‹ Alexandre VinetChapitre 35 sur 41 · VINET CRITIQUE. RELATIONS UTTÉRAIRES · texte numérisé non relu

VINET CRITIQUE. RELATIONS UTTÉRAIRES

lai arriva-t-il, à ce propos, de tomber dans un défaut qu*on lui a qOfriqiiefois reproché, celui de prendre Ux)p au sérieux l'oeuvre et BOA auteur. C'est, du moins, ce que donnerait à penser la scène suivante racontée par M. Lutteroth ^

c J*ai reçu jeudi la visite de M. Soumet, et je vous aurais écrit

ce jour même, si M. Soumet ne m'avait annoncé qu'il m'enverrait

mie lettre pour vous le lendemain. Cette lettre, je l'attends encore,

et s'il ne s'est ravisé, je dois supposer qu'il Ta expédiée sans mon

iitennédiaire. En tout cas, je vous dois compte de l'objet de cette

visite et de l'impression que j'en ai reçue. Votre premier article a

causé à M. Soumet une peur épouvantable du second; il voudrait

aaortir le coup, s'il est possible, et il est fort surpris que son cri-

tîqiie ne se contente pas de la soumission exprimée dans sa pré-

fM«, et que l'épigraphe du poëme n'en soit pas l'excuse à ses

youx. Je lui ai répondu que s'il suffit à l'église romaine qu'on se

soumette en gros, l'essentiel pour nous se trouve dans la pensée

JMîme et dans l'adhésion qu'on accorde à la substance même de

b vérité; qu'en promettant un poëme chrétien, il a par là même

aeeepté les limites que le christianisme a posées, et que nous ne

saurions voir de sang-firoid faire de l'Evangile une mythologie, à

laquelle on ajoute de temps en temps un nouveau Calvaire,

comme les poètes ont peu à peu ajouté aux travaux d'Hercule.

» M. Soumet m'a assuré qu'il avait, sur la demande d'un bon coré, sacrifié le titre qu'il destinait d'abord à la Dwine épopée, qui devait s'appeler V Enfer raxiheté, et il ne serait pas fâché que vous fissiez au public la confidence de cette anecdote; il se trouve bien plus respectueux que Klopstock, puisque, s'il sauve tous les démons, c'est par une expiation dont l'Ecriture ne parie pas et qui est fiction pure, tandis que Klopstock, en sauvant Abbadona, a faussé le sens de la révélation historique; enfin il lui semble que vous n'avez pas reconnu dans sa Semida un type de l'église, de rbumanilé sauvée qui pleure sur l'humanité perdue. Je lui ai

* Lettre du 21 mars 1841.

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dit qac nous verrioDS bien par le second article..... Pai t&ehé d'être vrai; cette conversation, de près d'une beure, s*est cependant passée en fort bons termes, et j'ai assuré M. Soumet que dans le second article notre franchise serait la mesure de notre { estime. »

Cette visite fut suivie d'une seconde et d'autres démarcbes encore, puis d'une lettre à Vinet, qui, à la demande de M. Soumet, parut dans le Semeur, Le poëte s'y fait petit, tout petit. Son œuvre n'est qu'un rôve de la muse, une fantaisie, sans portée, et dont U religion réformée peut seule s'eiTrayer, attendu que ses dogmes flottent à tous les vents de la parole humaine. Mais quant à la religion catholique, elle est au-dessus des fictions et n'en a pas peur. D'ailleurs, n'a-t-il pas écarté toute question théologiqae? N'a-^il pas dit qu'une vue de l'imagination ne peut en aucune ta^çoa por ter atteinte à l'inviolable autorité du dogme? On peut lire cette curieuse lettre dans le tome troisième des Etudes sur la Httéra- ^ ture française. Quant à la réponse de Vinet, je n'en détadte qu'un passage : « Ne pouvant me persuader que M. Soumet ait cru à la bonté de son argument, je me demande si toute sa lettre ne serait point une exquise ironie. J'aurais été, dans ce cas, bien provincial. Mîiis le livre de M. Soumet aura pour lecteun Um d'autres provinciaux, si ce nom désigne des gens qui n'imag^on^ pas qu'on écrive sans une intention sérieuse un poème de deox mille vers, d'un style grave et souvent sublime, sur le plus grsve et le plus sublime des sujets. Il fallait donc bien, pour ceux-là da moins, prendre au sérieux ce badinage solennel, et voir une qoes^ tion religieuse où d'autres n'ont vu que des questions d'art Avec des simples on peut être simple sans inconvénient. >

On voit apparaître la même incompatibilité de pensée, mus sous une forme bien autrement aimable , dans deux lettres de Béranger, trop longues pour être citées en entier. Je n'en détacbe que deux fragments. Dans la première, après avoir discoura de choses et d'autres, à son ordinaire, le poëte fait l'aveu suivant: « Je n'ai pas bien compris le reproche que vous m'adressez à la

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