CHAPITRE TROISIÈME
Lundi, 6 juillet. — Rien de particulier. Température toujours bonne: 2 5° à la maison; c'est donc supportable, mais on transpire beaucoup, ce qui est un préservatif contre la fièvre.
Mardi, 7 juillet. — La journée se passe comme les autres. J'ai remarqué qu'à la police, on donnait une prime de 3 pesas ou 9 centimes à ceux qui amenaient un voleur. Le capitaine est rentré le soir à 10 heures, nous rapportant à chacun un havresac et une grande gourde.
Mercredi, 8 Juillet. — On est sur le point de partir. Le départ aura lieu le 10 juillet, je crois ; tant mieux, car il me tarde d'être en route. L'après-midi, nous avons reçu la visite de Tippo-Tip et de deux personnages de sa suite, dont son lieutenant, nommé Bab-Mahommed, qui est un arabe de la pire espèce
Ce jour, j'ai reçu votre lettre qui m'a comblé de joie. A plus tard la réponse.
Jeudi, 9 Juillet. — Le départ est fixé à demain. T^jj^i les Askaris ou soldats sont choisis, et tous les porï^s ont reçu leurs charges. Ceux-ci sont au nombre 416440, mais comme ils emmènent leurs familles aveoefux, la caravane compte plus de 1400 membres. /
Vendredi, JO Juillet. — La caravane est campée en dehors de la ville à l'endroit appelé Tchem-Tchem. Nos lentes sont dressées. Très curieux l'aspect du camp : un vrai bivouac. Les porteurs et les Askaris ont vite fait de se construire un abri avec des branchages de palmier ou du foin, ou une simple toile nommée méricani. Nous logeons encore ce soir à Bagamoyo, mais demain ce sera sous la tente.
Je suis toujours content et j'attends avec impatience le moment du départ.
Samedi, 11 Juillet. — La matinée s'est passée aux derniers préparatifs du départ. Le déjeuner à midi a été très curieux : plus de table ni de chaises, les nôtres étant déjà au camp. On mangeait assis sur des caisses. C'était comme un déménagement. L'après-midi, je suis allé au
yo ALEXIS VRITHOFF.
camp faire préparer mon lit et arranger le moustiquaire. Le soir, nous y avons dîné pour la première fois, ensuite on a fait de la musique toute la soirée.
Dimanche, 12 juillet. — J'ai passé toute la journée au camp. On est déjà habitué à cette vie de campagne ; inutile de redire que tout cela me va.
Le paysage du Tchem-Tchem est magnifique et tout à fait local. On se trouve dans un grand bois de palmiers, et je vous assure que c'est joli. Le soir, grand dîner à l'occasion du départ fixé à demain.
Bagamoyo, lundi, 13 juillet {^). Départ pour l'intérieur. — Le réveil sonne à quatre heures et demie. A cinq heures je suis sur pied, prêt à partir. Après avoir fait ma prière et pris une tasse de café, on se met en marche ; il est sept heures et demie.
En route donc pour le continent mystérieux !
Le pays, jusqu'au fleuve Kingani, est fort marécageux. On traverse six ou sept marais, ou plutôt des bourbiers. A neuf heures cinq minutes, on arrive en face de la rivière, que nous traversons au moyen d'un bac assez petit.
Nous campons à Mtoni, situé à une demi-heure du fleuve. En arrivant au camp, les tentes sont déjà dressées ; car un adjoint, M. Renier, faisant partie de la tête de la caravane, s'occupe de tous ces détails. En caravane, on marche tous l'un après l'autre et assez lentement.
J'oubliais de dire que, dans les marais, j'ai voulu monter l'ane, et cela allait très bien à quelques endroits où la boue est insignifiante ; mais arrivé sur un point où elle était plus profonde, la bête n'a plus su avancer au milieu du marais, ayant de la boue jusqu'au ventre. Par suite de l'arrêt subit de ma monture, je me vois
I. Le voyageur donne ici le tableau des 64 étapes à parcourir, savoir : 21 de Bagamoyoà Mpouapoua, 28 de Mpouapoua àTabora et 15 de Tabora à Karéma. Toutefois de Tabora on obliquera au S.-O. vers Karéma, sur le grand lac. C'est donc 64 étapes variables de 3 heures à 7 heures de marche, selon les éloignemeius des sources qu'il faudra atteindre. Mais comme on doit compter sur l'imprévu et les fatigues qui forcent souvent à faire un séjour plus ou moins prolongé dans certaines stations, c'est deu.\ à trois mois qu'il faut pour gagner le Tanganika.