‹ Alexandre VinetChapitre 25 sur 41 · DISCUSSIONS. DEUIL. LAVBT. LOI ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

DISCUSSIONS. DEUIL. LAVBT. LOI ECCLÉSIASTIQUE

c Même date, (A Auguste,) — M. Lébert, le médecin, me disait ce matin ce qui a été dit souvent, que le itaicroscope nous avait découvert un nouveau monde. Cela est vrai en plus d'un sens. Non -seulement il nous a révélé l'existence d'objets qui échappaient entièrement à nos regards et à notre connaissance; mais dans ceux que nous connaissions imparfaitement et où nos sens bornés ne nous laissaient voir qu'une organisation ébauchée, quelque chose de grossier et de terne, le microscope nous a fait Toir d'éclatantes beautés et d'admirables combinaisons; or ceci est encore un élément essentiel de l'idée du monde, qui n'est pas celle d'une masse immense, d'une agglomération confuse, mais d'après le mot lui-même (cherche dans le dictionnaire mundus, nmndxties) l'idée d'un système, d'un organisme, d'un ordre parfidt. D en est de même du grec KwrfAoç {cosmos) et de l'allemand WeU, qui correspond aux mots walten, vertoalten. Ces mots sont bîea anciens et ceux qui les ont inventés n'étaient pas philosophes de profession; mais l'instinct les a guidés, et si nous avions à faire une langue, nous n'inventerions pas mieux, ni même si bien. Ces beaux mots définissent leur objet : religion, 'poésie^ conscience, repentir; c'est le peuple qui les a trouvés, c'est la nature qui les a inspirés, et pour ne parler que de ceux de ces mots qui appartiennent à la morale, s'ils étaient perdus, il n'y a que le christianisme qui pût les retrouver. Je ne sais trop si tu comprends ceci, et l'expliquer me mènerait trop loin. Ce que tu comprendras mieux, c'est que je t'aime tendrement. Adieu. »

« Sans date : — J'ai lu avec beaucoup d'intérêt, et la symparhie que j'éprouve constamment pour ce qu'écrit M. Guizot, le ùragment d'article inséré dans les Débats du 6 août. Cela est fort beau, et il me tarde de voir ce qu'il dira du protestantisme et de la philosophie. Il me semble toutefois que le noble besoin d'impartialité entraîne M. Guizot jusqu'à être partial. De peur de ne pas dire assez de bien du catholicisme, je trouve qu'il en dit trop. El comment peut-il lui échapper de dire que le catholicisme est an berceau de l'église chrétienne ? ou quelque chose d'équivalent ;

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je n'ai pas l'article sous les yeux. Ce qui est vieux oomme l'élise chrétienne, c'est le christianisme et rien d'autre. Le catholicisme est un abus, un déclin progressif. Le protestantisme, comme événement, est du Xyi*" siècle, c'est sûr; comme principe, il n'a point de date; ou plutôt si le principe est faux, il n'est d'aucun temps, et s'il est vrai, il est de tous les temps. Et puis encore, comment l'auteur peut-il dire que les apôtres se sont abstenus 'de controverse? liCS épitres de saint Paul en sont pleines.... »

Yinet, de retour à Lausanne, suivit avec un vif intérêt les lirillantes épreuves publiques ensuite desquelles M. Samuel Ghappois devint son collègue, à titre de professeur de dogmatique; il assista aussi aux derniers moments de rancienne académie et à l'inanguration de la nouvelle, non sans de tristes pressentiments. < Réveillé dans la nuit, écrit-il à la date du 11 septembre, j'ai peiiséà mon avenir académique... et j'ai pressenti certaines choses, désagréables et capables de m'aigrir, puisque leur seule pensée m'aigrit d'avance. — Il n'y a de paix qu'en se jetant vers Dieu et se mettant tout entier à son ombre. »

En octobre, Yinet lit une nouvelle perte, dans la personne d'an de ses amis les plus excellents, un chrétien selon son cœur, un de ceux auxquels Sainte-Beuve a dû nécessairement penser lorsqu'il a dit qu'il avait appris à Lausanne ce que c'est que d'être de l'école de Jésus-Christ, le vénérable Manuel, dont la mort AU on deuil public pour toute la ville '.

* Transcrivons ici une lettre de Vinet k son ami, M. Fœech, de Bâle, relative aux derniers moments d*un homme dont le souvaDir est encore vivant k Lausanne. Elle est du 30 octobre 1888.

« Je viens, cher ami, vous donner une nouvelle qui ne vous sorprendra pas, mais qui vous fera bien de la peine ; c'est celle de la mort de notre cher, de notre bon Manuel, pour qui vous m*aviei envoyé quelques lignes touchantes arrivées trop tard. Il a rendn k Dieu sa belle àme lundi dernier. Dieu soit béni, il a peu, il n'a presque point souffert, il a passé tout doucement. Ses belles fiusnltés ont brillé presque jusqu^k la fin; une semaine avant sa mort»

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Cependant la mauvaise saison s'annonçait favorablement. La santé de Yinet semblait consolidée, il pouvait vaquer à ses devoirs, y iravaillait, il écrivait sans cesse. Son fils, Auguste, était entré en apprentissage chez M. Ducloux, Timprimeur: assez rude école pour on jeune homme sujet à une si grave infirmité, et qui, sor- . tant d'une boîte de coton, comme disait Yinet, se heurtait pour la première fois aux aspérités de la vie; mais ce travail devait lui créer un intérêt positif, Tinstruire et le distraire. Il y prit goût et y réussit, ce qui fut pour ses parents une précieuse consolation dans une si grande épreuve. Malheureusement à cette période de tranquillité relative, devait, dès les premiers mois de Tannée sui-

B*ayant plus qu'une étincelle de vie physique, il enchantait encore par sa parole pleine de profondeur, de clarté et de grâce tous oeoz qui étaient admis à le voir; il était encore présent à tout, s'intéressait à tout, mais surtout à ce qui, depuis si longtemps, l'intéressait par-dessus tout : TËvangile et les âmes. La sienne, recueillie dans rhumiUté, ne s'exaltait pas dans des idées de triomphe; elle se contentait de la paix; mais la paix lui était donnée, et souvent, par-dessus, une joie modeste et tendre. Il y a pour le coup d'œil ordinaire de plus bdies fina, des morts qui laissent recueillir plus de paroles remarquables, plus de moments solennels; mais ceux qui ont connu Manuel et qui l'ont vu s'éteindre, oot k son sujet la plus douce assurance et lui envient sa mort. 11 bénissait Dieu de se rendre sensible k son àme et de lui être toujours accessible; ses prétentions n'allaient point au delà. De temps en temps il lui prenait envie de ce qu'il appelait un ban baiser pa- Umel; mais la tendresse d'un père ne se mesure pas k ses caresses. Ce n'est que cinq jours avant sa mort que cette grande lumière s'est affaiblie, ou plutôt qu'elle s'est repliée en elle-même, car l'extrême abattement du corps a seul interrompu les communications de cette belle intelligence; il n'a presque plus parlé que pour donner k ses alentours quelque signe de reconnaissance ou d*affection. Le matin de sa mort il a paru agité; on l'a vu se retourner dans son lit; puis sa respiration est devenue toijjours plus lente, plus insensible; on 8*est aperçu enfin qu'il ne respirait plus.

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vante, en succéder une antre, pleine d'agitations et de discossioDS nouvelles.

On se rappelle qae la Délégation des classes avait rejeté l*introductiondes laïques dans le gouvernement de l'élise. Le Consefl d'état n'en soumit pas moins aux délibérations du Grand GcmseO, dès le mois de janvier 1839, un projet de loi ecclésiastiqne M pour plaire à M. Yinet beaucoup plus qu'à M. Bauty. Ge pit^et souleva aussitôt deux oppositions fort différentes, mais égalemou vives. L'une, toute ecclésiastique, avait pour chef M. Bauty. L'antre, essentiellement laïque, portait sur la confession de foi, l'ancieiiDe confession de foi helvétique, dont M. Druey demandait l'abatidOD,

Je l'avais vu il y a quelques semaines; je ne l'ai revu qne dans son cercueil. La figure était paisible et très vénérable; il me semblftit prêt encore à ouvrir ses lèvres, d'où tant de paroles excellentei et toujours tranquilles, quoique souvent émues, ont coalé à flotf abondants et purs pour la bénédiction de tant d'&mes.

» Mercredi, devant ses restes entourés d'une cinquantaine de pe^ sonnes, d*amis et de cœurs affligés, on a lu le cinquième chapitre de la seconde épitre aux Corinthiens. Jamais ce morceau de VEmture ne m'avait semblé si admirable. 11 y a eu prière sur sa tombe. Le deuil est général. On sait ce que l'on perd. Tous les chrétieni» tous les hommes de pensée le savent; les pauvres le savent anni. Manuel était pasteur dans toute la force et dans tout le beau sens du terme. Il avait entraîné au culte et gagné h l'Evangile des hommes que la vérité, sous une autre forme que la sienne, n'anit pas atteints, et peut-être ne pouvait atteindre. Je connais quelques-uns de ces hommes; leurs regrets sont profonds. — Fov Tamitié, la perte est irréparable : les personnes chères n*ont point d^équivalents; on peut trouver autant, davantage, mieux, ce qu'on obtient n^est pas ce qu*on a perdu. Le cœur se laisse consoler, non dédommager. »

Les amis de Manuel ont publié un choix de ses sermons. Yinet lui a consacré divers articles. {Mélanges, pag. 285 et suiv.) On a de lui quelques poésies, dont une, le Mendiant, figure dans la C^rm^ tomathie.

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«stûnaiit qu'elle ne réjxmdait plus aux besoins des temps actuels, que sur des points importants elle était en contradiction manifeste avec les croyances de la majorité du peuple yaudois, et soutenant qu'une église nationale est une démocratie spirituelle^ soumise^ eomBie toutes les démocraties, à la loi de la majorité.

ViDet se trouva de nouveau engagé dans la lutte; il y entra à son corps défendant, retenu par un instinct puissant, poussé par un instinct plus puissant encore. Il écrivit huit fois un article sur TégUse et les confessions de foi , destiné à la Reime suisse : c Quand quelqu'un, dit-il, prêt à sortir de chez lui revient plusieurs fois sur ses pas pour chercher des choses qu'il a oubliées, il m'offire, dans ces allées et ces retours, une image de ma manière de composer '. > Malgré un si laborieux enfantement, il écrivit tout aussitôt un second article pour le Nat'rateur religieux, pais un troisième, pour le même journal, sur la notion et église. D'autres encore vinrent ensuite*. U se tenait à deux mains pour ne pas écrire et il écrivait toujours. « Quand apprendrai-je, s'écrie- NI, à me tenir en repos, à ne pas me mêler des affaires publiques, à me défier de moi-même, à consulter Dieu? Cette discussion où je viens de m'engager est un malheur pour moi. Que ce soit enfin une leçon ' ! >

* Agenda, 14 janvier 1839.

* On les trouvera tous dans le volume déjà souvent cité : Liberté rdiçieuse et Questions ecdésicistiqtteSf Paris 1854. Pour qui veut eonnaitre Vœuvre do Vinet, il n'y en a pas de plus important dans la collection de ses œuvres. U ne ÎAxit pas confondre ce volume avec un autre, auquel nous avons également renvoyé plusieurs fois, et qui est à peine moins nécessaire k consulter pour quiconque veut connaître tout Vhomme, tout son style, le souffle de ton &me. Ce second volume, que les éditeurs ont intitulé Liberté des cultes, est souvent confondu avec le premier, grâce k la malheureuse ressemblance des titres. Il comprend, outre le Mémoire coonmné de Vinet, ses articles de polémique politique.

* Agenda, 18 janvier 1839, en cbifiFires.

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Noas TaTons vu déjà aux prises avec M. Bauty sur la des laïques; nous n'y reviendrons pas. Sur celle de la oo de foi son attitude est digne de remarque. H ne prend la de la confession de foi helvétique que parce qu'il a peur d la remplacera. Il en reconnaît les imperfections; il ne dem pas mieux que de la voir remplacée par telle parole ] entre autres par le trente-sixième verset du chapitre t de l'évangile selon saint Jean : • Qui croit au Fils a la nelle; mais qui désobéit au Fils ne verra point la vie; ma 1ère de Dieu demeure sur lui. > Il insinue ironiquement i versaires l'idée de cette substitution, sachant bien que cett et courte parole leur serait plus dure à accepter que confession de foi helvétique, avec ses longueurs et ses siu'annés. De deux choses l'une : Ou bien l'on veut rem] confession de foi existante par un autre symbole. Dans qu'on produise le symbole nouveau, et l'on verra. — Ou ] ne veut aucun symbole. Qu'est-ce alors qu'une église si bole? Une église peut-elle être autre chose qu'une so croyants, et leur croyance peut-elle se passer d'un docui thentique?

« Une confession, dit-il, représente très imparfaiteme enfin elle représente, elle rappelle l'église. Ce n'est paj réalisée; c'est en quelque sorte Yéglise éc7ite; mais ôtez à l'église, et son gouvernement propre, et sa confessioi que reste-t-il de l'église, de la notion d'église? pas le ph vestige; il ne vous reste que ce qu'il y a de plus monstr logique et en morale, quelques individus, sans mandat règle, imposant à un peuple leurs croyances, leurs rites hommes. Que ce soit le clergé, que ce soit le gouvemem ce soient les deux ensemble, agissant dans un prétendu et sans arbitre qui vienne se poser entre eux en cas de ment, peu importe : l'église n'étant plus même représenté symbole, n'existe plus; la religion n'est purement et sio; qu'un département de l'administration, une branche, si !

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» rinstractkm que, essayant tour à tour de diflérentes méiodes, el ne reiefant point de la foi nationale comme d'un fait, u» chargé de poorvoir, d'une manière quelconque, au besoin Bigienx des masses, aussi longtemps que ce besoin continuera à e manifester. Encore une fois, voilà où nous mène à grands pas, Ipeat-étre directement, rabolition du symbole, n se peut que le leople accepte cette conséquence; mais il faut du moins qu'il la xnnaisse *. >

n est de toute évidence que ce qui eflùraye Vinet, ce sont les ntentiims qu'il démêle chez les adversaires. La lutte lui paraît iogagée entre le christianisme sérieux et ceux qui n'en veulent ^, et s'il prend si chaudement en main la défense de la confesâon de foi helvétique, c'est que, les circonstances étant données, e&e Ini paraît représenter ce qui reste encore de christianisme sérieux dans le sein de l'église nationale.

« Le livre qu'on appelle Confession helvétique, dit-il, n'est que 'enveloppe de certaines vérités; c'est à ces vérités, non au livre pie vous êtes attachés; mais si, à travers le livre, c'est aux plus Qodamentales de ces vérités que veut arriver l'épée de l'ennemi, i la suppression du livre est le solennel désaveu des vérités qu'il enferme, il faut défendre le livre, tout humain qu'il est et quelque nparfait qu'il puisse être. Tout livre qui renfermerait les mêmes ho6es serait attaqué de même, devrait être défendu de même, ^oos ne pouvez consentir à la suppression du livre que quand les érités qu'il renferme auront été mises à l'abri; et pour le moment Iles n'ont d'autre abri que ce livre même '. »

On peut donc envisager les divers écrits que Vinet a publiés sur e sujet comme des écrits de circonstance et d'un intérêt esseniellement local ; ils n'en seront pas moins lus avec plaisir et avec mit par toutes les personnes que des questions de cet ordre, où [n'elles soient posées, ne laissent pas indifférentes. Nous en avons

* Volume déjà cité, pag. 229.

■ Ibidem, pag. 210.

pour garant un juge qui n'est guère suspect» M. Edoioiid Schérer, qui à propos de ce malheureux article de la Rei>ue suisse^ écrit huit fois, s'exprime ainsi : < Ces articles, comme tous les écrits de Vinet, laissent un peu regretter la régularité de la discussion, mais compensent au centuple ce défaut par l'abondance des idées et l'ingénieux lK)n sens des vues. Il y a plus de lumière dans ces quelques pages que dans les dissertations de beaucoup de théologiens de profession sur le môme sujet. Vinet est toujours un chercheur, jamais un avocat; il n'a d'autre parti pris que le besoin de vérité en toutes choses; de là son bonheur dans toutes les questions. Rien d'exagéré, car l'exagération est déjà un mensonge, partant rien de faux. Pas l'ombre d'esprit de parti, pas môme de cet esprit de parti qu'mspire une question résolue, qu'entraîne une vérité reconnue. Il ne lui suffit pas de posséder le vrai; il yeut le posséder et le produire avec cette mesure qui est elle-même on élément du vrai. Rien de plus bienfaisant. Hélas t rien de plus rare * I »

Malgré de si éloquents plaidoyers, la partie fut perdue. Le Grand Conseil se rangea à Tavis de M. Druey, et la confession de foi helvétique fut abolie comme symbole de l'église vaudoise. Devant cet échec, et prévoyant une lutte non moins violente sur l'article re* latif aux laïques, le Conseil d'état retira son projet. Vers la fin de l'année, il en présenta un nouveau. Des deux points en liUge, U confession de foi et le gouvernement des laïques, il abandonnait le second et maintenait le premier, espérant fah*e revenir le Grand Conseil de sa décision. C'était peut-être lâcher la proie pour l'ombre \ Quoi qu'il en soit, il fut battu. Le Grand Conseil condamna

* Alexandre Vinet, notice sur sa vie et ses écrits, par Ed. Schérer, pag. 65.

* Nous croyons, en pariant ainsi, exprimer la pensée de Vinei Voir à ce sujet, dans le volume cité, l'article : Uf^e révdhUian ecdésiastique, qui fut écrit en décembre 1839 et parut dans le Semeur le 8 janvier 1840. Il y dit entre autres que les défenseurs de la confession de foi auraient pu, tout en protestant, « se résoudre aa

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le Bouveaui la confession helvétique, et le projet, ainsi mutilé, fut adopté le 10 décembre.

Cette seconde discussion avait produit dans le pays une nouvelle agitation. Le peuple s'était partagé assez également Des pétitions en sens contraires, signées les unes et les autres par environ dix mille citoyens, s'étaient croisées sur le bureau de la présidence. Le clergé, presque unanime, avait pétitionné dans le sens du projet Yinet ne resta point étranger à Témotion générale provoquée par ces débats, mais il prit cette fois une part beaucoup moins active à la lutte. La raison de cette attitude plus réservée, presse passive, se trouve dans les expériences qu'il avait faites dix mois auparavant. Une courte correspondance entre lui et M. L. fiomier, pasteiu* à Morges, nous renseigne très exactement sur la manière dont il en avait profité. C'était à propos d'une démarche tu extremis, tentée en février, lors de la discussion sur le premier projet n s'agissait de représenter au Grand Conseil qu'il n'était pas compétent pour prendre une décision qui, selon les pétitionnaires, portait attemte à la constitution elle-même. M. Bumier, un instant séduit, finit par se rebuter : « C'est qu'après tout, écrivaitil à Yinet ^ on se lasse de courir après des chimères.... Je partais tODjours de la supposition que la notion d'église peut se réaliser dans l'union avec l'état, et décidément il est temps pour moi de passer du fictif au vrai. Si ma conscience ne me dit pas encore : t Ministre de Jésus-Christ, romps les liens qui, en ta qualité de > ministre, te mettent sous la dépendance des lois humaines et » politiques, > elle m'interdit au moins toute démarche qui tendrait à accréditer l'opinion qu'il est avantageux à l'église de Christ d'être dépendante du pouvoir civil, ou seulement qu'il lui est permis de se faire cette position.

» Vous savez, cher frère> qu'avant môme la publication de votre

régime de la liberté, c^est-k-dirc, k la suppression de toute règle d^enseignement, si on leur eût o£fert la réalité de cette liberté. » • Uttre du 22 février 1839.

ALKX. VINET 23

3&4 GHAPmUB XIV

Mémoire sur la liberté religieuse, je désirais la séparatioii de réglise d*ayec Tétat. Votre excellent ouvrage ne m'a pas peQfD^ tiflé dans mes idées sm* ce point, et pendant trois années, de 1829 à 1 832, je n*ai cessé, quoique bien faiblement et bien indirecKanent, de tendre à ce but, soit par la Revue britannique religieuse, sût par la Discussion publique. Alors vint Tarticle 9 de la constitution, qui, sans doute, reliait (?) les liens de Téglise et de l'état, mais qui, combiné avec l'article 95 ^ laissait une belle marge aux amis de la liberté, et je me laissai persuader par plusieurs qu'on obtiendrait aisément un système au moyen duquel l'église jouirait de tons les avantages de l'union, et pourrait échapper aux inconvénieDts graves que cette union entraîne avec elle en d'autres contrées.

» Je crus donc qu'il était sage d'attendre, et quand je fus nommé dans la commission législative, je m'y rendis avec l'intentiOD de travailler consciencieusement à la solution d'un problème que je croyais bien insoluble, mais qui ne paraissait pas tel à de ifioB habiles que moi. Je ne tardai pas à être affermi dans ma pensée quand je vis N*** lui-môme voter pour que tous les règlements do synode fussent soumis à la sanction du Conseil d'état ou du Grand Conseil, selon le cas. Sans doute que nul de nous ne songea seulement à leur accorder le droit de les amender; mais cette sanction obligatoire pour toutes choses, grandes et petites, était déjà noe bien forte dérogation aux principes.

» Après cela est venue la Délégation des classes, et personne mieux que vous ne peut comprendre l'effet que produisirent sor

* L'article 9 de la constitution de 1831 disait : < L'église nationale évangélique réformée est maintenue et garantie dans son intégrité. Les ministres de cette église sont consacrés suivant lei lois et la discipline ecclésiastique du canton, et seuls appelés ïk desservir les églises établies par la loi. — La loi règle les rapporte de l'état avec l'église. » L'article 95 prescrivait la révision, dans le délai de dix ans, des lois, ordonnances et règlements antérienn au 12 avril 1798, c'est-k-dire d'origine bernoise, ce qui impliquait la réorganisation de l'église nationale.

DISCUSSIONS. DEUIL. LAYBT. LOI EGGLÉSIASTIQUB 3«55

moi les arguments divers sur lesquels s'appuyaient et la gauche et la droite de rassemblée, n me semblait à chaque moment que je devais crier : c Donc il faut demander la séparation de relise.»

• Enfin le projet du Conseil d*état et la discussion du Grand Conseil ont achevé de me ramener où j*en étais il y a dix ans, et, comme on ne refait pas Thistoire, je ne pense pas que je doive rentrer dans le pénible sillon des dix dernières années. A d'autres le problème t II n'en est plus un pour moi, si jamais il le fut, et je regarde dors et déjà comme chose impossible ime église nationale évangélique réformée dans notre canton. Si l'on parvient à remettre en vigueur la doctrme évangélique réformée, l'église ne se constituera pas, et si l'église se constitue, ce sera dans un sens bostile à la doctrine évangélique réformée. Au sein d'une démocnuie politique telle que la nôtre, une église nationale ne peut être qu*églis4' politique, et cette église ne peut être qu'un chaos ou une association contre la vérité.

» L'église reste à mes yeux une société à laquelle appartient quiconque veut; mais je repousse tout système qui, de manière ou faatre, fait être de l'église ceux mêmes qui ne voudraient pas. L'église doit avoir pour caractères essentiels la vérité et la sponta- « Déité, et je n'aperçois pas comment elle pourrait les revêtir dans ,*imion avec TétaL >

Vinet, qui avait été séduit un moment comme M. Bumier, qui avait même écrit un projet de mémoire ou de pétition tendant à établir l'incompétence du Grand Conseil, répondit à lettre vue, en bomme non moins décidé.

• Grand merci, mon cher frère, de votre excellente lettre. Vous ne pouvez pas savoir combien je vous suis obligé et combien cette leUre me vient à |K)int. Nous faisons le même chemin, et vous me racontez admirablement mon histoire.

» UWt, je suis sorti de perplexité et d'ennui en écrivant à Jayet * que, sans cesser d'»Hn» de mon avis et de trouver bien fondée la

' Ami de Vinet, rédacteur de la FeuiUe rdiyieuse.

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demande qui fait l'objet de ma stippUqtief je n'en ffféyoyals ancon succès positif, ni môme aucun heureux effet; qu'au bout du eompto le Grand Conseil veut bien ce qu'il veut, et que quand il eonsefr tirait à ajourner les questions de doctrine après l'organisation de l'église et à les renvoyer à l'église, il ferait bien en sorte d'être lui-môme l'église et de régler l'affaire du symbole. J'ajoute qoe» n'ayant plus de foi à une transaction, j'aime autant laisser le fini être faux tout à son aise, et ne pas, moi, tourner jusqu'au vertige dans des cercles vicieux sans fin. L'action religieuse, l'exlKXlatioa mutuelle, la prière, une union toujours plus étroite dans le prindpal, voilà l'essentiel. Nous sommes très forts, i\^ le savent Ue&, et j'éprouve, je l'avoue, une secrète joie à voir l'église recommencer la preuve qu'elle a des pieds pour marcher, des ailes pour voler, et que, le bras de la chair se retirant, elle ne tombera poortaDt pas.

» Ces mots seulement très à la hâte pour vous remercier et pour vous dire où j'en suis. La réunion de mardi * est inévitaUe, et je ne la redoute pas. On peut y faire beaucoup en décidant qu'on ne fera rien; cela dépend de la manière. Mais c'est dans ,une chambre haute qu'il faut se rassembler; les langues de fea ne viendront pas nous chercher plus bas. Adieu. »

Une fois la question jugée en dernier ressort par le Grand Conseil et la loi nouvelle adoptée, Vinet écrivit encore au Semewr pour rendre compte de ce qu'il appelait une révolution ecdé' sia^tique. c Le vrai, disait-il, le fond du vrai, c'est qu'il y a^ dans cette église du canton de Vaud deu^ élises, l'une attachée i l'ancienne foi, l'autre éprise de nouveaux dogmes, si l'on peut appeler dogmes les négations ou les abstractions dont se compose son symbole. Chacune se croyait en majorité; l'une parnlesev était l'aînée de beaucoup, la première occupante, l'église officielle; chacune, en conséquence, prétendait être maîtresse an logis;

* Une réunion privée d'un certain nombre de ministres, pour s'entendre sur les démarches possibles. Vinet n*7 assista pas.

D6CUSSI0NS. DEUIL. LATKT. LOI ECCLESIASTIQUE 357

l'exenqile d'Abraham et de Lot n'a^ dans cette occasion, séduit mai parti; et » les uns ont réclamé le maintien d*un privilège, les autres n'ont pas su ou voulu offirir en échange une sincère et linnKhe liberté. — Malgré cela, cette révolution n'est pas seulemat une révolution ecclésiastique, c'est une crise religieuse. Elle a donné à deux églises la conscience d'elles-mêmes. Elle a rédigé deux symboles. Elle a cru tout terminer, elle a tout commencé. »

Ainsi parlait Vinet en public; il allait plus loin encore dans la liberté de la correspondance ou des entretiens familiers. U augundt mal de l'avenir du canton de Vaud; il prévoyait une révolution possible, probable, prochaine, et il s'effrayait à la pensée des pas- 8Î0DS qui la préparaient et des conséquences qu'elle ne manquerait pas d'entraîner. Voici ce qu'il écrivait à sa sœur en novembre 1839, peu de jours avant la décision du Grand Conseil.

« Les affaires publiques vont bien mal; les optimistes deviennent pessimistes; on est terrifié. C'est un commencement de saturnales célébrées sur les ruines de la confession de foi. Car je la crois bien morte, quoique le Grand Conseil n'ait pas encore pro- BODcé sur son sort, et à mon avis sa mort n'est qu'un épisode. Je n'ai pas la puérilité de tout enfermer dans cette question. Un esprit de vertige a saisi ce pays; il semble qu'on n'ait plus la vraie notion ni la vraie mesure de rien. Il ne faut plus aucun art pour tromper le peuple; l'impudence suffit, et les choses en sont au point que les triomphateurs doivent être honteux et dépités de triompher si facilement. Ce qui se passe dans ce pays, c'est une réaction furieuse et stupide contre les lumières, la culture et les sentiments élevés. L'académie est menacée comme l'église; tout ee qui a de la pudeur, tout ce qui respecte quelque chose est dénoncé comme méthodiste, et tout est dit. Il faut être populacier, je ne dis pas pour être populaire^ mais pour trouver grâce. Je ne serais étonné ni d'un coup de main contre le gouvernement, ni, un peu plus tard, d'une réaction contre les radicaux. Leur chef ',

• Henri Druey.

358 CHAPITRE XIY

qu'ils ne comprennent pas, et qui les méprise^ est entraîné par eux comme par un torrent; il ne leur refuse déjà plus rien, et appuie, apparemment sans conviction, leurs demandes les plus extravagantes. Si les braves gens étaient des gens braves, en n'^ serait peut-être pas là. »

Nous avons sous les yeux bien d'autres documents, lettres, notes, réflexions, qui prouvent que dès cette époque Vinet envisageait ime révolution politique comme inévitable dans le canton de Vaud, et qu'il ne se faisait aucune illusion sur le sort dont était menacée non-seulement l'église, mais encore l'académie. Cette citation suffît. Elle est, je le répète, du mois de novembre 1839.

Second ooncours. ~ Occupations diverses. — Accident.

ËQ 1833, M. de la Rochefoucauld, président de la Société de la morale chrétienne, mit à la disposition de cette société une somme de 500 ît, comme prix d'un concours sur la cpiestion sul- Tante : « Est-ce un devoir pour tout homme de chercher à se former une conviction en matière de religion et d'y conformer toujours ses paroles et ses actions? » La question, excellente en soi, ne parut pas très propre à faire l'objet d'un concours. La réponse était trop évidente. L'indifférence peut seule nier le devoir de chercher à se former une conviction religieuse. Et encore ne le nie-t-elle pas. Elle se borne à le négliger. On prêche tous les jours de fort bons sermons qui n'ont d'autre but que de dissiper cette torpeur. Tout a été dit sur ce sujet, et l'on ne voit pas ce qu'un traité pourrait ajouter à telle page de Pascal, par exemple. Le devoir de conformer sa vie et ses paroles à sa conviction n'est pas moins clair; il est aussi plus à propos de le prêcher que de le dénK)ntrer. M. Stapfer, chargé de rédiger le programme du concours, sentit ces inconvénients et s'appliqua à les atténuer. U insista sur la manifestation des convictions religieuses, c'est-à-dire, nonseulement sur le devoir de régler sa parole sur sa pensée, mais

sur celui de parler, do prêcher, de manifester; il indiqua, en outre, quelques applications du principe encore peu comprise^ entre autres Fabstention du gouvemement dans les matières da religion, abstention nécessaire pour obliger chacun à pourvoirsoi* môme à ses besoins religieux et par conséquent à les manifester.

La question ainsi posée changeait de face. Elle semblait s'adrear ser à Yinct Sans préméditation, au moins sans accord préalable, le programme avait été en quelque sorte préparé pour luL

On voit par son agenda qu'il donna quelque attention à ce concours aussitôt qu'il en eut connaissance. Il prit note de la question posée; mais il ne forma que beaucoup plus tard le projet de la traiter dans un mémoire ad hoc, c Je me suis laissé prendre, écrit-il le 23 avril 1836, au désir do travailler sur la manifestation de la conviction religieuse, sujet que la Société de la morale chr^ tieune met au coni^ours depuis plusieurs années. » Ce ne fot d'abord qu'une velléité, à laquelle l'état de sa santé et d'autres travaux l'empêchèrent de donner suite. Cependant il est bien probable que le sujet continuait à le préoccuper et que plus d'une idée déjà avait fermenté dans sa tête. Un an plus tard, le 30 avril 1837, il écrit : c Je me suis repris à l'idée de traiter le sujet de la manifestation de la conviction religieuse. » Cette seconde intention ne devait point rester stérile; mais les obstacles se multiplièrent. La maladie que fit Vinet, longue et grave, peu de temps avant son départ de Bâle, les travaux préparatoires qu'exigeait l'enseignement qui l'attendait à Lausanne, les nombreuses polémiques dans lesquelles il se vit entraîné, dès son arrivée dans cette dernière ville» les articles de littérature courante, au jour le jour, que le Semeur et la Revue suisse, surtout le Semeur, ne cessaient de solliciter et qu'il ne savait ni ne voulait refuser, bien d'autres travaux encorei bien d'autres affaires, parmi lesquelles une correspondance tooB les jours plus étendue, ne lui permirent de se livrer à la composition d'un mémoire, travail de longue haleine, qu'à bâtons rompus, en dérobant de temps à autre quelques loisûrs à la multitude des préoccupations qui se disputaient son temps. Je ne crois pas

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qn'H ait jamais pa y trayailler régulièrement pendant trois ou qoatre jours de suite. Et puis, on Ta vu, il menait de front la tliéorie et la pratique. Pendant qu'il méditait sur la possibilité ou l'impossibilité d'une union légitime et féconde entre l'église et l'état, il essayait d'unir, sans dommage pour l'un ni pour l'autre, on certain état et une certaine église, et s'efforçait de les amener à fidre bon ménage en remplissant leur rôle et leur mission. Nul doute que Vinet n'ait apporté dans ces expériences un désir de ooociliation égal à l'esprit de sincérité qui perce dans tous ses écrits et jusques dans ses moindres paroles. Il le pouvait d'autant mieux que les idées qui l'avaient frappé dans le temps, avaient plutôt traversé son esprit comme un éclair rapide qu'elles ne s'y étaient fixées à titre de convictions réfléchies et irrévocables. Sans les avoir jamais reniées, il semblait ne plus s'y attacha* avec la même ardeur de foi. Nous l'avons vu déclarer en 1898 qu'il ne hâte point de ses vosux la séparation de l'église et de l'état, qu'il a d autres vues et d autres vosuœ, et cela dans mi discours écrit et lu^ destiné à corriger l'effet de paroles qu'il croyait propres à le faire accuser d'infidélité à ses anciennes convictions. Quelle que soit la part que l'on fasse au but prochain qaH se proposait d'atteindre et à la réserve que lui imposait sa position, il est de toute évidence que lorsque Vinet parlait ainsi, H n'envisageait la séparation de l'église et de l'état que comme un idéal lointain. D dut y être ramené, comme à la seule solution possible, au seul principe non-seulement rationnel, mais d'une application urgente, et il le fut à la fois par ses méditations dans le silence de son cabinet et par son expérience des luttes religieuses et politiques. C'est ce qu'il indique fort bien lui-même par ee mot de son agenda, que nous avons déjà cité : « Je suis poussé avec force vers les doctrines que je professais il y a douze ans \ > Chaque déception l'y poussait et les déceptions ne lui manquèrent pas.

• Voir pag. 335 au bas.

Quoique l'auteur de ces lignes ddve sortir le moins posâMe du rôle de simple rapporteur, qu'il s'est imposé en «munençuU ce récit d'une vie assez éloquente par elle-même, il semble difficile de ne pas noter ici de curieuses analogies et un c(mtn8te non moins frappant entre la*carrière de Vinet et celle d'un antre écrivain, enfant comme lui de la Suisse française, miais animé d'un esprit bien différent, J.-J. Rousseau. Rousseau, sons soa chêne, eut un moment d'extase et de soudaine illumination, dans lequel il vit se dérouler devant lui les grandes idées qui devaieiU fournir la matière de ses principaux ouvrages. On dirait une révélation. Vinet eut un moment tout semblable, comme le prouve la lettre qu'il écrivit à son ami Leresche le 8 février 1824, et que noos avons citée tout au long, à sa date '. Les théories qu'il devait défendre si énergiquement sur les rapports de la société civile et de la société religieuse le frappèrent tout d'un coup, comme m trait de lumière. Des circonstances semblables fournirent à Rousseau et à Vinet l'occasion de donner l'essor aux pensées qui les avaient saisis. L'académie de Dijon fût pour Rousseau ce que devait être pour Vinet la Société de la morale chrétienne. Ils eurent l'un et l'autre leurs deux concours, faisant suite et se complétant Voilà les analogies. Elles sont singulières. Mais il reste cette différence très grande que les convictions de Rousseau conservèrent toujours le cachet de leur origine. Ce moment d'exaltation retentit dans sa vie tout entière. On ne le voit pas lutter contre les idées qui se sont emparées de lui, il se laisse emporter par elles. Vinet, au contraire, bataille contre lui-même; il cherche à se dérober aux étreintes de sa propre pensée; il s'y soumet, mais en frémissant, et il faut que pour être convaincu il conunence par être vaincu. De là vient que l'éloquence de Rousseau, tout iirésîstible qu'elle paraisse, n'est souvent qu'une éloquence de tête, tandis que dans celle de Vinet, moins brillante, moins bouiUoiinante, il y a un accent bien autrement profond.

* Voir pag. 96 et suiv.

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