‹ Alexandre VinetChapitre 38 sur 41 · UNE RÉVOLUTION POLITIQUE ET ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

UNE RÉVOLUTION POLITIQUE ET ECCLÉSIASTIQUE

« Tempête dans un verre d'eau ! » disait-on à ce sujet dans un des plus brillants salons de Paris, c II n'y a pas de petite patrie pour le citoyen, > répondit quelqu'un, Sainte-Beuve, si je ne me trompe. Ce même Sainte-Beuve a parlé de cette révolution avec une grande sévérité. « Ce ne fut autre chose, dit-il, que le triomphe brutal de la force et des cupidités grossières, mises en lieu et place de l'esprit, da droit et de la liberté. » Ce jugement est bien sommaire, et l'on nous permettra de faire ici nos réserves. Illégale, la révolution de 1845 le fut sûrement; intolérante, persécutrice, nul ne songe à le m&r; elle souleva autour d'elle de tristes et mesquines passions; mais il en est ainsi de tous ces emportements de l'esprit de parti qui, seuls, sont capables d'enfanter une révolution chez un peuple libre, maitre de faire prévaloir légalement sa volonté. Dans des conditions pareilles, une révolution est toujours condamnable, sans distinction ni exception; mais, cela dit, je ne vois aucune raison particulière pour faire de celle qui s'accomplit dans le canton de Vaod, le 14 février 1845, le type des révolutions viles et brutales. D'abord, elle fut très débonnaire, ce qui, il est vrai, tint en grande partie à la débonnaireté du gouvernement vaincu. Les vengeances <to peuple consistèrent en moqueries, pariois grossières, plutôt qn'en violences. Il n'y eut pas une goutte de sang versé. Ensuite, il est très naturel qu'un peuple désire se reconnaître dans son gouvernement, c'est la condition première de la démocratie; qu^d elle manque, il ne peut y avoir que malaise et agitations. Enfin, il ne faut pas oublier que les causes de cette révolution furent très diverses, que ce ne fut pas seulement une révolution cantonale, mais un pas en avant dans la révolution fédérale qui devait s'achever deux ans plus tard, par la guerre du Sonderbund, et qui a valu à la Suisse entière plus de vingt ans de paix, de prospérité et de développement progressif. Nous n'entendons point préti'udre que, de ce côté aussi, tout ait été pur, loin de là; mais s'il est vrai que l'arbre doive se juger à ses fruits, il faut bien que tout n'ait pas été corruption.

Le peuple vaudois, en 1845, était, à plusieurs égards, un peuple

enfant; peut-être Test-il encore aujourd'hui plus qu'il ne le pense. 11 n'avait pas cinquante ans de vie propre, cînqaante ans d'^h prentissage et de pratique de la liberté. Il en (àut davantege pour donner à l'esprit public maturité et virilité. Ce peuple d'afllears ne se développe qu'avec une certaine lenteur, qui lui est mtor relie. La spontanéité n'est pas le point fort du caractère vandois. On a peur de faire autrement que le voisin ; on se regarde, on s'épie, on attend qu'un autre donne le signal. Habitué à un bon* heur facile, vivant paisible sous un beau ciel, le Yaodds repousse d'instinct ce qui le dérange et l'inquiète. Honnête, bon eoiluit, sournois et contemplateur, il aime à vaquer tranquillement à ses affaires de tous les jours. Il n'est pas nécessairement paresseux, au contraire; on trouverait peu de contrées où le paysan travaille plus que dans certaines parties du canton de Vaud; mais, sa journée faite, il aime à se rendre la vie douce, et les moyens ne loi en manquent pas, car sa cave est rarement dégarnie.

Tel est le peuple, en gros; mais les exceptions sont nombreuses. Ce bonheur à bon marché, cette morale facile, qui volontiers se contente de molles vertus, font le désespoir des âmes plus ardentes qui, par contraste et réaction, s'agitent d'autant plus qn'oo s'agite moins autour d'elles, et se forment de la perfection im idéal d'autant plus exigeant que leurs amis et voisins sont plos enclins à ne s'en pas trop tourmenter. Rien de plus commun en histoire qu'un contraste pareil. Les hommes desthiés à devenir les représentants les plus énergiques d'une idée, naissent et grandissent dans les milieux mêmes où on la comprend le moûds. Ce sont les minorités, souvent les petites minorités, qui mettent le monde en mouvement. Ainsi s'explique la facilité avec laquelle les sectes se propagent dans ce bon pays de Vaud, si attaché à la religion reposante de son église nationale. Il n'est pas de pays qui aime moins à être évangélisé et qui le soit davantage. Cet esprit de réaction venant à s'emparer d'hommes faibles et bornés» enfonte les églises triées, avec leur piétisme maladif et leurs petites pe^ fections particulières, et c'en est le côté fâcheux; mais il peut

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aussi «mleyer à une grande hanteur les intelligencee d'élite^ les eours larges et purs.

La réYolntion de 1830, dont nous avons parlé en son temps, avait trompé l'attente d'une partie de ceux qui l'avaient faite, et porté au pouvoir des hommes plus ou moins animés d'un esprit de réaction contre la mollesse et la bonhomie tranquille du caractère vaudois. Ds rêvèrent une église qui serait une société de véritables croyants, une académie où se fondraient en un foyer ardent la vie religieuse et la vie scientifique, une politique rigoureuse, sans compromis, stoïquement établie sur les principes épurés du droit constitutionnel. Le peuple, qui d'abord avait confiance flo ses magistrats, mais qui les prenait moins au sérieux qu'ils ne se prenaient eux-mêmes, eut besoin de quelque temps pour reconnaître la position et sentir distinctement, entre eux et lui, cette ioeompatibilité d'humeur qui fait tant de divorces. Mais les mouvements d'opinion retardés ou comprimés n'en sont que plus vifs une fois qu*ils se déclarent. C'étaient moins deux partis qui étaient en présence, que deux caractères, deux types, deux génies, ns ne pouvaient se comprendre. Les malentendus dégénérèrent en querelles, les querelles en haines envenimées. A entendre les radicaux, le parti gouvernemental n'était qu'un ramassis d'aristocrates et de mômiers. C'étaient des messieurs, en effet, et non des paysans, aristocrates par distinction naturelle, nullement par système; quant à des mômiers, il y en avait derrière eux, sans doute, et même parmi eux, mais combien aussi d'esprits dégagés de toute affectation religieuse! A entendre les conservateurs, les radicaux étaient de malhonnêtes geps, des gens perdus de dettes. De fait, le parti radical était composé d'éléments hétérogènes; d'un côté, U donnait la main au sociaUsme et à la démagogie européenne; de l'autre, il cherchait son point d'appui dans les campagnes vaudoises, en exploitant la haine populaire contre les mômiers. Ces éléments se démêlèrent peu à peu. Les ambitieux trouvèrent à se caser ; le socialisme jeta sa gourme, et les conservateurs du parti, c'est-à-dire les paysans, prirent le dessus. C'est ainsi que d'un

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mouvement très radical dans l'origine , d'une révolution qui dV bord sema les ruines sur son chemin, naquit xm régime qui devint en peu d'années très conservateur, conservateur eomme l'est le paysan vaudois, avec ses défauts natifs et ses qualités natorellM. Ce sont les paysans qui ont régné dès lors dans le canton de Vaud. Y ont-ils gagné? Y ont-ils perdu? Ceci est une antre question.

Tout ce que nous disons ici est connu du puUic vaudois, et nous aurions pu nous dispenser d'entrer dans ces détails, si ce volume ne courrait le risque d'aller chercher les amis de Yiset par delà les limites de sa patrie; nous n'avons pas cm qu'il nous fût permis de lui laisser prendre, peut-être, le chemin de l'étranger, sans indiquer au moins de quelle manière plusieurs, parmi les concitoyens de Vinet, jugent à trente ans de distance une révolution qu'il n'a pu juger, lui, que sous le coup des événements. Ces réserves faites, nous serons plus libres de le citer.

Yinet était trop bon citoyen pour ne pas suivre d'un œil attentif les événements qui se déroulaient en Suisse et préparaient une révolution fédérale. De temps à autre, quand les circonstances étaient graves, il en informait le Semeur. U a écrit plus d'un a* ticle sur la question des couvents d'Argovie, par exemple, l'enTÎsageant soit du point de vue religieux, soit du point de vue pdifr que. Partisan déclaré du respect des traités, de la justice et de la loi, juge sévère de la politique pleine d'arrière-pensées qui ftit celle de plusieurs cantons, il ne va pas jusqu'à se faire illusion sur la puissance des faits, et il jette en passant quelques-uns de ces mots profonds qui résument et devancent l'histoire, celm-d entre autres : < Une majorité peut rapporter une loi, il faut l'unanimité des parties contractantes pour réformer un pacte ou une des dispositions d'un pacte. Or, l'enfreindre, c'est le supprimer.... Si l'annulation, en fait, d'une disposition du pacte est décrétée par vingt et un membres d'une confédération qui en compte ving^ deux, le pacte n'existe plus; la confédération est dissoute; la violation d'un seul article les a tous rendus facultatif^ d'd)ligatoire8

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qa'Os étaient; la majorité usurpe le rôle de runanimité : c'est Mtt que fùmsent les confédérations, sauf à se renouveler à trmoers une guerre cwUe \ »

QoeUes que fossent la portée et la justesse de ses prévisions, Tmei entendait seiconduire non d*après ses craintes ou ses espéissees, mais d'après les principes stricts de la justice. La manière dont il les envisageait apparaît clairement dans une pétition gu'il éerivait le ii février 1845, de grand matin, ignorant tout ce qui s'était passé pendant la nuit. La veille, le Grand Conseil avait nommé ses députés à la Diète, et les avait munis des instructions dtmt nous avons parlé. Or la pétition de Yinet tendait à obtenir da Grand Conseil une déclaration portant qu'en réservant l'avenir U a'avait « nullement entendu faire succéder à l'invitation amiable, si elle, restait sans effet, la contrainte sous quelque forme et dans qwlqae mesure que ce fût. » Avant que cette supplique eût pu parvenir à son adresse, la révolution avait triomphé.

Le gouvernement provisoire, nommé le même jour, somma tous les fonctionnaires publics, sans exception, de le reconnaître. Vinet, ainsi que la plupart de ses collègues, le reconnut comme gouvernement de (ait. Peu de jours après, il lui dénonçait, dans une nou*^ vdie pétition, < certains emblèmes, » qui, dans les rues de Lausanne, affligeaient les honnêtes gens de tous les partis, en appelant la haine et le mépris sur certaines opinions et sur certaines classes de citoyens. Nous ignorons le résultat de cette démarche; au reste, pea importe, la pétition en elle-même nous intéresse plus que ses eflets; elle se terminait par ces mots, qui marquent bien la position prise par Vinet : « Messieurs, nous avons accompli un devoir douloureux en prêtant obéissance au nouveau pouvoir; mais il suffit que sur ce point notre conscience soit tranquille. Toutefois, nous sommes partis du principe qu'il faut un gouvernement et de la supposition que nous en avions un. Nous ne voulons pas en avoir le démenti. C'est bien assez d'avoir été gouvernés pendant deux jours par l'agitation populaire. Vous aussi, messieurs, vous

* Liberté religieuse et Questions eedésiastigues ^ pag. 365.

nous avez promis quelque chose; je dis plus, je suis intimement convaincu que vous voulez l'ordre, et que si ces mamlèstatkns ;itT1igcnt nos regards, c*est qu'elles ont échappé aux vôtres, ce qnf s'cxpli(iue naturellement par le nombre et l'importance de yos travaux. C'est dans (V'tte persuasion que je viens, de mon propre mouvement et sans avoir consulté personne, vous les dénoncer et vous supplier de faire disparaître des rues de Lausanne, et pa^ tout dans lu pays, tous signes menaçants et injurieux qui ponrraient faire croire qu'il y a parmi nous des proscripteors et des proscrits. »

La révolution déploya bientôt ses conséquences; elles furent ^^raves, surtout dans l'ordre des choses auxquelles Vinet s'intéressait le plus, n était évident qu'en matière de liberté religleisse tout était à recommencer, que l'ancien esprit d'intolérance se réveillait plus violent que jamais, et que le gouvernement n'avait ni le courage ni le désir de le réprimer. Déjà des assemblées rdigieuses avaient été troublées sur plusieurs points du pays, notamment à Lausanne. Des bandes, armées de bâtons, avaient pénétré dans les maisons et dispersé les personnes réunies, non sans commettre des dégâts et se livrer à des voies de fait. Les oratdres avaient dû être fermés, et de graves conflits étaient inévitables entre le gouvernement et le clergé. La loi de 1839, qui avait livré l'église à l'état, comme sa très humble servante, allait porter tons ses fruits. Si Vinet n'eût été qu'un homme de parti, il aurait pa s'en réjouir. Ce qui arrivait, il l'avait prédit, il en avait du moins montré la possibilité; l'événement lui donnait raison. Mais il était trop bon citoyen et trop bon chrétien pour goûter les consolations de l'amour-propre. Il se sentait navré jusqu'au fond da coeur en voyant déchoir sa patrie. Il donna l'essor aux sentiments dont il était plein dans un discours qu'il prépara d'abord pour rauditoire de théologie, à l'occasion du vendredi saint, et qui se transfbrma eu deux sermons prêches peu de temps après, à Lausanne, dans l'église de Saint-François ^ puis aussitôt publiés. Ces sermons, inti-

* Les 30 mars et 6 avril 1845.

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tolés les Complices de la cructfianon du Sauveur, ne sont pas s^oOement one remarquable étude de ce texte mystérieux : c Autant qu'il est en eux, ils crucifient de nouveau le Fils de Dieu et le livrent à Fignominie S > c'est encore un appel chrétien à la Suisse entière. Jamais Vinet ne fut, en chaire, plus directement éloquent, de cette éloquence du prophète qui rappelle le peuple à Dieu et au devoir, c Qu'est-ce que j'entends et qu'est-ce que vous avez entendu? s'écriait-iP, en faisant allusion aux luttes sang^tes qui avaient eu lieu récenmient sur divers points de la Suisse. Un cri de douleur perçant, formidable, immense, au milieu duquel se distinguent les gémissements désespérés de ces enfants ou de ces pères, à qui leurs pères ou leurs enfknts viennent d'être enlevés par une mort tragique. Qu'ai-je vu et qu'avez-vous vu, mes Ijrères? Des hommes qui se traitent publiquement de fidèles et chers confédérés, des hommes qui ont pris le Père de notre Seigneur Jésus-Christ pour témoin et garant de leur alliance, courant aurdevant les uns des autres, non pour s'embrasser, mais pour se détruire, un sang fraternel répandu par des mains fraternelles, sur cette terre qui se dit chrétienne, et, nouvelle Rachel, la patrie pleurant ses enfants, et ne voulant point être consolée parce qu'ils ne sont plus! Longtemps avant ces scènes d'horreur et de deuil, qu'avez-vous vu et qu'avez-vous entendu? 0ht que de choses, mes frères, que de choses propres à nous couvrir de honte, quand nous nous rappelons que notre Dieu n'est pas un Dieu de confusion, mais un Dieu de paixl Que d'autres jugent entre les partis, le ministère que j'accomplis en ce moment me dispense d'une pareille fonction, et je n'accuse personne en particulier, mais j'accuse tout le monde. Si nous avons été contraints de voir ce que nous voyons, c'est que nous ne sommes pas ce que nous prétendons être; c'est qu'à nous prendre en masse, nous n'avons de chrétien que le nom. Il n'y a plus moyen de s'y tromper; la couverture, pour

• Héb. VI, «.

* Voir le volume intitule : NauvdUs Etudes évangHiques, pag. 196 kl99.

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parler avec lo prophète, est ttt)p étroite pour nons enYsloi^er, et notre uniforme de soldats du Christ ne peut nons dégcdser pics lon^emps. * Pois, serruit la question de plus près, ji adresBd ses appels à chacun individuellement : c C'est de la piété des puticuliers que se compose, si on veut l'appeler ainsi, la piété poUI- <iue; et de im^me qu'une famille de païens ne peut être une fiunflle chrétienne, un peuple ne saurait être chrétien, s'il est formé dé familles qui ne le sont pas. Tout est réel, tout est substantiel dans le royaume de Dieu, et la fiction n'y a point de place. Pour que le peuple soit chrétien, il nous faut, chacun de nous, comm^cer par rétro, et si le christianisme lui seul peut sauver notre patrie, le soin de la sauver regarde chacun de nous. Or, qu'est^e que chat^un de nous a fait pour la sauver? qu'est-ce que chacun de nous n'a pas fait pour la perdro? Rien, direz-vous peut-être^ rien dans un sens ni dans l'autre; car chacun de nous, dans la niasse, est trop peu de chose. Qui vous l'a dit? qu'en saves-vous? et dans tous les cas montrez -moi comment la masse pourrait être chréticmie, si vous ne Têtes pas vous-mêmes, et dites-moi qui doit commencer, sinon chacun de nous, également, indistinctement. Trouvez -vous plus raisonnable que chacun attende, pour être chrétien, que tout le monde le soit devenu? Mais tout le monde ayant le droit d'attendre, on attendra éternellement.... Abaisseï donc vos regards sur vous-mêmes à la vue des calamités nationales; accusez-vous vous-mêmes; et, sans rofuser aux victimes de nos misérables discordes la compassion qui leur est due, gardez, mes frères, gardez beaucoup de pitié pour vous-mêmes. »

Ces deux discours, surtout le second, dont la péroraison a found les passages (jue nous venons de citer, liront une grande sensation. La presse radicale s'en émut et demanda à Vinet de quel droit il prêchait dans l'église nationale, lui qui la reniait. Druey IniHOodme en parla avec hauteur et colèro au sein du Grand ConseU, nouvellement réélu. Vmet crut devoir répondre à un article du Nour vellisie, et il le fit en termes extrêmement modérés, déclarant qu'il n'avait point renié l'église nationale pour êtro sorti des rangs

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de sùa clergé, qa'il n'ivait répudié ni ses enseigneiiients ni son -coite, qu'il ne désirait point la voir détraite, mais alBranchie, et que d'ailleurs il estimait qu'on membre ti'une communauté protestante avait parfaitement le drdt d'assister au culte d'une autre communauté, même de le diriger. Remarquons, à ce sujet, que Vinet répondit aux attaques des journaux plus souvent que quelques-uns de ses amis ne l'auraient désiré. On souffre, parfois, de le voir s'engager dans des polémiques qui semblent au-dessous de lui; mais il le faisait par un motif de consdence, ne songeant pdnt à sa personne, songeant uniquement aux lecteurs innocents qui allaient être trompés, et auxquels il pouvait être une occasion de scandale.

On cite une anecdote à propos de ces deux discours. — n n'y a qu'une chose que je croie savoir, disait Vinet à son ami L. Bur- Dîer : le français. ~ Et ce mot-là, est-il bien A'ançais? lui répond M. Bumier en lui montrant le titre de ces discours dont les premiers exemplaires sortaient de presse. On dit la passion, et non la crucifixion. - On consulte le Dictionnaire de l'Académie; il donne raison à M. Bumier, et Vinet est convaincu de ne rien savoir. Le I^ouvelliste vaudois ne manqua pas de signaler ce néologisme, ce qui fournit à Vinet l'occasion de le reconnaître et de s'en excuser.

Cependant le nouveau Grand Conseil avait reçu les pouvoirs d'une assemblée constituante, et la question de la liberté religieuse était à l'ordre du jour. On n'avait aucun espoir d'en voir le principe sanctionné dans une constituticm issue d'un mouvement révoluticmnaire qui lui était si peu favorable; néanmoins Vinet voulut en avoir le cœur net, il voulut pouvoir se rendre le témoignage de n'avoir jamais manqué l'occasion de plaider une cause aussi sainte. Il publia une brochure volante, quatre pages, dans laquelle il chercha à faire comprendre qu'il était impossible cette fois de ne pas mentionner la liberté religieuse dans la constitution, attendu que, dans l'état des choses et des esprits, l'omettre serait la nier, t Or, si l'on veut nier, i^joutait-il, il vaut mieux que la négation soit expresse. Les hommes qui, parmi nous, sont opposés

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par principe au libre exercice des cultes non officiels doivent les réprimer par la loi et non par rémeote. Us le doivent par bnmir nité, par honneur, et dans l'intérôt de l'ordre public. En sapposnt que l'oppression de ces cultes soit justice, il n'i^Humient pis aux particuliers, dans un état bien organisé, de se fkire Jnstîoe à euxmêmes ^ >

L'argument était bien choisi et adroitement poussé. Yinet mel^ tait le doigt sur le point faible de l'adversaire; mais aucun aigu* ment n'était capable de triompher d'une volonté très airétôe, encore qu'elle n'osât se formuler tout haut Non-seulemeiit la liberté religieuse ne fut pas consacrée dans la constitutioay mais on évita soigneusement d'y faire mention de la liberté d'assoda* tion, sous le couvert de laquelle la première aurait pu paner. Bien plus, le Grand Conseil chargea le Conseil d'état de préparer une loi destinée à réprimer le zèle extralégal des pasteurs officiels, en leur interdisant toute assemblée religieuse en dehon des temples et des heures réglementaires. Ces honteuses décisians furent prises le 20 mai, jour convenu, semble-t-il, pour servir dans le canton de Yaud de date aux lois illibérales. Le Icmdemala, Yinet donnait sa démission définitive, et peu de jours iq[irèBil était appelé aux fonctions de professeur de littérature flrangaise, ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent

L'esthne que le Conseil d'état témoigna eu cette circonstance à un adversaire aussi prononcé et aussi considérable, prouve qn'à ce moment-là il n'avait pas encore l'idée de la rassia académiqne qu'il devait opérer plus tard. Peut-être même son chej^ Draey, nourri de fortes études universitaires et véritable homme d'éCat, désiraiuil protéger l'académie contre la défaveur populaire, sauf à y introduire un esprit nouveau. U semblait appelé à suivre en ce point une politique dégagée des préjugés de la foule, car enfla cette académie était en partie son œuvre. H eut, croyons4i0iD)

* Quelques mois sur une question à Tordre âujcur^ 14 mai 184& Voir : Liberté rdigieuse et Questions ecclésiastiques, pag. flOB.

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l'intentioii de le Caire, et nous en trouvons plus d*un indice dans la correspondance de Vinet, entre autres la lettre suivante qu*il écrivit à son collègue M. Chappuis, alors en France.

€ Vous aurez su que j'ai été nommé de>la commission chargée de revoir les lois sur rinstruction publique. Peu de corvées pouvaient m'étre plus désagréables; mais tout le monde a été d'accord à me dire d'accepter. Jq l'ai fait. La première séance a été épineuse. J'étais peu disposé à prendre les choses en bonne p^, et je crois que je l'ai fiait voir. Le fantôme du despotisme socialiste se levait devant moi, et peut-être n'était-ce pas un fantôme. Quoi qa'il en soit, les choses se sont, jusqu'ici, mieux passées que je ne Terrais. Je n'ai pas seulement été traité avec politesse, j'ai été écouté avec faveur; j'ai obtenu plusieurs points importants, et j'ai trouvé de l'appui chez quelques-uns de mes adversaires naturels. Après les grandes bases arrêtées, on a nommé une souscommiasion pour bâtir dessus, et j'y ai été appelé, par toutes les voix, avec MM. Fomerod et Muret-Tallichet On veut absolument qae je me défie; peut-être a-t-on raison; j'en croirai les votes et non les discours; mais je n'essaierai pas de faire de la finesse, je serai plus fort autrement Au reste, je ne crois point que ces hommes veuillent l'avilissement des études et l'abaissement intellectuel du pays. Ils ne l'ont pas montré, ce me semble, en votant une école préparatoire au collège pour les jeunes gens qui veulent terminer par l'école moyenne; il s'en est môme peu fallu que r^ode des langues anciennes ne fût, pendant trois ans, imposée à tous, et il se pourrait que le latin fût conservée »

Plus loin, il est vrai, viennent des prévisions moins favorables : « Ici, je suis convaincu qu'il faut, pour rendre la vérité de nouveau précieuse et pour la faire désirer, des dispositions nouvelles. Les grains de semence tombent sur du marbre. Nous sommes ivres d'orgueil et de bêtise. Le clergé, dans son isolement, ne peut rien; il est usé, non comme individus, mais comme corps ou

* Lettre du 19 septembre.

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ordre. Qu'on le casse, oa verra que les more oc sonl tans. U y a du fétichisme dans le natioiialisme actu». is^^^foos imutque, comme moi, que dans tout ce qoi s'est dit ou imprini, k nom, l'idée de l'église universelle ne s'est presque jamais piémté et qu'on laisse s'établir dans les esprits la pensée que Téf^ nationale est l'église? A-t-on une seule Ibis témi:rfgné dn regret de ce que chez nous le peuple de l'église n'était ni organisé ni eoB- Btitué? Pour moi, je ne doute pas que tôt ou tard une iaigedlndence ne soutire ce qui reste de sève à rétaWissement natioiii^ sur lequel la domination de l'état s'affermira de plus en ptais. •

C'était, en effet, la lutte entre l'état et le dergé qui, de ooniqucnce en conséquence, devait rendre stériles les tmnnes iHn* tions des membres les plus éclairés du gouvernement en iSi^enr de l'instruction supérieure. La logique des fisdts est plus forte fK celle des hommes, et quand une fois on s'est engagé ^Juuon politique agressive et despotique, il faut abdiquer devant la gn> mière résistance ou aller jusqu'au bout. Le gouvernement du Mb ton de Vaud en fit l'expérience, n avait à cœur d'établir qu'A éliit le maitre dans l'église, et qu'il lui appartenait, à lui seul, de mesurer au clergé sa part de liberté. Nous l'avons va déjà prépmr une loi destinée à réprimer le zMe des pasteurs. Els protestent Le Grand Conseil n'en tint compte. Bientôt le GonseU d'état tmna l'occasion de mettre leur docilité à l'épreuve. H accompagna le projet de la nouvelle constitution, qui allait être soumise aa peiH pie, d'une proclamation, envoyée à tous les pastears, avec ordre de la lire dans les temples, du haut de la chaire. Sans entrer précisément dans des discussions politiques, cette pièce, très longue» n'avait guère rapport à la religion. C'était surtout une analyse de la constitution nouvelle. Or la loi restreignait la poUicaliai m chaire des actes ofiOiciels à ceux de ces actes c qui ont nqppeità la religion ou à quelque solennité religieuse. » S'appoyant sur cette disposition de la loi, quarante pasteurs se refosèrent à lire b proclamation. Quelques-uns s'opposèrent même à ce qu'elle ftt lue dans le temple par un ofiOicier public, et invitèrent les fidèles

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à prolester avee eax, en sortant. Le Conseil d*état les déf^n aux Classes, poor être jngés; il accusait, •ea outre, <|adq«es pasteurs d'afolr officié dans roratoire de Lausanne, oorvert de nouveau peu de temps auparavant. Les Classes réunies rendirent, à l'unanimité moins deux voix, un verdict d'entière absolution. Mais le Conseil d'état devait, légalement, prononcer en dernier ressort. H suspendit tous les pasteurs incriminés, un pour un au, quatre pour trois OKHs , les autres pour un mois. Quelque temps auparavant , il avait pris une mesure qui frappait directement Vinet, et qui n'avait d'autre but que d*empécher de nouveaux sermons sur les eomplices de la crucifixion de Jésus. U avait, par circulaire, ibterdit aux pasteurs de laisser monter dans leur chaire des personnes qui avaient fait partie du clergé vaudois, et qui en étaient sorties. On vdt que le gouvernement prenait très au série.ux ses droits d*évèque, et qu*ii les exerçait, dans les grandes comme dans les petites choses, avec une rare vigueur. Cette dernière mesure passa presque inaperçue du public^ dont l'attention se concentrait sur la question des quarante. Sitôt la suspension prononcée, les pasteurs se réunirent à Lausanne, pour aviser. Après deux Jours de discussion, cent soixante d'entre eux, tant pasteurs que ministres, formant ensemble la grande majorité du clergé vaudois, donnèrent leur démlssioD.

Vinet suivit toutes les phases de cette lutte avec un intérêt enoissant. Les articles, -les lettres, les brochures, coulaient de sa phune comme par enchantement. Les idées le saisissaient, et il n'était pas le maître de ne pas écrire; mais le lendemain, ou le jour même déjà, venaient les réflexions, les doutes, les scrupules, les regrets. Comment, au miheu de circonstances si compliquées el si délicates, dire exactement ce qu'il fallait, rien de plus, rien de moins, et toujours au moment juste ? C'était pour sa conscience un exercice continuel, un tourment. Les letures suivaient les articles, apportant des corrections, des remaniements nombreux. Vinet fut en ce temps-là un publiciste au jour le jour, infatigable. Il écrivait tantôt dans les journaux du pays, tantôt dans le Se-

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meur, et s'adressait, selon les occasions^ au peuple TaudoiSi aux autorités, au clergé, au grand public. Quelques-uns de ces écrits, reproduits pour la plupart dans le volume que nous ne cessons de citer. Liberté religieuse et Questions ecclésiastiques^ sont d'un observateur qui suit les événements et les juge de toute la baur teur des principes. D'autres entrent plus directement dans le vif de la lutte*.

Le premier soin de Vinet fut de faire bien sentir à quel rôle étrange le gouvemement-évôque du canton de Yaud réduisait clergé. Voici comment il le définissait dans un piquant publié par Y Anti-jésuite ^ : c Qui est-ce qui nous disait dcme que le zèle est de l'essence même du ministère, et que le ministân sans zèle ne se conçoit pas mieux qu'un feu sans chaleur? On se trompait : l'établissement du ministère n'est qu'une mesure piéventive contre le zèle religieux.... Les ministres qui comprendrait leur mission se réduiront peu à peu, ou tout de suite ( car pour quoi tarder? ), au métier commode de crieurs publics et de maîtres des cérémonies du culte officiel; quelque chose comme le rôle que joue dans nos enterrements ce personnage qu'on appelle prieur, parce qu'il ne prie point. Seulement, il n'en fiait pas môme le semblant, et le ministre doit avoir l'air de prier. A Téglise, bien entendu, pas ailleurs. »

Vinet, dans ces articles, juge avec charité et justice, mais avec fermeté, quelques-unes des démarches du clergé vaudois^ dontle langage officiel lui paraissait parfois plus habile qu'irréprochaUe, et qui lui semblait prendre soin de reléguer au second plan ce^ taines vérités, de peur sans doute qu'elles n'offusquassent les yeux, n y avait une différence de position, d'intérêts, de vues entre lui et la plupart des pasteurs qui venaient de donner leur

* Journal publié k Lausanne; il n*a eu que quelques numéros et a fait place k la RéfartmUion au XIX* siède, dont la publicatioB commença k Genève, en juillet 1845. L'article en question est intitulé : « Surtout pas de zèle. » Voir Liberté rdigieuse et Que^kmt ecdésiastiqueSf pag. 400.

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démissioii. D songeait, lai, à l'église dans le sens supérieur et général do mot, l'église épouse et continuatrice de Jésus-Gbrist, tan- & que, parmi messieui^ les pasteurs, plusieurs songeaient surtout i réglise nationale du canton de Vaud, à ses temples, à ses presbytères. < Que peut-on espérer d'un ministère flétri? « Cette question que Yinet posa publiquement , et dans ces termes mêmes S le jour où le Conseil d'état frappa de suspension les ministres récalcitrants, il se la posait tous les jours et depuis longtemps, tandis qa'fl fallut à plusieurs, pour en comprendre l'à-propos, la flétris* rare finale qui faisait d'eux, ostensiblement, de simples fonctionnaires de l'état, à peine plus indépendants que ne peut l'être un BOQs-préfet ou un huissier quelconque. Il regardait vers l'ayenir, assistant plein d'espérance à l'enfantement douloureux d'une église noUTelle, lui préparant les voies, entourant déjà de ses soins le berceau où allait être déposé l'enfant de ses vœux ; tandis que bon Dcymbre de ses amis et anciens collègues repoussaient d'instinct toute perspective semblable, et, les yeux fixés sur le passé, ne croyaient et ne voulaient travailler qu'à faire soriir l'église nationale, avec le moins de dommages possible pour son intégrité et sa dignité, d'une crise qu'ils n'avaient pas prévue et qu'ils espéraient encore devoir être passagère. Quelques-uns même se faisaient d'étranges illusions. Ds se croyaient suffisamment soutenus par l'opinion publique pour tenir tête au gouvernement et l'obliger à rabattre de ses prétentions. Car enfin que ferait le gouvernement, que ferait le peuple si les pasteurs en masse, leur démission à la main, posaient un ultimatum? Le peuple pouvait-il rester sourd à l'appel de ses conducteurs spirituels? Pouvait-il voir d'un œil indilTérent les temples déserts et muets?

. C'eût été pour Vioet un véritable bonheur de pouvoir être de cœur, sans crainte ni arrière - pensée, avec les pasteurs réunis à Lausanne, les H et 12 novembre, pour répondre au coup d'étal qui venait de frapper le clergé. Il l'était en un sens; mais le jour

* Voir Libei'té religieuae et Questions ecdiskuUques, pag. 144.

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même où l'assemblée prenait mie décision, le Semeur poUiait un article dont les dernières lignes disaient assez ses doutes et ses inquiétudes :

« On parle d'une assemblée où les pasteurs délibéreront des mesures à prendre en commun. En pareille question^ nous espérons peu d'une assemblée. La question à résoudre est parement individuelle. En faire une question de majorité, c'est la dénator». De telles assemblées ont pour elTet^ sinon pour but, de réduire le courage de la minorité aux proportions, toujours inférieures, di. courage de la majorité. C'est, volontairement ou involontairement une conspiration dos faibles contre les forts, un moyen d'amortir et de nullifler la force. Combien d'bommes, au sortir de ces réanions, sont tout étonnés de trouver pourrie et décomposée entre, leurs mains, la conviction qu'ils y avaient apportée saine et intacte! Combien d'esprits s'en vont dépouillés, et dépouillés sans savoir comment! Au lieu de la ligne directe qu'ils avaient résolu de suivre, ils ont glissé dans une diagonale; car la diagonale est la ligne favorite de toutes les assemblées qui se forment dans le bot do résoudre une question de conscience. Nous saurons bientôt si celle-ci a fait exception; nous le souhaitons. Il nous serait même permis de l'espérer, si nous ne regardions qu'au caractère bieD connu du clergé, l'un des plus respectables, sans contredit, et des jplus alTectionnés à l'Evangile dont aucun pays protestant poisse aujourd'hui s'honorer ^ »

Ces craintes s'accentuent plus encore dans la correspondance particulière de Yinet. Citons-en quelques passages.

A M. Louis Bumicr, à Morges, du dimanche 9 novembre : — .... c Scholl, Espérandieu et Descombaz ont donné leur démission en chaire ce matin, le premier préchant sur Math. XYI, 18, 1^ deux autres sur Act. XX, 24. Ceux qui se sont ainsi liés seront forts pour mardi prochain, et je crois qu'il faudra l'être pour soi et pour les autres. J'espère peu des assemblées et en particub'er

* Voir Liberté religieuse et Questions ecdésiastigues, pag. 44L

UNE RéVOLUnON POUTIQCn ST EGCLÉSTASTIQUB 479

l6«cL Nos pasteurs val^t beaacoap mieux tète à tète avec ODsd^ice qu'en compagnie avec celle des autres. Si l'on a [ â*une assemblée pour savoir ce qu'il faut faire d'abord, Bsemblée pourra bien ne pas aboutir à l'bérmsme. H est a*iine idée a été mise en avant qui pourrait bien, sans rien er à l'état des coBurs, cbanger la face des choses. On s'est s si tous à la fois se retiraient, l'état serait bien embarrassé lement forcé de tendre les bras à l'église, c'est-à-dire au . Taimerais mieux tout au monde qu'une pareille tactique, saûs d'ailleurs si ce plan réussirait; mais il a pu être conçu lelques bonnes têtes, nous n'en avons que trop.... es temples, ce matin, étaient pleins. Le sermon, très ému, irandieu a beaucoup ému, non pas pourtant plus que celui loU, qui n'a accordé à la circonslance et à sa personne que les mots calmes et presque froids à la fin de son discours, œ fais point de conjectures, j'en ai trop fait. L'événement lit être grand, il pourrait être petit. Une seule chose est de a plus évidente pour moi, c'est que l'institution nationale est it disproportionnée à Tétat du monde et dés esprits, et que s doit remonter à l'esprit du siècle apostolique. La religion u garrottée dans les langes de l'établissement, emprisonnée les formes, entravée dans sa marche , comprimée dans tous as, ne peut lutter avec le culte de Satan qui s'avance, libre, is étendus, le front haut, pratiquant le prosélytisme avec % opposant à nos clercs des apôtres : car, sauf le but qui freux, les ministres de l'impiété sont de vrais ministres, çant pas un métier, mais obéissant à une vocation. A moins (ser la spontanéité à la spontanéité, je ne sais pas ce que la n deviendra. Vous savez que, de ma nature, je ne suis pas ;pérant ; j*espère pourtant; mais ce n'est ni pour demain» ir après-demain. »

même, 12 novembre 1845. — de vous écris à toute bonne ai s je rne doute bien que je fais une chose inutile. Tout à e, en rentrant chez moi, j'apprends qu'après deux jours de

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débats cent soixante ministres, dont qoEtre-yingts à qoAtTD-Tfqgtdix pasteurs, ont donné leur démission à dater du 15 déeeiBln^ ' terme fatal qu'ils donnent au gouvernement pour r^bnnv son j arrêt et leur rendre justice. Ceux qui voulaient la dAnriwdoa pii« j et simple l'ont donnée comme tous les autres, avec la dâne <ta / sursis, afin qu'il y eût plus de démissions. C'est on comiiniBib Quand je parle de sursis, je dis bien, c'est un sursis ou un téfli accordé au gouvernement; c'est un mois dont on loi CUt prtMft et dont je pense qu'il tiendra et rendra bon compte. Au boiit de ce mois, nous relirons la liste des démissions. On a tenu sanootà lui forcer la main. La lui forcera-t-on? C'est possible. D y a là jOÉt être une contre-révolution, et si le gouvernement ne peut pas bd^ fire à la difficulté du moment, il fout qu'il donne Inhmème sa démission. Mais aux grands maux les grands remèdes. Notre gouvernement en a d'héroïques ; il faudra voir. Vous l'avoueraH^TS le gouvernement cède, et, par conséquent, s'il se retire, la victotn du clergé sera un malheur pour le christianisme. Le clergé am fait une contre-révolution, il l'aura faite seul, sans le coneoms des hommes politiques. Vous pouvez calculer les suites. Je les oofe pires, quant à moi, que dix années d'oppression. Je le disais Uer à quelqu'un : J'aime mieux vingt démissions que deux cento-Jè le dis bien encore aujourd'hui. Quarante démissions, bien dtmnées, auraient profité à l'Evangile, à la vie religieuse du pays, au principe de l'indépendance de l'église. Cent soixante auront de tout autres effets. Je vois mal, peut-être; dans ce cas, vous me redresserez.

» n est vrai qu'avec cinquante démissions on était menacé d'avoir une église libre à côté de l'établissement. Je croîs que cette idée a beaucoup agi. Mais cette église libre n'aurait pas passé pour un parti politique et ne l'aurait pas été.

» Adieu, mon cher ami, il faudrait tenir son cœur élevé ven k ciel, et de là-haut regarder ce qui se passe ici-bas. »

Au même, U novembre. — c Cher ami, d'^^ès tout ce que j'entends dire, il paraît qu'il y a eu dans l'assemblée d'hier pins

UNS BÉYOLUnON POUTIQUE ET ECCLÉSIASTIQUE 481

d'entraînement et de simplicité de cœur que je ne Tavais supposé, c Dieu était là, > dit ScholL La plupart de ceux que j'ai vus noient bien avoir donné une démission définitive et disent avoir gj^é dans cette pensée. Néanmoins, le danger de la combinaison à laquelle on s'est arrêté n'écbappe pas à tous. L'un d'eux, fort djgne d'être écouté, a commenté l'événement comme moi. Au reste, j'ai pu m'assurer que la connaissance de la vérité ecclésiastiqqe avait fait plus de progrès, depuis quelque temps, que je ne le sopposaîs. Bien des mines fortement chargées ont éclaté hier. Ccst à la loi qu'on en veut et on le dit. Croyez que vous n'avez pas travaillé en vain, et qu'on a reçu, malgré soi^ bien des vérités que TOUS avez pu croire repoussées... »

« Au môme, 15 novembre, — ... J'en suis toujours à mes doutes^ el à mes craintes. J'honore l'assemblée des 11 et 12 et tous ses membres; j'honore leurs intentions; mais je crois qu'ils ne se sont pas gardés de l'entraînement, et que plusieurs à cette heure sont étonnés de ce qu'ils ont fait. Je désirais des démissions nomhreoses, mais réfléchies. Je les désirais de la part des hommes capables de concevoir le désir et le projet d'une église libre et prêts à mettre la main à l'œuvre dans ce sens. Mais la grande •fDa|orité des démissionnaires est dévote à l'établissement et a voulu sauver l'établissement. On parlera d'esprit de corps, de coalition; on sera injuste, mais on sera cru. Je crois qu'en définitive l'œuvre d'one église libre, presbytérienne, vaudoise, se fera , mais par qoelques-uns seulement. Que feront, que deviendront les autres? le ne sais; mais il en est beaucoup que je ne puis absolument pas me représenter prenant part à cette œuvre....

> On m'assure que l'irritation populaire est grande à Lausanne. J'ai Ml une pétition imprimée contre les pasteurs. Elle parait avoir suivi celle pour les pasteurs. — Voilà un mouvement politique issu du clergé! 0 rehgion de Jésus-Christ! ô culte en esprit! ô paisible el silencieux asile des âmes! »

Pendant cette crise, qui fut plus courte que ne l'avaient supposé les pasteurs démissionnaires lorsqu'ils donnaient à l'état un mois

ALEX. VLVET 31

48!2 CHAPITRE xa

pour réfléchir, Vinet n'eut pas de préoccupation plus constante que ramer regret de voir la politique empoisonner les sources d'un mouvement religieux dont 11 espérait quelque bien pour son pays et pour le monde. Il Teût voulu pur de tout mélange. D'ailleurs, il rendait justice autant que personne à tout ce qu'il y eut chez les pasteurs démissionnaires de véritable courage moral, d'abnégation et de dévouement; il le dit et le répéta très haut, de manière à ce que persoime ne s'y méprît, et sans attendre que les événements eussent opéré un triage inévitable dans la liste en apparence compacte des cent soixante. Pour avoir Texpression complète de sa pensée, il faut ajouter aux fragments que noos venons de citer les lignes suivantes écrites pour le Semeur^ le 25 novembre : « Au risque de paraître sévère, nous avons dit ce que nous pensions du rapport intime qui existe, selon nous, entre les injustes rigueurs du gouvernement vaudois et le système ecdésiastique auquel le clergé a, dans notre opinion, opposé trop pea de résistance. Mais la conduite actuelle de messieurs les pasteurs est un précieux commentaire de leur conduite précédente, et nous oblige de croire qu'il n'y eut, dans leur acceptation d'un code ecclésiastique qui consacrait l'asservissement de l'église, rien de plus qu'une erreur de l'esprit. La partie pénible de notre tàcbe est donc accomplie; et nous pouvons, en présence de ce triste ^ solennel dévouement, nous livrer à tous les sentiments de douleur, d'admiration, et pourquoi ne dirions-nous pas de joie? qu'il doit naturellement exciter. Il y a, dans l'histoire ecclésiastique, pea d'événements comparables à celui-ci; il n'y en a sans doute aucun dans l'histoire ecclésiastique du canton de Vaud*. »

La veille, c'est-à-dire le 24 novembre, il s'exprimait d'une manière plus explicite encore en écrivant un article pour la Réformotion au XIX^^ siècle :

< Au point de vue moral ou social, les pasteurs ont rendu à leur pays un service inappréciable. Victimes du devoir, ils en sont

' Voir LiheHé religieuse et Questions ecdésiastiques, pag. 499.

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