CHAPITRE QUATRIEME
lOI
Le lieutenant Sigl, chef des forces allemandes à Tabora.
(D'après une photographie du capitaine Jacques. Gravure
extraite du Moiiveme7it antiesclavagiste)
I02 ALEXIS VRITHOFF.
Dimanche, 20 septembre. — J'ai déjeuné à midi chez M. Sigl, commandant de Tabora. En réalité, il n'est pas officiellement à la tête de celte localité. Il y a 5 ans, il a été envoyé en expédition dans l'intérieur de l'Afrique, et principalement au lac Victoria Nyanza, pour voir l'état des populations et essayer d'occuper Tabora. Il y a réussi, et au mois de janvier dernier, il prenait possession de cette ville, où il s'installait comme commandant provisoire, en attendant que le gouvernement allemand nomme un commandant définitif. A la date de ce jour, il n'a encore rien reçu sous ce rapport et il craint fort de ne pouvoir tenir encore longtemps, par suite des intrigues des Arabes. C'est imprudent de le laisser dans cette situation. Il serait tué depuis longtemps si l'on ne craignait l'expédition allemande, qui doit se faire bientôt. M. Sigl n'a avec lui que 80 soldats tout au plus et un petit canon; il nous disait que si dans deux mois, le commandant nommé par le gouvernement n'arrive pas, ou s'il ne reçoit pas quelques centaines de soldats bien armés, il quitte Tabora et rentre en Europe. A son arrivée dans l'intérieur, il avait deux sous-officiers blancs : l'un a été tué dans la guerre dont je parlais le 7 septembre, et il a dû renvoyer à la côte le second, qui était malade.
Je vais dire maintenant quelques mots de Tabora. La ville est commerçante et gouvernée par un sultan ou vali, du nom de Sed Bed Rachid ; mais il gouverne de concert avec le commandant allemand, lequel a tout à dire. Il existe à Tabora un marché dans le genre de celui de Bagamoyo; c'est le premier marché que l'on rencontre depuis la côte. L'argent n'y a pas cours, comme du reste dans tout l'intérieur de l'Afrique ; on paie au moyen d'élofles appelées méricani, satini et kaniki, etc. ; c'est donc en quelque sorte un échange de marchandises.
Tabora se compose d'un grand nombre de tembés et de huttes, disséminés çà et là et entourés de jardins et de petits champs de pommes de terre ou de manioc ; il y a de grands chemins formant les rues. La population est très mêlée, car elle se compose d'arabes et de nègres