M. de Beaumont parle dune correspondance quotidienne
144 ALEXrS DE TOCQUEVILLE
€t d'impressions qui caractérisent les Souvenirs, écrits d'ailleurs pour Fauteur tout seul, d'après ses déclarations mêmes et qui ne devaient voir le jour que longtemps après lés événements qu'il raconte. — La certitude d'un inédit suffisamment prolongé lui a permis de s'exprimer sur les hommes et les événements avec une franchise et presque une brusquerie d'expressions qui côtoient dans certains cas la malignité.
Cette liberté d'allures a donné un singulier relief aux portraits qui défilent dans les Souvenirs et dont plusieurs ont été poussés au noir ou à la charge. En tous cas, grâce à cette franchise de traits, ses récits respirent la vie.
Les premières journées de Février relatées d'après ce qu'il a vu de ses yeux : la soudaineté du mouvement révolutionnaire ; le désarroi de ceux qui avaient poursuivi par la campagne des Banquets un changement de ministère et qui avaient engendré la catastrophe d'un régime ; le trouble extraordinaire de la majorité lorsqu'elle apprit de la bouche même de Guizot, le 23 février, que le roi avait demandé sa démission, — le plus
(( très curieuse, sorte de bulletin de l'Assemblée nationale, qui pourra être publiée plus tard » et qui jusqu'ici n'a pas vu le jour. — Voir plus haut, p. 10 au sujet de la correspondance de Tocqueville avec sa femme dont M. de Beaumont annonçait en 1866 la publication et qui est également inédite.
grand nombre de ces hommes, écrit Tocqueville, se sentant atteints non seulement dans leurs opinions politiques, mais dans le plus sensible de leur intérêt privé, ressemblaient à une meute de chiens qu'on arrache, la gueule encore à moitié pleine, à la curée * ; — Tordre silencieux avec lequel les barricades s'élevèrent dans Paris ; la panique des Tuileries et la défection du roi ; la séance de la Chambre où les derniers défenseurs de la royauté tentèrent de faire proclamer la régence de la duchesse d'Orléans ; l'envahissement de l'Assemblée ; la proclamation du Gouvernement provisoire; la désertion des uns, la terreur des autres ; — tous ces mouvements de foules ou d'individus dans lesquels se peignent à nu, aux jours d'agitation imprévue, comme soudain éclairées d'un soleil féroce, les passions, les convoitises, les faiblesses habituellement mieux voilées par l'existence de tous les jours dans les âmes des hommes, ont inspiré à Tocqueville des pages de grand écrivain.
Elles font revivre en croquis inoubliables, peut-
1. « Si beaucoup de conservaleura, ajoute l'auteur, ne défendaient le ministère qu'en vue de garder des émoluments et des places, je dois dire que beaucoup d'opposants ne me paraissaient l'attaquer que pour les conquérir. . , Le goût des fonctions publiques et le désir de vivre de l'impôt ne sont point chez nous une maladie particulière à un parti, c'est la grande et permanente infirmité de la nation elle-même... le mal secret qui a rongé tous le» anciens pouvoirs et qui rongera tous les nouveaux. »
être un peu forcés dans leur vivacité et comme dans leurimplacabilité, des figures historiques curieuses. On peut dire qu'aucune de celles-ci n'a gagné à ce surcroît de lumière. Tocqueville les a flétries de la marque des passions étroites ou des mobiles intéressés : ceux des acteurs qui ont eu quelque grandeur dans le geste ont été a ses yeux de simples copistes de 1789 et de 1793. Quelques-uns se sont montrés naïfs ; la plupart ont été petits de conception et chétifs d'action : en somme, une triste humanité qui a été conduite par des causes générales dont elle n'avait pas conscience et que seul le philosophe politique, qui observait depuis vingt ans l'évolution de la démocratie, avait pénétrées et démêlées. Heureusement, ces causes générales planent dans leur majesté et comme leur fatalité au-dessus du spectacle dont Tocqueville nous décrit impitoyablement les coulisses et les ficelles : sans cela, il resterait de cette mise en scène de la chute d'une monarchie et de la naissance de la deuxième république, l'impression d'un des plus misérables et des plus mesquins événements de l'histoire. On emporte du récit des Souvenirs un goût d'amertume sans compensation. Chaque personnage y apparaît comme rapetissé et ratatiné, et cependant vivant, tandis que la loupe impitoyable de l'historien se promène en les grossissant sur les plaies et
les taies de ceux, individus ou collectivités, qu'il dissèque d'un œil aiguisé.
(( Tout, dit son biographe, dans la République de 1848, choquait les instincts et offusquait la raison de TocqucA^lle; l'origine violente et subreptice de cette révolution, les hommes qui l'avaient proclamée, le dévergondage des théories qu'elle avait enfantées, et jusqu'aux formes ridicules de langage qu'elle avait inaugurées ; tout cela répugnait profondément à sa nature. » — Cependant Tocqueville apercevait dans la République une dernière chance de salut pour la liberté. Pénétré de l'impuissance du régime censitaire, blessé par la compétition d'intérêts privés dont ce régime avait fini par être à la fois le moteur et le résultat, dépouillé d'illusions sur la dynastie et les chefs des partis monarchiques, emporté par les souvenirs d'Amérique et l'idéal de République sage et modérée qu'il avait tracé et qui avait contribué à son illustration personnelle, Tocqueville ne dissimule pas qu'il ressentit après Février « un certain sou-
lagemenl, une sorte de joie mêlée à toutes les tristesses et à toutes les craintes que la Révolution faisait naître. »
« Je souffrais pour mon pays de ce terrible événement, mais il était clair que je n'en souffrais pas pour moi-même; il me semblait, au contraire, que je respirais plus librement qu'avant la catastrophe... Il était sorti, il est vrai de cette révolution, une société désordonnée, confuse, mais où Thabileté devenait moius nécessaire que le désintéressement et le courage, où le caractère était plus important que l'art de bien dire ou de manier les hommes, mais surtout où il ne restait plus aucun champ libre à l'incertitude de l'esprit : ici, le salut du pays; là, sa perte. Il n'y avait plus à se tromper sur le chemin à suivre »
Tandis que plusieurs de ses amis hésitaient à se présenter devant le suffrage universel subitement institué, et né en bloc d'une catastrophe inopinée, Tocqueville se porta candidat dans son département' et fut élu par 110, 700 voix sur 120,000 votants.
« L'Assemblée Constituante, écrit-il dans ses Sou^
1. Tocqueville, avec une clairvoyance remarquable, et malgré des préventions contre le suffrage universel, y vit de suite « la seule source où Ton puisse désormais aller puiser de la force gouvernementale . . . » — « Voilà, écrivait-il à un de ses amis (9 mars 1849), son grand et pour ainsi dire son seul mérite à mes jeux. »
LA VIE POLITIQUE DE TOCQUEVILLE l'i9
çenirs, avait été élue pour aflFronter la guerre civile : ce fut son principal mérite. Tant qu'il fallut combattre, en effet, elle fut grande : elle ne devint misérable qu'après la victoire et quand elle sentit qu'elle s'affaissait par l'effet même et sous le poids de cette
victoire Je sentis sur le champ que l'atmosphère
de cette assemblée me convenait. J'y éprouvais, malgré la gravité des événements, une sorte de bienêtre qui m'était nouveau. Pour la première fois, en effet, depuis que j'étais entré dans la vie publique, je me sentais mêlé au courant d'une majorité et suivant avec elle la seule direction que mon goût,
ma raison et ma conscience m'indiquassent Je
démêlais que cette majorité repousserait les socialistes et les Montagnards, mais voudrait sincèrement
maintenir et organiser la République Vaincre la
démagogie par la démocratie, telle était ma seule
visée Je ne sais si le trajet un peu hasardeux qu'il
fallait faire avant d'atteindre ce but ne me le rendait pas encore plus attrayant, car j'ai un penchant naturel pour les aventures, et une petite pointe de péril m'a toujours paru le meilleur assaisonnement qu'on puisse donner à la plupart des actes de la vie. »
Les aventures pour lesquelles Tocqueville se sentait et avouait un penchant naturel et qu'il
n'avait guère rencontrées dans la politique de Louis- Philippe et de ses ministres, ne manquèrent pas : Tocque ville a tracé de la journée du 1 5 mai et de l'envahissement de la Chambre un tableau qui ne s'oublie pas^ Il a décrit, sans enthousiasme, les fêtes de la Concorde pendant lesquelles les journées de Juin se préparaient. Tocque ville raconte ces terribles journées avec grand détail : il a vu de près les événements, ayant parcouru la ville en qualité de commissaire nommé parla Chambre. Il en a rapporté des images prises sur le vif, des vues de masses, des traits individuels saisissants. Quelques-unes de ses opinions de libéral subirent dès le début de l'émeute une première atteinte qu'il n'a pas dissimulée (elle devait être suivie de beaucoup d'autres). La Commission executive était débordée par les événements. La bataille était engagée entre les insurgés et les troupes qui défendaient l'Assemblée. Il s'agissait, pour celle-ci, de voter un décret qui mît Paris en état de siège, fît cesser les pouvoirs de la Commission et la remplaçât par une dictature militaire qui serait confiée au général Cavaignac. Tocqueville s'éleva contre le paragraphe du décret qui instituait l'état de siège. — ce Je le fis, écrit-il, par ins-
1. Cf. avec les « Entretiens », p. 223. Le témoignage recueilli dans ces derniers est du lendemain même des événements.
tinct plus que par réflexion. J'ai habituellement un tel mépris et une si grande horreur pour la tyrannie militaire que ces sentiments se soulevèrent en tumulte dans mon cœur quand j'entendis parler de Tétat de siège, et dominèrent ceux mêmes que le péril faisait naître. En ceci, je fis une faute, qui. fort heureusement, eut assez peu d'imitateurs. »
Tocqueville n'aurait pas trouvé plus d'échos au dehors que dans la Chambre. L'opinion dans Paris était tout entière pour l'état de siège et la dictature. L'auteur des Souvenirs eut l'occasion de le constater en traversant les rangs de la garde nationale. (( Quand on leur disait que Paris était en état de siège, ils en étaient contents, et quand on leur disait que la Commission executive était renversée, ils poussaient des cris de joie. Voilà où la popularité de Lamartine avait abouti en moins de deux mois. ))
C'est un peu avant les émotions de la bataille de Juin que la Commission de Constitution, où Tocqueville fut élu l'un des premiers, commença ses délibérations.
Le volume des Souvenirs contient de curieux détails sur la composition et le travail de cette commission. Tocqueville s'est montré particulièrement mordant dans la description qu'il fait de ses
membres et de son président Cormenin*. La commission de la Constituante semble avoir procédé à la discussion de la Constitution avec une hâte qui s'explique par la fièvre des événements qu'on tra versait : d'ailleurs des questions de personnes se cachaient derrière les principes, et les commissaires se heurtaient à des préjugés dont beaucoup d'entre eux sentaient le péril mais que nul n'osait attaquer de front.
ce La nation, dit Tocque ville, désirait avec une sorte de frénésie que l'œuvre de la Constitution fût accompUe et que le pouvoir prît une assiette, sinon solide, du moins permanente et régulière. Il lui fallait moins une bonne Contitution qu'une Constitution quelconque... L'Assemblée ne cessait de nous aiguillonner. »
Tocqueville soutint devant la Commission, peu préparée par sa composition à un travail approfondi, deux idées principales qui lui étaient chères : la décentralisation communale et la dualité du pouvoir législatif. La première fut écartée du débat après une
1. De pamphlétaire célèbre, celui-ci était devenu personnage officiel et par là livré à la satire des autres. — Tocqueville ne l'a pas épargné. Dans une note des Souvenirs^ évidemment écrite après coup, Tocqueville constate qu'il y a dans ce chapitre une grande lacune. « Je n'y parle pas, dit-il, des discussions relatives aux principes généraux. Plusieurs de ces discussions ont été assez approfondies et les résolutions prises assez sages et courageuses. »
controverse qui montra la divergence irréductible des opinions. — Le système de la Chambre unique suscita une grave discussion* : Odilon Barrot et Tocque ville défendirent les deux Chambres. Les esprits même libéraux et modérés étaient si peu mûrs sur cette grave question constitutionnelle, qu'on vit Dufaure soutenir la Chambre unique, sous le prétexte, il est vrai, que le pouvoir exécutif confié à un homme élu par le peuple deviendrait prépondérant si on plaçait à côté de lui un pouvoir législatif affaibU par sa division en deux branches. Faible objection à côté de celle que soulevait le système adverse qui consista à poser en face l'un de l'autre deux pouvoirs égaux, issus tous deux du suffrage universel, sans un rouage pour les départager. C'était là l'écueil qui devait faire sombrer la Constitution. Tocqueville et d'autres le sentaient. — « C'était rendre la République impossible, que de laisser au Président le pouvoir qu'avait le Roi, et de le faire élire par
1. Tocqueville prétend que ce fut le seul sujet vraiment discuté : « Je désire beaucoup pour l'honneur de la commission (présidée par Cormenin), qu'on ne publie jamais le procès- verbal de ses séances. La stérilité du débat, au milieu de la fécondité exubérante de la matière, aurait assurément de quoi surprendre. . . Je déclare que je n'en vis jamais de plus misérable dans le sein d'aucune des commissions oont j'ai fait partie. . . Marrast racontait de petites aventures galantes, tandis que Yaulabelle disait des mots gras ...»
le peuple. » — Tocqueville aurait voulu qu'on rétrécît la sphère de ses pouvoirs, ou le faire élire par l'Assemblée . Mais, dit-il, la nation ne voulait souffrir ni F un ni l'autre. Au vote, il se trouva, lui trî)isième, en faveur des deux Chambres. U avoue lui-même qu'il fut un peu « découragé de cette chute à plat. »
La discussion du mode de nomination et des attributions du pouvoir exécutif ne fournit, d'après l'auteur des Souvenirs, la matière d'aucun débat général, ni même d'aucune discussion fort approfondie. — Les idées étaient formées d'avance. Elles étaient fort simplistes, et consistaient à faire nommer le Président par le peuple et à lui confier les pouvoirs d'un roi constitutionnel. — Tocqueville, plus perspicace que ses collègues, prévoyait la compétition qui devrait s'élever entre le Président et l'Assemblée. De quel côté pencherait la balance du pouvoir? — Tocqueville avoue qu'il n'en devinait rien. « Tantôt je croyais que ce serait du côté de l'Assemblée unique, tantôt de celui du Président élu. Cette incertitude me jetait dans une grande gêne. ))
Elle semble avoir pesé sur lui pendant tout le débat constitutionnel. Il avoue qu'il n'indiqua ses idées qu'avec une sorte d'hésitation et de réserve. Peut-être était-il embarrassé (il ne le dit pas) par
Texemple de F Amérique dont il avait tant contribué à populariser les institutions. C'est du côté du système américain, mais pratiqué exactement comme en Amérique, c'est-à-dire en substituant l'élection à deux degrés à l'élection directe, qu'il chercha à pousser la Commission. « Nos grands hommes, dit-il, jugèrent que le système n'était pas assez simple, et ils le trouvèrent entaché d'aristocratie ». Ils auraient pu ajouter que la garantie du suffrage à deux degrés aux Etats-Unis même, n'avait guère été réelle — puisque les délégués y sont élus par le peuple avec un mandat impératif, qui ne les laisse pas libres de leur délibération ni de leur choix.
Tocqueville appuya vivement la proposition que le Président ne fût pas rééligible et son intervention fit passer la proposition. Il reconnaît être tombé en cette occasion dans une grande erreur, et dès le mois de mars 1851, époque de la rédaction de cette partie des Souvenirs^ il prévoit les fâcheuses conséquences de cet article de la Constitution. « Notre esprit, écritil, ne fut pas assez souple et assez prompt pour se retourner à temps et apercevoir que du moment oii il était décidé que ce seraient les citoyens euxmêmes qui choisiraient directement le Président, le mal était irréparable, et que c'était l'accroître que d'entreprendre de gêner le peuple dans son choix. . . Ce vote, et la grande influence que j'y eus, est le
souvenir le plus fâcheux qui me soit resté de ce temps-là. ))
Tocqueville est, dans cette circonstance, sévère vis-à-vis de lui-même. Peut-être aurait-il pu invoquer comme motif à sa propre indulgence, la difficulté du problème à la solution duquel il était obligé de contribuer, problème qui consistait à organiser dans un pays livré tout à coup au suffrage universel, la magistrature présidentielle, en lui conférant une autorité et un prestige suffisants,. sans faire glisser la présidence vers le pouvoir personnel. Est-il besoin de rappeler que ce même problème s'est dressé après la guerre devant le troisième République .^^ Elle Ta résolu dans un tout autre sens que la Constituante. En 1875, par réaction contre la constitution de 1848 et le césarisme qui en était sorti, l'Assemblée Nationale s'est décidée pour une grande restriction des attributions présidentielles ; depuis lors la pratique les a encore considérablement réduites, tandis que grandissait sans cesse l'ingérence parlementaire. Ce n'est pas ici le lieu d'insister sur les inconvénients qui en sont résultés par suite du morcellement des partis, sur le manque d'unité qui s'est fait sentir dans la gestion des affaires publiques, sur l'instabilité qu'a engendrée un gouvernement ministériel, précaire, sans homogénéité, sans responsabilité réelle, poursuivant
toujours, sans la rencontrer, une majorité parlementaire solide et durable sur laquelle s'appuyer pour gouverner réellement, en faisant prévaloir avec décision les intérêts permanents et généraux du pays sur les intérêts électoraux * .
Bien qu'ayant soutenu le général Cavaignac de son vote et de ses sympathies % Tocqueville accepta le résultat des élections de décembre qui portaient à la présidence, avec une énorme majorité, le prince Louis-Napoléon. Quelques mois plus tard même, élu à la Législative, il répondit, de concert avec ses amis Dufaure et Lanjuinais, à l'appel du prince président pour remplacer des titulaires démissionnaires du cabinet constitutionnel que dirigeait Odilon Barrot depuis la fin de décembre 1848. Le cabinet ainsi renouvelé et où figurait M. de Falloux qui souleva les passions de la gauche, dura du 2 juin 1849 au 31 octobre de la même année'.
L'expédition de Rome était déjà engagée depuis plusieurs semaines lorsque Tocqueville accepta le
1. On sait que la commission de Constitution, en 1848, demanda pour la revision une délibération votée par les quatre cinquièmes des voix (la Chambre adopta les trois quarts des voix), ce qui devait avoir plus tard de graves conséquences. Tocqueville déclare qu'il ne prit pas part à ce vote.
2. Il y a une lacune d'un an dans le récit des Souvenirs. Cette lacune serait probablement remplie par la publication de la correspondance quotidienne dont parle G. deBeaumont.V. plus haut p. 144.