‹ Alexis Vrithoff, compagnon des capitaines Jacques et Joubert au lac TanganikaChapitre 71 sur 94 · CHAPITRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME

Mort glorieuse d'Alexis Vrithoff.

Le télégramme de Zanzibar. — Lettre du capitaine Jacques : la mort sur la brèche. — Lettres du R. P. de Baert, de Mpala, et du R. P. Marquez, pro-vicaire apostolique du Tanganika. — Eloges du défunt. — Services funèbres. — Cher enfant !

On vient de voir comment se terminait la dernière lettre de notre jeune héros, écrite le 20 mars, et annonçant dajîs lin mois d'autres nouvelles ! Il espérait sans doute donner bientôt des nouvelles propres à réjouir la famille, qu'il avait laissée en Europe dans l'anxiété !

Mais l'homme propose et Dieu dispose !

Le mois ne s'était pas écoulé, qu'une mort aussi cruelle que glorieuse coupait court à ses projets : une nouvelle de tout autre nature partant du fond de l'Afrique, mettait deux mois à parvenir à Zanzibar, d'où le câble télégraphique la transmettait au Conseil-Directeur de l'Œuvre antiesclavagiste de Bruxelles :

Zanzibar (via Malte), 20 juin 1892.

« Vrithof tué dans un combat. Lukuga, 5 avril. « Détails par lettre suivent. »

« Jacques. »

Lettre du capitaine Jacques, à Monsieur Vrithoff, père.

Albertville, le 12 avril 1892.

Monsieur,

Nous venons d'être cruellement frappés, vous et moi.

Vous savez à quels hasards la vie en Afrique expose journellement l'existence de ceux qui ne craignent pas de l'affronter. Votre fils avait parfaitement résisté jusqu'à ce jour aux assauts de la fièvre et aux divers malaises que font éprouver à tous les Européens le brusque changement de milieu et la modification dans le régime.

Dieu qui l'avait si bien gardé jusqu'à ce jour réservait pour lui la palme des héros.

Alexis s'est vaillamment comporté dans une première campagne qu'il a menée avec succès dans le Marungu : le capitaine Joubert le signalait comme un brave. — Brave, il Vêtait certes, trop peut-être, car il vient encore de le montrer en accourant au premier appel au secours d'Albertville menacée.

Malade moi-même et pas en état de supporter les fatigues d'une expédition, j'ai envoyé Alexis avecDocquier sous la conduite de M. Renier pour repousser une bande esclavagiste qui s'était ruée sur nos protégés et menaçait la station même.

Il aurait fallu voir, la veille de l'action (4 avril), combien ces braves enfants étaient heureux de se retrouver réunis encore une fois, séparés qu'ils étaient depuis le jour où j'avais dû détacher votre fils à Saint-Louis (Baudouinville), comme adjoint de M. Joubert.

Toute la soirée nous avions gaiement devisé sur les diverses passes que nous avions traversées, et sur nos projets d'avenir. — Nous avions causé un peu de notre futur retour au pays que nous ne mettions pas en doute en ce moment ; tous étaient sans souci sur l'affaire qui devait avoir lieu le lendemain et qui a eu une si fatale issue. Moi-même je ne croyais guère à la possibilité d'un échec, avec 100 hommes bien armés et approvisionnés, conduits par 3 blancs résolus.

Néanmoins comme les balles sont aveugles et que la moindre expédition offre toujours du danger, j'avais recommandé à mes enfants de ne pas s'exposer inutilement sur la ligne de feu et de rester derrière leurs hommes avec quelques soldats choisis comme gardes de corps.

C'est ce qu'ils ont fait au début, mais dans la chaleur de l'action, la violence du tempérament l'a emporté, et c'est ainsi que notre cher Alexis s'est élancé avec ses hommes à l'assaut de la position ennemie, et c'est à quelques pas de la porte qu'il allait enlever qu'une balle l'a mortellement frappé.

Cette balle était tirée de très près et l'a atteint à la

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