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tain nombre d'eeclé^stiques, appelé à juger soaverainement dans chaque cas particulier, mais n'ayant pas le droit de citer qui que ce soit à la barre de son tribunal. Le droit d'accusation était réservé au poQvoir civil. Une pareille institution ne pouvait durer; elle reposait sur des bases impossibles. Les membres les plus émisants du clergé vaudois s'y étaient opposés; plusieurs, nommés membres de ce jury, avaient obstinément refusé. Rien ne pouvait être pins antipathique à Vinet qu'une institution qui faisait rentrer l'église do canton de Vaud « dan^ l'ornière du catholicisme, » en investissant le clergé « des pouvoirs de l'église romaine. » Il préférait de beaucoup abandonner entièrement l'église à elle-même. Aussi proposa-t-il à la classe dont il faisait partie de demander an Grand Conseil le retranchement de tous les articles de la loi qni instituaient ce jury. Il soutint son opinion par un assez long mémoire, dans lequel il s'élevait avec une rare franchise d'éloquence contre tout système autoritaire*. < Le despotisme spirituel, s'écria it-ily a été de tout temps la principale tentation des ministres, aux passions desquels les autres issues sont fermées. Rien n'enivre ciHume l'arbitraire, et, dans des mains ecclésiastiques, rien ne se touche de plus près que le pouvoir et la persécution. Soyons sincères : nous n'avons guère peur de persécuter. En voulez-vous la preuve? Combien de fois, au sujet du jury, n'avons-nous pas entendu dire : c Soyez tranquilles : le jury, si jamais il est convoqué, » ne condamnera que les hétérodoxes. » Aveu naïf, et singulier siqet de tranquillité. Et pourquoi, et de quel droit, condamner les hétérodoxes? Et qui est-ce qui n'a pas, aux termes de la loi, le droit d'être hétérodoxe? Que dis-je? Comment y aurait-il de l'hétérodoxie quand la loi ne reconnaît plus d'orthodoxie? Vous entendez, sans doute, par orthodoxie les doctrines de la confession helvétique; mais si ces doctrines sont à vos yeux la vérité, vous
• Ce mémoire a été reproduit dans le volume cité : Liberté re- Ugietise et questions ecclésiastiques^ pag. 299-318. Nous y renvoyons, pour les citations, une fois pour toutes.
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les respectez sans doute; or, ce n'est pas les respecter, c'est les outrager que de les faire triompher par la force. »
Mais de toutes les objections, aucune ne l'étonnait et ne le scandalisait autant que celle que les amis de la paix à tout prix, les gens accommodants, tiraient du fait que ce jury ne serait sans doute jamais convoqué, et qu'une institution pareille ne réussirait point à passer de la loi dans la vie. Argument facile et très en br veur auprès des consciences paresseuses. Vinet demandait qaele clergé protestât, afin que personne ne pût se méprendre sur ses sentiments et son caractère. « Le plus grand mal, disait-il, n'est pas que le jury soit dans la loi, mais qu'il y soit sans réclamation de notre part, et que nous passions pour en adopter le principe. Le jury pourrait ne jamais devenir un fait; notre adhésion en serait un, et ce fait est le plus grave, car si nous nous taisons sur le principe, la convocation du jury n'est pas un mal de plus; notre obéissance doit suivre notre adhésion au principe, et je ne comprends pas comment quelqu'un de nous pourrait se réserva m petto de refuser son adhésion dans les cas particuliers, aprts l'avoir promise en général par son silence. Ne l'oublions pas : notre silence nous engage. »
Vinet savait très bien que cette démarche n'avait ancone chance de succès, que, fùt-elle appuyée par les quatre classes du clergé vaudois, ce qui était fort peu probable, elle n'en serait pas moins repoussée par le Grand Conseil, ne fût-ce que par principe de dignité et pour ne pas se déjuger à un si court intervalle. Mais il laissait au gouvernement le soin de pourvoir à sa dignité, et rappelant ses collègues au souci de la leur, il les pressait de faire connaître l'impossibilité morale de cette partie de la loi < C'est beaucoup, disait-il, de l'avoir fait connaître, c'est tout peut-être. En fait de dispositions légales, ce que la conscience publique a condamné, n'existe plus. Quant à mon intention, elle est pure et pacifique; c'est un service que j'ai voulu rendre an clergé yaudois, le premier et le dernier peut-être; non-seulement j'ai agi avec une conviction pleine, mais j'espère ayoir obtenn
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et ooosenré dans cette oeuvre c rincorraptibilité d*uii esprit paisible. >
Ce fut, en effet, la dernière tentative de Vinet, inutile comme les précédentes, pour corriger la loi ecclésiastique à laquelle le canton de Vaud venait d*être soumis, ou tout au moins pour sauvegarder la position du clergé en lui assurant le bénéfice d'une politique généreuse. A partir de ce moment, il se réfugia cbez lui, et s'en sortit plus que pour combattre le principe de l'union de l'église et de l'état, sans égard à son titre de membre du clergé vaodois, titre qu'il allait bientôt déposer.
Malgré tant de préoccupations diverses et de si sérieuses dis- Iractioiis, l'époque dont nous parlons est une des plus fécondes, dans la carrière de Vinet, en ouvrages définitifs et faits pour attirer l'attention d'un vaste public. Peut-être l'eût-elle été plus encore sans sa santé toujours précaire. Vers la fin de l'année 1840, en novembre, il fut pris de la petite vérole, qui se montra bénigne. La crise passée, il parut se porter beaucoup mieux. Il se remit au trsrail avec un redoublement de vie. De longtemps il n'avait été plus dispos ni plus gai. U avait repris l'babitude de chanter à demivoix en allant et venant. Ses amis s'en réjouissaient, lorsque, le 21 janvier 1841, un accident faillit lui coûter la vie. U fit une chote, en se promenant. Des passants le relevèrent, sans connaissance, et le portèrent dans la maison la plus voisine, chez son ami M. le pasteur Espérandieu, où il fut l'objet des soins les plus assidus. Les premiers jours, ses souffrances furent si cruelles que le moindre mouvement lui arrachait des cris. « Oh! c'est trop! » l'entendit-on s'écrier sous le coup de la douleur; puis aussitôt il ajouta : c Non, ce n'est jamais trop. > Si dans les heures d'angoisse et de souffrance aiguë il lui échappait un mouvement d'impatience, il s'en humiliait aussitôt.
Par moments, il se crut près de sa fin et s'y prépara. « Ahl mon ami, disait-il à M. Espérandieu, son fidèle gardien, ce n'est pas la théologie qui aide à mourir! » Ses amis s'empressaient et se relayaient autour de lui. Un jour que quatre d'entre eux
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rayaient transporté d*un lit à on antre, dans on drap, il étendit sur eux ses mains tremblantes et les bénit.
L*émotion fut grande à Lausanne lorsque la nouvelle de eet accident se répandit et qu'on le sut en danger, c U fondra qoe j'aille remercier toutes les personnes qui ont demandé de nm nouvelles, » disait-il. « Gardez-vous-en bien, lui répondi^on, vms auriez à visiter la ville entière. » Des ouvriers mêmes s'assemblèrent plus d'une fois autour de la maison pour s'informer de son état, et lorsqu'on put le transporter chez lui, ce furent eux qm voulurent lui rendre ce service. Un d'entre eux, un pauvre cor donnier, lui donna à cette occasion la couronne de mousse dont nous avons parlé plus haut, et qu'il garda suspendue à cdté de 11 couronne de laurier. De si touchants hommages ne s'adressaient ni au littérateur, ni même au prédicateur, mais à l'ami des petits. Ils savaient, ces ouvriers, que si l'un d'eux aïïait lui demander secours ou conseil, il le recevrait dans son cabinet, le ferait asseoir, l'écouterait jusqu'au bout avec un sérieux intérêts et le reconduirait jusqu'à la porte de l'appartement, aussi bien qa'fl l'aurait fait pour quelque personnage de rang plus élevé. Vin^ en effet, poussait jusqu'à l'exagération, s'il est possible, le reqiect des petits. Il se faisait scrupule en songeant à la peine que son écriture un peu fine, très distincte cependant, très lisible, dc»uuit aux compositeurs; aussi, pour ménager leurs yeux et leur tenq», faisait-il copier la plupart de ses manuscrits. H était particulièrement connu des ouvriers imprimeurs. L'un d'eux lui fit visite un jour pour lui demander ce que c'était que la philosophie. VinetySans lui répondre directement, le met sur quelques idées générales» telles que l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme. L'ouvrier, qui avait ses théories, profile de l'occasion pour les exposer. Tant à coup Vinet l'interrompt : « Vous faites de la philosophie, monsieur, vous faites de la philosophie! » On assure que le philosc^he sans le savoir sortit enchanté de la découverte. Peut-être, le cordonnier qui donna à Vinet cette couronne de mousse eûl-il pu raconter quelque autre histoire, semblable à celle d'une fonme à