‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 21 sur 94 · CHAPITRE DEUXIÈME. 4I · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME. 4I

Naples est une jolie ville, bien gaie. Il y a autant de voitures qu'à Londres. Nous avons passé la soirée dans un concert. Nous avons entendu des chansons en français. Quel potin on faisait là-dedans ! On hurlait, on criait. Ensuite, il y avait des contre-manifestations. Du reste, je vous donnerai en détail mon séjour à Naples.

M. Jacques vient d'arriver à 3 h. 4 m., bien content de nous trouver en si bonne santé.

====== V« Lettre (0- . - ~i

A bord du Bundesrath, mardi, 12 mai.

Mes chers Parents,

A Naples. — Je vous ai promis dans ma dernière lettre de vous donner des détails sur la ville de Naples.

Après avoir bien dormi j'étais sur pied à 4 heures pour voir l'entrée au port. Dès cette heure, on côtoie déjà les environs de la ville. Je remarque à quelque distance l'île de Capri à gauche, tandis qu'à droite on voit le Vésuve exhalant continuellement de la fumée.

A 7 heures, on jette les ancres. Aussitôt se produit une invasion de marchands de bibelots et de mendiants. C'est un véritable bazar. Les uns viennent vous offrir des paniers d'osier, des broches, des chaînes, les autres veulent absolument vous vendre des fauteuils, des chaises, des bottines. Tous ces hommes arrivent en canot, car le navire est amarré à 10 minutes du port. Quelques musiciens viennent même faire de la musique et chanter pendant que nous déjeunons. Des religieuses nous demandent l'aumône pour leurs pauvres.

A 10 heures, nous voilà en ville. D'abord, on est un peu dépaysé de voir le grand mouvement des voitures et des charrettes ; mais cela passe vite, et on est bientôt mis à rai?e, parce qu'on ne se gêne pas du tout à l'étranger. Il nous est tout à fait impossible de nous faire comprendre, très peu de monde sachant le français, mais on s'en tire cependant : je parle wallon, et comme certains mots se ressemblent, on me comprend tant soit peu. Nous avons

I. Déposée à Port-Saïd le 17 mai ; arrivée à Namur le 24 (en 7 jours).

dîné près de la gare, à l'hôtel Mavaur, où l'on est très bien. C'est incroyable comme on est importuné par les cochers qui, habitués à tout ce que le monde roule en voiture, vous suivent quelques minutes pour qu'on prenne la leur ; ils vous écraseraient même. J'ai vu sur une voiture le n° 2738 : vous voyez comme il doit en rouler sur le pavé de Naples, ou plutôt sur les pierres, car il n'y a pas de pavés : les rues sont recouvertes de grandes pierres bleues. Il y a donc bien de 3ooo à 4000 voitures dans la ville, ce qui lui donne un air toujours animé.

Quelles singulières habitudes ont les Napolitains ! tout le monde mendie : en rue, on vient vous demander votre cigare ou du tabac ; comme de juste, nous envoyons ces gens à la moutarde. Si on se trouve à la porte d'un café, des colporteurs arrivent vous offrir toutes espèces d'articles anglais, tels que canifs, couteaux, puis des peignes, des étoffes, des gilets de flanelle, des mouchoirs de poche, etc. ; si l'on n'achète pas, ces singuliers vendeurs demandent la charité.

Même en dînant (nous nous trouvions près de la porte, où il y avait un grillage), on venait encore nous ennuyer avec des marchandises, mais nous étions vite débarrassés de ces importuns personnages, car je lançais le chien sur eux et aussitôt ils disparaissaient.

A Naples, on trouve beaucoup de roses, entre autres des gloires de Dijon. Dans la rue, des femmes se promènent avec un magnifique bouquet et, manière de demander aussi la charité, viennent vous mettre une rose à la boutonnière. Toutes les maisons sont construites à quatre ou cinq étages et elles sont immenses. On voit généralement du linge séchant aux balcons, ce qui donne à la ville un singulier aspect

Mercredi, 13 mai. — Je me suis levé assez tard et j'ai passé la matinée au bateau, attendant M. Jacques. Même mouvement que la veille. On continue à venir nous offrir des bibelots. Toutes les barques amenant ces marchands appartiennent à une société ; elles sont au nombre de quatre à cinq cents. On paie 2 francs par voyage, aller et retour.

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