‹ Alexandre VinetChapitre 37 sur 41 · VDŒT PB0FES8BUR · texte numérisé non relu

VDŒT PB0FES8BUR

il ne m*en a iamais imposé un plus douloorenx. La perte ) fais, je rai mesurée dans tous les sens. Mais, pour dire la , rien, dans cette nouvelle épreuve, ne m*est plus sensible e me séparer de vous; ce dernier d)stacle a été le plus diffisormonter, et quand rien ne me retenait plus il me retenait B. Grâce à votre amitié pleine d'égards, d*empressemeiit et licatesse, grâce à votre amour pour la vérité, pour le bien, à re^[>ect religieux pour votre avenir, à la douceur de vos -s et à la sagesse de votre caractère, j*ai goûté, dans mes )iis avec vous, les contentements les plus purs qu'il soit i à l'homme de goûter sur la terre, et j*ai foit Texpérienee is sensible et la plus touchante de la bonté de Dieu à mon . Ce que vous avez été pour moi, vous et vos devanciers s sept années, s'est joint à l'honorable et précieuse bienveilde mes collègues pour me faire, dans la position que je vais T, le sort le plus doux et le plus digne d'envie. Recevez done, enrs,avec mes douloureux adieux, mes remerciments les tendres et mes vœux les plus fervents. Que Dieu vous bét C'est lout ce que je puis et tout ce que je veux vous dire, t à ma démarche, elle s'expliquera plus tard et se justifiera i yeux; j'ai besoin de l'espérer, parce que c'est par vous at que j'ai besoin d'être bien jugé. Qu'il me suffise ai:^m^ de vous dire que j'ai cru avoir un témoignage à rendre, non un système, comme on le dira peut-être, mais à un principe ist en dehors de tous les systèmes, celui de la liberté relie en général, et de la sainte et inviolable liberté du mlnls- ^vangélique en particulier; en sorte que jamais je ne fus plus tié à l'église de notre pays, aux troupeaux dont elle se oom- , qu'au moment où je cesse tout à fait d'être un de ses fonolires pour être uniquement un de ses membres. Je dis ceci, leurs, parce que je ne puis me dispenser de le dire; mon en cet instant est trop plein de douleur pour laisser beaade liberté à mon esprit; et d'ailleurs à cette heure où je resse à ^ eus, à vous seuls, je ne me sens obligé à rien qu'à

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vous assurer de mon profond attachement, à vous exprimer mtt regrets, et à recommander à vos prières celui qui voua met dans i les siennes et qui vous porte dans son cœur, >

Les difficultés de la position de Yinet à Lausanne avaient deps assez longtemps fait naître chez ses amis k Tétranger Vesçàt de Tattirer à eux. Bien ou mal informé, Adolphe Monod lui mH envoyé de nouveau, en 1841, une de ces lettres-sommatiQn m faveur de Montauhan, dont il avait déjà reçu tant de q)édnint. Plus tard, en 1843, on lui fit de Bâle des ouvertures qui aonlBHI eu de quoi le tenter; il y répondit de la manière la plus aiDetueuse, mais par un refas précis : t Quel que soit mon attadvment pour Bâle, il faudrait, pour m'y faire retourner, on dent bien positif et bien distinctement aperçu; ce devoir, k mes yen, n'existe pas; le devoir, en revanche, pourrait me fiedre qottkr Lausanne pour aller, comme Simon-Pierre, là où je ne voudra pas aller; mais quant à présent, je dois rester où je suis K * II avait refusé de même, quelques mois auparavant, des ouvertures venant de Paris. Dès qu'on apprit la nouvelle de la révidotioa vaudoise, les offres, les appels se multiplièrent, n en vint de Paris, de Neuchâtel, de Genève et encore une fois de Baie, n refiosa font, estimant qu'il ne devait quitter le pays, vu les circonstances^qa^ la dernière extrémité.

Il est probable que les instances se seraient renouvelées an moment où il donna sa démission; mais le hasard voulut qu'âne autre chaire fût vacante à l'académie de Lausanne, grâce i la retraite de M. Monnard, dont la carrière politique venait d'être brisée par la révolution, et qui, fatigué, chercha un refbge dans la vie plus calme du pasteur de campagne. La paroisse de Mantreux était sans pasteur. Elle venait de perdre le vénérable doyea Bridai. M. Monnard lui succéda. Yinet était tout désigné pour remplacer définitivement M. Monnard à l'académie, comme il l'avait fait déjà provisoirement. Le gouvernement le nomma anssi-

*■ Lettre k M. Fsescb, 26 août 1843.

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I6ty de son propre chef, comme le prouve la lettre suivante de Tlnet à M. Fâesch.

4 Bien cher ami. Mon sort paraît fixé. Vous savez déjà que j'ai dooné ma démission le 21 mai. Mon motif principal vous est connu. Je ne voulais en aucune façon, ni en aucune mesure, être Imctionnaire de Téglise établie, et je Tétais encore par une partie ées obligations attachées à ma charge. Je voulais aussi être dans me position où le silence sur mes convictions en matière ecclériastique ne me fût pas imposé. Enfin, bon gré, mal gré, je repré- MDtais ou j*étais censé représenter un système théologique avec lequel je ne suis pas d'accord sur plusieurs points, oa plutôt sur leqœl toutes mes convictions ne sont pas arrêtées. Ces motifs élaient anciens; les circonstances ont marqué le moment. Lorsque leB ministres allaient être appelés à sacrifier leur position à leurs devoirs, je n'ai pas voulu, en transigeant avec le mien, ou avec ce qa'on regardait comme le mien, leur donner un de ces exemples dont le grand nombre, même dans un clergé, est toujours disposé à se prévaloir. Je n'ai donc pas voulu différer un douloureux sacrifice. Douloureux, il l'est plus que je ne puis vous le dire; mes disciples étaient mes enfants, et j'ose croiie qu'ils avaient pour moi la confiance et quelque chose de l'attachement que cette relation suppose. En elle-même, ma position était la plus belle de l'académie. — La Providence a voulu qu'au même moment notre ami Monnard entrât au service de l'église. Sa place, devenue vacante, m'a été offerte, et, chose remarquable, le gouvernement a mis à me la faire offrir plus d'empressement encore que l'académie, qui, d'ailleurs, se disposait à demander ma vocation \ Dans mon désir de ne pas quitter ce pays, j'aurais brigué une place

* La lettre ])ar laquelle le président du nouveau Conseil d*état, H. Dniej, informe Vinet de la vocation qu'il lui adresse, dit expressément que cette vocation est fondée sur la « réputation européenne » qu'il s'est acquise par ses écrits et par son enseignement : « Votre mérite est trop éminent, dit-elle enoore, vous occupez un rang trop élevé parmi les littérateurs pour que le Conseil d'état

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inférieure, et môme j'allais lo faire ^; j*ai donc, sans hésiter, acc^ celle-ci. Je suis reconnaissant, mais triste. Puisque me Tdlà fixé, remerciez de ma part et du fond de votre âme, en vous unissant i la mienne, les chers et précieux amis qui ont pensé à me n|ip^ 1er à Bâle. Mon cœur est plein de vos bontés. Que Dieu soit ane vous! »

Ainsi Vinet était rendu à Tacadémie au moment où il laqnlttaiL Quoiqu'il ne fût plus leur professeur, il n'abandonna pas entièrement ses chers amis de la faculté de théologie. Plusieurs se réunirent encore régulièrement chez lui, une fois par semaine, pour y continuer leurs exercices pratiques; mais ses vrais élèves ftarat désormais ceux de la faculté des lettres et sciences et cenx d« classes supérieures du gymnase. 11 donnait à ces derniers on enseignement plus élémentaire, accompagné d'exercices, etsysM pour objet la théorie des genres ou l'étude de quelque auteur obssique. Avec les premiers, il faisait l'histoire de la littérature française, tantôt une époque, tantôt une autre. Ses éditeurs n'ont pas laissé perdre ces cours. Profitant de ses notes, de celles des étodiants et de divers morceaux détachés, insérés dans le ISemmar, ou ailleurs, ils ont publié son Histoire de la Uttcrtxture fumr çaise au XVIII^ siècle et le volume intitulé : Poètes du Mdi de Louis XIV. Les mêmes matériaux leur ont servi pour d'autriB ouvrages, tels que les Moralistes des XVI* et XVII* stedes et les Etudes sur Biaise Pascal. Aux cours officiels s'ajouta, dam l'hiver de 1844 à 1845, un cours public sur la tragédie françaîae au XYn* siècle; il eut lieu dans la salle de la bibliothèque, o6 Sainte-Beuve avait déjà fait le sien, et fut suivi par une fbde nombreuse. Ajoutons enfin que Vinet continuait à donner ses soins à une institution privée, l'école supérieure des jeunes filles, dont sa sœur, revenue de Bâle, dirigeait une des classes. Membre,

ne songeât pas immédiatement k vous adresser une vocation. > 24 juin 1845.

* La place de maître de langue française au collège et au gymnase.

ir

pois président do comité de direction, il voulut encore y enseigner inî-méme. Les leçons qu'il y faisait eurent d'abord un caractère essentiellement pratique, c'étaient des exercices sans objet déterminé à l'avance, moins destinés à épuiser un sujet quelconque qu'à développer et ouvrir les intelligences. Plus tard, il y fit un cours très original, qui n'était rien moins qu'une encyclopédie des sciences à l'usage de ses jeunes élèves.

Telle fut la carrière académique de Yinet à. Lausanne. Pour bien juger les ouvrages dans lesquels nous trouvons une reproduction plus ou moins fidèle de ses cours, il importe de ne pas oublier quelle était sa position, fort différente de celle d'un professeur de belles-lettres à Paris ou en Allemagne. A Paris, les professeurs d'éloquence ou de poésie, comme on les appelle, ont fort peu de leçons, une, deux par semaine; mais chacune de leurs ieçms est une création, une œuvre d'art. En Allemagne, l'enseigûtemenX a un caractère plus exclusivement scientifique. Un cours une fois (ait, ou lu, pour employer le terme vrai, n'est pas condamné pour cela; il se refait ou se relit, sinon de semestre en semestre, du moins à intervalles rapprochés. Chaque professeur en a deux ou trois, qui teprésentent chacun des années de travail, et qu'il répète, en ayant soin de les tenir toujours à la hauteur des progrès de la science. Cette forme d'enseignement permet au professeur de donner, sans être surchargé, une ou deux leçons par jour. Rien de plus pratique pour l'étudiant : ayant devant lui quatre ou cinq années d'études, il se fait un plan qui lui permette d'entendre successivement les honunes les plus éminents des diverses universités de l'Allemagne, et de profiter d'une manière complète, en peu de temps, de l'enseignement de chacun.

La position de Vioet, à Lausanne, tenait à la fois de celle du professeur allemand et de celle du professeur français, et en cumulait les difficultés. Il fut souvent chargé autant que les professeurs allemands qui le sont le plus. En 1844, par exemple, il faisait, outre ses cours onliuaires de théologie pratique, son cours de philosophie prati<|u«* du christianisme et son cours de littérature française

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sur M»" (le Staël et Chateaubriand. Ce ftit, sans doute, une aimée oxcepliomielle; niais si Ton y regarde de près, on veira qu'il y eut presque toujours^ sauf les premières années, de l'exceptionnel dans le fardeau qui pesait sur Yinet. Et cependant, malgré le nombre do ses leçons, il était tenu par les exigences de son auditoire et plus encore par celles de son goût de faire de chacone, comme à Paris, une œuvre d'art, une création vivante.

Aussi ne faut-il pas s'étonner si quelques-uns de ses cours sont disposés de manière à simplifier le problème, à en rendre la sdution possible. Dans ceux de littérature, il prend un auteur, puis on autre, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'il ait fini la série, sans se préoccuper, comme le faisait M. Villemain, par exemple, de fondre en un tout la biographie des écrivains, l'analyse de leurs œuvres et l'histoire générale des idées et du goût. Ainsi encore, dans [dasieurs parties de son Homilétique, il s'attache aux anciennes divisions de la rhétorique générale, et distribue la matière du coors de façon à donner sur chaque point des directions utiles, mais non à en élever l'ensemble à la hauteur d'une esthétique chrétienne. On a voulu expliquer ces défauts en les rattachant à certaines lacunes dans les études et le génie de Yinet; on les a rapprochés des \ices de plan sensibles dans quelques-uns de ses ouvrages composés à tête reposée, et l'on en a tiré la conclusion qu'il manquait à Yinet, avec le talent du groupe, talent d'artiste, l'e^ organisateur, classificateur, généralisateur du vrai philosqkhe. D se peut qu'il y ait quelque chose de vrai dans ces jugements; mais quant aux cours dont nous venons de parler, il saute anx yeux que la première et grande raison des imperiections qu'on y signale tient aux exigences de la position de Yinet beaucoup pins qu'à son talent. Il choisit les méthodes faciles parce que ce sont les seules qui lui permettent de suffire à une tâche aussi compliquée que la sienne. D'ailleurs, on peut être certain que s'il avait eu le temps d'exécuter un de ses projets ardemment caressés, et pour lequel il alla jusqu*à prendre des engagements envers on éditeur, s'il avait écrit une histoire de la littérature firançaise, il

eût suivi un plan bien autrement rationnel et philosophique que ne Test, par exemple, celui de son cours sur la Littérature française au XVIII" siècle. Les mêmes raisons doivent rendre indulgent pour quelques erreurs ou inexactitudes de détail.

Dans des cours reproduits au moyen de matériaux souvent insuffisants, des défauts analogues à ceux que nous venons de signaler ne pouvaient qu'apparaître au grand jour et s'exagérer, tandis que les beautés, tenant toutes à l'émotion intérieure, au jet de la parole, ne pouvaient que diminuer et se perdre en partie. La faute n'en est pas aux éditeurs, mais à la force des choses. Ce n'est pas non plus la faute des éditeurs si pour ces cours, comme pour ceux de théologie dont il a été question plus haut, on n'a obtenu qu'un à -peu -près. On y sent trop souvent le cahier de rélève plus que la parole du maître. Il ne faut pas croire, pour en citer un petit exemple entre mille, que ce soit Vinet qui ait conclu une étude sur d'Alembert par cette pauvre sentence : « En résumé, d'Alembert est un esprit distingué, un écrivain remarquable, mais il demeure cependant au second rang *. » Ce sont les élèves qui résument ainsi leurs professeurs.

Heureusement que pour juger de la puissance de son enseignement nous n'en sommes pas réduits à ces cours posthumes et recomposés, où cependant elle éclate déjà dans tant de pages éloquentes. Nous en avons des monuments plus authentiques dans les articles sur Bourdaloue, par exemple, écrits par Vinet à mesure qu'il les prononçait à l'auditoire sous forme de leçons, et dans le cours sténographié, puis revu par lui, sur M"* de Staël et Chateaubriand. Ils justifient sans doute ce qu'en a dit Sainte- Beuve, à propos (le Bourdaloue justement. Cette page est bien connue ; (»lle n'en a pas moins sa place ici.

€ Je lui ai dû, pour mon compte, une des plus vives et des plus siTieuses impressions que j'aie éprouvées, et que ce nom de Bourdaloue réveille en moi. Il y a neuf ans ( juin 1839 ), je revenais

• Jiifttoire de la littérature française au XVIII* siMe, 11, pag. 130.

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de Ronus — de Rome qui était encore ce qu'elle aurait dû toujoui's êu*e pour rester dans nos imaginations la yille étemeile, la \ illc du monde catholique et des tombeaux. J'avais tu dans une s])l(>udeur inusitée cette reine superbe : Saint-Pierre m'avait apparu avec un surcroît de baldaquins et d*or, avec de magnifiqDes tentures et des tableaux où figuraient les miracles d'un certain nombre de nouveaux saints qu*on venait de canoniser. Tavais admiré surtout, d*un des balcons du Vatican, les horizons loin- Uiins d*Albauo, vers quatre heures du soir. En présence de rApol- Ion du Belvédère, j'avais mi notre guide, l'excellent sculpteur Fogelberg, qui le visitait presque chaque jour depuis vingt ans, laisser échapper une larme; et cette larme de l'artiste m'avait paru, à moi, plus belle que l'Apollon lui-môme. Un bateau à vapeur nie transporta en deux jours de Givita-Vecchia à Marseille, et de là je courus à Lausanne, où j'étais six Jours après avoir ({uitté Home. Le lendemain de mon arrivée, au matin, j'allai à la classe de M. Viuel pour l'entendre, — une pauvre classe de collège, toute nue, avec de simples murs blanchis et des pupitres de bois. — Il y parlait de Bourdaloue et de La Bruyère. L'Ecossais Ërskine ( le même qu'a traduit la duchesse de Broglie ) était présent comme moi. J'entendis là une leçon pénétrante, élevée, une éloquence de réilexion et de conscience. Dans un langage fia et serré, grave à la fois et intérieurement ému, Tàme morale ouvrait ses trésors. Quelle impression profonde, intime, toute chrétieime, d'un christianisme tout réel et spirituel l Quel contraste au sortir des pompes du Vatican, à moins de huit jours de distance 1 Jamais je n'ai goûté autant la sobre et pure jouissance de l'esprit, et je n'ai eu plus vif le sentiment moral de la pensée '. >

Le môme critique a dit plus d'une fois que Yinet, en écrivant, châtiait sa parole et en comprimait le jet. Tous ceux qui l'ont entendu sont d'accord sur ce point avec Sainte-Beuve. Tous estiment que même ses plus belles et plus authentiques leçons ne

* Derniers Portraits, pag 495.

rendent pas sur le papier ce qu'elles étaient à l'auditoire. Ils ne regrettent pas seulement ce que la parole écrite ne reproduit jamais, l'accent, le regard, la voix, l'art de lire et de dire, ils regirettent encore que Vinet, par timidité, par scrupule, scrupule de grammairien, de puriste, que sais-je? par pudeur, pudeur d'une âme qui se contient en se livrant, ait souvent atténué ce qui lui échappait dans l'improvisation de plus vif, de plus hardi. « Vinet, Doos dit un homme de beaucoup d'esprit, qui assistait assez souvent à ses leçons, n'a été entièrement connu que de ses élèves. Sans doute les trésors de son âme et de sa pensée se révèlent assez dans ses écrits, ou dans ses discours écrits, trop rarement prononcés en public; mais nulle part la supériorité de sa riche nature ne s'est plus complètement déployée que dans les leçons du professeur. Là, pourvu de quelques notes tracées sur une carte, le maître commençait par une exposition du sujet de la leçon. L'auditoire attentif se hâtait de recueillir ses paroles. Peu à peu la voix de l'orateur, toujours pénétrante, quoique un peu voilée au début, reprenait toute sa puissance et son charme, et si, dans ses improvisations, comme il arrivait le plus souvent, le professeur rencontrait sur son chemin quelques-unes de ces grandes idées, expression de tout son être, alors il se livrait sans réserve aux mouvements de son âme; son émotion croissante gagnait de plus en plus l'auditoire, les mains cessaient d'agir, le petit bruit des plumes se taisait, et il restait de ces moments un redoublement d'alToction dans le cœur de ceux qui avaient eu le bonheur d'en jouir. »

Vinet était souvent obligé de commencer sa leçon en s'excusant de ce qu'il avait à peine eu le temps d'y songer, t Bon, disaient les élèves, nous aurons une belle leçon. »

Sa santé pouvait Tempécher de faire son cours, mais non de le bien faire. A l'auditoire, il était toujours fort : « Tai fait ma leçon dans une vraie agonie, » dit-il un jour à sa femme, en rentrant. L'instant d'après, M"« Vinet rencontra un étudiant, qui l'aborda en lui disant : « M. Vinet est beaucoup mieux,

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ii*cst-iH' pas ? Il nous a douuô sa leçon avec tant de TîgQfiur. » Citons enfin un témoignage doublement précieux, et par celai qui le donne et par les circonstances dans lesquelles il ftit donné. Il est d*un ami de Vinet, mais d'un ami ayec lequel il n'avait pas toujours été d'accord, et qui venait de soutenir contre loi, à propos de ses idées sui* l'état, une courte, mais assez vive pdémique. C'est une lettre de M. Yulliemin, l'historien, du 6 avril 1844. « Cher ami, vous êtes parti sans que j'aie pu vous remercier lie la permission que vous m'avez donnée de suivre vos cours de littérature et surtout de philosophie du christianisme, et je ne pois rester sans le faire, et de tout ce que j'ai de cœur. Il m'est doux de sentir ma vieille dette s'accroître envers vous. Puisse- t-eUe ilevenir celle d'un grand nombre! Si l'expression d'un vœu m'est permise, j'émettrais celui de vous voir consacrer le meilleur de \ os forces à l'achèvement de la Philosophie du christianisme. Je ne sais si le bien que j'ai reçu me trompe sur celui que vous devez faire à des âmes en grand nombre, mais aucun livre ne me semble destiné à faire plus de bien. Jo ne le désûre point trop pariait, ou plutôt point trop fini dans la forme. Je ne crains point, dans un livre chrétien surtout, ce que vous nous donnez dans la leçon et que peut-être vous serez conduit à rejeter du livre. Ce dont j'ai peur^ c'est du ciseau de Le Nôtre s'introduisant dans votre jardin. Que sais -je? Le mot que vous allez retrancher est peut-être celui que j'emportais en mon cœur, qui m'a relevé et m'a soutenu dans ma faiblesse. Pardonnez donc à mon imprudence. Faites davantage, laissez -moi vous prier de ne pas vous laisser détourner par une polémique, qui peut vous paraître grave, d'une œuvre plus sérieuse encore. Vous écoutant sur certains sujets, les consciences les plus tournées vers la vérité peuvent demeurer incertaines, flottantes, ou même être portées ailleors que dans votre voie; mais je ne comprends point qu'une âme sincère, vous écoutant sur la philosophie du christianisme, pût ne pas acquiescer à votre parole. La lutte resterait engagée entre sa conviction et sa faiblesse, mais non pas avec vous. Fortiflez les

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consciences. Elaiigissez la voie royale ; elle conduit à toute vérité et plus sûrement que d'autres voies. Il m*est arrivé de vous quitter malheureux et attristé, après certains débats; en sortant de vos leçons, j*ai souvent été triste, mais d'une tristesse heureuse; et quand, la nuit, je les repassais en mon cœur, les larmes que j'ai bien souvent et abondamment versées ont toujours été accompagnées de reconnaissance envers vous : vous m'avez appris à prononcer d'un cœur moins froid ce nom de Christ, mon tout, et mon cœur, comme celui des disciples, brûlait au dedans de moi.

> Mais assez, et trop peut-être. Ces quelques lignes ne demandent pas de réponse, il va sans dire. Bien loin de vouloir vous demander du travail et vous causer de la fatigue, je voudrais remplir de repos l'air que vous respirez. L'épanchement est nécessaire quand le cœur est plein; le mien avait besoin de vous bénir. Edtes-vous du bien. S'il arrive que, dans la prière, des noms amis se présentent sur vos lèvres, laissez s'y mêler le mien. »

Ce cours de philosophie pratique du christianisme, dont parle ici M. Vulliemin, marque décidément, d'après les juges les plus autorisés, le point culminant de l'enseignement théologique de Vinet. Le grand public n'en connaît rien, sinon vingt pages, qui en indiquent le plan, à la fin du volume des Mélangea. Mais ces pages jetées là comme par hasard, sans commentaire ni explicatioD, sont une sorte d'énigme à côté de laquelle passent la plupart des lecteurs. Pour celui qui en a la clef, c'est-à-dire qui a pris la peine de sui\Te le développement historique de la pensée de Vinet, il n'y a peut-être rien de plus important dans les nombreux volumes publiés par ses éditeurs. On a pu reprocher à certains cours de Vinet de n'être que des leçons ajoutées bout à bout; ceci est bien un cours, c'est presque le programme d'un système, c'est au moins celui d'une œuvre. Ceux qui refusent à Vinet le don de classification et de généralisation philosophique feront bien de méditer ces vingt pages. S'U lui arrive ailleurs de suivre une marche en apparence irrégulière, de manquer de méthode, cela tient sou-

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vent à ce que les idées se présentent trop nomhreoses à son esprit, s*appelant les unes les autres de tous les boots de llnnBHL Il pèche par embarras de richesses. U se met toot entier dan ékt cuno de ses œuvres; l'enveloppe est trop étroite et il fuit qa'dlB éclate. Mais ici il se donne de l'espace; il est» il vent être compkl» et il suffit d'un regard jeté sur ce programme pour yoir se desr siner les lignes générales d'une œuvre de premier (urdre. De qnoi s'agit-il? De rien moins que de confronter une bonne fois» non pas en gros, comme Pascal, mais point pour point, trait pour tnâ» la nature humaine et la religion chrétienne. La table des matières, — c'est ainsi que Yinet appelle cette première leçon, qui n'a rien cependant de l'aridité d'une table des matières, — indique avec quelle ampleur le sujet était conçu et devait être traité.

Yinet ne put, dans le cours de 1844, réaliser qu'une petite partie du programme qu'il s'était proposé. U l'avait prévu et s'en éUil excusé d'avance. Il espérait pouvoir continuer plus tard. Les circonstances ne le permirent pas. La politique fit de nouveau invasion dans sa vie, comme dans celle de tous ses ccmdtoyens. Les loisirs, les occasions, la liberté d'esprit, tout lui manqua. Pois vint la mort. Les éditeurs de Yinet n'en ont pas moins fsâl de sérieuses tentatives pour arriver à reconstituer ce fragment de cours; ils se sont servis, comme pour les autres, des notes du professeur, des cahiers de deux élèves, dignes et capables de l'entendre, HM. Edmond de Pressensé et Jean-Pierre Trottet, d'autres notes enfin, pour lesquelles on avait eu recours à la sténographie. Puis» tout considéré, ils n'ont livré au public que la seule leçon insérée dans les Mélanges, écrite tout entière de la'inain de Yinet

J'ai sous les yeux le manuscrit qu'ils avaient élaboré, non sans peine, et je ne puis qu'approuver leur réserve. L'àp-peu-près, en si grave matière, eût eu trop d'inconvénients. Et puis, si mon im* pression ne me trompe pas, le cours de 1844 ne doit avoir été qu'un essai, U est arrivé souvent à Yinet de {ffononeer trois on quatre fois un sermon avant de l'écrire. H procédait par créatîOBS

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successives, fl eût fait de môme, probablement, pour la PhUoso" phie pratique du christianisme.

Je n'en persiste pas moins à envisager cette ébauche comme eelle d*ane œayre capitale, de beaucoup la plus considérable qu'il ail jamais entreprise, non par retendue seulement, mais par la portée, et je crois que M. Yulliemin voyait juste lorsqu'il le pressait d'y consacrer ses forces. Le non-achèvement en est une perte iiT^[>arable. A vrai dire, on pourrait objecter que la PMosophie pratique du christianisme ne devait être qu'un résumé systématique des pensées de Yinet sur un sujet qui l'occupa toute sa vie, et que, s'il n'a pas écrit ce résumé de sa main, nous n'en arvoDs pas moins tous les éléments répandus dans ses divers ouvrages. Partant de là, on arriverait à cette conclusion, qu'il suffllaît pour la reconstituer, pour en avoir au moins la substance, d'en suivre le plan pas à pas, et de recueillir sur chaque sujet, à mesore qu'ils se présentent, les fragments qui s'y rapportent. C'est à peu près ce qu'a fait M. le {urofesseur Àstié dans deux volumes intitulés ï Esprit de Vinet; mais ce serait tomber dans une étrange erreur que d'établir une analogie quelconque entre un recueil ainsi composé et l'ouvrage p^rdu. H y a un développement historique dans la pensée de Yinet. Les remaniements qu'il a foit subir, d'édition en édition, à plusieurs de ses ouvrages, n'ont pas réussi à en effacer les traces; ils en sont eux-mêmes la preuve la plus évidente. Des fragments bien choisis et bien classés peuvent donner une idée de ce que Yinet a pensé en divers temps SOT les sujets qu'il devait aborder dans sa I^hUosophie du chris* tianisme, mais non de ce qu'aurait été cette Philosophie, qui seule eût exprimé sa pensée définitive en lui donnant un essor nouveau. Qu'on prenne la peine de comparer certains passages de ses premiers Discours (18d0) avec les dernières pages de cette « table des matières, > seul monument authentique du cours de i84i, et l'on verra le chemin qu'il avait parcouru dans l'intervalle. C'est de la grande question des rai^xuts de la foi et de la raison qu'il s'agit encore. Nous avons pris soin de noter les pre-

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mières réflexions de Yinet sur ce sujet; vold, pour ceux qui yoodront les mettre en regard, celles qu'il lui inspire à qfuatone ans de distance.

c L'intérôt pratique de l'étude que nous entreprenims est de mieux comprendre le christianisme afin de le mieux croire. Tai dit inieux cf'oire, parce que, en effet, on peut croire plus oa moins bien; et Ton croit mieux ou moins bien, selon qu'on a mieux ou moins bien compris. Ceci, je TaTone, a grandement l'air d*mi paradoxe, et d'un paradoxe téméraire, après qu'on a tant entendu les incrédules déclarer que, ne pouvant comprendre, ils ne pouvaient pas croire, et après que, de concert, tous les chré* tiens leur ont répondu qu'ils comprendraient dès qu'ils auraient cru. Mais il est facile de nous expliquer. En religion, comme en tout le reste, la prétention de tout comprendre est une prétention absurde. Tout comprendre, c'est comprendre Dieu, et qui comprendrait Dieu serait Dieu. De cause en cause, il faut que nous arrivions, ou plus tôt ou plus tard, à un moment où nous disons: « Gela est, parce que cela est. » Si l'on ne veut se résoudre à dire ce dernier mot, si l'on n'est pas satisfait à moins de tout comprah dre, il est clair qu'on ne croira pas; or, ne pas croire, c'est ignorer, puisque, en tant de choses, croire est le seul moyen ou la seule manière de connaître; et la porte que la foi nous ouvrait des ténèbres vers la lumière se referme, et tout ce que nous pouvions comprendre et en quelque sorte posséder, à partir d'un acte de foi sanctionné par la raison même (puisque toujours c'était du connu qu'on nous invitait à conclure l'inccxmu), tout cela s'évanouit pour nous. Il faut donc croire afin de comprendre; mais ceci bien entendu, nous ajoutons qu'il faut comprendre afin de croire, ou tout au moins afin de bien croire. Si, sous le nom de IBM, vooi désignez un principe qui renouvelle toute l'âme, la Ibi doit être une compréhension, c'est-à-dire une adoption de toute la vérité par tout l'homme, une harmonie sentie du croyant avec ce qu'il croit, une pénétration réciproque du sujet et da l'objet

» L'Evangile lui-même nous exhorte à regarder, à contempler;

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mais à quoi servirait de regarder et de contempler si ce n'était pour comprendre.... En tout cas, pour fortiQer notre foi, ou pour lîoir sous ce nom quelque chose de mieux qu'une croyance sulerficielie, inefficace, illusoire, il faut s'appliquer à comprendre. 1 ne suffit pas, comme quelques-uns paraissent le supposer, d'avoir atteint de l'extrémité de son doigt l'extrémité ou la surface te la vérité, tellement que l'on puisse dire, avec une exactitude illérale, qu'au bout du compte on l'a touchée; non, il faut Vem- ^irmsser; comprendre, veut dire cela; il faut l'envelopper, la sérier dans ses bras, et joindre, au delà, les deux mains pour adorer. fions ne rabaissons.pas la foi, nous n'en profanons point le sacré mystère en parlant ainsi, puisqu'une telle intelligence que celle dont nous parlons, une telle compréhaision pour mieux dire, a^est ni plus facile à expliquer ni plus facile à pratiquer (car la loi se pratique) que ne peut l'être tout ce qu'il vous plaira d'appeler du nom de foi.... Ainsi donc, écartant un vain scandale, disons, après nous être expliqué, que pour bien croire il faut bien comprendre. »

On le voit, Vinet ne se borne plus à faire de l'intelligence un gaide^hargé de conduire les hommes jusqu'aux parvis extérieurs; ^1 lui a fait franchir le seuil, il l'a introduite dans le sanctuaire; et, de tout son être, il se sent poussé vers cette noble ambition de comprendre la religion qu'il croit, de la comprendre dans la mesure où peuvent être comprises les choses divines et humaines, n ne distingue plus entre la foi et l'intelligence; l'intelligence est One partie 4e la foi; elles réagissent l'une sur l'autre et grandissent ensemble. L'idée mère du sermon sur la foi qui est une oeuvre, se retrouve ici, mais élargie encore et poussée jusqu'à la plus haute de ses applications. Cette foi qui est une œuvre, serait une œuvre incomplète, superficielle, illusoire, si elle n'était pas intelligence.

Taurais désiré donner ici, aussi rapidement que possible, une analyse fidèle et substantielle de ce qu'on possède de la Philosophie du christianisme; mais quiconque a lu avec quelque atten-

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tion la seule leçon publiée, doit comprendre qu'une pareille anâr lyse n'aurait d'intérêt qu'à la condition de dépasser de beancoop les limitos que nous devons nous imposer. La richesse de eetle table des matières nous est une excuse suffisante.

Un dernier mot nous sera permis, quoique tout personnel L'anteur de ces lignes a signalé ailleurs ^ une lacune dans la pmsée de Vinet. Il s'est étonné do ne trouver dans une œuvre anssi considérable, qui repose tout entière sur le fait de la conscience^ aucune analyse suffisante de ce fait lui-même. Il croit encore sa critique fondée en tant qu'elle s'applique à la partie connue, achevée de cette œuvre; mais il reconnaît que dans l'étude entreprise par Vinet sous le nom de Philosophie pratique du chriitiainwMi les lignes générales convergent toutes vers ce point central. Le développement de Vinet est un développement sui generis. Ce qui eût été pour d'autres, en philosophie, un commencement, im point de départ, est pour lui un résultat, une fin.

* Dans rintroduction du petit volnine intitiiH : MexandreVhiei, d^aprh ses poésies. Etude, Paris 1808.

I CHAPITRE XK

Une révolution j;>olitique et ecoléedastique.

La suite de ce récit a montré combien était précaire la position de l'académie an service de laquelle travaillait Yinet. Elle était soutenue par le gouvernement; mais le gouvernement ne l'était guère par le peuple, ou, s'il avait jamais eu pour lui la majorité réelle, cette majorité se déplaçait et se tournait contre lui. La vie des peuples ne se compose pas seulement de principes, elle se compose encore d'affections, et il devenait tous les jours plus évident que la majorité du. peuple plaçait ses affections ailleurs que la majorité du gouvernement.

Les circonstances hâtèrent la crise. Depuis longtemps déjà, un parti considérable s'agitait en Suisse, en vue d'en finir avec la Suisse de 1815, la Suisse des traités, dont la Diète, impuissante, était liée par mille formalités et dont le pouvoir exécutif ne se distinguait pas de celui des trois cantons Vorort, Zurich, Berne, Lueeme, chargés tour à tour de la direction des affaires fédérales. Ce système avait un certain avantage dans les cas de conflits avec l'étranger; il traînait les choses en longueur, et lassait la patience de l'ennemi. Les questions n'étaient jamais résolues que lors<{u'elles avaient perdu leur caractère aigu. Mais il rendait iin- IKissible tout progrès à l'intérieur, tout développement des institu-

iG2 CHAPITRE XIX

lions. L'esprit fédéral, comprimé, se fit jour violemment Les moyens (Fagitation ne lui manquèrent pas. Les tendances ultramontaincs de plusieurs gouvernements cantonaux et les luttes intestines de certains cantons mixtes lui fournirent des prétextes en abondance. I^es esprits étaient déjà fort montés lorsque Tappel des jésuites à Luceme, pour diriger Tinstruetion publique, ISt éclater un violent orage. Leur expulsion fût proposée. Mais cette mesure ne rallia pas d'abord la majorité des cantons; les uns s'y opposèrent par zèle catholique, les autres pour ne pas empiéter sur les droits de la souveraineté cantonale, n n'y avait qn'nn seol moyen d'obtenir une majorité en Diète contre les oltramontaios, savoir de radicaliser certains cantons réformés, mais cons^v»teurs, entre autres ceux de Vaud et de Genève. On se mit immédiatement à l'œuvre, et le succès, dans le canton de Vaud, fot aussi prompt que facile. Les jésuites et les mômiers, c'était tout un. Un pétitionnement monstre fut organisé. On réunit plus de trent(^ mille signatures, tant bonnes que mauvaises. Les assemblées populaires se succédèrent, toujours plus menaçantes. Le Grand Conseil ne se rendit pas aux lœux des pétitionnaires; mais il n'osa pas non plus les contrecarrer ouvertement, n donna à ses députés à la Diète des instructions qui tendaient à inviter amicilement les cantons ultramontains à renvoyer les pères jésoites, mais qui, en même temps, réservaient l'avenir, ce qui signifiait assez clairement que de l'invitation amiable on pouvait passer à la menace, et de là plus loin. Le choix des députés fbt une nouvelle satisfaction accordée au peuple; mais le peuple, dont Timagination avait été surexcitée, ne se contenta pas de ces concessions. A peine le Grand Conseil avait-il délibéré que, sur des signaux convenus , l'^agitation révolutionnaire se propageait de Lausanne dans tout le reste du canton. Le Conseil d'état fit q)peler des troupes; mais voyant qu'il lui était impossible de maintenir son autorité sans une lutte sanglante, il donna sa démission, et un gouvernement provisoire naquit aussitôt de la révtdation triomphante.

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