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UN MASQUE TOMBE

Le lendemain de cette rencontre, sur les six heures du soir, les invités d'Isidore arrivaient en grande tenue à la Mai*<n-d'Or, et un garçon les introduisait dans un joli salon, qui était à côté de celui dans lequel on avait dressé le couvert.

C'était d'abord la famille Langlumot, escortée par le voisin Runflard. M Langlumot avait une toilette tout à fait à la mode, il se faisait habiller par les premiers tailleurs de Paris; celle de madame sentait un peu la province, excepté le chapeau qui avait été acheté rue Vivienne, mais sur lequel cette dame avait fait mettre une trop grande quantité de fleurs de différentes espèces, ce qui donnait à sa tête l'aspect d'une jardinière.

Monsieur Phonphonse avait une jaquette et un pantalon neufs. Le pantalon beaucoup trop large du derrière, faisait dire aux passants :

« — Il paraît qu'on met aussi de ia crinoline aux pe- « tits garçons. »

Mais celui-ci très-fier d'avoirun gros derrière, voulait à chaque instant monter sur une chaise pour le voir dans une glace.

L'ami Ranflard étant venu à Paris avec une seule redingote, n'avait pu mettre un habit, mais à défaut de ce vêtement et pour se donner un air de cérémonie, il

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avait un col de chemise bien empesé qui lui cachait tout le bas des joues et son menton disparaissait dans une épaisse cravate de mousseline blanche dont les deuxbouts, après avoir formé une rosette énorme, retombaient avec abandon jusque sur son estomac.

Afin de se donner tout de suite de l'aisance et un air aimable, ce monsieur est entré dans le salon avec sa tabatière ouverte à la main, et n'y trouvant encore personne, il a offert une prise au garçon.

« — Nous arrivons trop tôt, » dit M. Lanjrlurnot, « ce « n'est pas bon genre .

« — On a dit six heures et il est six heures cinq, » dit M. Rantlard en consultant sa montre.

« — D'ailleurs Phonphonse a voulu partir, il a faim...

« — Oui, oui, j'ai faim, moi !... est-ce qu'on ne va pas (. diner ?

« — Mon fils, il faut bien attendre que notre amphi- « tryon et toute la société soient arrivés.

« - Ah! bien !.. tant pis, s'ils ne viennent pas op. se « passera d'eux 1...

« — Chut... taisez-vous, Alphonse... voilà du monde »

Ce sont les demoiselles delà Grenouillère qui font leur entrée dans le salon, accompagnées de m utic Chipotior; les deux cousines font fine taille, ce qui semble annoncer qu'elles se sont raccommodées avec leur corsetièie, elles ont des robes à volants dont les jupes sont tellement bouffantes que pour entrer dans le petit salon, il leur a fallu quitter le bras de leur cavalier et passer l'une après l'autre, la grosse Armandea même et.' obligée de fane, son entrée en profil. Les toilettesdeces demoisrlles sont du l'esté d'une extrême élégance, on voit qu'elles sont venues à Paris pour y prendre les modes.

Madame Lan glu mot dont la robe sent encore la Normandie, fait une moue très-prononcée en voyant combien elle est éclipsée par les deux cousines, ce qui ne l'em-

poche pas de tâcher de sourire et de paraître enchanté.' dé se trouver avec ses nouvelles connaissances ; il y a sur-le-champ entre ces dames échange de complimentet de politesses exagérés.

L'avocat est tout en noir des pieds à la tête, il a mis jusques à des gants noirs pour avoir une tenue plus sévère, ce qui lui donne l'air d'un employé aux pompes funèbres. Mais la joie qu'il éprouve d'être d'un dîner superbe à la Maison-d'Or, a tellement dilaté ses prunelles qu'il a tout à fait le regard d'un chat.

Maître Chi potier va sur-le champ serrer la main de Langlumot en regardant de tous côtés et en s'écriant :

« — Joli salon... c'est élégant et confortable... je dirai (t môme plus... c'est confortable et... élégant. »

M- Ranflard s'empresse de présenter sa tabatière à l'avocat qui y prend une prise, tandis que Langlumot lui dit:

« — Je vous présente monsieur Ranflard, propriétaire « comme moi à Lisieux, et qui a bien voulu servir de « mentor à mon épouse quand elle est venue me retrou- « ver à Paris.

« — Monsieur, enchanté de la circonstance qui me pro- « cure le plaisir de faire votre connaissance...

« — Monsieur, c'est moi qui... certainement... vous « êtes bien bon.

a — Le jeune Duhautcours n'est pas encore arrivé ?

« — - Non, pas encore...

« — Est-ce que nous serons beaucoup de monde ?

(( — je suis allé compter les couverts, » dit Ranflard, « nous sommes onze.

« — C'est très-bien... joli nombre ! ni trop, ni trop « peu.

« — Si Ton avait été treize, » dit mademoiselle Argentine, « je ne me serais pas mise à table !...

« — Ni moi, «dit madame Langlumot.

« — Il est certain, » dit Ranflard « et je l'ai remarqué « plus d'une fois ! quand on est treize à table, il y a « toujours une des personnes de la société qui meurt la « première !...

« — Maman, j'ai faim!... est-ce qu'on ne dîne pas « ici !...

« — Taisez-vous, Phonphonse, tout le monde n'est « pas encore arrivé...

« — Ah ben!... c'est amusant d'attendre les autres ; « sont-ils bêtes de ne pas venir !...

« — Chut ! . .. mon lils... on ne dit pas de ces choses- « là!...

« — Il est plein d'esprit ce gaillard-là !... » s'écrie le voisin Ranflard en présentant sa tabatière.

« — Il est certain qu'il annonce du caractère! » répond maître Chipoticr en humant une nouvelle prise de tabac.

Deux nouveaux convives se présentent : c'est monsieur Berlinet et le jeune artiste Torse. Ce dernier se trouve en pays de connaissance en apercevant les demoiselles de la Grenouillère, qui de leur côté s'écrient :

« — Eh ! mais, nous avons eu déjà le plaisir de voir u monsieur. .. vous rappelez-vous Argentine... en che- « min de fer...

« — Ah ! oui, c'est monsieur qui avait une glace au a fond de son chapeau et qui eut l'extrême complai- « sance de nous le prêter pour revoir notre coiffure « déflorée par l'intempérie du vent.

« — Oui, mesdames, c'est moi qui étais très-heureux « de pouvoir vous être agréable, et qui le suis encore « en me retrouvant avec vous.

« — Ah! voilà de ces hasards tout à fait romanesques !

o— Mais non, à Paris, pour peu qu'on aille dans le

« monde et aux spectacles, on so rencontre beaucoup. »

M. Berlinet amis son binocle sur son œil, mais après

avoir examiné les trois dames réunies dans le salon, il

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