‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 48 sur 94 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

venant de la côte et de l'intérieur. On fabrique ici beaucoup d'excellent pombé, ou bière du pays. Cette boisson est faite avec du moutama (sorte de grain) et, parce qu'elle fermente très fort, on s'en sert comme levure pour le pain. Nous mangeons du pain fait avec de la farine de froment cultivé dans le pays ; mélangée avec de la farine de moutama, elle fait un très bon pain de couleur grise.

Je puis vous donner ici les dernières nouvelles d'Emin Pacha, qui est un peu fou, dit-on : il veut aller reprendre l'ivoire qu'il a laissé dans son ancienne province, appartenant maintenant aux Anglais, et il paraît qu'un colonel anglais est à ses trousses avec 600 soldats et un canon Maxim.

Lundi, 21; Mardi, 22, et Merci'edî, 23 septembre. —

Continué les préparatifs du départ fixéau 24 septembre. Je vais vous conter ici des choses que beaucoup ignorent en Europe.

N'est-ce pas imprudence de la part du gouvernement allemand de vendre de la poudre et des fusils aux Arabes et aux indigènes, car cette poudre et ces fusils serviront un jour contre eux.

Combien de fois, à Bagamoyo, n'avons-nous pas vu partir des caravanes chargées de tonnelets de poudre ? Tous les jours il en partait. Une seule caravane en emporta 8250 livres; les Anglais agissent de la même façon, et il existe entre ceux-ci et les Allemands une concurrence à outrance pour la livraison de la poudre. Les Anglais écoulent la poudre sur le marché de Mombaza. Dans le Maniéma, il y a beaucoup de fusils et de poudre : c'est là le quartier général des Arabes, et c'est là que, s'ils y sont contraints, ils joueront leur dernier atout, lorsqu'ils se verront pourchassés.

C'est, je crois, dans les environs que le capitaine Jacques va précisément établir son poste. Tippo-Tip a vendu à Emin Pacha et à son expédition 5 0000 capsules ; ce sont donc les Arabes qui fournissent des munitions aux Européens !

Par cette manière d'agir, le gouvernement allemand

I04 ALEXIS VRITHOFF.

trouve un moyen de se faire de l'argent, et si les commandants de Mpouapoua et de Tabora font des observations à ce sujet, le susdit gouvernement leur répond qu'on ne peut pas empêcher le commerce. Fameux commerce, va! Aussi, les Allemands verront-ils dans quelques années leur colonie dégringoler, car elle ne leur rapporte absolument rien ; elle ne rapporte pas même de quoi payer leurs agents. D'ici à quelque temps, il y aura encore un soulèvement comme cela a eu lieu à la côte, il y a deux ou trois ans. Cela n'arriverait pas si l'on ne fournissait pas des armes et de la poudre au pays (i).

I. Cette prévision ne s'est que trop réalisée : un an après, en 1892, le soulèvement des Arabes se manifestait partout dans les régions centrales.

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