CHAPITRE CINQUIÈME
Mpala pour habiter Saint-Louis de Mirumbi ; c'est le nom qu'il a donné à son fort. Il est marié depuis bientôt quatre ans et il y a douze ans qu'il est venu en Afrique pour la première fois. A Mirumbi, le capitaine Joubert a deux villages à gouverner. Nous avons appris qu'il a été attaqué par les Arabes il y a huit jours, et que le soulèvement s'est arrêté à la nouvelle de l'arrivée de notre expédition.
Hippopotames et Crocodiles.
Lundi, 19 octobre. — Me voici donc à Karéma et sur le point d'occuper le poste que m'a assigné la Société antiesclavagiste. Je pars demain vers 6 ou 7 heures du soir, pour arriver le lendemain matin à l'autre côté du lac. Nous allons donc commencer à travailler et à rassurer les populations. Il paraît que sur le territoire du capitaine Joubert, il y a beaucoup de réfugiés qui ont fui devant les rafles des Arabes. A Karéma, il y a plus de
Il8 ALEXIS VRITHOFF.
400 enfants à la mission : tous ont été rachetés par les missionnaires.
Je dois ici fermer ma lettre ('), car le bateau va partir. Priez pour moi. Votre fils affectionné ALEXIS VRITHOFF.
XI^ Lettre p)
Saint-Louis de Mirumbi.
Mardi, 20, et mercredi, 21 octobre. — J'ai quitté Karéma le mardi à 7 h. ^ du soir, et après une bonne nuit, j'arrive le lendemain vers une heure après midi à la baie des Crocodiles, où l'on stationne pour manger et se reposer Jusque 6 heures du soir ; puis, en route pour Saint-Louis de Mirumbi. — Les rameurs chantent toujours en ramant, et la barque en contient une douzaine, plus un certain nombre de soldats du capitaine Stairs.
Jeudi, 22 octobre. — Après avoir bien dormi au bateau, le matin j'aperçus la demeure du capitaine, et, à côté, son village appelé Saint-Louis. A g heures je débarque sur la plage avec toutes mes malles. J'ai fait vite transporter mes bagages par des hommes que le capitaine Joubert m'envoyait. La caravane de Stairs est ici campée; bientôt elle se remettra en route pour le Katanga.
MM. Bodson, de Bonchamps, et le docteur Moloney me reçoivent sur la plage, et aussitôt je me mets en route vers la demeure du capitaine, située à un bon quart d'heure de la plage.
En chemin, je trouve le brave capitaine Joubert qui venait à ma rencontre, ayant appris qu'un Européen avait débarqué. Malgré ses 5o ans, il est encore bien vert, mais on voit qu'il est beaucoup usé par son long séjour en Afrique. Je m'installe donc chez lui; il est d'une gentillesse hors ligne : du reste, c'est un Français, c'est
1. Lettre de 40 pages contenant 3 photographies. Datée de Mirumbi, 20 décembre 1891 et déposée à Bagamoyo, le 21 mai 1892, elle est arrivée à Namur le 22 juin 1892.
2. Cette lettre d'Alexis Viithoff commençait par des détails que nous reporterons plus loin afin de suivre l'ordre chronologique.