‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 65 sur 94 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Vendredi, 12 décembre. — Je remarque aujourd'hui au thermomètre 21° à 4 h. du soir. Il est vrai qu'il a plu toute la journée. On a environ 4 mois de pluie. Nous buvons l'eau d'un ruisseau qui coule près du boma; aux environs, il y a même plusieurs ruisseaux qui coulent toute l'année; l'eau est claire et fraîche ; de temps en temps, j'y prends un bain.

Dimanche, 13 décembre. — • Le capitaine est rentré de Mpala au quart avant minuit ; il n'a pas vu le commandant, qui n'est pas rentré de son voyage de Mtowa.

Lundi, 14 décembre. — Kitendoué envoie les i5 chèvres que je lui avais demandées, lorsque j'étais en expédition.

Mardi, 15 décembre. — On me dit queMkali est menacé d'être battu par Sikalindé.

Jeudi, 17 décembre. — Nous recevons un courrier de Mpala nous apprenant que le commandant est rentré lundi soir. Il a décidé de s'installer chez le chef Kataki, entre la rivière Lukuga et Mpala. Il y a là un poste arabe de Kahenguéré, qui va probablement déménager lors de son installation. Il ne peut aller à Mtowa, tant il y a de postes arabes, et il ne pourrait habiter là sans être continuellement en guerre, car Mtowa est le point de départ de plusieurs routes de caravanes.

Samedi, 19 décembre. — Le capitaine est retourné ce matin à Mpala. J'aurais pu l'accompagner, si je n'avais eu à soigner les deux blessés démon expédition.

Dimanche, 20 décembre. — On attend de jour en jour le bateau de Mpala, qui est allé conduire le P. Coulbois au sud du lac, et nous aurons ainsi des nouvelles de Karéma et peut-être des nouvelles d'Europe, car je n'ai encore rien reçu depuis Bagamoyo.

Le capitaine Jacques a acheté le bateau le Jiisufu, ou Saint-Joseph, qui appartenait aux Pères de Karéma. Il a aussi une autre barque nommée le Slorms. Mkali renvoie un fusil Remington, qu'il a pu obtenir de Sikalindé ; il fait accompagner son envoi de 5 chèvres.

[38 ALEXIS VRITIÎOFF.

= XII- Lettre

St-Loids de Alirumbi, le 21 décembre 1891. Mes chers Parents,

Je regrette beaucoup de n'avoir pu profiter du passage du P. Coulbois, de la mission de Kibanga, chez le capitaine Joubert, pour lui remettre une lettre qui vous aurait donné de mes nouvelles beaucoup plus tôt, et cette lettre vous serait certainement parvenue, car ce Père retourne en Europe pour motif de santé, tandis que la présente lettre, Je ne sais si elle parviendra à destination.

Je commencerai par vous dire que je me porte toujours bien, sauf que J'ai attrapé quelques clous, mais ils passeront bien vite, car les légumes commencent à pousser et J'en mangerai beaucoup. Je passe le temps à faire un peu de menuiserie, et imaginez-vous que j'enfile des perles! Comme nous avons apporté au capitaine Joubert quantité de belles perles, pour les vendre il faut qu'elles soient enfilées, car les indigènes en font des colliers et des bracelets; ensuite, pour les compter, c'est plus facile. On est en Afrique pour enfiler des perles!

Je me suis arrangé une belle chambre, Je l'ai ornée d'un Christ, de cartes d'Afrique, etc., et aux fenêtres, j'ai mis des rideaux d'étoffe de Bombay.

Je me plais toujours bien, et l'Afrique me tente beaucoup ; je ne vais Jamais aussi loin que je voudrais, et cependant j'ai circulé dans le Marungu, à cinq jours de marche de chez le capitaine, lorsque je suis allé en expédition.

Ce qui me plaît surtout, c'est l'indépendance dont on jouit en Afrique : on peut aller où l'on veut; si on désire sortir pour chasser, on n'a que la peine de prendre son fusil, tandis qu'en Europe il faut un permis. Dans un village, si Je veux une poule. Je la demande et on me la donne ; si Je demande des œufs, on s'empresse de me les apporter. La liberté, le grand air, vous savez que tout

I. Cette XII« lettre était destinée à annoncer l'envoi du journal et devait être remise au P. Coulbois. Nous la ferons suivre de la relation des derniers événements, qui ont eu lieu du 20 décembre 1891 au 20 mars 1892.

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