CHAPITRE SIXIÈME
Mercredi^ 18 novembre. — Nous voilà en route à 7 h., accompagnés de quelques fusils et de porteurs de lances, qui se sont joints à nous. Après avoir parcouru une vallée sur les bords d'un ruisseau, nous arrivons à 9 h. dans un petit village de construction récente et à peine achevé: il ne porte pas même de nom.
Il était temps d'arriver, car un orage éclate et il pleut à torrents. C'est ici que Loukongwé doit me rejoindre, ainsi que les soldats du capitaine Joubert, partis il y a quelques jours. Loukongwé est envoyé de Mpala.
A 10 h. celui-ci arrive, et je trouve Joseph, un enfant de la mission de Mpala. comn»e interprète. Après la pluie, qui se termine à 1 1 h., on se remet en route et après avoir parcouru un pays désert, on arrive à 3 h. après midi, à Msoni, village abandonné et entouré d'une forte enceinte en bois. Nous resterons campés ici demain pour permettre aux hommies de se reposer.
Nous sommes à proximité de chez Mkali, chef d'un village que Kipoka a voulu attaquer. Je fais mes efforts pour que Mkali me donne quelques hommes armés de fusils pour aller battre après demain Sikalindé et, à cette fin, je lui fais dire de venir au camp. Mes envoyés rentrent le lendemain matin avec des chèvres que Mkali donne, et disent que celui-ci prétend ne pas avoir le temps de venir chez nous, parce qu'il est occupé à ses cultures. En un mot, il ne veut pas nous aider. — Les gens de Kabengué nous accompagnent.
Jeudi, 19 novemb7~e. — La guerre. — Les Askaris ont dansé et joué du tambour toute la journée, et cela afin de se délier les jambes pour le combat de demain ; tous paraissent bien décidés à se battre ; du reste, je saurai les y contraindre et j'ai menacé de mon revolver tous ceux qui voudraient fuir. Ils sont encouragés, maintenant que je les accompagne, car ils étaient abattus depuis l'échec de l'autre jour.
L'après-midi, deux musiciens du village de Mégabé donnent un concert et exécutent une danse en mon honneur : je les remercie en leur donnant un morceau d'étoffe d'une valeur de 5 fr. A la soirée, on rassemble tous les
hommes pour compter le nombre de fusils; j'ai 184 guerriers, plus une centaine de sauvages armés de lances et de flèches.
Nous voyant assez forts, je décide d'aller attaquer demain Sikalindé et, après lui, Kipoka. Très tard dans ia soirée, Mkali m'envoie encore une chèvre et fait dire qu'il nous suivra avec des hommes, mais je ne crois pas à sa parole, car le matin il avait dit qu'il défendrait Sikalindé et que, du reste, il n'était pas encore l'homme du capitaine Joubert, puisqu'il n'avait pas encore fait sa soumission.
Ce n'est rien: il la fera, et en retournant, nous passerons chez lui et nous le punirons.
Vendredi, 20 novembre. — Marche contre Sikalindé. A 6 h. du matin, on quitte Msoni. A 10 h. yÇ, on arrive auprès du village de Sikalindé. On ne voit que quelques indigènes se sauvant dans la montagne. Cependant on nous crie que nous serons tous tués aujourd'hui; je réponds: cela n'est pas certain!
Le village à attaquer se trouve sur une montagne, et pour y parvenir, il faut gravir longtemps.
Pour qu'on ne soit pas surpris, je fais former trois groupes marchant séparément, et tous à la file. Les trois groupes se mettent en route, distancés l'un de l'autre de 1 5o mètres environ. Je me tiens dans le groupe du milieu, en me faisant précéder des réserves, des munitions et de mes bagages. A 1 1 h. nous nous installons chez Sikalindé, qui s'est sauvé avec ses gens dans les montagnes.
Victoire trop facile, car on n'a encore tiré aucun coup de fusil. On nous crie de loin que Kipoka doit arriver pour défendre Sikalindé, et que celui-ci refuse de se battre (pour une bonne raison, il sait bien ce qui lui arrivera) ; nous attendons Kipoka de pied ferme, et, s'il ne vient pas, j'irai le trouver dans son village, à quelques jours de marche d'ici.
Donc en l'attendant, je fais préparer mon déjeuner, qui me paraît excellent: un bon morceau de viande avec du manioc et des patates, du pain et de l'eau en quan-