‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 54 sur 94 · CHAPITRE CINQUIÈME. II · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. II

longueur, elle s'étend, dit-on, jusqu'au Maniéma. On voyait au loin, dans cette plaine, de nombreux troupeaux d'antilopes ; c'est par centaines qu'on les comptait. Plus loin, dans la brume, on voyait de hautes montagnes dont le pied se baigne certainement dans le lac Tanganika. La vue de ces montagnes nous réjouit, car on se sent près du but.

Après avoir traversé la plaine, qui est toute couverte d'eau au temps de la massica (saison des pluies), on marche encore jusque midi et on campe près du village de Kamba. Là, deux Arabes viennent à notre ren.contre au milieu du village, nous offrent de l'eau... sucrée, s'il vous plaît, et nous font cadeau de plusieurs canards. Nous campons dans un champ, auprès d'une rivière desséchée, mais où il y a encore de l'eau excellente, à certains endroits.

On trouve ici beaucoup de traces d'éléphants.

Jeudi, 15 octobre. — Départ à cinq heures quarante. On ne marche plus, on vole. On fait la traversée d'un pori pour arriver aujourd'hui à Karéma. Le chemin, excellent au départ, devient bien mauvais: le sol est fort rocailleux. On marche, on marche toujours. On escalade des montagnes, puis on descend dans une plaine. Vers onze heures, on passe à côté de plusieurs villages de construction assez récente. Le commandant tue une antilope, dont nous emportons un gigot pour les missionnaires.

Vers deux heures, on escalade encore une montagne, et, arrivé au sommet, que voit-on ? Une nappe bleue se dessine au loin, c'est le lac Tanganika II

Nous nous arrêtons et en choeur nous crions: hourrah Tanganika ! comme c'est la coutume, du reste.

Voilà donc le fameux lac vers lequel nous nous acheminions. Nous le tenons enfin. Après avoir traversé une plaine et contourné une seconde montagne, c'est comme un coup de théâtre: nous nous trouvons à quelques pas de la mission de Karéma. Les Pères viennent à notre rencontre, nous accueillent avec joie et nous demandent des nouvelles de notre voyage.

Aussitôt après notre arrivée, les Pères nous font dînci .

Il6 ALEXIS VRITHOFF.

Nous mangeons du poisson venant du lac, et buvons de l'eau du lac. Cette eau est claire comme du cristal et d'une fraîcheur remarquable. Nous sommes toujours sûrs de ne pas mourir de soif. Le capitaine Stairs est encore à Karéma, où il est arrivé depuis deux ou trois jours ; nous avons donc lailli le rattraper encore une fois en route.

Voici quelques mots sur Karcma-

La mission de Karéma est dirigée par les Pères blancs d'Alger. Ils occupent et entretiennent l'ancien fort, construit d'abord par le capitaine belge Cambier, en 1879, et achevé par le capitaine Storrns, en 1882. C'est un grand tembé (village) entouré de hauts murs et pouvant servir de citadelle. C'est là que nous demeurerons, en attendant que nous puissions traverser le lac. La caravane arrivant demain, nous remiserons nos charges dans une grande salle.

Samedi, 17 octobre. — La caravane est arrivée ce matin, et toute la journée nous avons arrangé et vérifié les charges. Les Pères sont très aimables et font tout pour nous être agréables. Ce qui nous fait aussigrand plaisir ici, c'est d'entendre sonner r.4/2^e/z/5,- la cloche rappelle le pays, le Bon Dieu et la très sainte Vierge; c'est si rare en Afrique.

Dimanche, 18 octobre. — Nous avons été à la messe le matin, et à la chasse l'après-midi. Le commandant me dit que je partirai par le premier bateau, car le capitaine Joubert a absolument besoin de quelqu'un immédiatement.

Je serai donc \t premier de l Expédition qui traverserai le lac et je vais entrer de suite en fonctions. La traversée se fait au moyen de grandes barques, d'une seule pièce, taillées dans un arbre. Nous disposerons de plusieurs barques dont deux appartiennent au capitaine Joubert, et deux à la mission de Karéma. Pour arriver à Mpala, la traversée dure une bonne dizaine d'heures par un vent favorable; sinon il faut 2 ou 3 jours. La barque est à voile et contient 2 pilotes et 12 rameurs.

Voilà deux ans que le capitaine Joubert a quitté

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