‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 19 sur 94 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Je viens de m'acheter une casquette, car à bord un chapeau, c'est très ennuyeux, surtout qu'en mer le vent souffle toujours. Il me semble déjà ressentir le chatouillement des punaises, qui, paraît-il, ne manquent pas à Lisbonne. Les gens de Lisbonne sont en général peu obligeants; dans les magasins, lorsqu'on fait un achat, ils

Le mai de mer.

ont l'air de vous faire la charité ; c'est le contraire qui devrait avoir lieu. Les ouvriers des Docks portent tous la barbe comme des brigands, ce qui leur donne un air farouche et très défiant. Au café, on ne rencontre personne, et un Parisien établi à Lisbonne nous disait que

les Portugais s'habillent fort bien, font bel effet, mais n'ont pas le sou.

Quelle quantité de tramways on rencontre! tous sont déraillables et traînés par trois mulels. On en voit jusqu'à quatre se suivant à la file, et toutes les minutes on en trouve ; tous sont bondés de monde. Les voitures de place sont à deux chevaux.

On rencontre de beaux soldats de toutes armes. La ville est infestée de mendiants : tout le monde vous tend la main. Les rues montent beaucoup, la ville étant bâtie sur des collines.

Vous ai-je déjà dit l'impression que l'on ressent lorsque, après être resté plusieurs jours en mer, on se retrouve à terre ; ce qui est assez drôle, à certains moments on se trouve mal, et j'ai cru avoir le mal de mer sur terre. De temps en temps, la tête tourne et l'on croit encore ressentir le balancement du bateau.

Nous avons bien dîné à l'hôtel Atlantic, qui est un des premiers hôtels de Lisbonne, pour la modique somme de 600 reis (3 fr.). Quel ennui ce changement de monnaie : à Lisbonne, on compte par reis, tandis qu'à Rotterdam, c'était par gulden et par cents.

Le soir, à 9 h. 5^, pour rejoindre le navire, j'ai repris la chaloupe du matin, dont le nom est Espcran:^ia : bon augure, n'est-ce pas? Nous avons bu le soir avec les officiers du bord, car c'est fête lorsqu'on stationne dans un port.

Jeudi, 7 mai. — J'ai encore bien dormi. Le navire a quitté Lisbonne à 1 1 h. ^2, bien que le départ fût fixé à 10 heures. En quittant le port, nous avons vu en haut de la ville le palais de la reine, qui est un immense bâtiment ; sur la côte, j'ai remarqué une magnifique mosquée d'un genre tout à fait particulier. Les navires en rade arborent leurs pavillons, nous saluent au passage et semblent nous souhaiter bon voyage, car tout le monde sait que le Bundesrath se dirige vers l'Afrique.

Je suis content de me retrouver en pleine mer, que l'on atteint à i heure après midi.

L'appétit devient de plus en plus excellent : je mange

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