CHAPITRE TROISIÈME
Température à trois heures après-midi : 29 ^°.
Mercredi, 22 juillet. — On part au grand complet à six heures et demie, et on arrive à Guéranguéré à onze heures et demie, après avoir passé à dos d'homme la rivière de Géringiri, laquelle a dix mètres de largeur et à peu près un demi-mètre de profondeur. On s'installe de l'autre côté de la rivière sur un joli petit plateau. On boit l'eau du torrent, qui est excellente.
En arrivant au camp, on trouve toujours pour se rafraîchir du thé chaud que fait préparer Renier, qui se trouve à la tête de la colonne.
Le capitaine forme l'arrière-garde. Docquier et moi, formons le gros de la caravane, mais je me trouve presque toujours avec l'arrière-garde. Notre rôle se borne à faire avancer les porteurs et au besoin les forcer à marcher ; on doit souvent se servir du bâton, car nous sommes décidés à faire loger nos porteurs (et nous saurons les pousser) chaque soir à notre campement, sinon ils traîneraient comme des fainéants.
On a commencé ce soir à placer quelques sentinelles ; mais cela n'est pas nécessaire : le pays est tranquille ; la végétation est magnifique, toujours abondante. On traverse çà et là des roseaux ou plutôt des forêts de roseaux de trois à quatre mètres de hauteur.
La santé et l'appétit sont toujours excellents. J'ai pris un bon bain de rivière.
Jeudi, 23 juillet. — Le départ s'est effectué à six heures et demie pour Janguéjangué, où l'on arrive à onze heures et quart. Toujours la même besogne en route : presser les p agamis ou porteurs. Le paysage est de plus en plus joli, on traverse de grands bois et des forêts. La route a été assez fatigante, car on n'a fait que gravir des montagnes et en descendre, et le sol était couvert de pierres, A un endroit, on a aperçu deux montagnes faisant partie d'une chaîne dont le sommet paraissait être dans les nuages. Nous les verrons de près probablement demain, car nous marchons dans cette direction.
L'eau n'est pas très bonne ici ; aussi on ne la boit que bouillie.
76 ALEXIS VRITIIOFF.
Mîkessé, vendredi, 24 juillet. — Nous avons quitté Janguéjangué à cinq heures quarante-cinq pour nous rendre à Mikessé, où nous sommes arrivés à dix heures du matin. La marche a été pénible, car on a encore gravi nombre de montagnes que naturellement il a fallu redescendre. Nous traversons plusieurs petites chaînes de montagnes. Le camp est bien établi. L'eau est abondante, mais elle laisse une âcreté sur la langue. Demain, nous ferons une bonne marche de six heures, en marchant d'un bon pas ; mais comme je fais partie du gros de la caravane, il me faudra sept ou huit heures pour faire le trajet.
L'endroit où nous sommes campés est magnifique; on est entouré de bois et de beaux champs de mtama. Le ratama atteint ici trois et quatre mètres de hauteur.
Samedi, 25 juillet. — Départ de Mikessé à 5 heures du matin pour arriver à Simbabouéné à 1 1 heures du matin. Ce dernier endroit est superbe ; on se trouve au pied de la grande chaîne de montagnes dont je parlais avant-hier et dont le sommet se trouve réellement dans les nuages. C'est une véritable Suisse, sauf que les chalets sont remplacés par des huttes. Le camp est établi à hauteur du village gouverné par une femme, nommée Simba. L'après-midi, nous avons été visiter le village et nous avons pu voir la Reine, qui est une grande et forte femme, mais assez âgée ; elle a bel air. On est venu nous offrir, comme échantillon, du caoutchouc retiré d'un arbre, que l'on trouve en grande quantité à cet endroit. Quel pays magnifique ! On ne peut se lasser d'admirer les sommets des montagnes, dont l'aspect change à chaque instant. La nuit, on a eu du grand vent.
Morogoro, dimanche, 2G juillet. — Je suis parti de Simbabouéné à sept heures et demie du matin, et à onze heures et demie j'arrivais à Morogoro. Même paysage qu'à Simbabouéné. Le village est administré par le roi Kingo, frère de la reine Simba, lequel nous a lait plusieurs cadeaux.
L'après-midi, je suis parti avec Renier chercher le commandant, qui était allé dîner à la mission du Saint-