‹ Alexandre VinetChapitre 26 sur 41 · SECOND CONCOURS. OCCUPATIONS. ACCIDENT H · texte numérisé non relu

SECOND CONCOURS. OCCUPATIONS. ACCIDENT H

D hui le réj^éter : Vinet fot amené à son corps défendant à ne voir d'antre issue à la question religieuse que la séparation absolue de l'église et de l'état. Ayant d'accepter dans toute sa rigueur cette solution extrême, il essaya des tempéraments et des transactkms, et il fallut que toute autre voie lui fût fermée, pour qu'il cherchât son refuge dans la logique et allât jusqu'au bout. C'est ce que n'a pas compris tel de ses amis, qui a cru non-seulement le peindre avec vérité, mais encore servir sa gloire, en le représentant comme converti une fois pour toutes à la doctrine de la s^iaration dès l'âge de vingt-sept ans. L'espèce d'unité logique qu'on crée ainsi dans sa vie en compromet la plus grande beauté morale. Ce fut dans la lutte que se trempèrent ses convictions. La lotte en fit l'originalité et la puissance. Le système de la séparation de l'église et de l'état n'est pas seulement une idée qui lui est venue un jour et dont il a reconnu la justesse; c'est une idée qui l'a subjugué, et qui ne s'est emparée de toutes les forces de son âme et de sa pensée qu'après un combat plein de larmes et d'angoisses. On nous assure qu'en écrivant son mémoire, il ne cessait de répéter le mot de Luther : c Je ne puis autrement. »

Les indications de l'agenda prouvent que ce fut au commencement de 1839 que Vinet travailla le plus activement à ce long mémoire^ c'est-à-dire pendant et après la discussion du Grand Conseil du canton de Vaud sur le premier projet de loi ecclésiastique, et sons le coup des déceptions que lui valut la part qu'il prit à la lutte. Battu dans la discussion publique, il prenait sa revanche dans le silence de son cabinet, et il allait la prendre devant le monde d'une manière éclatante, c Aujourd'hui, à midi, j'ai écrit les dernières lignes de mon mémoire, » dit-il le 18 m^urs 1839. — « Tai passé la journée à relire mon mémoire, dont je suis fort dégoûté, • ajoute-t-il le 25 du même mois. Deux jours après, le manuscrit était en route pour Paris, où il arriva juste à temps, la Société de la morale chrétienne étant sur le pomt de retirer du concours une question qu'elle posait sans succès depuis plusieurs années. Un mois après, le 25 avril, un ami annonçait à Vinet que

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son mémoire était coaromié, et le soriendemain il en reeenitlà commmûcation officieUe.

« J'ai le besoin, lui écrivait M. Stapfer, de vous exprimer toute la joie que j'éprouve d'avoir, avant de quitter cette scène lfl^ restre, pu lire et concourir pour ma faible part à cooronner m ouvrage tel que celui que vous avez envoyé à la Société de la morale chrétienne^ société qui vous devra ses plus beaux titres à l'attention publique. Je serais bienheureux et ce serait un nouveau bienfait de la Providence, si elle me donnait d'être, encore avant ma mort, témoin de l'impression que produira indubitablement une pareille publication, et surtout des effets ( sûrement, j'en ai la confiance, bénis d'en haut) qui l'accompagneront. Ifoete virtute tua! Vous avez raison avec une force de vârité et une douceur de persuasion qui font recevoir de vous des choses qne tout autre aurait dites en irritant, et sans creuser jusqu'aux racmes de la question et de tous les éléments de la solution. On vous lira, on, c'est-à-dire vos futurs adversaires même, sans s'apercevoir du chemin que vous leur faites faire malgré eux; en y réfléchissant, ils seront étonnés, effrayés même, mais trop tard; ils fuiront avec le dard dans la tête et dans le cœur. »

Vmet lui répondit :

« Monsieur et vénéré frère, et que ne me permetteE-voos de vous appeler père, car votre bonté pour moi est toute pate^ nelle et mon respect est celui d'un fils, laissez-moi vous dire de quelle tendre reconnaissance votre bonté m'a pénétré et combien ma faiblesse est heureuse de trouver un asile dans votre cœor. n est bien remarquable que de si loin, et sans më connaître^ H avant de savmr mon existence, vous ayez exercé sur ma pensée^ et sur ma vie une si décisive influence, et qu'à presque tous ks moments importants de ma carrière je vous aie rencontré pour entendre de vous le mot attendu et nécessaire, le mot qui marque et qui reste. Ceci, monsieur, est bien plus vrai que vous ne pouvez vous le représenter, et j'y vois une preuve que Dieu a préposé certaines âmes à la garde de certaines âmes, pour exercer

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