CHAPITRE SIXIÈME. I^I
A midi, nous nous installons au village de Jamsinga pour passer la nuit; ce village est encore entouré de montagnes.
Notre campement n'est pas éloigné du village de Kitendoné ('), un grand chef aussi.
J'ai demandé plusieurs femmes du village, et je les occupe à piler du maïs. J'envoie cinq Askaris chezKitendoué pour lui faire réclamer à Sikalindé les fusils du capitaine, mais il refuse, car il craint Kipoka. Il a promis devenir demain au camp de Jamsinga, où nous resterons pour faire des vivres avant d'aller chez Kipoka, attendu que celui-ci souffre de la famine.
Lundi, 23 novembre. — A i h. de l'après midi, sans être avertis, nous essuyons une attaque de Kipoka.
L'avant-garde, portant le drapeau arabe : rouge et blanc, n'est plus qu'à quelques centaines de mètres du village. Je m'équipe aussitôt et je lance les Askaris sur les assaillants. Après quelques coups de feu, tirés de part et d'autre, les gens de Kipoka se sauvent, toujours poursuivis par mes hommes. J'aurais pu tirer sur le porte-drapeau, mais je craignais de toucher un des miens qui se trouvait derrière lui. Les hommes lancés à la poursuite rentrent vers 3 ou 4 h., me disant que Kipoka se trouvait lui-même au-dessus de la montagne avec nombre de soldats et qu'il avait aussi pris la fuite.
Voilà donc déjà deux fois qu'il est repoussé, et je ne doute pas du tout de pouvoir le battre définitivement chez lui. Le soir, Kitendoué m'offre d'être l'homme du capitaine ; il nous envoie deux chèvres et me présente même des soldats pour combattre Kipoka; je n'ai nullement confiance dans ces hommes, et les niamparas étant du même avis, je les refuse, tout en acceptant les chèvres. On me dit que Mkali est l'allié de Kipoka.
Mardi, 24 novembre. A 6 h. ^ du matin, on allait quitter le camp, lorsque Kitendoué, qui certainement craint notre voisinage, envoie encore trois chèvres. On se met en marche à 7 h. ^-^ ; encore des montagnes,toujours
i. Rappelons qu'en Afrique on donne gënéralcmei-t aux localités le nom du ''liel indigène qui y commande.
des montagnes. Pour ne pas nous embarrasser des cinq chèvres, je les envoie chez Tumbika,afin de les reprendre en retournant chez le capitaine, mais voilà qu'une heure après nous apprenons qu'elles ont été prises par Mkali. Les niamparas veulent qu'on se rer\de chez lui, mais je trouve que pour le moment, il vaut mieux attaquer Kipoka; plus tard nous pourrons aller dire bonjour à Mkali.
Nous continuons notre route. A 9 h. 5+ nous rencontrons un village que Kipoka venait de construire pour se rapprocher du lac; on trouve là quelques poules: je m'en paie une pour dîner. A i h. nous nous installons dans un village situé sur le versant d'une montagne, à quatre kilomètres du village qu'habite Kipoka, qu'on attaquera demain.
Tout va bien jusque la nuit,' mais on voit circulci sur les montagnes des bandes de Kipoka. A minuit, on tire deux coups de feu sur nos soldats qui couchent en plein cir. Aussitôt je me lève et saisis mon fusil, prêt à casser la lête au premier ennemi que je rencontre. Mes Askaris entrent dans ma hutte, nïempêchant de sortir, mais j'ai voulu aller voir ce qui se passait. C'est encore Kipoka qui nous attaque, et quelqu'un nous crie que celui-ci nous attend. C'est très bien. Demain nous irons le trouver, et il me faut sa tête.
J'envoie des patrouilles dans les environs du village pour prévenir une nouvelle attaque, et on veille jusqu'au matin. Pour moi, je me recouche tout équipé, mais toutefois sans dormir.
Mercredi, 25 novembre. — Bataille et victoire. C'est donc aujourd'hui \c grand jour, où Je vais au feu pour de bon.
En route à 6 h., nous apercevons à 7 h., après avoir gravi une rude pente, des gens de Kipoka qui nous provoquent; ils prennent la fuite, après que, sorti des rangs, ;e leur ai tiré un coup de fusil p-îur rire. Ils n'aiment pas de voir un Européen leur faire la guerre ; ils en ont la venette d'avance.
Nous voilà donc devant le villagede Kipoka, barricadé