‹ Alexandre VinetChapitre 31 sur 41 · SECOND CONCOURS. OCCUPATIONS. AGCIDBNT · texte numérisé non relu

SECOND CONCOURS. OCCUPATIONS. AGCIDBNT

(le Vmet réassit à rendre le calme intérieur. C'était une ) paysanne, mais intelligente, cultivée, pieuse. Elle avait des nts d'angoisse et de stérilité, des doutes d'esprit, surtout des Itodes et des alarmes de conscience, accompagnées, semble* ! révoltes intérieures. Souvent elle s'en était ouverte à son pas- ] s'efforçait de la comprendre, sans trop y réussir; quelquefois ermonnait II lui prêtait de bons livres, des livres profonds^ ; entendait sans peine et lisait avec passion. C'est ainsi i lut Vinet, non pas ses discours religieux seulement, mais le tous ses écrits. Aucun écrivain ne lui fut plus S3rmpathi- 1 trouva si bien le chemin de son cœur qu'elle fut prise d'un t désir de l'approcher et de l'entendre, ne fût-ce que quelnstants. Ce désir allait grandissant de mois en mois> de se-

en semaine. Mais comment aborder un homme si haut f — « C'est bien simple, lui disait le pasteur. Lausanne n'est

loin, allez le voir. » Elle n'osait, et le pasteur, de son côté, t prendre sur lui de la lui adresser directement; il savait ombien le temps de Vinet était précieux et combien on le ait de visites et de consultations chrétiennes. Un jour, cepenim dimanche matin, après des luttes plus vives, elle prit son

courage et se rendit à la ville prochaine, d'où un omnibus iduisit à Lausanne. Le cœur lui battait vivement lorsque, dix et onze heures, elle sonna à la porte de Vinet. Elle eut le peine à pénétrer jusqu'à lui. Vinet était surchargé de I, et Ton faisait bonne garde pour le protéger contre les im* is. Enfin, on l'introduisit. J'ignore ce qu'elle lui dit; mais la retint et lui donna toute sa journée , jusqu'au départ mier omnibus qui devait la ramener chez elle. Le soir, our : « Eh bien, lui dit le pasteur en la voyant accourir tout

vous l'avez vu? — Oui, et cette fois j'ai trouvé quelqu'un l'a humiliée! — Comment, humiliée? M. Vinet n'est pas le à humilier qui que ce soit. — Oui, humiliée et profondéhumiliée ! Au contact de son humilité, à lui, de sa bonté, j'ai néctiir tout mon orgueil. Il se redresse en moi, au contraire.

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quAnd vous me parlez, yoos et tous les autres à qui Je dasnnde lumière et conseil. Vous me dites de très bcmnes choses, miii vous me les dites comme un directeur. Vous me juges d'eahaot; lui, il s*est mis à mes côtés, tout simplement, comme si j'éliBtt pareille. J*ai passé toute une journée avec lui, et il ne m*a pas dit un mot, pas un seul qui m'ait fait sentir qu'il vaut mieux que moi. Vous, vous ne me comprenez qu'à moitié; il m*a comp» tout entière. U a éprouvé tout ce que j'ai éprouvé; j'ai cm qae c'était mon frère.... Et pourtant un homme comme lui! » Quelqui } jours après, Vinet lui envoyait, comme à une amie, un de ses CNh ; vrages à peine sorti de presse.

Ce ne fut que le douzième jour après son accident que Yinet put être transporté chez lui. Quelques mois après, un autre CQ^ tége sortait de la môme maison. M. et M°^ Espérandiea venaient de perdre deux enfants, la joie de leur Êunille. « Chers, bki chers amis, leur écrivit Vinet, lorsque vous me prodiguiez dan mon danger de si tendres soins, qui s'attendait que des éprrafiv si déchirantes vous allaient être envoyées? Qui pouvait croire que je sortirais vivant de cette chambre où vous m'aviez recueilli, et que ces aimables enfants, dont la vue et la voix me restauraieDl le cœur, en sortiraient bientôt sans vie? Eh quoit la miséricorie n'est-elle pas promise à ceux qui ont exercé la miséricorde? Aht il faut bien reconnaître pour le coup que les voies de Dieu ne sont pas nos voies. Est-ce là, tout mauvais que nous sommes, que nous aurions frappé? Comme Dieu ne saurait être moins bon que noot^ il faut qu'il soit infiniment meilleur, et puisqu'il ne vous hait ce^ tainement pas, il est clair qu'il vous aime beaucoup, beancoopl Oh! certainement il vous aime; il vous porte dans ce moment et vous presse contre son cœur de Père; il vous y presse avec yob chers enfants, qui sont les siens, et qui fleurissent et se réjouissent dans le ciel avec lui. Mais comment est-ce que j'ose vous adresstf un seul mot, chers amis? Il me semble que tout ce qu'on pedt vous dire, si ce n'est de vous répéter les paroles du Père, est trop

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Boua de votre douleur et la pro£ane m quelque sorte. Gom* le mettre à votre place? Gomment s'associer à votre deuil? rop grand. Ohl que Dieu, votre Père, veuille lui-môme vous vous consoler, vous embrasser; qu'il vous fasse sentir sa ce; qu'il vous soit plus proche, plus tendre que jamais; (tte occasion il se révèle à vous de plus en plus; qu'il vous Te ses plus précieux secrets, qu'il vous rattache à lui par os d'autant plus étroits que l'étreinte en est plus douloo- Adien, amis tendrement aimés; pardonnez-moi de vous )ter les yeux sur ces lignes; je n'ai pu m'empêcher de vous T quelques mots. »

qœ Vinet fut assez bien pour pouvoir se lever, et que la parut favorable, les médecins l'envoyèrent à Veytaux, où il leaocoup du printemps, des beaux jours, de sa convalesde la société d'anciens amis, entre autres de la famille is, et aussi de quelques connaissances nouvelles, dont plus loi devint précieuse. Il rentra à Lausanne au milieu d'avril »mmença ses cours peu de jours après, mais non sans effort leur. Il n'avait pas repris toutes ses forces, et ses leçons le ieot d'autant plus qu'il les donnait avec plus d'entrstin et pe; elles rabattaient chacune pour quelques heures; il marivec peine, et avait tous les soirs les jambes enflées. Yeyli avait fait, cependant, beaucoup de bien et de plaisir, et il mettait d'y retourner.

retourna souvent, en effet, le samedi, ainsi qu'au Châtelard, Marquis et sa famille le recevaient toujours avec un tendre ssemeut. D'autres fois, cédant aux invitations réitérées de 3 Staël, il se dirigeait du côté de Coppet et y passait le !he. Il y rencontra M. de Broglie et aussi M"« Necker-de ire. C'était toujours un plaisir pour lui que ces dimanches [)et, t car, disait-il, il y a dans cette famille encore plus ceur que d'illustration et encore plus de vertu que d'intel- '. Ce n'est pas autant comme homme que comme chrétien

que je me sois senti petit dans cette maison *. • D n'odUiait pu non plus Saint-Prex el la demeure de ses amis Forel, si pittore»' qucment située à l'extrémité d'un des promontoires qui découpent le Léman.

Je n'ar pas assez dit, dans une première édition, les prédeai souvenirs laissés par Vinet à ceux qui ont eu le bonheur de le voir dans ces heures de loisir, où il se déridait et se détendalL Chez lui, il était plutôt grave et préoccupé. C'était l'homme dn devoir, l'ouvrier fidèle à son service. Mais le dimanche, à la eunpagne, entouré de quelques amis de choix, il savait sourire et s'épanouir. Sa conversation était celle d'un homme de goût, à qui, dans les choses de l'esprit, rien n'est indifférent. Ce n'était point un prêcheur, mais un causeur, et nulle affectation ne lui était plus étrangère que celle de ces chrétiens dont la dévotion consiste à ne parler que dévotion. Ces perpétuels épanchements de emsoience lui paraissaient suspects, il craignait que ramoor-propn n'y trouvât son compte; et puis, dans l'abandon d'un entretieiibmilier, il se portait de préférence vers la littérature. Fart, la poé* sie, vers ces sujets qui mettent à l'aise tout le monde, et qui, i les bien prendre, ne sont pas plus futiles que les antres* — « Qu'iriez-vous voir en premier lieu, si vous étiez à Paris? > M demandait une dame en grand renom de haute et sévère pîél •— « Rachel, * lui dit-il.

Vinet savait être gai. Il avait même plus d'une sorte de gaielé. « Quand je rencontre quelqu'une de ses pensées ou de ses expressions favorites, disait Th. Erskine dans une lettre qu'on veut bîei nous communiquer, le son de sa voix me revient à la mémoire, et je retrouve cette manière d'être à la fois sérieuse et gaie, comme s'il voyait du même coup la solennité du mystère contenu dans toutes les choses de ce monde et ce qu'elles ont toujours de léga et de vain. Combien la vie est en même temps sacrée et firivolet > A côté de cette gaieté profonde, shakspearienne, qui est celle da

« Lettre k M"« Elise Vinet, du 9 mai 1839.

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