénéfice de la force d'inertie acquise à d'anciennes institutions et à des préjugés enracinés. Le clergé, unanime sur la question du maintien de l'église nationale, était partagé sur celle de la liberté des cultes; cependant une nombreuse assemblée de pasteurs, réunie à Lausanne dès le 20 jaiivier, se prononça pour la liberté. Des pétitions en sens opposés circulèrent dans les villes et les campagnes; les brochures ve firent pas défaut, et bientôt il fut évident que de toutes les questions soulevées par la révision constitutionnelle, aucune ne préoccupait le public au même degré que celle de la liberté religiease. Les amis de Yinet tournaient leurs regards du côté de Bâle, espérant voir sortir de sa plume quelque vigoureuse brochure. D ne les fit pas attendre. Dès le mois de février, il publiait Técrit Intitulé : QuelqiLes idées sur la liberté religieicse K Cette brochure, écrite avec autant de mesure que de fermeté, s'adressait sans doute au grand public, mais surtout aux hommes capables de réflexion, aux membres de la Constituante. L'auteur n*y abiurdait qu'avep prudence la théorie de la séparation de l'élise et de l'état, et prenait soin de distinguer sa cause de celle des dissidents, en montrant les avantages que leur avait valus la persécution : c Parce qu'ils souflraient avec courage, dit-il, plusieurs crurent qu'ils souflraient pour la vérité. Et sans doute qu'il y avait dans leur cause de la vérité et de la raison; mais on eii vit plus qu'il n'y en avait Libres et tranquilles, ils eussent été jugés avec moins de préoccupation. Leur position n'en eût pas imposé sur le mérite de leurs doctrines. On les aurait appréciées de sangfroid, et probablement ce qu'elles ont d'antiscripturaire, ce qu'elles renferment d'étroit, d'arbitraire et d'exclusif, ce qui les rend Incom-
' Cette brochure a été reproduite en tête du volume publié par les éditeurs de Yinet sous le titre de Liberté religieuse et questions ecdésiotstigues. Paris 1854.
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iUes avec la loi de progression de l'esprit humain et avec qaeles-ims des principes de la nature humaine, eût mis des bornes xire i^os étroites à leur crédit et à leur progrès ^ » les quelques lignes et d'autres analogues, qu'il eut soin de glis- ' dans les artides divers qu'il publia vers la même époque, lui ineat de religieuses admonestations. On l'accusa de politique, sqoe de trahison; il n'était que sincère, et sincère avec modé- ÎQO. Dans ses écrits antérieurs, sous le coup des violences polaûvs, il avait eu de bonnes raisons pour ne voir dans les isécolés que des victimes; il eût cru manquer à la charité en nqauit de réserve; mais en présence des représentants du ïfl^, il estima qu'U était de son devoir de ne laisser planer !im doute sur ses véritables sentiments. Or ses véritables senti- Bis n'avaient pas changé sur un point essentiel; il avait moins goftt qoe jamais pour l'esprit de contention et pour le zèle indisiSes lettres en fournissent tant de preuves qu'on n'a que l'em- Tas du choix. Un passage suffira '. c A propos de christianisme, n avons ici des gens qui s'entendent à le décréditer. C'est une iBdie du grand arbre de Malan, greffée comme du gui sur lire de notre église bâloise par un disciple de Pré-béni^ J'ai eu eeasion de voir procéder ces messieurs et ces dames, et je suis ne demander si les Mac-Briar et les Balfour de Walter Scott Uient pas plus raisonnables. Ces gens-là, avec leurs petites » et leurs grands mots, le tonnerre de leurs anathèmes et la ytQde de leurs menées, m'ont tout à fait l'air d'enfants qui ent à la religion. Encore s'ils n'étaient que ridicules! Us en ont n le droit: mais c'est bien pis en vérité. Oht si la persécution tait pas si proche encore, si facile à rallumer, une bonne Proiciale contre ces firoids fanatiques ! Vous vous étonnerez que li, leur défenseur, je parle d'eux comme je fais; cependant je
' Liberté religieuse et questions ecdésiastiques, pag. 22. ' Lettre à M. A. Forel, du 28 juUlet 1831. ^ Demeure de M. César Malan.
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les défendrais encore; mais ce qae j*ai vu ces dejmiers temps soolève tout ce qoe j*ai encore de sentiment moral; du reste, ils ne sont pas tous ainsi, et j'en ai connu ailleurs de bien respectables. • Si L'on Yoolait accuser Vinet de réserves calculées, on en troayerait un prétexte plus spécieux dans la prudence avec laquelle il aborde, dans sa brochure, le sujet délicat de la séparation de l'église et de l'état; cependant il est sincère. Quoique ses idées sur ce sujet fussent à peu près fixées depuis l'année 1823 » il ne voyait encore dans la séparation, en 1831, qu'un idéal lointain, et il ne pensait pas qu'il fût permis de travailler à le réaliser an détriment d'une église quelconque, n souhaitait une église nationale libre et vivante, convaincu que la liberté est le seul chenûn qui mène à la liberté. D'ailleurs, il l'aimait, cette église nationale, et s'il condamnait le principe de l'union en tant que principe, il n'étendait point cette condamnation aux institutions elles-mêmes. Il savait trop bien que l'esprit religieux a ses entrées partout c Sans doute, écrivait-il au Nouvelliste, je ne suis pas plus étranger qu'un autre à ce sentiment qui attache au passé, à ce respect pour les anciennes institutions, proche parent du respect pour la vieillesse. Je me reprocherais presque autant de manquer à une vieille chose qu'à un vieil homme. L'âge de notre église me la recommande, son origine bien davantage, ses services encore plus, et je considère en outre l'inconvénient de la supprimer. Ibis J'aime encore plus en elle ce qu'elle peut devenir que ce qu'elle a été. J'aime en elle un des départements, un des territoires de l'église mvisible. J'aime en elle ce que nos pères y ont aimé : on asile pour les âmes travaillées et chargées, une hôtellerie pour les voyageurs en chemin pour l'éternité, un filet jeté par la main du Seigneur sur ma terrestre patrie. J'aime en elle quelque chose de plus ancien que tout notre passé : je veux dire ce qu'elle a encore de l'église de Christ, ou plutôt c'est l'église de Christ que j'aime en elle '. »
* Liberté rdigieuse et questiofts ecdésiaistigueSf pag. 48.
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La fiartie la plus déYeloi^pée el la plus forte de la brochure de ITiBcC est celle dans laquelle il examine les objections qu'on élève soit CQOlre une indépendance plus réelle de Téglise nationale, soit eonlre la reconnaissance expresse du principe de la liberté des CQHea, n montre que c'est mal iMt)téger l'église nationale que de kn fuie la vie trop facile en la garantissant contre la concurrence ta seeteSy qu'elle a besoin de cette concurrence pour ne pas s'endomir» que là où il n'y a pas de lutte il n'y a pas de vie, et qu'on a griBd tCNTt de s'alarmer des troubles que la dissidence peut prodiDRL La dissidence est le résultat d'une divergence d'opinion, et ti l'y a pas de diveigence d'opinion qui ne produise un certain ttouble entre les parties divergentes. L'essentiel est qu'aucun droit ne soit lésé. Enfin, il conclut en ces termes : < Je me félici- Uni si, de tons les faits et de tous les raisonnements de cet écrit, on tire la double c(»iclusion : que l'église nationale a besoin, pour prospérer, que les autres cultes soient libres; que l'église nationale a besoin, pour soutem'r cette concurrence, d'être libre elle-
k eette première brochure s'ajoutèrent de nombreux articles poblîèft dans la Discussion publique, ou dans le Nouvelliste vaudou, Vmet se multipliait, abordant la question tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, et ne négligeant aucun des arguments qu'il sopposaît capables de produire de l'impression sur les esprits. Qoekines-uns de ces articles parurent dans des suppléments du NoiiveBùie, dont Vinet lui-même fit les frais. Le plus remarquable, peut-être, sous le rapport du sentiment et de l'éloquence, fàt envoyé, sous forme de lettre, à la Discussion publique. C'est moins une lettre qu'un cri de douleur sur l'attitude des pasteurs, dont un grand nombre séparaient la cause de l'église nationale de celle de la liberté' : t Gomment la liberté religieuse peut-elle être une question pour des chrétiens? Comment ceux qui confessent
* Inséré dans le numéro da 15 mars. Liberté rdigieuse et questions êedéêiastiques, pag. 39.
être sauvés par la foi, peuvent-ils parler de contrainte el de restriction? Gomment les disciples de Celui dont le règne n*est point de ce monde [feuvent-ils trouver bon que les puissances de ce monde dominent sur les héritages du Seigneur?... Partisans des restrictions en* matière d*adoration^ faites donc un effort, prenei un élan, et placez-vous tout de suite et pour toujours au vrai point de vue de votre sujet. Prenez ce point de vue on sur le Sinaî an milieu des tonnerres de la loi, ou sur le Calvaire, au milieu des miracles de Tamour; prenez-le de toute la hauteur des deux, des pieds de votre Sauveur étemel; élevez-vous si haut que toutes ces vaines difficultés d*une sagesse chamelle et d'une politique terfestre se perdent dans l'immensité du lointain; méditez sur la liberté des cultes à genoux, devant la croix de l'Homme-Dien; plongez-vous dans une atmosphère d'infini, de divin, d'étemel; pénétrez-vous des pensées de mort et d'immortalité : et venez ensuite, si vous le pouvez, nous opposer vos frôles objections, vos mesquines mesures, voire sagesse naine, et vos théories de pièces rapportées; essayez vos petites chaînes à la conscience des peuples, et indiquez une omière dans la boue à ce char de feu du prophèto qui dédaigne la terre et prend son chemin dans les deux. >
On put croire un instant que tant d'efforts allaient être couronnés de succès. La sous-commission chargée de rédiger un premier projet de constitution proposait de reconnaître, d'un côté, l'indépondance de l'église nationale en matière de doctrine, et, de l'antre, la liberté des cultes c non contraires à l'ordre public et à la morale sociale. » Ce n'était pas tout à fait le compte de Yinet. Quoique la réserve relative aux cultes contraires à la « morale sociale » por tât évidemment la trace des théories qu'il avait défendues dans son Mémoire couronné, et en empruntât même le langage, il ne voyait pas la nécessité de l'introduire dans la constitution, à moins de la répéter à propos de tous les articles qui sancti(Hmaient d'autres libertés également susceptibles d'abus; il avait même d'avance insisté sur ce point dans sa brochure, repoussant tout ce qui tendait à mettre en suspicion la première des libertés; néan-
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hmmbs, il se lût estimé trop heoreux si le projet eût été admis, n ne se fusait pas iltuaon sur les sentiments yéritables du peuple et de b majorité de ses représentants; peut-être même les jugeait-il parfois ayeelm excès de sévérité. Il ne fut donc point surpris de Toir la commission retrancher d'abord l'article relatif à Tindépendance de l'église nationale. Il n'en lutta qu'avec plus d'énergie, fusant appel à ses derniers arguments : « Le séparatisme actuel m'est rien encore, écrivait-il, mais si l'ancienne servitude de l'église denenre^ une autre dissidence se préparc, dissidence large, libérale^ parement évangélique, dissidence nationale peut-être.... Il est nécessaire que l'église soit libre, et elle le sera. Il est nécessaire que le dix-neuvième siècle tienne ses promesses, et il les tiendra ^. > A mesure que la solution approche, à mesure aussi son langage est plus énergique : t Au train dont marchent les choses lunnaîiies, à l'impulsion que les esprits et les sociétés ont reçue, on peut douter s'il y a des siècles sT promettre à des institutions déjà ébranlées, et qu'on ne perpétue pas en les déclarant immuables^ Nous avancerons, il le faut.... Par la liberté à Vunité! UAe va être la devise du christianisme. Cette idée renferme tout DU inonde '. > Toute cette éloquence se brisa contre la timidité des uns et les préventions des autres. L'assemblée constituante acheva rœmrre de la commission, en rejetant non-seulement ce que celleci avait rejeté, mais encore l'article qui consacrait la liberté des coites.
Le procès jugé, Yinet garda le silence. Il eût voulu le rompre que le temps lui eût manqué, car il était engagé dans une autre lutte, qui l'absorbait de plus en plus. La crise, à plusieurs égards salutaire, que venait de traverser le canton de Vaud, n'était rien en comparaison des agitations de la politique bâloise. Les tempêtes dans des verres d'eau sont les seules qui atteignent jusqu'au fond et remuent la masse' entière. Il s'agissait encore de constitution et
' Liberté religieuse et questions ecdésiastiqueSt pag. 6Q, * Liberté rdigieuse et questions ecclésUuiiqueSy pag. 91.
de droits électoraux; mais ici la question se compliquait d\me manière dangereuse, grâce à Tancienne opposition de la Tille et de la campagne. La campagne, autrefois sujette de la ville, avait conquis son indépendance sans obtenir une parfaite égalité de droits politiques. Avec une population presque double, elle ne nommait qu'un tiers des députés. Cette anomalie était trop choquante pour pouvoir subsister dans un temps où partout, en Suisse, on appliquait avec une rigueur nouvelle les principes démocratir ques. Bientôt de graves symptômes d'agitation se manifestèrent à Liestal et dans d'autres communes rurales. Un comité, qui afitecti les allures d'un gouvernement provisoire, prit en mains la direction du mouvement. Vinet, dont toutes les sympathies étai^t poor la ville, semble cependant avoir hésité un instant à en épooser tous les intérêts ^ « Il y a eu, ces derniers jours, dit-il, une assemblée de citoyens à Bubendorf. Qs ont rédigé une pétition au Grand Conseil, où ils demandent que la campagne obtienne les deux tiers de la représentation. Avant-hier, dix d'entre eux sont venus en ^llle la présenter au bourgmestre. La démarche était peut^tre superflue; l'objet ne pouvait manquer d'être traité. Du reste, on ne conteste pas la légitimité de leur prétention; mais TexécutiOB n'est pas sans inconvénients. Jusqu'ici la campagne, quoique faisant bien réellement les deux tiers de la population du canton, a ea peine à fournir son contingent de législateurs, savoir le tiers du Grand Conseil. On ne voit pas très bien où elle prendra le tiers de plus, si du moins elle veut envoyer à l'assemblée des hommes capables.... U faut bien avouer que les circonstances mettent souvent obstacle à la pleine et franche application des principes.... L'époque où nous sommes est prodigieusement critique. Le lien historique qui rattachait le présent au passé semble près de se rompre; une solution de continuité semble prête à s'opérer dans l'existence des peuples; leur moi semble se déchirer en deux parts, dont l'une reste au passé, l'autre appartient à l'avenir. Vous
* Lettre à M. Monnard, octobre 1830.
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ra.^aiiBntje? Moi qa'aocune théorie ccMiséquente a*effiraye, j'ai peur de ce imTage que î(mi les théories, et jusqu'à ce qu'elles soient dJes-fflémes derenuas de Fhistoire, qu'elles aient des antécédents et des souvenirs, je ne suis pas parfaitement tranquille. La tyrannie des princes esl redoutable; n*y a-t-il rien à appréhender de celle desopimons?^. Ne tous méprenez pas sur ma pensée. Aussi longteoips qoa je vivrai, la liberté fera battre mon cœur; sa seule pensée me donne du bonheur; je dis de toute mon âme avec le poêle:
Et la vertu seule est plus belle.
Mais je n'ai pu m'empôcher de vous ouvrir mon cœur sur les éfôDements qui se passent sous nos yeux. »
Le gouvernement de Bâle fit exactement la même faute que edoi da canton de Vaud : il annonça l'intention d'acquiescer aux von des campagnes; mais il y mit une lenteur que les uns appeléreitt sagesse, les autres mauvais vouloir. < Ne verrons -nous junais, dit Yinet, que gouvernements qui musent et que peuples qû se hâtent?... Voyez un peu la singularité des circonstances. Noos avons un gouvernement honnête homme, qui, composé de poliliqoes amateurs, est fort détaché du pouvoir et nullement accapareur d'attributions. Il a, chose rare, devancé le pubhc en beaucoup de choses, particulièrement dans la réforme de Finfitnictîon publique; mais il s'agit bien d'instruction publique! il s'agit de la souveraineté du peuple et de l'ohingeld (droit d'entrée SOT les vins), deux questions proches parentes. On pétitionne, on somme d'honneur le gouvernement. — Eh! mais, dit-il, je le veux bien. Vous voulez, gens de la campagne, remplir plus de places dans le Grand Conseil, où vous ne venez siéger qu'à votre corps défendant; eh bien, on vous en donnera; mais prenez patience: void un beau projet sur le mode de révision, qui vous sera présenté en décembre; une commission (dont nous ferons partie st V0U9 voulez) fera son rapport en janvier; nous présenterons nos observations en février; on s'y remettra en mars, puis tout de
bon en avril, et alors on pourra changer la constitution ponr le mois de mai. An mois de mait dans un siècle! OnMls regardé à l'horloge politique, dont Taiguille, sous un doigt de fer, tourne comme Taile d'un moulin à vent? Au mois de mai M >
Le peuple de Bàle*campagne n'était pas d'humeur accommodante; il l'était d'autant moins que plus d'un intérêt personnel se mêlait à la question politique. Il y avait, comme dans toute révolution, des pêcheurs en eau trouble parmi les chefs du mouvement; il y en avait plus que de raison. Le peuple d'ailleurs était réellement irrité. Il y eut sommation, puis levée de boucliers. Les Bâlois de la ville coururent aux armes, persuadés qu'ils avaient à se défendre du pillage. Dès cet instant, Yinet ne balança plus, c Grâces à Dieu, le danger est passé, écrit-il à M. Grandpierre; si le calme n'est pas encore rentré dans les esprits, l'ordre da moins est rétabU dans les choses '. Nous aurions eu moins d'inquiétude si nous avions connu le peu de force^ d'union et de résolution de nos ennemis. Ce sont de pauvres gens que la fièvre révolutionnaire avait gagnés, et qui se seraient crus en arrière du siècle s'ils n'avaient pas eu au moins une révolte. La constitution qu'on leur offrait est plus libérale que celle de France; mais il leur fallait écraser la ville, et la ville n'a pas voulu ôtre écrasée. Ce n'a point été, comme on pourrait se l'imaguier, une guerre de peuple à gouvernement, mais de peuple à peuple. Aussi la bourgeoisie a vraiment gouverné dans le premier danger; Tonanimité a été imposante, l'élan admirable, plein de gravité et de religion. Tout s'est armé, jusqu'à l'enfance. Moi qui vous parle, j'ai pris le mousquet et la giberne, je me suis trouvé à l'appel du tocsin, j'ai monté la garde, le tout sans enthousiasme et sans héroïsme, mais avec le sentiment d'un père de famille qui défend ses foyers et d'un particulier qui défend la ville où il a passé qoar torze heureuses années. Il n'y avait pas besoin d'idées politiques;
• Lettre k M. A. Forel, du 4 décembre 1830.
* Lettre sans date, timbrée du 25 janvier 1831.
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81VÎ0IIS à qui nous avions à faire, et pourquoi ces gens youlaient entrer chez nous. Ils seraient plus aisément entrés que sortis;les barricades des faubourgs marquaient l'espace où ils declient périr. Dieu soit louét nous n*avons pas vu ces horreurs. Qndqiies sorties, quelques coups de canon ont nettoyé les envinus de la ville;. ils se sont dispersés à tous les vents, laissant quelques blessés et beaucoup de prisonniers entre nos mains. Le gouvernement provisoire est en fuite; les districts fidèles, mais :, relèvent la tête et se prononcent pour Tordre.... Tout
i n'eoi est pas moins un grand malheur; les traces de ces disoQTdes ne s'effaceront pas. >
CéCait dans le temps même où il entamait dans les journaux vaudoîs sa lutte en laveur de la liberté religieuse, que Vinet montait la garde à Bàle. Le gouvernement eut l'idée que, tout bon soldat qu'A fût, au moins de cœur, il était encore meilleur écrivain, et qoe sa plume pourrait rendre plus de services que son mousqoeL On le releva de garde, et on Tadjoignit, en vue de la Suisse firançaise, à un comité spécialement chargé de « répandre en Sûse des écrits propres à désabuser le public et à le mettre en état de juger sainement des affaires do Bâle K » Baie avait, en effet, grand besoin d*2qx)logie. Dans ces temps de fièvre, une ville derépotation aussi aristocratique était d'avance condamnée. Vinet fit de son mieux; il écrivit à tous les hommes mfluents avec lesqœb il était en quelque relation. Articles de journaux, courtes et vives brochures, rien ne lui coûtait. U menait de firent la polémique en faveur de Bâle et celle en faveur de la liberté religieuse. Les fautes de Bàle-ville rendirent plus difficile la tâche de son avocat. Elle pécha par fierté. Quoique cédant sur la question de principe, elle voulut s'accorder la satisfaction de punir. Peut-être n'était-il pas de sa dignité de plier devant l'irritation grandissante des cantons voisins, où s'étaient réfugiés les chefs du parti vaincu; nais il eût été facile et de bonne pohtique de consentir à un sa-
* Lettre à M. Monnard, du 6 février 183L
criflce conseillé par la Diète fédérale. Bâle préféra maintenir dans l'amnistie qu'elle proclama un certain nombre d'exceptions. Le danger de cette hauteur était d'autant plus grand qu'un parti considérable s'agitait en Suisse pour obtenir une révision du pacte fédéral, et que telle révolution cantonale, celle de Bâle en partie culier, n'était, aux yeux de plusieurs, qu'un moyen pour hâter la révolution fédérale.
Cependant la victoire de Bâle-ville fut suivie de deux années d'un calme apparent, pendant lesquelles la nouvelle constitution fut acceptée par la ville et la campagne et garantie par la Diète fédérale; mais le feu couvait sous la cendre et le refus de l'amnistie totale ût éclater une révolution plus grave que la première, ouvertement soutenue par des corps francs de Solenre et de ^A^ govie. La Diète dut intervenir; elle envoya des commissaires^ des troupes; les affaires allèrent de mal en pis, et il fut bienlAt évident qu'il n'y avait pas de paix à espérer entre deux partis irréconciliables. Alors encore il y eut des fautes commises des deux côtés; mais, vu la disposition des esprits, toutes celles de Bâle-ville lui tournaient doublement à dommage, et elle en oomr mit une bien grave en se séparant de la campagne, qu'elle abandonna à elle-même par une déclaration solennelle du 22 février 1832. Dès lors, la Diète se tourna contre Bâle-ville, et la garantie fédérale fut retirée à sa constitution.
Vinet s'éloigna pour un temps de la scène politique, se demandant si la cause qu'il avait servie était aussi bonne qu'il l'avait cru d'abord, c Quant aux affaires de Bâle, écrit- il à M. Auguste Jaquet, le 13 mars 1332, je vous remercie sincèrement de vos observations; elles me rendent toujours plus réservé à jugw des affaires de ce pays; je vous avoue qu'indépendamment de mon peu de lumières pohtiques, je crains quelquefois d'être un peu trop teint et imbu des idées dans lesquelles on est plongé ici jusqu'au cou : si c'est un désavantage d'être loin des choses, c'en est un fort grand d'être trop près. Je dois donc me défier de uk^ même. J'ai pourtant besoin de vous dire que mon jugement par-
TROIS BâVOLUnONS. OMB BOSSION DIPLOMATIQUE 203
ieidier sur les a res de Bâle n'emporte nullement Tabnégation les grands principes qoe j*ai appris à aimer. Je vous assure qa*en ne proDimçant dès Torigine contre Tinsorrection des campagnes MfoUseRy f ai cm sincèrement faire roenvre d'un Trai ami de la Ibertè el de la civilisation. Me suis-je trompé? Je ne le crois pas eneore. Les objections que vous soulevez contre la conduite du ponvemement de Bâle dans les derniers mois sont dignes de toute DM» attention, et la fixeront, je vous le promets. Elles me viennent d'aaant plos à propos que je ne puis, pour le moment, entendre id des câlinions bien impartiales. Attaqués depuis dix-huit mois IV toutes les feuilles radicales avec une extrême véhémence et ae calomnie systématique, mis au banc de Topinion publique toute la Confédération, les Bâlois ne peuvent pas être dans disposition d'esprit parfisdtement calme, et je ne signerais pas les opinions ni tous les vœux que j'entends émettre. Dans mes lettres, je vous parais appartenir à la résistance; ici, je suis [iresqQe du mouvement. »
Quelques semaines après, en avril, une nouvelle prise d'armes, qiâne tourna point à l'avantage de la ville, donna lieu à des accusaHons réciproques, contradictoires et plus violentes que jamais. Seloo les uns, c'était la ville qui avait attaqué; c'était la campagne, sekm les antres. Tout le monde d'ailleurs s'était mal conduit. La rille avût Élit passer des troupes sur le territoire badoîs, en transbnnant les soldats en voyageurs et les armes en marchandises. Les landes victorieuses de la campagne s'étaient livrées à de houleuses violences. Des troupes fédérales s'étaient prudemment retirées au moment de l'engagement, et le commissaire de la Ck)nlëdération, après avoir fait seul de vains efforts pour empêcher rHfosîon du sang, avait été insulté par les deux partis.
Vlnet, dans cette confusion, ne vit d'abord que les malheurs d'iule ville qui était devenue pour lui une seconde patrie. Il se dit que si elle avait usé de hauteur, du moins elle avait été loyale, et voyant qu'on déversait sur elle un nouveau flot de calomnies, il prit sa défense avec un redoublement d'énergie. Bientôt il eut à la
204 GHAPITRB IX
prendre officiellement Le gouvernement de Bâle le chargea d'one mission à Lausanne. Il s'agissait d*expliq[uer les faits et de réfuter les calomnies. On parlait d'une nouvelle intervention fédérale, de forces imposantes qui devaient ramener la paix et contraindre les partis à s'entendre. Mais il était bien évident qu'une telle Intervention ne pouvait pas être impartiale, qu'elle se ferait pour ou contre le gouvernement, et, plutôt que d'en courir le risque, Bâle était décidée à s'enfermer derrière ses murailles, et à ne céder qu'à la force. Cette première mission de Yinet n'eut qu'un demi-soccès. < U semblait, écrit-il à M. Monnard, que tout le monde au pays de Vaud fût ligué avec vous pour me rendre agréable ce court séjour. Il ne dépendait pas de tout le monde de m'attirer et de me captiver comme vous l'avez fait; mais c'est un fait que je n'ai trouvé pa^ tout que le plus bienveillant accueil. Avec tout cela, je n'ai pas remporté du canton de Vaud les plus grandes espérances pour l'objet qui m'amenail, et je n'ose pas môme espérer que les considérations que j'ai présentées par écrit aient fait plus d'impression que ce que j'ai pu dire de bouche *. »
La Diète allait être nantie et prononcer. Bâle*ville fit de nouveaux efforts pour se concilier l'opinion des cantons sur lesquels elle espérait pouvoir exercer quelque influence par de bons arguments. Yinet fut encore une fois envoyé à Lausanne, avec des lettres de créance auprès du gouvernement du canton et des instructions précises. Il était fort malade lorsqu'on le chargea de cette mission; il ne crut pas néanmoins pouvoir refuser. U arriva à Lausanne le 10 juillet, et se consacra si exclusivement à l'objet de son Voyage qu'il ne vit ni ses parents de Yeytaux ni aucun de ses amis disséminés dans le canton, pas môme M. Leresche.
On a retrouvé parmi ses papiers la minute d'un mémoire sans date, qui paraît se rapporter plutôt à sa première mission, mais qui rend également compte de ce qu'il avait à dire dans la seconde, au moins sur les points essentiels. Le gouvernement de
' Lettre du 3 mai 1832.
TROIS RBTQLimONS. UNE MISSION DIPLOMATIQUE 205
Bàle ne voyait qfoe deux solutions possibles : la séparation, c'est-àdire le partage du canton en d^ix demi-cantons, ou une sanction nouvelle accordée à la constitution qui, acceptée par le canton tout entier, avait d'abord obtenu, puis perdu la garantie fédérale. La première solution présentait de graves dangers, et Bàle reconnaissait avoir commis une faute en la préparant en quelque sorte pur ia déclaration du !22 juillet 1831 ; la seconde était un retour à rordre, retour qui permettrait de larges concessions. Cette seconde sdntioii, désirée par la ville, ne pouvait être admise par la campagne, attendu qu'elle impliquait la reconnaissance de la théorie dont la Tille ne s'était jamais départie, et qui tendait à envisager les campagnards conmie des insurgés, dont le premier devoir était de £aire amende honorable.
De guerre lasse, la Diète prononça la séparation.
Vinet eut le chagrin de n'être pas entièrement d'accord avec ses meilleurs amis sur cette malheureuse question bâloise, principalement avec M. Monnard, dont le rôle politique grandissait tous les jours, et qui représentait le canton deVaud à la Diète, en 1831 el i83i n y avait, aux yeux de Vinet, un fait historique et indéiélMle, qui dominait tout le débat, savoir qu'une constitution avait été soumise au peuple et acceptée par lui. « La défendre cont/e la Tîoleiice, dit-il, c'est non-seulement défendre un principe d'ordre qui crie au secours depuis longtemps, c'est défendre la liberté, qm est violée quand la minorité prétend faire la loi à la majorité. Je défendrais du même cœur toute constitution moderne attaquée par un parti réactionnaire. Pour moi, une faction est une faction, qnelle que soit sa cocarde, et je ne vois pas comment on réprimerait l'une en tolérant l'autre ^ » Monnard, qu'on a tant accusé de doctrinarisme, se montra, en cette occasion, moins exclusivement préoccup4> de la doctrine que ne l'était Vinet. Il reconnut bientôt qu'il s'agissait moins d'une faction aux prises avec un gouvernement légitime que de deux populations profondément divisées; il
* Lettre k M. Monnard, da 10 août 1832.
se demanda d*où provenait la division, et la réponse qQ*il crut devoir faire à cette question d'histoire le rendit sévère pour ceux dont son ami prenait si chaudement la défense.
Les deux amis différèrent d*opinion sans que leur amitié en fiït en rien refiroidie. « Vous trouvez donc, lui écrivait M. McMmard \ que nous avons presque Tair, dans les tristes affaires de Bâle> de servir sous deux bannières différentes. Gomme vous Je ne le croirai jamais, et je suis sûr qu*au bout de la première conversation nous tomberons d*accord. Mais lors même que nos opinions divergeraient, ce qui serait, je crois, assez nouveau pour nous, nos cœurs resteraient unis; nous nous serrerions même l'un contre l'autre d'autant plus étroitement que nous sentirions échapper un de nos points de contact. Dans toute celte affaire, vous vous êtes placé dans le point de vue le plus élevé, le seul qui fût digne de vous. Votre erreur a été de croire que MM. de Baie s'y plaçaient avec vous. Pour concevoir qu'à cet égard vous pouviez être souvent dans l'erreur, rappelez-vous seulement que chez moi, à Lausanne, vous vous crûtes obligé de justifier le passage de troupes et de munitions sur le territoire de Bade, et le déguisement de ces choses et de ces hommes expédiés sous de faux noms. Relise comme juge impartial, le mémoire intéressant que vous avez confié à quelques-uns de vos amis, et dites-moi ensuite si aujourd'hui, vous-même^ vous en trouvez tous les arguments concluants, si, dans le temps de la composition, vous ne vous êtes pas fait illusion sur quelques-uns.
» Cher ami, comprenez bien ma pensée : ce que je vous dis là n'est point pour vous donner aussi des torts dans une afiCaire où tout le monde en a eu, ni pour justifier les miens, peut-être, par les vôtres, mais pour vous montrer que dans la réalité des faits la question n'est pas placée aussi haut que votre âme *. » La réponse
• Lettre à Vinet, datée de Lncerne, 7 octobre 1832.
• Cette lettre ayant une certaine importance historique, j'en détache encore le passage suivant : « J^ai fait ma profession de foi
TROIS BÉy(«.irnoNs. uns mission diplomatique 207
éelFIiitt manque dans ie dossier qne j*ai sons les yeux; mais il est tefle de voir par d'antres lettres combien, à la longue, la poli' tiqoe le fàsîgna : € Si j*aYais en besoio, écrit-il à son ami M. SchoU, ikn pasteor à Londres, de connaître combien il y a de faux dans les yertos de l'homme et dans tout ce qu'il admire, ces deux anlées me i'aoraient appris. Je suis profondément dégoûté. Je suis prêt à adorer les résultats comme œuvre de Dieu; mais les prin*
ea Diète d*ane façon assez explicite pour que vous ne me soup* çoaaiei pas le moindre goût pour MM. de Liestal. Cela a dû vous cooTaincre que les dures vérités que j*ai dites h MM. de Baie n'étaient pas un hommage rendu à certaine opinion du jour par fiubleese de caractère ; j'ai/ dans d'autres occasions, dit également la vérité aux hommes de cette opinion. Vous avez cru, ainsi que ILFrey, qu'en prononçant le mot aristocratie j'entendais par Ik rambition des places ; mais point : éclairé par vous depuis long' tenqMy je savais ce qui en était à B&le. J*ai parlé de V aristocratie éTmrfmty de cette inflexible hauteur et de cette dureté que donnent rhabitode et la supériorité de la richesse ; c*est elle qui a constitué àaat le canton de Bâie, si impolitiquement, deux populations. Si, à oei égard, les constitutions de Zurich et de Lucerne ne sont pas plni libérales, je ne leur en ai jamais fait mon compliment, et je tais plus éloigné que jamais de les en féliciter. — J'ai défendu de bon cœur et de conviction le vote du canton de Vaud pour la votation dans toutes les communes. Un autre mode a été adopté ; c'est de tons celui qui se rapproche le plus de notre système ; la députation vaudoise 8*est soumise à la majorité, et dès lors elle défend Texécation de l'arrêté de la Diète. Dans la crise où nous sommes, ee qu'il y a de plus dangereux pour la Suisse, c'est de déconsidérer l'autorité de la Confédération. Sous ce rapport, je souhaiterais k MIL de B&le, ik côté de leur patriotisme bâlois, du patriotisme tinsse.
» Voilà M. Druey k Liestal; il désire vous voir; je le désire pour TOUS deux. Un des grands profits que j'ai retirés de mon séjour à, Laceme a été d'apprendre à connaître M. Druey, et de me lier iTec lui. Je compte sur lui pour l'avenir de notre canton, ainsi que pour l'honneur et la prospérité de la Suisse. >
cipes, les moyens, les agents, tout cela me paraît misérable. Vienne à ma patrie un messager de Dieu qui lui dise sa misère! Je n'excepte aucun parti; la bonne cause est aussi souillée par les pasp sions de ceux qui la soutiennent. L*égoisme est partout, parce que l'incrédulité est partout. Est-ce la même chose en Angleterre '? >
Cependant, tout découragé qu'il était, Vinet suivit avec un Yîf intérêt les efforts tentés en 1832 et 1833 pour doter la Suisse d'on pacte nouveau; il s'y associait et s'en effrayait, trouvant qu'on allait vite en besogne et que le peuple n'était pas mûr : « Je crois savoir à présent, écrivait-il le 20 juillet 1833, quelle est la portée politique des populations suisses en général; mais ce manque de portée est un fait qu'il faudrait changer avant tout, et sur lequel je crains qu'on ne se soit fait d'assez grandes illusions. Peut-être que partout, excepté chez nous, la révolution a devancé le peuple, et de beaucoup *. »
Ce fut le principe constant de Vinet de travailler à l'affranchissement politique par l'affranchissement moral et la régénération intérieure. Tant vaut Thomme, tant vaut sa liberté.
Il ne sera pas hors de propos de terminer ce chapitre, dans lequel Vinet s'est montré à nous sous un jour nouveau, tantôt prenant le mousquet, tantôt s'essayant à la diplomatie, par une citation empruntée à une lettre où il expose sa manière d'envisager les rapports de la religion et du patriotisme. M**» Jaquet- Forel lui avait demandé son opinion sur la définition que donnait du patriotisme un écrivain religieux anglais : Une chose qui nous commande dH opprimer tous les autres pays pour augmenter le bonheur imaginaire du nôtre. Il répond, en date du 5 août 1831, par une lettre qui dessine fort bien l'ensemble de sa pensée sur cet Important sujet. Il commence par écarter du débat ce faux patriotisme qui n'est qu'un orgueil déguisé, ne s'appuyant sur aucune vertu. Puis il montre que la vertu patriotique a ceci de
* Lettre du 28 septembre 1831.
* Lettre à M. Monnard.
TBOIS BÉTOUmONS. UNB MISSION DIPLOMATIQUE 209
ptftioidier qa'<m en attend une récompense, la gloire, ce qui expliqœ la fitTrar dmt elle jouit « Le patriotisme, a-t-on dit avec raîsoDy a toujours été la vertu flaTorite du genre humain, n est sanoat celle de notre époque; il en est môme devenu la religion, etyCCMnnie religion,il a naturellement ses tartufes; ce sont ceux-là qae Molière peindrait, si Molière était de notre temps. Le jour n'est peut-être pas loin où cette espèce de tartuferie ne sera pas moins odieuse aux masses que l'étail la tartuferie religieuse à l'époque de Louis XIV. »
Puis, laissant de côté les abus et les faux-semblants : « ReconnaiiBOiis, dit-il, que le patriotisme est une de ces affections naturelles qui précèdent le christianisme, que le christianisme suppose, par lesquelles on n'est pas chrétien, mais sans lesquelles 00 ne saurait l'être. Car saint Paul range au nombre de ceux qui désboDorent la profession chrétienne ceux qui sont sans affection nahareiïe. Ces affections deviennent des vertus lorsqu'elles sont actives, et des vertus chrétiennes lorsque la charité chrétienne les a p^étrées. D n'est pas nécessaire d'être chrétien pour aimer son père, sa femme, ses enfants, sa patrie; mais sous l'influence da ciiristianisme, ces affections, ainsi que toute la vie, reçoivent on caractère nouveau. A l'affection naturelle se joint l'affection Traiment surnaturelle que l'Evangile a nommée charité. On n'aime plus ses enfants et sa patrie par instinct seulement et par inclinatioDf (m les aime en Dieu et selon Dieu. Ces sentiments particuliers croissent dès lors, chose admirable, en énergie et en pureté. On aime davantage et on aime mieux. Les affections spéciales de- Tîennent phis tendres en même temps que l'affection générale augmente. C'est qu'alors il ne nous est pas donné seulement d'aimer tel ou tel objet, mais d*aimer, et cette richesse d'affection se répand à la fois sur tous les objets sensibles.
• On peut faire, dans les catéchismes, un long catalogue des devoirs et des vertus; mais au fond la vertu chrétienne est une. C'est une disposition générale, une vie qui anime toute la vie. C'est une première donnée d'où découle spontanément tout le
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reste. La morale humaine morcelle, éparpille; elle enseigne les vertus plutôt que la vertu; la morale chrétienne est l'acquisition d*un nouveau cœur qui connaît Dieu et qui Taime. La vérité morale, dans tous ses détails et dans toutes ses applications, est tout entière dans ce don d*un nouveau cœur. D fout donc parler plutôt de la vertu chrétienne que des vertus chrétiennes. Et le vnd patriotisme n'est qu'une des manifestations de ce principe moral que le christianisme a déposé dans le cœur. Le chrétien renferme en soi, pour les produire et les développer au besoin, le fils, le père, l'époux, le frère, le citoyen.
» Le chrétien aime chrétiennement tout ce qu'il est naturel à l'homme d'aimer. Le chrétien sert chrétiennement sa patrie, envers laquelle il a des devoirs naturels. Il peut, il doit être patriote; je crois môme que lui seul est un véritable patriote, soit qu'il la serve indirectement par ses vertus privées, ou directement dans les emplois de la guerre et de la paix. Il la préfère aux autres pays; mais son affection pour elle n'est pas un séparatisme étroit, et s'il était dans le cas de choisir entre elle et l'humanité, il chmsûrait l'humanité. D n'est pas dans le cas de faire ce choix, parce que les services qu'il rend à son pays sont d'une telle nature qu'As tournent au profit de l'humanité môme.... Plusieurs pers(»mes ont prétendu que le chrétien ne devait point s'occuper des afiBedres publiques; je ne connais rien dans l'Evangile à l'appui de ccitte opinion. Si ce principe était généralement adopté, il faudrait renoncer à voir jamais un chrétien dans l'administration; la môme vue écarterait les chrétiens des carrières de l'industrie, du oom> merce et des arts. On ne saisit pas d'un coup d'œil toutes les ocMh séquences de ce système; la dernière, mais nécessaire, mais irrécusable, serait l'abrutissement de tous les individus chréti^usk »
Vocations refuBéeg. — Le Semeur.
BiÊÊOOWTB sur quelques sujets religieux. — Appels
à IContaubaUf à Paris, à Lausanne.
Ls saocès du Mémoire sur la liberté des cultes, tant de luttes viiiiMmi m soutenues, la Chrestomathie enfin, avaient fait conaailiBle nom de Vinet, et l'on commençait à s'étonner de voir un aussi éminent condamné dans un pœdagogtum à un enélémentaire. C'était une lumière à tirer de Tobscurité. Les pramiers efforts vinrent de France. On l'engagea à se mettre sur les rangs pour obtenir la chaire de morale et d'éloquence à la fKoilé de théologie protestante de Montauban; dans le môme temps» ou à peu près, on le pressa vivement de venir se fixer à PiriB, pour y prendre part aux travaux d'évangélisation qui dev^eot être poursuivis dans cette ville. D déclina ces deux invitations. « Vous vous méprenez beaucoup sur mes moyens, écrivait-il à M. Grandpierre, lorsque vous me parlez d'aller jouer un rôle sor ee grand théâtre de Paris.... Ma faiblesse ne tiendrait pas dans ee choc tumultueux d'opinions et d'idées. La solitude seule me doone quelques forces. Mais si quelque chose de grand et d'heureux se (ait à Paris, instruisez-m'en; dites-moi aussi de quel côté
mes faibles méditations pomrâient se tourner avec plus d'avantage*. »
On rengagea à se mettre sur les rangs pour la chaire de littérature latine, vacante à l'académie de Lausanne par la mort du professeur Dutoit. Il répondit qu'il était incapable.
A Bâle, où il y avait déjà deux pasteurs français^ on voulut, à diverses reprises, créer pour lui une troisième chaire. « Je ne puis m'empôcher de te faire part, dit-il à son ami M. Leresche, d'une proposition qui vient de m'ôlre faite. J'ai prêché quelquefois cet hiver. Gela a donné lieu au Consistoire de l'église française de me renouveler l'offre d'une place de troisième pasteur. Ces messieurs voient que les mômiers m'entendent avec plaisir et que les antres gens goûtent ma manière; ils espèrent que je pourrai repeupler leur église, et, dans tous les cas, il leur faut un aide : c'est une matière à réfléchir et à prier; je n'ai point encore donné de réponse. Mais d'où vient, disais-je à l'un de ces messieurs, que je ne puis réussir à choquer mes auditeurs? car je dis des choses qu'on n'a pas bien accueillies de la part de mes devanciers. —On m'a fait comprendre que je leur épargnais des classifications qui blessent. Je crois aussi que mon habitude de parler à la raison est une des choses dont on me veut du bien. Avec tout cela, je ne crois pas ma prédication propre à convertir *. »
Toute réflexion faite, il refusa, et le poste, auquel on ne songeait sérieusement que pour lui, ne fut point créé.
L'année suivante, il lui vmt de Genève un autre appel, qui fitt l'objet d'un nouveau refus.
Genève était en pleme crise ecclésiastique. Depuis longtemps on accusait la vénérable Compagnie des pasteurs de cette ville et les professeurs de la faculté de théologie d'abandonner la rigueur du dogme calviniste pour l'hérésie des unitahres, et de ramener insensiblement le christianisme à une sorte de déisme religieux, pâle auxiliaire d'une morale qui, sans être relâchée,
* 1830. — * Lettre du 16 mars 1830.