‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 18 sur 94 · CHAPITRE DEUXIEME. 3I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME. 3I

le nettoyage se fait très tôt. C'est bien regrettable de n'avoir pas la messe, faute d'aumônier ou de prêtre passager. J'y supplée par mes prières habituelles, que je prolonge aux heures des offices.

A midi, on suspend un tableau au grand mât, afin que chacun sache où l'on se trouve. La longitude y est calculée d'après le méridien de Greenwich:

Latitude, 49°38'N.,

Longitude, 2° 52' O.,

Vitesse, ou distance parcourue en un jour, 26S sml., (abréviation allemande de see miles, ou milles marins de i852 mètres).

Lundi, 4 mai. — La nuit a encore été très bonne, et le matin en me réveillant, je me trouve dans le golfe de Gascogne. Il y a des mouettes en grand nombre, qui nous suivent toute la journée; c'est un signe que la terre est assez proche. Le mal de mer ne se fait pas encore sentir; tant mieux, et mon chien n'est pas davantage malade.

Latitude46°i6'N.; Longitude, y^i l'O.; Vitesse, 276sml.

Mardi, 5 mai. — Le matin, je me lève à 7 heures. Dans le lointain on aperçoit le cap Finisterre d'Espagne, et on va longer les côtes du Portugal jusque dans l'après-midi. C'est un plaisir que de voir la terre, après n'avoir vu pendant longtemps que le ciel et la mer. Nous arriverons à Lisbonne demain à 7 heures du matin.

Je suis tout à fait habitué à la nourriture du bord, et je suis occupé à faire concurrence à quelques allemands, qui savent casser une croûte. Nous mangeons à cinq dans une salle et nous devons encore prendre des passagers à Lisbonne et à Naples.

A II heures et demie, il y avait 16° à l'ombre; la chaleur nous fait beaucoup de bien.

Avez-vous vu dans L'Indépendance du i<^r mai comment on a estropié mon nom? On me nomme Bruytkopf. C'est un garçon de café liégeois de l'hôtel Coomans à Rotterdam, qui nous a montré l'article, k soir, lorsque

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nous nous trouvions avec le capitaine Jacques ; nous en avons bien ri.

L'heure change en mer et se conforme chaque jour aux différences de longitude. A Namur, il est i h. j/^ d'après ma montre, tandis qu'ici il est midi j^. Voici encore le tableau à midi sur les côtes du Portugal :

Latitude, 42°oo' N.; Longitude, 9°32' O.; Vitesse, 286 sml.

A la soirée, nous nous amusons à regarder huit nègres faisant partie de l'équipage, préparant leur riz ; mais ce qui est le plus curieux, c'est de les voir manger. Ils s'accroupissent à la façon des Borains autour d'une casserole, les uns mangent avec une cuiller, les autres avec les doigts.

A 8 heures du soir, on a rencontré à quelques centaines de mètres un navire allemand, à 4 mâts et à double vapeur. Il portait le pavillon national, et aussitôt notre navire a arboré son oriflamme et l'a salué au passage.

C'est alors aussi que nous avons vu le coucher du soleil ; en mer, c'est d'un effet magnifique.

Pas encore le mal de mer; il n'y a que Renier qui en a été gratifié dimanche soir.

Lisbonne. Mercredi, 6 mai. — Je me lève à 6 h. 1-2 et aussitôt habillé et ma prière faite, je monte sur le pont. On commence à voir à une faible dislance les environs de Lisbonne, qui sont jolis, surtout dans la brume du matin. Je crois qu'il fera chaud aujourd'hui, car il n'y a pas un nuage à l'horizon.

On entre dans le Tnge, dont les eaux limoneuses et jaunes forment un singulier contraste avec les eaux bleues de la mer. Un pilote de Lisbonne vient de monter sur notre navire pour diriger l'entrée au port. Ce port ne ressemble pas du tout h ceux des autres villes ; on charge et on décharge les marchandises en plein fleuve au moyen de bateaux plais, qui seuls peuvent accoster. Nous descendons dans une petite chaloupe à voiles pour nous faire conduire au quai. De là nous enirons dans un café pour faire notre correspondance, et puis nous

Alexis Vrilhûlï.

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visiterons la ville, qui a un peu l'aspect des villes orientales, me dit-on.

Lorsque je descends à terre, il me semble encore me trouver sur le navire: tout me paraît balancer.

Les gens de Lisbonne ont un singulier aspect. Pour nous amuser, nous leur parlons le wallon, auquel ils ne comprennent absolument rien, pas plus que nous leur langage portugais.

On rencontre beaucoup de mules, qui tirent les tramways et les voitures.

Nous couchons à bord le soir pour repartir demain matin à g heures. Je me porte toujours très bien, et je prends des bains à bord du navire.

Je mettrai une lettre à Naples, lors de mon départ pour Port-Saïd.

Je vous embrasse tous, sans excepter les oncles, tantes, cousins et camarades.

ALEXIS

— ■■ • IVe Lettre ('). =====

Abord du Bundesrath, mercredi, 6 mai 1891.

' A Lisbonne. — Je crois vous avoir parle dans ma dernière lettre de mon arrivée à Lisbonne. Je continue donc au point où j'en suis resté.

En débarquant, des guides voient immédiatement que nous sommes des étrangers et nous font leurs oiîres de services ; nous les remballons immédiatement, ce qui ne leur va pas du tout.

Nous arrivons Place verte, laquelle est entourée d'arbres déjà tout en feuilles et par d'immenses bâtiments comprenant la poste et les ministères. En rue, beaucoup de monde, même mouvement que le dimanche à Bruxelles. C'est d'un singulier effet que de voir tous ces Portugais, la plupart avec d'énormes chapeaux mous, le teint jaunâtre, les cheveux et la moustache noirs, les yeux luisants et traîtres. Beaucoup de femmes vendent des poissons ; elles portent sur la tète un énorme panier et toutes marchent pieds nus.

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