CHAPITRE SEPTIÈME. 15I
tempe droite. — Notre cher Alexis est mort sans douleur. — Sa jeune physionomie était encore illuminée du sourire qui errait sur ses lèvres malgré le danger qui l'environnait.
C'est un bien grand malheur qui nous atteint en même temps que vous. Vous perdez un bon fils, âme d'élite, cœur d'or — nous, nous sommes privés d'un ami sincère, d'un collaborateur inestimable par son dévouement et son abnégation. — Nous perdons un compagnon qui nous donnait, par l'insouciance native de son heureux caractère, l'exemple de la résignation dans notre volontaire exil.
Maintenant il n'est plus : c'est Dieu qui l'a voulu, inclinons-nous devant sa volonté !
Il lui a peut-être épargné des souffrances auxquelles peuvent s'attendre ceux qui doivent séjourner dans ces parages meurtriers.
Nous partageons votre douleur, cher Monsieur : je suis aussi navré que vous de la cruelle épreuve que nous venons d'éprouver, réduisant à néant l'espoir que je nourrissais de vous ramener dans deux ans votre fils préparé aux durs combats de la vie par la trempe du soleil africain.
Alexis est tombé en combattant pour une cause sacrée entre toutes — en donnant à tous l'exemple du courage et du dévouement. Ses parents peuvent être fiers de posséder un tel fils. — Je me fais gloire de l'avoir eu sous mes ordres.
Mes adjoints et moi pleurons avec vous l'absence de notre ami. Nous allons élever à sa mémoire un monument qui signalera à l'admiration de tous les cœurs bien nés et ne permettra jamais d'oublier la mort glorieuse d'ALEXis VRITHOFF.
A. Jacques,
Commandant l'Expédition antiesclavagiste Belge.
Lettre du R. P. de Baert, missionnaire à Mpala, aux parents de notre héros.
Albertville, 12 avril 1892.
Monsieur et Madame,
J'ai à vous annoncer, Monsieur et Madame, une nouvelle bien douloureuse pour des parents qui ont un cœur plein d'amour pour leur fils.
Monsieur votre fils, qui avec tant de générosité avait quitté la famillle et la patrie pour se dévouer à la délivrance des pauvres noirs du Congo, et pour assurer la liberté d'action des missionnaires, vient de tomber victime de son dévoûment sous les coups de nos ennemis.
Le i^"" avril, je l'ai vu encore à Mpala : tout heureux d'être appelé à Albertville, il nous serrait à tous bien affectueusement la main et partait plein d'espoir.
Les Wangwanas venaient de s'emparer du village de Muny, réduisant toute la population en esclavage, et menaçant du même sort toute la contrée. Monsieur votre fils, à la vue de ces cruautés, ne pouvait hésiter de voler au secours de tant d'infortunés. Au plus fort du combat, une balle le trappe à la tempe, il tombe victime de son dévoûment.
M. le commandant Jacques appela un Père de Mpala. Je partis en toute hâte, et le vendredi soir, j'arrive à Albertville.
Le lendemain matin, j'offris le saint sacrifice pour le repos de l'âme d'Alexis, priant le Dieu de miséricorde de lui accorder une meilleure patrie.
J'ai récité les prières de la sainte Église sur les restes du vénéré défunt. Je les confie à la terre bénite où ils attendent le jour de la bienheureuse résurrection.
Le coup qui vous frappe, mes bien chers amis, est bien terrible. Retrempez votre courage dans les sentiments d'une vive foi, et priez avec moi, pour l'âme de celui qui vous était si cher ici bas.