CHAPITRE SIXIÈME
et pavoisé à foison de nombreux drapeaux, les uns rouges et blancs, les autres tout blancs. On voit que Kipoka se dispose à la résistance. On attaque vivement, et après une demi-heure de vive fusillade, je pénètre à l'intérieur, où la mêlée devient générale.
J'en ai entendu siffler des balles ! certainement on tirait sur moi. Dans ce pays, on tire toujours sur les chefs, car l'on sait que lorsqu'ils sont atteints, les soldats fichent le camp. Je me trouvais avec Lakongwé, Pondéra et l'interprète sur une petite hauteur dominant le village, et là, nous faisions le feu à 200 mètres environ: Je vis une dizaine de soldats défendant la porte d'entrée, lesquels, après avoir tiré à bout portant sur mes hommes, se retiraient pour recharger leurs armes, toutes à baguette, dans des tranchées pratiquées à l'entrée. De la sorte, ils pouvaient se soustraire aux coups de fusils tirés par mes hommes qui étaient aux portes ; mais à nos coups de fusils, tirés de haut et du dedans, ils ne purent se soustraire et furent exterminés.
Au village, nous trouvons beaucoup de chèvres, 4 barils de poudre, des fusils et deux pointes d'ivoire, ainsi que beaucoup d'étoffes. Je me suis payé 2 chèvres et 3 bracelets en ivoire, bracelets que je conserve pour mes sœurs.
La poudre, les fusils et l'ivoire reviennent au capitaine Joubert, tandis que les chèvres et les étoffes reviennent aux Askaris. Kipoka croyait bien pouvoir nous battre, puisqu'il a laissé tous ces objets chez lui : ordinairement, on cache tout cela dans les environs.
Kipoka est tué. -r- Enfin une vingtaine d'Askaris qui avaient poursuivi les vaincus m'apportent la tête de Kipoka, en disant qu'il était tombé, blessé à la jambe par un de mes hommes de Saint-Louis. Je félicite celui qui a fait ce coup de maître. Tout le monde est joyeux ; ce ne sont que des cris, des danses, des chants de triomphe. Nous avons encore un butin de 10 fusils, y compris celui de Kipoka.
Décidément, j'ai de la veine d'avoir pu faire tuer le chef.
Voilà donc une belle pierre hors du chemin et un es-
clavagiste de moins. — Comme le capitaine Joubert sera content en apprenant cette victoire ! aujourd'hui ses gens sont vengés de leur échec de l'autre jour, car il paraît que c'est Kipoka qui les avait battus, et celui-ci ne cessait de dire qu'il était plus fort que le capitaine Joubert. Aussitôt entrés dans le village, nous arrachons les drapeaux, et je fais hisser les nôtres au sommet des huttes, le plus haut possible.
L'après-midi, on a procédé au partage du butin : rien que les étoffes, le sel, le tabac et autres objets insignifiants, puisque, comme je l'ai dit plus haut, le reste revient au capitaine. Le reste de la journée, on a dansé, chanté et joué du tambour. Cette journée ne nous coûte que 2 blessés, qui, j'espère, seront bientôt guéris. A ce que nous avons vu, tout le village était entouré de tranciiées.
Jeudi, 2G novciiibre. — Toute la nuit, nos gens ont encore brûlé de la poudre. Ma mission est terminée ici ; je vais maintenant aller voir ce que Mkali et Kitendoué pensent de tout cela ! Je quitte Kipoka à 7 h. du matin pour arriver à Tumbika vers i h. après midi. Pendant presque tout le trajet, nous avons essuyé un orage et une forte pluie qui rendait la marche difficile et avait changé le sentier en un véritable ruisseau.
A Tumbika, Mkali nous renvoie les 5 chèvres qu'il avait volées, et je lui commande d'en envoyer 10 au très à litre d'amende. Je suis certain que ces 10 chèvres seront ici demain. Je lui ai aussi lait dire qu'il se tienne désormais tranquille et ne se mêle plus d'ennuyer les gens du capitaine. Son envoyé faisait une tête !
Vendredi, 27 novembre. — Hier, on a fait demander à Kitendoué, comme tribut de guerre, 10 chèvres et 3 étoffes de couleur, A 6 h. ^du matin, il envoie, par son fils, n'osant pas venir lui-môme, 4 chèvres et 4 moutons et dit ne pas avoir d'étoffes de couleur. Il ment, et je lui réclame 1 5 chèvres, à raison de 5 chèvres par étoffe. Comme je ne veux pas attendre ici plus longtemps, je lui fais dire de les mener chez le capitaine Joubert.
Mkali s'est empressé de grand matin d'envoyer les 10 clièvres demandées.