‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 32 sur 94 · CHAPITRE TROISIÈME. 7I · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. 7I

projeté à droite dans la mare, mais heureusement je me jette dans les herbes, à gauche, là où il n'y avait qu'un demi-mètre de boue. J'étais arrangé de la belle façon, comme vous devez le concevoir. Riez si vous voulez.

Renier a eu une autre farce, dans ce marais ; il est tout à fait tombé dans la boue et en a eu jusque la ceinture. — Quant à mon âne, les soldats ont dû le porter hors de là, et je vous assure qu'il était propre : la tête jusqu'au cou avait aussi trempé dans la boue.

Le poste allemand, pour le passage du fleuve, est commandé par M. Bhandorff, qui a l'air malheureux. Il a déjeuné chez nous à Mtoni, et il semblait que depuis longtemps il n'avait assisté à pareille fête.

Pendant l'absence de M. Bhandorff, le passeur a frappé nos p agamis ou porteurs, qui, effrayés, ont fait chavirer la barque, et voilà toutes les charges à l'eau, au nombre d'une dizaine. On a pu en repêcher une partie, mais nous perdons à cet accident deux ou trois charges et deux fusils. On demande des secours à Bagamoyo, lesquels n'arriveront probablement que demain ; force nous sera donc de rester à Mtoni,

Mai'di, 14 juillet. — Nous rencontrons les excellents Pères du Saint-Esprit qui, de Zanzibar, vont, sous la conduite de Monseigneur de Courmont, faire une tournée près des missions de l'intérieur; ils n'ont que 14 porteurs. Nous déjeunons avec eux, et leur conversation pieuse et gaie nous fait passer quelques heures bien agréables. J'étais heureux de me retrouver avec ces courageux prêtres ,eux, bien plus que nous encore, exposent leur vie et leur santé pour une cause glorieuse, la conversion des pauvres nègres à la religion, qui seule peut donner le bonheur en ce monde et en l'autre.

Mercredi, 15 juillet. — Le départ était fixé pour cinq heures, mais on ne part qu'à six. Le capitaine va chercher le restant des porteurs. Nous voilà de nouveau en route, et vers neuf heures nous arrivons à M'Bikiro. Une demi-heure après, le capitaine arrive au camp avec les retardataires. Renier a fait l'avant-garde. Docquier et

moi, l'arricre-garde. L'après-midi je suis allé à la chasse, ce qui m'a bien diverli.

Température : 5 h, ^ matin, i5° ^2 ; — 2 h. aprèsmidi, ?i" ; — 8 h. soir, 20°,

Jeudi, 10 juillet. — On part pour Mbikili. Le village se trouve à une demi-lieue de la route : je dis route, mais en réalité ces chemins ne sont que de petits sentiers, ou py sintcs, comme on dit à Namur. Nous arrivons tous faligués à une heure après-midi ; les porteurs, refusant de marcher aussi vite que nous, campent à deux lieues de notre camp. Docquier forme l'arrièregarde, le commandant, Renier et moi, l'avant-garde. Près du campement, on trouve beaucoup d'eau, et de la bonne encore.

Vendredi, 17 Juillet. — Après avoir attendu en vain nos porteurs, nous partons à sept heures pour Msoua, où nous arrivons à deux heures après-midi, après une marche fatigante à travers la forêt. Les porteurs sont encore en arrière.

Samedi',' 18 Juillet. — A Msoua, les porteurs ne sont pas encore arrivés. On doit y rester pour les attendre ; il paraît qu'une dizaine se sont déjà enfuis.

Les chefs des villages des environs nous apportent en cadeau des poules, des œufs, de la farine de mais et de mtama et des quantités d'épis de mais, ce qui est excellent surtout lorsque l'épi est rôti. Le capitaine est ennuyé de ne pas voir arriver les porteurs.

Aujourd'hui, nous avons bu pour la première fois du pombé, reçu en cadeau.

Le pombé est une sorte de bière faite ayec le fruit du palmier ; elle est blanche, très épaisse et peut servir de levain.

Dimanche, 10 Juillet. — On reste encore à Msoua, attendant toujours les pagazis. A sept heures et demie, le Capitaine me charge d'aller à la recherche du chef de la caravane, resté en arrière avec les porteurs. Je le rencontre à neuf heures et je ne le lâche pas : je l'emmène aussitôt chez le commandant.

Le pays n'est pas aussi dangereux qu'on veut bien le croire en Europe ; je suis parti seul avec un de mes boys et j'ai été aussi tranquille que si j'avais fait une promenade sur le boulevard Léopold. Je n'ai pas encore rencontré d'animaux féroces, c'est regrettable. Il est vrai qu'il y en a, mais ils se tiennent cachés et fuient la présence de l'homme.

Le camp est établi sur une espèce d'éperon entouré d'eau. A la soirée et la nuit, il a plu à torrents, mais les tentes sont imperméables ; donc pas de danger d'être arrosé chez soi. 11 y a ici beaucoup d'eau ; du reste, l'on ne campe jamais qu'aux endroits où l'eau est saine et abondante.

Lundi, 20 juillet. — Le départ a lieu à sept heures pour Kisémo, oùU'on arrive à neuf heures et demie. Le camp est magnifiquement placé sur le versant d'une petite montagne entourée de bois. L'eau est encore ici en abondance. Nous avons reçu la visite de plusieurs chefs, entre autres le Simba Ouza. Ces chefs nous apportent en cadeau une chèvre, un mouton, des œufs, des poules, etc. ; mais en retour on leur donne de l'étoffe et des pagnes.

A cet endroit, les charges restant en arrière ne sont pas encore arrivées, malgré la promesse du chef de la caravane de venir camper tous les jours avec nous, et cela depuis Msoua. Renier est allé chercher quelques porteurs partis avec nous le matin, et qui étaient campés à mi-chemin de Kisémo.

Kisémo, mardi, 21 juillet. — Comme les charges ne nous ont pas encore rejoints, le capitaine a décidé de passer cette journée à Kisémo, et dès le matin, il part à la recherche du chef de la caravane et des porteurs ; il les amène tous à midi et demi. A partir de ce jour, on a dCi user de rigueur envers les petits chefs delà caravane et quelques pagazis et askaris. Le capitaine a rendu justice pour la première fois : plusieurs coupables ont reçu des coups de poings et de la chicolte. Le soir, un porteur se sauve ; les soldats le ramènent au camp et on lui met les menottes

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