SECOND CONGOGBS. OCCUPATIONS. ACCIDENT
BOT elles, et bien souvent sans s*en douter, une mystérieuse tutelle. Que n*aurais-je pas reçu de vous si j'avais eu le bonheur de vous voir et de vous entendre, puisque de si loin vous m*avez fût tant de bient Puissé-je, avant de quitter ce inonde, d'où je dois peut-être sortir avant vous, vous témoigner autrement que par des paroles la vérité de ce que je vous dis ici, en mettant à profit, c'est-à-dire au service de Dieu, les idées et les impressions que je vous dois ^ »
Le jour ou plutôt le lendemain du jour où l'on apprit à Lausanne que le mémoire avait été couronné, Yinet trouva la salle où il faisait ses leçons remplie jusqu'à ne plus pouvoir contenir la Inle qui s'y pressait. C'étaient, outre ses auditeurs ordinaires, des élèves du gymnase, des amis, des collègues. Lorsqu'il entra, tous se levèrent et chantèrent un hymne composé par Juste Olivia. D s'arrêta sur le seuil, visiblement ému. Quand le chant eut eessé, il adressa aux étudiants quelques paroles pleines d'affeclion, de dignité et de piété, qu'il termina par une courte prière. Puis il s'excusa de ne pas faire sa leçon en ce moment. Sa chaire était ornée de guirlandes et do bouquets. Une couronne de laurier, qui lui fut offerte à ce propos, resta suspendue dans son cabinet jusqu'à sa mort, à côté d'une couronne de mousse qu'un pauvre eonkmnier lui offrit plus tard, nous verrons à quelle occasion.
Cette espèce d'ovation, que l'amitié s'était fait une joie de lui préparer, eut lieu le 1*' mai. Le S mai il disait dans son agenda : c Toutes les fêtes ont leur lendemain, » et quelques jours I4)rès il écrivait à sa soeur : « Je me reprochais, chère soeur, de t'avoir laissé informer par des fiers, ou par le bruit public, du prix que j'ai obtenu. Veuille me pardonner. — Au reste, treize ans apportent bien des changements au dedans comme au dehors. Ce succès ne m'a pas ému, ni intéressé, comme le premier, et à peine j'y penserais si l'on ne m'y faisait penser. C'est ce qui a lieu de plus d'une façon. L'affection que les étudiants m'ont témoignée en
• Lettre du 5 mai 1839.
cette occasion a été la vraie couronne; je dis mal, la vraie c'est la couronne d*épines, et celle-là ne se fera pas attendre. Les sages et les prudents sont fort effrayés, fort scandalisés, et il font dire que la manière dont M. Lutteroth a rendu compte de mon écril me fait paraître plus âpre et plus exclusif que je ne suis. Mais il suffit que je me prononce absolument contre Vunion pour qu'on s'émeuve, et pour qu'on se demande comment, avec ces cœivictions, je puis restor à la tête de l'église, comme ils disent. Oannim si je m'y étais mis ! Gomme si j'étais libre de déserter! Gomme si ma position n'était pas forcée I II n'est pas impossible, au restep que je leur donne le plaisir de me voir sortir, comme ministre^ de l'église où je resterai comme particulier. Rien n'oblige un {HY)fesseur de la (acuité de théologie à être membre du clergé du canton de Yaud....
c On ne comprend pas à Bâle, dis-tu, l'importance ni l'à-propos de ces questions. Le jour viendra où l'on comprendra, et où les plus opposés à ma thèse en deviendront les défenseurs. Elle est pour moi une partie de la vérité chrétienne, et je veux bien qne nos amis sachent que je ne la défends que sur ce pied-là. Bfieg et Kûrsteiner ont toujours cru que ce n'était de ma part que du îâféralisme; ils se sont bien trompés, et si, cette fois, ils daignent me lire, ils verront de quel bois je me chauffe. G'est pour le moment tout ce que je désire. »
Les amis de Vinet étaient Impatients de lire son mémoire, n le fut moins de le publier. Il voulait le revoir, le corriger, renrichir de développements nouveaux, refaire presque entièrement ce^ tains chapitres. Peut-être aussi voulait-il, dans l'intérêt même de l'ouvrage, le laisser reposer un certain temps, afin de pouvmren juger à distance, en toute liberté d'esprit. Autant qu'on peut le savoir par les notes de l'agenda, où il indique assez régulièr^nent son travail de chaque jour, il resta presque une année sans y toocher. Ge n'est qu'à la date du 5 avril 1840 qu'il en est de nouveau fait mention : < Je me suis remis à mon mémoire, dit-il, mais U&t tôt patriœ cecidere mantes, »
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Lorsque Vinet reçut la nouvelle du succès qu'il venait de remporter, il était engagé déjà dans un autre travail; il préparait ses Nouveaux discours religieux, dont plusieurs étaient encore à écrire. Heureux et fécond travail, qui devait le reposer du premier, en le plaçant en présence des grandes et consolantes vérités qu'annonce TEvangile. Sans doute, il ne les avait pas perdues de Toe en écrivant sur la manifestation des convictions religieuses et sur la séparation de l'église et de l'état; nous l'avons vu déclarer qne ses doctrines à ce sujet faisaient à ses yeux une partie de la vérité chrétienne; mais dans ses Discours il les abordait plus directement; il remontait à la source et s'y abreuvait. C'est ainsi qœ tour à tour il se jette dans la mêlée pour réclamer énergiqueinent toutes les applications sociales des principes chrétiens, et retourne à l'étude de ces mômes principes pour les approfondir et se les approprier d*une manière tous les jours plus intime.
Les Discours et V Essai furent pendant ces années 1839 à 1841 es deux principales occupations de ses heures de loisir, si l'on leut les appeler ainsi, occupations sans cesse interrompues par es appels qui continuaient à venir du dehors solliciter sa plume ft disposer de son temps. Je ne parle ici ni des travaux qu'exigeait fon enseignement ni de sa collaboration au Semeur, qu'on peut ïnvisager comme une de ses vocations régulières, •— c'était sa seconde chaire, celle tournée vers le grand public, •— je parle de mille services demandés et rendus, souvent offerts par lui-même, le consultations chrétiennes, de discussions religieuses entamées [>los ou moins à huis clos, et qui prenaient des proportions parfois considérables, de conférences entre pasteurs et collègues, de comités divers qui réclamaient son concours, entre autres celui de Técole des jeunes filles, dite école supérieure, dont il fut un des membres les plus actifs et bientôt le président. Deux principes» deux instincts étaient sans cesse en lutte chez Vinet. Le premier iété fort bien exprimé par un distique de Lavater, que Vinet [>arait avoir particulièrement aimé, et qu'on rencontre transcrit trn épigraphe sur la première page de plusieurs de ses agendas :
€ Elargis rarement, mais accomplis toijgours le cercle de tofoct- UoQ '. » Le second principe n*était que Tlnstinct de la diarité qâ le portait à ne point se dérober à quiconque pouvait avoir beioin de lui. On le voyait souvent accourir, lorsqu'un coup de sooMtte annonçait quelque visite, et prier sa femme de recevoir pour loi, ce qui ne rempôcbait pas de se présenter en personne qoelqoeB minutes après; Tidée lui était venue que c'était de lui probaUemcnt qu'on avait besoin. Plus d'une fois, il se cbargea de pareoQr rir tel ouvrage encore manuscrit, qu'un *ami désirait puUittyet l'ouvrage se refaisait sous sa plume. Souvent aussi, trop soureot, il fut barcelé de correspondances laborieuses. U en eut une qn l'occupa beaucoup à l'époque où nous sommes arrivés, avec tm catholique, l'abbé de Baudry, vénérable vieillard, qui s'était per suadé que Vinet n'avait qu'un pas à faire pour rentrer dans le giron de son église, et qui entreprit de le lui démontrer. Cène discussion, moitié privée, moitié publique \ mériterait d*ètre conservée. Elle porte sur de graves sujets, l'institution du ministère, la suite de la tradition, la position respective du caUiolidune et
* Voici le distique complet :
Selten erweitre, doch stets erfuUe den Kreii des Berufes. Wirke taglich bestimmter, und dulde schweigender immer.
Elargis rarement, mais accomplis toujours le cercle de ta Tocalin Agis cliaque jour avec plus de précision et souffre tpujonrs ptai
sileDcieuieiiMil
Un autre distique, da même Lavater, accompagne parfcna, ea tête des agendas de Vinet, celui que nous venons de citer :
Wâge dreî Mal dein Wort, und sieben Mal Zellen der Handfchrilt Immer wahr und klar und sanft und fest und dir selbit gleieh.
Pèse trois fois ta parole et sept fois les lignes que tu traces. Sois toujours vrai, clair, doux, et ferme et semblable à toi-mèBi.
■ Dans le Narrateur religieux, année 1839.