CHAPITRE Vil
Voyage.
Pendant trois jours et trois nuits que la voiture ne cessa de rouler, ne s'arrêtant que pour changer de chevau:s, ou pour manger à la haie un morceau, pas une parole ne fut échangée entre les nouveaux époux ; le marquis, sombre et farouche, ne bougeait pas de son coin, la marquise, timide et craintive, n'osait interrom-
pre ce silence qui pesait d'un poids énorme sur son cœur. Parfois, mais à la dérobée, elle jetait un regard furtif sur celui duquel dépendait sa destinée, et elle ne pouvait s'empêcher de frissonner, une crainte vague s'emparait d'elle, le front plissé et menaçant de son mari semblait receler de redoutables pensées et cacher un profond mystère. Du reste, tout chez le marquis faisait présumer un coupable projet. Il devait aller aux eaux de Bath, avait-il dit, et sa voiture prenait la route du midi ; puis cette affectation à ne pas lui adresser une parole, à ne pas même lui offrir son bras chaque fois qu'elle montait ou qu'elle descendait de son carrosse: avait-il peur de se laisser attendrir par elle, par le son touchant de sa voix harmonieuse, par le contact délicat et suave de sa main mignonne?... Elle était jeune et charmante, elle était sienne, pourquoi cet abandon cruel, cette indifférence pleine d'insolence? Une fois, il lui vint à l'esprit, et elle voulut éloigner vainement
et avec horreur cetfe idée, il lui vint à l'esprit, dis-je, qu'il voulait se défaire d'elle: où, quand, comment?... Une fois cette idée entrée dans son esprit, chaque moment de sa vie devint une agonie, chaque mouvement du marquis une attaque. Traversait-on un boissomhre, l'endroit lui paraissait tout de suite propice au meurtre ; longeait-on une rivière , elle n'osait regarder ces eaux dans lesquelles elle croyait voir sa tombe. Ce fut dans ces alternatives affreuses de mort et de vie, pour ainsi dire, qu'elle arriva à Lyon avec son mari. Là, pendant deux jours qu'elle séjourna dans cette ville, elle ne vit pas le marquis, et s'aperçut qu'elle était gardée à vue par Baptiste, le domestique qui avait joué le rôle de prêtre déguisé j trop fière pour questionner un valet, la pauvre enfant passa ces deux journées à pleurer, à prier, à
demander à Dieu, elle qui entrait à peine dans
la vie, de cette vie lui ôter, de l'appeler à lui.
Le soir de ce second jour, elle entendit la
Toix du marquis qui l'appelait, elle se hâta de descendre; la voiture était attelée, il lui ordonna d'y monter, elle obéit sans résistance. A peine installée et les chevaux partis, elle se jeta en larmes aux pieds de son mari.
— Monsieur, lui dit-elle, dans cet excès de désespoir qui fait tout braver, même la mort, Monsieur, par pitié, que voulez-vous faire de moi? Vous me faites mourir mille fois le jour... Parlez, oh! parlez, achevez-moi, mais parlez.
— Ètes-vous folle? lui répondit le marquis sans la relever, et que voulez-vous que je fasse de vous?... Nous voyageons, ne le voyez-vous pas?
— Mais où allons-nous? demanda-t-elle.
— Quand nous serons arrivés, vous le saurez, Madame.
— Oh ! Monsieur, vous êtes bien cruel, vous abusez étrangement de votre position, dit la marquise en se relevant et reprenant sa place.
— N'avez-vous pas abusé de la vôtre , Ma-
dame? répliqua le marquis. Ne m'a-t-il pas fallu vous épouser, ou risquer de passer le reste de mes jours dans quelque prison?... C'est partie et revanche, madame; de quoi vous plaignez-vous? ■ • ^ '-r'rfrt ^î! :'^:!'; -j — Hélas! Monsieur, répondit doucement et pleurantla pauvre victime, ai-je eu le choix? Je me suis jetée aux pieds de mon père, je l'ai supplié de me permettre de prendre le voile, et d'enseveliràjamaisdans les profondeurs du cloître une vie que vous aviez brisée ; j'ai prié, j'ai pleuré en vain, Monsieur, mon père m'a parlé de l'honneur deson nom, et j'ai dûobéir... Maintenant que l'honneur de ce nom est satisfait, que je suis votre femme, c'est à vous que je porte mes prières et mes larmes ; si je vous fais horreur, Monsieur, si mavue vous déplaît, si cette chaîne qui nous lie vous paraît trop lourde... eh bien... retournons à Paris, renfermez-moi dans le couvent où j'ai passé mon enfance, j'y
passerai ma jeunesse; Dieu me fera la grâce de I. 5
ne pas y arriver à l'âge mur... dites, Monsieur, le voulez-vous ?
La marquise avait dit cela tout d'une haleine, sans s'interrompre; ces charmantes plaintes sortaient plaintives de sa bouche, comme Teau sort, en murmure plaintif d'une fontaine ; mais ces douces paroles, mais le doux regard qui les accompagnait, mais cette soumission résignée à deux volontés qui s'étaient partagé son existence, rien n'adoucit le tyran que la loi venait de lui donner.
f;-!^ Assez, Madame, lui dit-il, assez. '^
Et la pauvre femme se tut, et en reprenant son silence, elle reprit aussi ses angoisses et ses terreurs. v r. ♦r;
ABeauvoisin, le marquis quitta sa voiture, il prit des chevaux pour lui et pour ses gens, et comme la marquise ne savait pas monter à cheval, il lui fit amener une mule, où il l'o* bligeaà se tenir. Ce fut dans ce méchant équipage qu'il lui fit traverser les Alpes.
{ î' Pendant ce long et fatigant voyage, il n'y eut pas de mauvais traitements que le marquis «tses^ensne fissent subira cette pauvrejeune femme; celle-ci n'opposait à cette cruauté incessante que ses larmes et son silence. Un jour qu'elle avait beaucoup pleuré et manqué de tomber deux ou trois fois de sa mule , parce que ses pleurs lui obscurcissaient la vue, le voiturier qui avait loué les chevaux et servait de guide, s'approcha de sa monture, sous prétexte d'en arranger la selle.
— Madame, lui dit-il tout bas , en se baissant pour boucler la sangle, méfiez-vous, vous êtes avec des monstres!
Alexandrine voulut faire une question, mais le voiturier était déjà loin, et sifflait une barcarole de l'air le plus insouciant.
— Hélas! se méfier.... c'était ce qu'elle faisait; mais le moyen d'opposer de la prudence ù des dangers qu'elle ne connaissait pas. En enfant qu'elle était, elle redoubla ses larmes,
et en chrétienne, elle éleva son âme à Dieu , sans murmurer : .
— Que votre volonté soit faite. 0 mon Dieu ! prenez pitié de moi, disait-elle à chaque instant , la tête perdue d'angoisses et de terreurs.
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^''îl^'aiîi, d^ettCfér ddiiië la ville, lé marquis de Fresne, s' adressant au voiturier, lui demanda s'il ne savait pas une auberge obscure, où les voyageurs pussent être en sûreté, et pas trop inquiétés par l'affluence des étrangers; car, ce que le marquis craignait par-dessus tout, c'était que la beauté de sa femme n'attirât les
regards, et ne forçât, par sa touchante mélancolie et la profonde tristesse empreinte sur ses traits, quelqu'un à s'occuper d'elle; ce qui déjouerait ses complots.
— J'ai ce qu'il vous faut , répondit ce voiturier en ayant l'air d'entrer dans les vues du marquis; un de mes cousins, Pierre Fillette, il s'appelle comme moi, possède une petite auberge sur le port: il n'est pas cher, fort accommodant, mais ses chambres n'étant pas... là..., bien gentiment ornées, étant même assez laides, il est rare qu'un voyageur s'y arrête plus longtemps que le temps de les examiner et de s'en aller.
— Mène-moi chez ton cousin Pierre Pillette, répondit le marquis. ;
Pendant cette conversation, la marquise, qui craignait toujours quelque embûche, ne çes-^ sait d'attacher ses regards, soit sur son mari,: soit sur le voiturier, dont parfois elle avait, aperçu les yeux pleins d'une tendre pitié enj
la regardant ; cette fois, il lui sembla que lui aussi s'était mis contre elle.
— 0 mon Dieu! dit-elle, en pleurant. Vous seul, vous seul pour moi ; c'est beaucoup cependant si vous me prenez en grâce.
On arriva dans l'auberge désignée : l'aspect en était affreux, et son isolement des autres habitations bien propice à un mauvais coup. Le marquis se fit indiquer la chambre la plus reculée, il y conduisit sa femme, et l'y renferma.
Le premier soin de la malheureuse victime fut d'examiner sa prison. Elle était si spacieuse et si sombre, que de la petite croisée auprès de laquelle on l'avait laissée, elle distinguait à peine les draperies du lit qui était au fond. Toutefois, allant hardiment de ce côté, elle se mit à palper la muraille en marchant*, soudain, au moment où elle posait la main sur une partie de tapisserie qui paraissait mal attachée, cette partie manqua, une porte s'ouvrit et un large
~ 72 — escalier de pierre parut aux yeux de la marquise étonnée. Tout effraye, dans une position exceptionnelle, même ce qui devrait rassurer; le premier mouvement de la marquise fut donc une grande terreur. — C'est par là qu'on doit venir m'assassiner cette nuit, dit-elle; puis la mer, dont elle entendait le bruit monotone, la confirma dans cette idée. — Et la mer sera mon tombeau, ajouta-t-elle frémissant comme si elle sentait déjà les flots glacés passer sur sa tête, et ensevelir son corps. iir:.,,
^ Pendant quelque temps, immobile et inquiète, debout sur le seuil de cet escalier, elle écoutait les bruit du dehors, lorsqu'il lui passa par la tête de fuir par là. Aussitôt la résolution prise, elle avança le pied et commença à descendre. On était à cette heure de la journée, où il ne fait pas encore nuit, et où les ombres prêtent aux objets qu'elles enveloppent, des formes fantastiques et étranges. A mesure qu'elle descendait, il lui semblait voir aux an-
glesde ce large escalier, et dans les profondeurs des immenses galeries, qui s'ouvraient à chaque étage, à droite et à gauche, comme des spectresquipassaient,ou s'avançaient verselle; mais l'amour de la liberté, plus fort que ces vaines terreurs, l'emportait, et elleeontinuaitsa route. Ce silence, ce large escalier, ces immenses galeries où elle ne rencontrait personne, cela lui fit supposer, ce qui était eiïectivement vrai, que la petite maison du cousin du voituriertouT chait et dépendait peut-être d'un palais abandonné, ou dont les maîtres étaient en voyage Qtt jjnorts. Avançant toujours, la marquise trouva au bas de l'escalier une porte qu'elle ouvrit, après un moment d'hésitation; une autre personne sans doute l'ouvrait en même temps qu'elle, car deux cris s'échappèrent à la fois, puis ces mots suivirent.
jiTîTi C'est vous, madame la marquise? ^
: — Ne me perdez pas, cria la marquise qui avait reconnu la voix de Pierre f^illette.
— Bien loin de vouloir vous perdre, pauvre dame, se hâta de reprendre le voiturier, c'est moi qui vous ai conduite chez mon cousin et qui ai choisi cette chambre pour vous sauver, r» Votre mari traite dans ce moment de votre liberté avec un capitaine de navire qui doit vous prendre à son bord, et vous mener vendre en Turquie ; je venais vous dire cela, et vous dire ce que j'ai projeté pour vous sauver... Ne craignez rien, ajouta cet homme à la marquise que cette nouvelle confondait tellement qu'elle en paraissait changée en statue, ne craignez rien, vous êtes chez de braves gens que j'ai su mettre dans vos intérêts. Remontez dans votre chambre, fermez bien la porte que vous savez, et cette nuit, quand votre mari sera rentré dans la sienne, qui est fort loin de la vôtre, je viendrai vous chercher, et vous dire le reste... Rentrez et tenez-vous prête à minuit.
Disant ces mots, et sans attendre la réponse delà marquise, incapable, hélas î d'en faire
aucune, tant cette nouvelle l'atterrait, il referma > la porte que jusqu'alors il avait tenue entr'ouverte et s'éloigna. j
La marquise remonta dans sa chambre, fit ce que Pierre Fillette lui avait recommandé. Il était temps; à peine avait-elle assujetti la porte dérobée, que son mari entrait par l'autre.
Il était précédé de deux de ses gens, dont l'un! portait une chandelle , et l'autre un panier couvert qu'il posa à terre.
— Où êtes-vous donc? cria le marquis n'apercevant pas d'abord sa femme.
— Ici, dit la malheureuse victime la voix brisée par ce qu'elle venait d'apprendre, et s'avançantvers son bourreau.
Les domestiques s'élant retirés, le marquis dit : — Voici votre souper, mangez et prenez des forces, car nous repartons demain à l'aurore.
La marquise ne put s'empêcher de frissonner; elle pensa que le marché était conclu, qu'elle
était vendue, et l'indignation lui vint si puissante au cœur, qu'elle fut un moment comme tentée de la jeter à la face du monstre dont elle portait le nom, mais c'était achever sa perte, elle le comprit, se tut, et baissa seulement la tête en signe d'obéissance. I^e marquis se retira, et la marquise attendit minuit, dans toutes les horreurs de l'angoisse la plus affreuse.
Enfin , celte heure si ardemment désirée sonna; au même instant la marquise entendit gratter à la porte de communication ; elle se couvrit de sa mante, et alla ouvrir. — .. ,
C'était le voïturier. i) Jol —
— Partons, lui dit-il. ■ ■ - ■■ *^^' ' ■ fi ; .'i î îf Elle le suivit sans répondre, dans le trajet, s'apercevant qu'elle tremblait, et que sa délïiarche en était ralentie, Pierre Pillette lui dit à voix basse : Appuyez-vous sur mon bras. En même temps il prit la petite main de la marquise, et la plaça sur sa manche de laine brune. En sentant sous ses doigts délicats cette étoffe
— '77 — grossière, la jeune et délicate Parisienne ne put retenir un léger frémissement dont cet homme s'aperçut.
— Dame, lui dit-il assez brusquement, nos habits ne sont pas de soie, mais les bras qu'ils recouvrent sont des bras d'honnête homme.
— Oh! pardonnez-moi, et poursuivez votre généreux dessein, dit la marquise en s'appuyant avec un abandon plein de charme sur le bras qu'elle tenait.
— Pauvre femme ! dit seulement Pierre Pillette.
Et l'un et l'autre continuèrent leur route sans parler.
A quelque distance du palais, ils trouvèrent deux mules toutes bridées; la marquise monta sur l'une, le voiturier sur l'autre, et ils s'éloignèrent aussi vite que possible de la ville.
Alors le voiturier dit à la marquise :
— Voici ce que j'ai pensé : c'est de vous conduire à Turin, il nous faut deux jours pour
cela, et de yous remettre dans les mains de son ïtUesse royale madame la duchesse de Savoie, qui est excellente, et qui prendra votre défense auprès de votre mari.
— Deux jours ! dit la marquise, c'est bien
long, et le marquis! Mon Dieu Pierre
Fillette n'entendez-vous rien, et ne nous
poursuit- on pas? ajouta-t-elle vivement.
— C'est une charrette qui est devant nous, Madame, répondit le voiturier après avoir écouté un instant.
— Cette fois, c'est le trot d'un cheval, dit la marquise un moment après et jetant derrière elle des regards pleins d'effroi.
— C'est un cavalier seul, Madame, répondit encore le voiturier, et fût-ce votre mari , s'il est seul, je ne le crains pas
— Oh! quelles transes horribles ! Mon Dieu ! disait la pauvTe femme essuyant les gouttes de sueur que l'angoisse faisait perler sur son front. oïliih
? Ce fut dans cet état pénible, tressaillant au moindre bruit et pressant sa monture, que la marquise atteignit Savone.
Malgré les fatigues d'une longue route à cheval, et le grand besoin qu'elle avait de repos et de nourriture, la marquise ne voulut rester danscette ville que le temps de changer de chevaux; elle repartit tout de suite après, continuant sa route vers Turin. 7,;,, 7 ;.-:■-•-! rn^
Comme elle approchait du bourg de Courtemille , distant de Savone de six grandes lieues, et qu'elle montait au pas la colline qui mène au bourg, par un de ces instincts de peur que les gens pusillanimes et superstitieux prennent pour des pressentiments, elle tourna la tête derrière elle, et vit dans la plaine des cavaliers courant au galop, et suiva,nt le même chemin qu'elle. fo! ^.h)'-i !î .r-r. ■V"' im oïd
• :-^ Nous sommes perdus, cria-t-elle au voiturier; l'effroi l'empêcha d'en dire davantage.
Le voiturier dirigea ses regards vers le poi^t
sur lequel la marquise tenait les siens fixés et fascinés, on aurait dit comme par la vue d'un serpent, et n'eut pas de peine à reconnaître le marquis et ses gens. "*'''» -'V'î'ii'-'i ^-t'I èi^UM ?o'i— Du courage, madame, dit-il à la marquise, le bourg n'est qu'à deux pas, et la première maison à droite est celle d'un hôtelier de mes amis, où vous serez en sûreté et où je vous laisserai pour courir tout de suite chez le seigneur du lieu, que je connais aussi, le comte deScarampoqui ne refusera pas de vous prendre sous sa protection et de vous soustraire aux violences de votre mari,"^ ^" "" "^^^ -S'i
La marquise obéit machinalement, la peur lui ôtait tout sentiment; bientôt cependant, elle entra dans l'hôtellerie et n'eut que le temps de descendre de sa mule et de gagner une chambre où elle s'enferma. H élarit temps, comme elle tirait le dernier verrou , son mari frappait à la porte, l'appelait, et lui ordonnait de lui ouvrir. uJio/ &J
Voyant qu'on ne voulait pas lui ouvrir, le marquis aidé de ses gens eut bientôt fait d'enfoncer la porte ; il vit la marquise, qui cherchait à se cacher derrière un rideau; il courut à elle, la saisit par le milieu du corps, et sans égard pour sa faiblesse, pour ses larmes, pour ses supplications, il se mit à la frapper avec un petit fouet qui lui servait ordinairement de cravache. Il l'aurait certes tuée, si le juge de l'endroit, attiré parlescrisde la victime, et le comte de Scarampo averti par Pierre Fillette, ne fussent accourus et n'eussent tiré cette infortunée des mains de son bourreau.
Le comte de Scarampo emmena la marquise dans son château, et la présenta à sa femme qui la reçut avec une compassion distinguée, et toutes les précautions que son triste état commandait. La marquise en partit le lendemain matin, sous la conduite de Pierre Fillette, toujours dans le dessein de se rendre à Turin ; elle
arriva sur le soir à Albes, et ayant fait prier le I. 6
gouverneur de la garantir d'un mari furieux, le gouverneur la reçut chez lui , et lui promit toute la protection qu'une personne aussi malheureuse que la marquise avait le droit d'en attendre.
Le lendemain elle était à déjeuner avec le gouverneur et sa femme lorsqu'on lui remit une lettre de son mari. Sa grande émotion l'empêcha pendant un assez long espace de temps de la décacheter; mais ses hôtes lui ayant renouvelé leurs protestations et les assurances qu'elle n'avait rien à craindre, elle se décida enfin à rompre le cachet.